, né entre 525 et 534, mort assassiné entre le 20 et le à Chelles, est un souverain franc de la dynastie des Mérovingiens. Petit-fils de Clovis et fils de , il est roi de Soissons de 561 à 584.

À la mort de , le royaume des Francs, réunifié en 558, est partagé entre ses quatre fils : Sigebert, Gontran, Caribert et leur demi-frère Chilpéric, qui reçoit le royaume de Soissons. Il est l'un des derniers rois mérovingiens à régner de manière autoritaire sur ses sujets avant que le pouvoir ne s'effrite, capté par une noblesse ambitieuse. Une grande partie de son règne est occupée par des conflits avec ses frères, mais surtout avec Sigebert dans la première moitié des années 570.

Chilpéric est marié trois fois. Sa deuxième épouse, la princesse wisigothe Galswinthe, meurt assassinée en 568 et le roi se remarie rapidement avec Frédégonde. Son conflit avec Sigebert se double ainsi de la rivalité entre Frédégonde et Brunehaut, épouse de Sigebert et sœur de Galswinthe. Cette période de luttes intestines, la « faide royale », ne prend fin qu'en 613, avec la victoire de , le seul fils survivant de Chilpéric et Frédégonde, sur Brunehaut et ses descendants.

Chilpéric apparaît sous un jour négatif dans lHistoire des Francs de Grégoire de Tours qui le surnomme .

Contexte historique : territoires francs au Dynastie mérovingienne

naît dans une des familles princières franques, issue de Mérovée et de Clovis, fondateurs de la dynastie mérovingienne. Les Mérovingiens constituèrent la première dynastie qui régna sur la majorité des territoires actuellement français et belge, ainsi que sur une partie du Sud de l’Allemagne et de la Suisse, du , après la fin des invasions barbares dans les provinces romaines occidentales, dont la Gaule. Ils sont issus des Francs saliens, qui étaient établis au dans les régions de Cambrai et de Tournai, en Gaule belgique.

Le règne de Chilpéric se situe dans le cadre territorial et politique résultant du partage du royaume franc, qui eut lieu en 561, à la mort de Clotaire, fils de Clovis. Lors de la disparition de Clovis en 511, quatre royaumes avaient été créés avec pour capitales : Reims, Soissons, Paris et Orléans, l'Aquitaine étant répartie séparément. Dans les années 550, Clotaire, dernier survivant des quatre frères, avait reconstitué l'unité du royaume franc, augmenté du territoire burgonde, conquis entre-temps.

Société en Gaule franque au La société se compose d'hommes et de femmes libres (ingenui) formant la plus grande partie du peuple franc. Ils ont l'obligation de servir dans l'armée du roi, avec le droit de prendre part à la justice publique, et sont commandés par l'intermédiaire des ducs et des comtes. Il existe également des populations dépendantes comme les esclaves locataires d'une ferme (servi casati), les esclaves domestiques, et les esclaves travailleurs agricoles sur les grandes propriétés.

Les terres ecclésiastiques et des petites propriétés et fermes romaines continuent d'exister. Des comtes francs s'installent dans les cités d'Aquitaine, mais celles-ci conservent leurs langues et coutumes du fait de la faible influence que les Francs exercent sur la population. De manière générale, le sud de la Gaule reste romanisé tandis qu'au nord, la culture franque remplace la culture romaine. Les noms germains prédominent, les hommes originaires de la région sont rarement considérés comme romains. Le dialecte roman reste parlé par la population.

Mariage chez les Francs

Les Francs, comme les autres peuples germains, pratiquent l'endogamie au sein de la Sippe ou clan (groupe de parenté étendu). Le mariage y prend plusieurs formes. Le père est le chef de la famille et exerce son autorité (mundium ou munduburdium) sur ses femmes, ses enfants, ses esclaves. Il a le pouvoir d’accepter ou de refuser les mariages de chaque membre de sa familia.. Les jeunes nobles francs pratiquent une éducation sentimentale auprès des esclaves de leur familia ou des filles de leurs proches. Il en résulte souvent plusieurs mariages avec ses épouses de jeunesse (friedelfrau), qualifiées d’épouses de second rang ou d’épouses morganatiques. Ce type de mariage, la friedelehe, est généralement hypergamique et est conclu de façon privée entre le mari et la femme.

