Félix Éboué, né le à Cayenne (Guyane) et mort le au Caire, est un administrateur colonial, résistant de la première heure durant la Seconde Guerre mondiale et homme politique français.
Humaniste, franc-maçon, il est membre de la SFIO jusqu'en . Il est gouverneur du Tchad, possession coloniale française, lorsque la métropole est occupée par les armées du . À la suite de l'appel du 18 juin 1940, il entre en contact avec le général de Gaulle le et range le territoire du côté de la France libre le . Il donne ainsi officiellement à la France libre les attributs légaux d'un État souverain et devient, suivant la volonté du général de Gaulle, le troisième compagnon de la Libération. Depuis le , Félix Éboué repose au Panthéon.
Biographie Enfance Félix Éboué naît le ., rue Christophe-Colomb à Cayenne, d'une famille originaire de Roura, issue de « nouveaux libres » (esclaves émancipés par l'abolition de 1848). Il est le quatrième d'une famille de cinq enfants, dont quatre frères : Yves, Edgard, Max, Félix le cadet et une sœur, Cornélie, mariée plus tard à Félix Gratien et qui a cinq enfants : Clérence, Yves (neveu et filleul de Félix Éboué qui a deux filles : Florence et Isabelle Gratien), Aurélia, Élie (qui a deux enfants Évelyne et Raymond Gratien), et Solange Gratien.
Les trois frères de Félix Éboué ne se marient pas et meurent jeunes par noyade ou ayant contracté des maladies comme orpailleurs. Son père, Yves Urbain Éboué, est orpailleur, d'abord sur le placer « Enfin » (Haute Mana), puis directeur-adjoint du placer « Dieu Merci ». Il meurt en 1898 alors que Félix n’a que 13 ans..
Études Après de brillantes études à Cayenne, Félix Éboué obtient en 1898 une bourse d'études en métropole et part pour Bordeaux, inscrit au lycée Michel-Montaigne.
Dans la capitale girondine, en complément de ses études, Félix Éboué s'adonne au sport et particulièrement au rugby et au football. Il devient notamment capitaine de l'équipe du lycée, les « Muguets ». Avec celle-ci, il se rend à Strasbourg, en Belgique et en Angleterre. Ces déplacements lui permettent d'étudier sur le vif le tempérament des joueurs et des habitants des régions visitées. Les comptes rendus des journaux régionaux (Le Phare de la Loire, Le Populaire) enregistrent les succès de l'équipe bordelaise et rendent avec détails, l'entrain et l'adresse d'un joueur noir de cette équipe auquel est due en grande partie la victoire. Sous les couleurs du Stade bordelais UC (SBUC) et du Sporting Club universitaire de France (SCUF)., il connaît les joies du stade. Il obtient à Bordeaux son baccalauréat ès-lettres, puis va s'installer à Paris où il suit des études de droit tout en suivant l'enseignement de l'École coloniale (où sont formés les administrateurs de la France d'outre-mer), où il obtient en 1908 sa licence.
Carrière d'administrateur en Afrique-Équatoriale française (AEF)
Élève administrateur des colonies, puis administrateur-adjoint, Félix Éboué est affecté en 1909 en Afrique-Équatoriale française, à Madagascar, puis en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine).
Quand éclate la Première Guerre mondiale en 1914, il veut se faire incorporer en métropole, mais l’administration coloniale lui demande de rester en Oubangui-Chari car la colère gronde dans les colonies.
Il s'efforce d'apprendre les usages et coutumes de ses administrés, ce qui lui permet de mieux asseoir son administration. Ainsi, il fait publier en 1918 une étude sur les langues sango, banda et mandja. En 1935, il publie une étude sur les langages tambourinés et sifflés. Cette approche respectueuse sera saluée par le général de Gaulle, qui verra en lui le ..
Il entre également en conflit avec plusieurs groupes de la région., notamment dans les zones dirigées par Morouba.. Il est nommé en 1927 chevalier de la Légion d'honneur sur la proposition du ministre de l'Instruction publique. Il est nommé administrateur chef en 1930.
Il passe vingt années de service en Afrique-Équatoriale française.
