Le Konik (, soit « Petit cheval polonais ») est une race de petits chevaux très rustiques, d'origine polonaise. Ils sont connus pour leurs caractères primitifs, notamment la robe souris et la raie de mulet parcourant leur dos. Ces chevaux sont initialement décrits comme proches du Tarpan sauvage, notamment par le professeur Tadeusz Vetulani, qui en sélectionne une harde dans la forêt de Białowieża. Les analyses génétiques subséquentes démontrent qu'ils ne se différencient pas des autres chevaux domestiques. En conséquence, l'histoire du Konik tel que présenté comme un descendant direct des derniers chevaux sauvages d'Europe est de plus en plus considérée comme un mythe populaire.

Le Konik aide à la gestion écologique de nombreux parcs et réserves naturelles, grâce à sa rusticité et à son comportement à l'état sauvage. Cependant, le faible nombre d'individus fondateurs expose la race à une consanguinité croissante. Les répertoriés dans le monde en 2022 vivent essentiellement en Europe, les Pays-Bas ayant la plus grande population mondiale de Koniks grâce à la réserve d'Oostvaardersplassen. Si la Pologne conserve des effectifs importants répartis entre plusieurs réserves naturelles, ce petit cheval est aussi présent en France, en Belgique, en Allemagne, dans les pays baltes, au Royaume-Uni, en Biélorussie et en Espagne. Le Konik est devenu l'un des symboles de la Pologne.

Dénomination et statut taxonomique Le mot « Konik » est un diminutif de , et signifie donc « petit cheval » ou « poney » en polonais. La dénomination Konik Polski (Petit cheval polonais) a été proposée par le professeur Tadeusz Vetulani en 1925 ; l'association polonaise des éleveurs de cette race recommande de le nommer Polish Konik Horse en anglais. La population néerlandaise est désignée sous le nom de Dutch Konik Horse, et décrite comme descendante de la population polonaise..

Il existe une confusion fréquente entre le Tarpan et le Konik, le nom de « Tarpan » étant parfois préféré dans les désignations européennes et les programmes de conservation à celui de « Konik ». Le nom de « Tarpan » est initialement employé pour décrire un cheval sauvage européen, espèce ou sous-espèce désormais disparue., alors que le Konik est une race de chevaux domestique, d'origine polonaise.

Certaines personnes soutiennent que le Konik est le Tarpan. Le président de l’association Arthen bugerbivore, Marc Michelot, justifie l'usage du nom de « Tarpan » plutôt que celui de « Konik polski » par l'absence de , et la volonté de ne pas utiliser un nom qui . La description du Konik comme descendant naturel du Tarpan a depuis été mise en doute par de nombreux chercheurs et spécialistes..

Histoire vignette|Groupe de poneys de Dülmen en Allemagne, une race génétiquement apparentée au Konik.|alt=Photographie en couleurs d'un groupe compact de chevaux de couleurs grises et marrons Le Konik polonais est souvent décrit comme l'un des plus proches descendants naturels du cheval primitif sauvage européen désormais éteint, le Tarpan. Cette hypothèse est initialement publiée sur la base d'études de squelettes et de peaux, avant la disponibilité d'études sur l'ADN. L'analyse du génome mitochondrial le révèle très proche des autres chevaux domestiques.. Il n'existe pas de preuve scientifique de continuité génétique Tarpan-Konik, ni de preuve de non-domestication passée du Tarpan, ce dernier entrant lui aussi dans le même cluster de gènes que les chevaux domestiques modernes.. L'argument essentiel en faveur de cette continuité Tarpan-Konik est la couleur de robe similaire.

Le Konik est apparenté au poney de Dülmen, et présente des haplotypes communs aux populations de chevaux asiatiques, ce qui laisse présumer une contribution d'ancêtres venus d'Asie à cette race. Il entre dans le même cluster de gènes que le Dülmen et le Liebenthaler.. Il n'a pas de lien avec les chevaux préhistoriques qui arpentaient les steppes européennes avant l'Holocène.