Le chef de famille peut décider d’établir pour les jeunes Francs arrivés à maturité, des mariages avec des épouses prestigieuses dites de premier rang. Ce type de mariage, célébré en public, permet le rapprochement des familles, assurant une alliance diplomatique.. Cette polygynie entraîne la confusion chez les chrétiens traditionnellement monogames, qui appliquent naturellement le droit matrimonial romain et qualifient à tort ces épouses de concubines ou de maîtresses, croyant leurs enfants illégitimesL'évêque Sagittaire de Gap, au sujet du roi Gontran, se mit « à dire que les fils de ce dernier ne pouvaient occuper le royaume parce que leur mère appartenait à la domesticité de feu Magnacaire lorsqu'elle fut appelée à pénétrer dans la couche du roi ». Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 20 ; Saint Colomban voit les enfants du roi comme étant issus de concubines et donc inaptes à régner : « Sachez qu’ils ne porteront jamais le sceptre royal car ils sont sortis de mauvais lieux ». Jonas de Bobbio, Vita Colombani, , 19.. Or, les enfants issus des différents mariages sont tous égaux en matière de succession« ... on appelle fils de roi ceux qui ont été procréés par des rois sans tenir compte désormais de la famille des femmes ». Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 20.. Le père garde cependant le droit d’écarter de sa succession les enfants de son choix..

Biographie Enfance et premières campagnes Chilpéric est le fils de et de sa seconde épouse, la reine Arégonde. Sa date de naissance n'est pas clairement établie : entre 525 et 527 selon Frédéric Armand, vers 537 pour Pierre Riché et Christian Settipani.

Nom Chilpéric est la forme francisée d'un nom vieux-francique qui apparaît dans les textes latins sous les formes Chilpericus (chez Grégoire de Tours et Venance Fortunat) ou Hilpericus (chez Marius d'Avenches et Paul Diacre). La forme francique originelle n'est pas attestée, mais elle peut être reconstituée en */χilprik/, où χ représente un k palatalisé. Elle se compose des éléments /χilp/ « aide » et /rik/ « puissant, riche ». Venance Fortunat emploie pour désigner Chilpéric l'expression , « auxiliaire courageux », qui constitue en fait une traduction littérale du nom francique.

Le choix de ce nom est probablement influencé par la reine Clotilde, épouse de Clovis et mère de Clotaire. Il apparaît à deux reprises dans la famille des rois des Burgondes au : et sont respectivement le grand-oncle et le père de Clotilde.

Éducation Le jeune prince reçoit probablement une bonne éducation, que Venance Fortunat évoque ainsi : . Elle comprend l'apprentissage du maniement des armes et l’équitation, mais aussi une instruction littéraire : outre le francique, Chilpéric parle latin et possède peut-être des notions de grecMonod (1872), . et d’hébreu, grâce au contact des Juifs de sa cour. Il apprend l'art de la guerre au cours des parties de chasse qui lui permettent de pratiquer les bases du combat, le préparant ainsi à ses futures batailles.. À partir de sa majorité, à l’âge de quinze ans, il participe à plusieurs campagnes, ce qu'évoque Fortunat de façon poétique : .