Congés en Guyane
Durant trois congés successifs, Félix Éboué revient en Guyane, retrouvant sa famille et ses amis et partageant avec eux souvenirs et expériences africaines.
C'est ainsi qu'il fait découvrir l'écrivain René Maran, Martiniquais né à Fort-de-France, adjoint des Affaires civiles en A.-É.F., qui reçoit le prix Goncourt en 1921 pour son roman Batouala. Ils nouent une précieuse relation d’amitié.
Sa mère meurt en 1926.
Aux Antilles françaises
thumb|Le Discours de la Boucan au rond-point de la Boucan à Sainte-Rose (Guadeloupe). Félix Éboué est nommé secrétaire général en Martinique, de à pour remplacer le gouverneur titulaire parti en congé pour deux ans.
Après un passage au Soudan français, il est élevé au rang de gouverneur et nommé en Guadeloupe en 1936. C'est le premier Noir à accéder à un grade aussi élevé. En Guadeloupe, il met en pratique son esprit de conciliation dans un contexte social trouble. À l'occasion de la remise solennelle des prix le au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, il adresse à la jeunesse d'outre-mer son célèbre discours « Jouer le jeu » dont voici quelques extraits :
Pendant la Seconde Guerre mondiale vignette|Charles de Gaulle et le gouverneur général Félix Éboué au Tchad vers . Devant la menace d'un futur conflit, il est nommé en 1938 gouverneur du Tchad, avec pour mission d'assurer la protection de la voie stratégique vers le Congo français.
Il fait construire les routes qui permettront en à la colonne Leclerc de remonter rapidement à travers le Tibesti vers l'Afrique du Nord.
Le , deux semaines après l'Appel du 18 Juin, Félix Éboué entre en contact avec le général de Gaulle pour lui faire connaître son soutien.
Le , à la mairie de Fort-Lamy, il proclame, avec le lieutenant-colonel Pierre Marchand, commandant militaire du territoire, le ralliement officiel du Tchad au général de Gaulle, donnant ainsi « le signal de redressement de l'Empire tout entier » et une légitimité politique à la France libre, jusqu'alors dépourvue de tout territoire. René Pleven, envoyé du général de Gaulle assiste à cette proclamation., complétée d'un télégramme envoyé aux autorités coloniales.. Le , Félix Éboué reçoit le général de Gaulle à Fort-Lamy, lequel va le nommer, le , gouverneur général de l'Afrique-Équatoriale française. Le , il figure parmi les cinq premières personnes à recevoir du général de Gaulle la croix de l'ordre de la Libération.
Félix Éboué transforme l'A.-É.F. en une véritable plaque tournante géostratégique, d'où partent les premières forces armées de la France libre, conduites par les généraux de Larminat, Kœnig et Leclerc.
Résidant à Brazzaville, il organise une armée de et accélère la production de guerre, où il peut enfin appliquer la « politique indigène » qu'il a eu le temps de mûrir au cours de sa longue carrière.
Politique indigène et coloniale vignette|Dessin de Charles Alston célébrant l'engagement de Félix Éboué dans la France libre (Bureau d'information de guerre des États-Unis, 1943). Pendant la guerre, Félix Éboué prend plusieurs circulaires qui sont en réalité des textes de politique coloniale. Ces circulaires sont importantes à double titre. Elles montrent tout d'abord le caractère profondément politique, voire programmatif de textes juridiques. D'autre part, alors que l'historiographie fait en général commencer la politique coloniale de la France libre avec le CFLN ou ne se focalise que sur la conférence de Brazzaville, ces circulaires prouvent que dès 1941, la France libre avait une politique coloniale.