Le Konik pourrait être apparenté au Viatka, un poney primitif russe originaire de la région de la rivière du même nom, au Panje issu de la même zone géographique, et au Schweinken, un poney de Prusse orientale utilisé au travail des fermes à partir du . Les terres pauvres de la Prusse orientale ont probablement hébergé des populations de chevaux sauvages jusqu'au début du , des commentaires crédibles d'observateurs rendant probable l'hypothèse qu'il s'agisse alors des derniers chevaux sauvages d'Europe centrale. Les chevaux sauvages se sont vraisemblablement maintenus plus longtemps en Europe de l'Est qu'en Europe de l'Ouest, notamment en Prusse orientale et en Lituanie. Ces mentions de chevaux sauvages disparaissent des observations écrites à la fin du . Les chevaux sauvages sont abattus, entre autres, parce qu'ils pillent des réserves de foin durant l'hiver. La survie d'une population de chevaux sauvages génétiquement préservée de tout croisement avec des chevaux domestiques jusqu'au est donc extrêmement improbable.

Les mentions de chevaux sauvages en Europe sont confuses et contradictoires, en particulier pour ce qui concerne un éventuel marronage. Le Tarpan est décrit pour la première fois par le naturaliste allemand Johann Friedrich Gmelin, qui observe un troupeau de chevaux sauvages dans les steppes inexploitées du Sud de la Russie situées au nord de la mer Noire, en 1769. Ces chevaux sauvages sont vraisemblablement considérés comme du gibier par les populations humaines locales, et donc chassés pour être consommés.

Influence des récits de Julius Brincken vignette|Le Hetman Jan Zamoyski à la bataille de Byczyna, peint par Jan Matejko.|alt=Photographie en couleurs d'une peinture ancienne montrant des cavaliers Des sources crédibles font état de la possession de chevaux sauvages par l'influent Jan Zamoyski, qui fonde un très prestigieux zoo à Zwierzyniec, actif jusqu'à la fin du selon Hacquet, lequel y cite des abattages de chevaux sauvages.

Une importante source d'informations au sujet de la race Konik provient du naturaliste allemand , qui décrit en 1826 la faune et la flore de la forêt de Białowieża. Dans son ouvrage, il assure que cette forêt fut le dernier refuge du cheval sauvage européen, dont les ultimes représentants ont été capturés durant la fin des pour être envoyés au zoo de la famille Zamoyski. Ce récit devient la légende fondatrice de la race Konik. En 1806, ces animaux sauvages auraient été distribués aux paysans de la région de Biłgoraj, afin de leur permettre de travailler les terres. Ces derniers auraient alors croisé la souche sauvage avec leurs propres chevaux. Brincken ne fournit aucune information permettant d'identifier physiquement ces animaux, mais assure que la souche sauvage resterait identifiable parmi les chevaux des paysans de Biłgoraj. L'ouvrage de Brincken est abondamment critiqué par ses contemporains en raison d'approximations et d'erreurs factuelles, en particulier des confusions entre différentes espèces végétales et animales. Selon le chercheur néerlandais Cis (T.) van Vuure, sa description du cheval sauvage dans la forêt de Białowieża est très probablement une erreur, aucun naturaliste contemporain de Brincken ne décrivant des populations de chevaux sauvages en Pologne ni en Lituanie à l'époque, et encore moins dans un environnement forestier. De plus, un transfert de chevaux sauvages entre la forêt et Zwierzyniec serait très improbable dans un contexte où cette forêt servait de réserve de chasse au roi de Pologne, Zwierzyniec se trouvant alors en territoire ennemi, celui de l'Autriche. Pour Van Vuure, la distribution de ces chevaux sauvages aux paysans locaux, suivie de leur élevage, est elle aussi très improbable dans un contexte où la paysannerie de Biłgoraj relève d'une classe sociale inférieure d'une part, et où des chevaux sauvages sont très inadaptés au travail agricole, d'autre part. Pour les chercheurs polonais Edit Pasicka (2013) et Przemysław Doboszewski (2017), au contraire, .

