Le siège de Paris par les Vikings a lieu entre 885 et 887. C'est le quatrième siège de l'actuelle capitale. Commencé au lendemain du ., il est interrompu au début de par l'arrivée de l'empereur Charles le Gros. Ce dernier, après avoir promis de verser aux Normands un tribut de sept cents livres d'argent en mars de l'année suivante, les autorise à aller piller la Bourgogne.. Le siège de Paris se termine en par le paiement de la somme promise. Cet acte contribua à discréditer la dynastie carolingienne et à l'éclosion de la dynastie des robertiens, qui deviendra par la suite la dynastie capétienne.
Contexte historique vignette|gauche|Carte de la Francie au . En 885, la grande armée de Siegfried remonte les de la Seine, de Rouen à Paris. vignette|gauche|Le pont fortifié le plus puissant est à Pont-de-l'Arche édifié entre 862 et 873 au confluent de l'Eure, l'Andelle et de la SeineAyant arrêté les vikings en 876, il ne résiste pas à leur assaut en 885. Cf .
Depuis 799, date de leur première attaque sur l'Empire carolingien, les Vikings essayent d'étendre leur emprise à tout le continent, remontant les fleuves et établissant des bases à leurs embouchures. Après une pause entre 870 et 880, la défaite des Danois en Angleterre à Ethandun et le traité de Wedmore qui assure la paix entre le dernier roi danois et Alfred le Grand, roi du Wessex, les Vikings relancent leurs raids contre les Carolingiens.
Ils ravagent les rives de la Somme dès 879, mais sont rejetés à la bataille de Saucourt-en-Vimeu par Louis III en 881.
L'année suivante, ils attaquent la Lotharingie. En 882, l'empereur Charles le Gros les assiège dans leur camp fortifié d'Ascaloha (Elsloo ou Asselt, dans le Limbourg), mais, au moment d’attaquer, il préfère payer un tribut de d’argent pour que les bandes de Godfred, Sigfred (Sigfredhr) et Vurm quittent la région ()Édouard Favré, Eudes, comte de Paris et roi de France, (882-898) d'après les textes écrits par le moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés, Éd. Bouillon, 1893..
Au printemps 883, ils pillent à nouveau la Flandre, puis, après avoir battu le roi Carloman sur la Somme, ils s'établissent à Amiens.
Le , Carloman leur propose d'argent pour qu'ils quittent cette ville, ce qu'ils font en octobre. Ils s'embarquent à Boulogne ; certains passent en Angleterre, d'autres hivernent à Louvain. Charles le Gros est devenu roi de Francie occidentale à la mort de Carloman, réalisant une dernière fois l'unité de l'empire d'Occident. Il reçoit à Ponthion les serments de ses nouveaux sujets, et ordonne une expédition conjointe des Francs de Neustrie et de Lotharingie contre les Vikings de Louvain, qui échoue. Les Danois décident une grande expédition contre la Francie occidentale, et choisissent Rouen comme lieu de concentration. La ville est prise le Frédérick Gersal, Des duchés au royaume, Fernand Lanore, 1987 .. Ceux de Louvain s'y rendent par voie terrestre ou par mer. Ils sont renforcés par une bande venue d'Angleterre, et forment une redoutable force, estimée par Abbon entre montés sur 700 naviresÀ raison de 40 à 60 guerriers par embarcation, cela donne une armée de . En réalité, les navires vikings se présentent sous des formes variées et avec une capacité de transport qui varie en fonction de leur destination première (commerce ou guerre) et de leur retour au cours duquel ils embarquent chevaux, provisions, femmes et enfants, butin et captifs., chiffre exagéré et qui est débattu par les historiens.. Plusieurs chercheurs donnent un chiffre plus réaliste de 200 à 300 navires qui transportent quelques milliers de guerriers (ils seront 5 à pour la bataille d'Hastings), une armée de taille supérieure étant difficile à maintenir unie sur une longue période, d'autant plus qu'elle a tendance lors d'une expédition importante à se diviser en bandes de pillards de quelques centaines d'hommes qui partent chacune de leur côté piller les campagnes, et qui peuvent s'y établir s'ils trouvent des conditions favorables.
Après la prise de Paris en 861, le roi Charles le Chauve, par l'édit de Pîtres promulgué en 864, fait construire des forteresses et des ponts fortifiés où stationnent des garnisons permanentes chargés de bloquer la remontée viking de la Seine et protéger Paris. Juste en amont. Le pont fortifié le plus puissant est à Pont-de-l'ArcheCe pont ayant été donné à l'évêque de Paris, Nicolas Rodolphe Taranne pense qu'il devait être situé sur le territoire de Saint-Germain l'Auxerrois et aboutissait à l'endroit ou était la justice de l'évêque de Paris, c'est-à-dire, For-l'Évêque. D'autres particularités en faveur de cette opinion, sont rappelées par Bonamy dans son mémoire : Citation|En 1731, Turgot, prévôt des marchands, faisant nettoyer la rivière, on trouva à cet endroit (toujours le For-l'Évêque et la rue de Harlay) des pilotis d'un ancien pont de bois. qui doit être muni de forts à ses extrémités pour défendre la ville contre les incursions des Normands. Ce pont n'est pas encore construit en 866, puisque cette année les Normands remontent la Seine jusqu'à Melun. Le , le chef viking Siegfried rassemble plusieurs bandes à Rouen (cité conquise l'année précédente) pour remonter la Seine jusqu'à Paris et y organiser des expéditions de pillage tout le long du fleuve. Une flotte de navires remonte les boucles de la Seine, pillent monastères, abbayes, évêchés et faubourgs non fortifiés des villes qui doivent se racheter en payant un tribut (Danegeld) pour obtenir leur départ.