À l'exemple de Lyautey, Félix Éboué souhaite que les autochtones puissent conserver leurs traditions, pense que la revalorisation du rôle des chefs coutumiers et des notables est indispensable et souhaite que le régime de l'indigénat, dont il ne conteste pas le bien-fondé, ne soit appliqué aux chefs de village « qu'avec la plus extrême prudence ». S'il est favorable à l'insertion de la bourgeoisie indigène dans la gestion locale, il voit dans le colon européen le collaborateur clé de l'Administration. Il préconise un rôle accru pour le colon, « qui ne se bornera pas à être l'excitateur, le tuteur et le revendeur de la production agricole indigène. D'autres activités, dans le domaine économique, lui sont réservées en propre : exploitations minières et forestières, industries de toutes sortes, entreprises de travaux publics et, d'une façon générale, tout ce qui comporte l'exécution du travail sous le commandement direct de l'Européen ». Ces circulaires sont compilées et republiées dans son étude intitulée La Nouvelle Politique indigène pour l'Afrique équatoriale françaiseFélix Éboué, La nouvelle politique indigène pour l'Afrique Équatoriale française.. Son conservatisme, sa méfiance envers les innovations, l'industrialisation, l'urbanisation, son appui au régime du travail forcé et au colonat feront qu'il sera cité avec profusion par les colons lors des États généraux de la colonisation française tenus à Douala en ..
La conférence des hauts dirigeants administratifs des territoires africains tenue à Brazzaville le retient la thèse d'Éboué sur l'assimilation. Il ne voit pas les réalisations issues de cette conférence.
Mort au Caire avant la Libération Fatigué, Félix Éboué part se reposer en Égypte, après avoir séjourné en Syrie. Quelques jours avant la Libération de la France, il meurt d'une congestion cérébrale à l'hôpital français du Caire. le , entouré de sa femme, de sa fille et de son fils cadet.
Famille Le , au cours d'un de ses congés en Guyane, Félix Éboué se marie à Saint-Laurent-du-Maroni avec Eugénie Tell (1889-1972), fille de Hyppolite Herménégilde Tell. Institutrice de cinq ans sa cadette, Eugénie est une amie de sa sœur Cornélie. (devenue Madame Félix Albert Gratien et qui repose au cimetière parisien de Thiais près de Paris avec ses enfants Aurélia et Yves Gratien).
Femme impliquée dans la résistance française au même titre que son époux, devenue conseillère de la République, Mme Éboué est la première femme députée noire française ; elle devient ensuite sénatrice. Sous la Quatrième République, elle reprendra une partie des recherches ethnographiques de son mari, notamment sur la compréhension du langage sifflé, posant plus généralement le rôle des femmes d'administrateurs dans les études que certains d'entre-eux mènent à cette époque.
Le couple a deux enfants : Ginette, née le à Paris et morte en 1992, qui en 1946, quelques années après la mort de son père, épouse le jeune intellectuel sénégalais et ami de la famille Léopold Sédar Senghor ; un mariage qui sera dissous en 1956, avant l'indépendance du Sénégal. Charles Yves Joseph, surnommé « Charly », né le à Bangassou, en Oubangui-Chari (Afrique-Équatoriale française, actuelle République centrafricaine), mort le à Reims. Pilote de Spitfire dans les Forces aériennes françaises libres, à sa démobilisation en 1945, il devient pilote de ligne et vole en Égypte, puis en France pour la compagnie aérienne TAI (Transports aériens intercontinentaux) devenue UTA en 1963. Il sera détaché dans la péninsule indochinoise puis en Nouvelle-Calédonie. Il sera successivement qualifié sur DC3, DC4, DC6, DC7, DC8, DC10 et B747-200. Il est le premier pilote de ligne commandant de bord noir français.
Félix Éboué a deux autres fils de précédentes unions : Henry., né le à Bouka en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), mort le à Paris. Robert, né le à Bambari en Oubangui-Chari, mort le à l'âge de 91 ans, dont le corps repose au cimetière de Les Clayes-sous-Bois, près de l'église Saint-Martin des Clayes-sous-Bois (Yvelines). Celui-ci a de son premier mariage une fille Caroline et, de son deuxième mariage, une autre fille Sylvie et deux fils, Christian et Bertin.
Les quatre enfants ont combattu dans les Forces françaises libres, Henry et Robert dans la à partir de 1942, Charles dans les FAFL, Ginette dans les volontaires féminines. Henry Éboué s'est évadé d'un camp de prisonniers allemand, probablement en 1942.