Avec l'intensification de l'agriculture en Europe au , les petits chevaux, non-compétitifs, sont remplacés par de grands chevaux de trait. À partir du début du et après la découverte du cheval de Przewalski, d'importants débats scientifiques portent sur les chevaux sauvages. Les premières recherches sur le cheval polonais natif remontent à 1914, sous l'impulsion de deux étudiants hippologues, Jan Grabowski et Stanisław Schuch. Ces derniers, sur la foi du récit de Brincken, s'intéressent aux chevaux des paysans de Biłgoraj, qu'ils décrivent comme des descendants du Tarpan sauvage. Cette souche est domestiquée, mais ils estiment qu'elle conserve une proximité génétique avec cet ancêtre dans leur publication scientifique, datée de 1921.

Selon les auteurs italiens Maurizio Bongianni et Gianni Ravazzi (repris ailleurs), il est possible que ces chevaux aient été croisés avec l'Arabe..

Sélection du Konik par Tadeusz Vetulani vignette|Le professeur Tadeusz Vetulani avec deux chevaux de Biłgoraj testés sur un raid d'endurance à Poznań pour les besoins de l'armée.|alt=Photographie en noir et blanc de deux hommes dont un militaire, entourés de deux petits chevaux. Après Grabowski et Schuch, le professeur Tadeusz Vetulani s'intéresse à son tour aux « Konik de Biłgoraj » durant les années 1920. C'est lui qui introduit le premier le nom de Konik Polski (petit cheval de Pologne) dans la littérature scientifique pour les désigner. En 1923, un groupe de ces chevaux est placé au haras national de Janów Podlaski dans le cadre d'une tentative de sélection. Une autre tentative a lieu en 1928 à Dworzyszcze.

En 1927, Vetulani, alors professeur à l'Université de Poznań déroule une conférence à la fondation Zamoyski durant laquelle il décrit le comme le plus proche descendant du Tarpan des steppes sauvages sur la base de comparaisons de mesures de squelettes, et s'attribue la découverte d'une sous-espèce forestière du Tarpan, particulièrement prestigieuse, que les officiels polonais nomment Equus caballus gmelini Antonius forma silvatica Vetulani. Ces propos s'inscrivent dans un contexte politique où la Pologne est récemment re-devenue indépendante, ses représentants d’État cherchant à peser sur la scène européenne.

Le Konik est sélectionné à partir de chevaux primitifs retrouvés dans des fermes rurales de l'est de la Pologne, notamment dans la région de Biłgoraj. En 1936, Vetulani rend effective sa tentative de reconstituer l'espèce éteinte des chevaux Tarpans à partir de ayant conservé des caractères jugés primitifs, qu'il re-lâche dans la forêt de Białowieża, malgré de grandes difficultés à constituer son troupeau expérimental. Entre 1936 et 1939, 40 Koniks et leur descendance sont introduits dans la réserve. Vetulani applique ses idées personnelles, en phase avec les croyances erronées de l'époque, selon lesquelles le cheval primitif est de type oriental, en éliminant de son troupeau les chevaux de modèle occidental. Il recourt aussi énormément à la consanguinité pour fixer les caractéristiques du troupeau.

Dans son étude (publiée en français en 1939), il juge ce troupeau de Koniks comme très proche du Tarpan sauvage, notamment en raison du profil concave de sa tête. Vetulani est progressivement marginalisé par la communauté scientifique en raison de ses tentatives répétées pour faire reconnaître son Tarpan sylvestre comme une sous-espèce de chevaux, aussi ses travaux rencontrent peu d'écho hors de la Pologne.

Les trois quarts des chevaux du troupeau de Vetulani sont volés par l'armée nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Des de son programme, seuls un tiers survivent à la guerre. 15 animaux sont retrouvés, sur les 35 d'origine. Le projet de reconstitution du Tarpan reprend néanmoins, puis s'interrompt avec la mort de Vetulani en 1952, son cheptel de Koniks étant transféré en Mazurie.

Propagation du mythe du cheval des origines