À cette époque, la tour du Nord n'est pas encore terminée lorsque les Normands se présentent devant Paris. Les fortifications de la ville se composent d'un mur garni de tourelles qui entoure l'île de la Cité, mais qui laisse en dehors assez de place aux assiégeants pour débarquer dans l'île, surtout quand les eaux étaient bassesAbbon de Saint-Germain-des-Prés : Le siège de Paris par les Normands, en 885 et 886.
Siège vignette|gauche|Plan de l'île de la Cité et ses au Le Grand Pont relie la rive droite à l'île de la Cité, le Petit Pont la rive gauche.. Ces deux ouvrages empêchent les Vikings de passer le fleuve et obligent Siegfried de changer de stratégie. Après trois jours de combat, il décide de mettre le siège devant la ville. vignette|Les barques des Normands, gravure pour l'Histoire de France de François Guizot, par Alphonse de Neuville, 1883.
Le siège de Paris est relaté par les poèmes du moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés. Ce dernier est connu pour ses récits qui glorifient les héros francs. Ainsi, le récit du siège est celui du moine et non le véritable. Cette version imaginaire du siège n'est peut-être pas due qu'au moine Abbon : en effet, le texte mentionne la présence d'un trébuchet, arme de siège n'apparaissant qu'au . De même, l'utilisation d'huile bouillante était extrêmement rare à cette époque. S'ensuivent deux ans de siège relativement lucratifs pour les assaillants, et enfin une forte rançon aux envahisseurs.
Tout comme les sièges précédents, les Vikings ne veulent pas s'emparer de la capitale franque. Leur objectif principal n'est même pas la richesse de la ville, mais l'autorisation de piller la Champagne et la Bourgogne, Paris étant la porte de ces deux riches provinces, puisque les Vikings se déplacent le long de la Seine.
De Rouen, la flotte remonte la Seine jusqu’à Pont-de-l'Arche où elle est arrêtée par le pont fortifié construit par Charles le Chauve. Les Normands (les hommes du Nord) s'installent à l’ouest du pont, au lieu qui devient « Les Dans » puis Les DampsÉlisabeth Lalou, Bruno Lepeuple, Jean-Louis Roch, Des châteaux et des sources : archéologie et histoire dans la Normandie…, publication Univ. Rouen Havre, 2008, . dans un camp circulaire délimité par un fossé. Là, ils sont attaqués par les forces du duc du Maine, Ragenold, formées de soldats de Neustrie et de Bourgogne. Les vikings font semblant de dormir, mais dès que les francs sont à l’intérieur du camp ils se jettent sur eux. Ragenold et la moitié de ses hommes sont tués dans le combat, puis les francs rescapés s’enfuient.
La flotte continue de remonter le fleuve et force le passage au fort de Pitres, près du confluent de l'Andelle.
Après que le comte Aleran a évacué la forteresse de Pontoise à son avance, la Grande Armée se présente devant Paris le . Le lendemain, le chef viking Siegfried demande à parler à la plus haute autorité de la cité. Il est reçu par l’évêque Gozlin. Siegfried demande que les Parisiens laissent passer la flotte plus en amont, en échange de quoi la cité ne sera pas attaquée. Gozlin refuse la proposition de l'ambassadeur viking. Les vikings plantent alors leur camp sur l'emplacement de l'actuelle place du Louvre.
Le , les Vikings lancent leur premier assaut contre le Grand Châtelet, qui n'est alors qu'une tour de pierre inachevée, qui ferme l'entrée du Grand PontAujourd'hui pont au Change. sur la rive droite. Eudes, comte de Paris, et l’évêque Gozlin défendent fermement la ville. Les Francs peuvent compter sur un dispositif défensif efficace, à savoir de ponts munis d'échauguettes et le tout couvert par une tour, dont le rayon d'action des archers et des jets de projectiles rend toute progression impossible. L'opération échoue. Les Francs renforcent la tour à la faveur de la nuit, puis les Vikings recommencent leur assaut les 27 et 28. Les combats sont horribles et cruels. Le Grand Châtelet subit assaut sur assaut, sans succès. Les Danois essayent alors de détruire le mur adjacent à l'aide d'une sape, mais ils sont inondés de cire et de poix. Trois cents des leurs sont tués, ce qui les oblige à changer de tactique. Après deux jours de combats, ils décident de mettre le siège devant la ville, sans pouvoir établir un blocus complet.
Depuis le milieu du , les Parisiens ont dû faire face à plusieurs attaques des Vikings, en 845, 856, 857, 866, et 876. Ceux-ci n’hésitent pas à brûler la cité, comme en 856. Cette fois-ci, devant une ville fortifiée depuis 877 et la présence de deux ponts qui barrent le fleuve, les Normands doivent adopter une stratégie différente. Ils établissent un camp retranché autour de Saint-Germain-le-Rond et ravagent le pays environnant pour assurer leur ravitaillement.
Durant deux mois, ils construisent divers engins de siège. Abbon note la construction de trois béliers, de catapultes, ainsi que de chats et de mantelets. Les Francs, de leur côté, s'équipent d'un mangonneau ou d'un trébuchet. De plus, le témoignage de d'Abbon, nous décrit ce qu'il a vu :
Assaut général vignette|Eudes rejoignant Paris à travers les assiégeants, Histoire de France de François Guizot, gravure d'Alphonse de Neuville, 1883. Le , les Vikings, divisés en trois groupes, lancent un assaut général contre la tour et le pont rive droite, à la fois par la terre et par le fleuve, sans parvenir à briser la résistance des Francs.