Au printemps 542, il accompagne son père et son oncle , ainsi que deux de ses demi-frères, dans une campagne en Espagne contre les Wisigoths. Les Francs s'emparent de Pampelune et assiègent Saragosse, puis doivent battre en retraite et quitter le pays. Vers 555, Chilpéric et Sigebert accompagnent leur père dans une campagne contre les Saxons. Après une bataille meurtrière pour les Francs et les Saxons, une paix est négociée, puis Clotaire se dirige vers la Thuringe afin de châtier ses habitants qui ont soutenu les Saxons. Lors de son retour, les Saxons coalisés avec les Thuringiens, et probablement les Frisons, les Danois et les Jutes, rentrent en territoire franc le long de la rive droite du Rhin jusqu’à Deutz. Clotaire et Chilpéric rejoignent Sigebert, qui a été posté pour garder la frontière, et repoussent ces envahisseurs. En novembre ou , il participe également à l'attaque contre son demi-frère révolté Chramn et le comte Conomor de DomnonéeGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 20..

Succession de (561-567) vignette| s'acquiert la grâce des puissants. Manuscrit du . Grandes chroniques. Paris, BNF. Partagé entre ses quatre fils, le royaume de Clovis est réunifié en 558 par . À sa mort, en 561, il laisse lui aussi quatre fils : outre Chilpéric, le seul issu de son mariage avec Arégonde, on trouve trois fils d'Ingonde, sa première femme : Caribert, Gontran et Sigebert. Ils enterrent leur père à Soissons, dans la basilique Sainte-Marie qu'il a commencé à faire construire sur le tombeau de saint MédardGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 19, 21, 54..

Contrairement au mode de succession par primogéniture qui régit la succession au trône du père au fils aîné, la tradition franque veut que le royaume soit divisé entre les fils du roi défunt afin que chacun puisse régner. La division du engendre des sous-royaumes distincts de celui-ci, permettant à chaque prince d'exercer une royauté complète dans le sous-royaume attribué, plutôt que de diviser l'exercice du pouvoir avec les autres princes sur l'ensemble du territoire.

À l'aide dantrustions, des guerriers d'élite liés par un serment particulier formant la garde privilégiée du roiFeffer et Périn (1987b), , 39, 41., Chilpéric fait main basse sur le trésor du « palais de Berny », en latin. L'emplacement exact de cette villa reste incertain : il peut s'agir de la de Berny-Rivière, à de Soissons, ou de la villa de Breny (au lieu-dit Le Martois) à . Par la force, il peut accéder aux richesses que son père a accumulées et entasse le trésor sur des chariots. Il en profite pour acheter la fidélité de certains grands seigneurs et occupe Paris, en prenant possession du château de son oncle avec la portion du royaume associée. Cependant, ses demi-frères l'obligent à respecter le principe du partage.

vignette|gauche|Partage du royaume de entre ses quatre fils. La scène se situe dans l'île de la Cité. Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460. BNF.

Le royaume franc est donc à nouveau divisé en quatre suivant « un partage régulier » et le sort (destin ou partageSelon Frédéric Armand, en latin, sors, sortis au féminin, est un mot polysémique. Il peut désigner le sort : l'action de tirer au sort, le hasard ; mais aussi le partage : la part, la portion... Au masculin, avec une majuscule, Sors, Sortis désigne le sort, le destin. .) attribue à Chilpéric le territoire ancestral des Mérovingiens, le « royaume de Clotaire », avec Soissons pour capitaleGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 22. et un territoire situé entre Tournai et la Picardie. Le royaume de Soissons se compose probablement des cités de Thérouanne, Tournai, Arras, Cambrai, Amiens et Noyon. La cité de Laon pourrait avoir été acquise par Sigebert, mais celle d'Amiens lui est peut-être revenue, car elle avait été attribuée en 511 à Selon la Vita sancti Ebrulphi, 5, la reine Frédégonde impose saint Evroul à l'abbaye de Saint-Fuscien, dans la banlieue d'Amiens (AA. SS. Boll. Juillet, , ; Guérin (1876), , ; Longnon (1878), ). Écrite au plus tôt au (Longnon 1878, note 2) ou peu avant (Vercauteren (1928), note 1), elle ne permet pas de préciser si l'imposition a eu lieu avant ou après le partage du royaume de Paris appartenant à ..