Franz Joseph HaydnDans les documents anciens, on trouve parfois les graphies Haiden, Haidn, Hayden et Heiden () () , né le à Rohrau sur la Leitha en Basse-Autriche et mort le à Vienne, est un compositeur autrichien. Il incarne le classicisme viennois au même titre que Mozart et Beethoven, les trois compositeurs étant regroupés par la postérité sous le vocable de .

La carrière musicale de Joseph Haydn couvre toute la période classique, allant de la fin de la musique baroque aux débuts du romantisme. Il est à la fois le pont et le moteur qui a permis cette évolutionMarc Vignal, dans : Dictionnaire de la musique, Larousse, 2005.. L'image du . ne vient pas des titres de ou généreusement décernés au et même de nos jours. La création de ces genres relève d'une genèse un peu plus complexe, mais Haydn a très largement contribué à leur émergence et leur consolidation.

Deux de ses frères furent également musiciens, Michael Haydn également compositeur et collègue de Mozart à Salzbourg et Johann Evangelist Haydn, ténor que Joseph fit venir à Esterhaza en 1763..

Biographie vignette|alt=gravure : cathédrale de Vienne|redresse|Cathédrale Saint-Étienne de Vienne

Premières années Joseph Haydn est né le Il reste un doute sur la date de naissance entre le 31 mars et le avril, date figurant sur l'acte de baptême. Les indications données par Haydn lui-même à ses premiers biographes sont contradictoires dans une famille modesteSa maison natale a été transformée en musée en 1959 à Rohrau sur la Leitha à la frontière austro-hongroise. Son père Mathias (1699-1763) était charron et harpiste amateur ; sa mère, Anna Maria Koller (1707-1754), cuisinière chez le comte Harrach, seigneur de Rohrau. Il est le deuxième des douze enfants du couple, dont six survivront à l'âge adulte : Anna Maria Franziska (1730-1781), Johann Michael (1737-1806), également compositeur, Anna Maria (1739-1802), la seule ayant eu des descendants incontestés, Anna Katharina (1741- ?), dont on perd la trace après 1769, Johann Evangelist (1743-1805), ténor.

À l'âge de six ans il effectue son premier apprentissage musical auprès de son cousinOu son oncle, ou un lointain parent selon certains biographes., Johann Mathias Franck, maître d'école et maître de chœur à Hainburg, en Basse-Autriche, qui s'était engagé à le former. Dès sept ans, remarqué grâce à sa belle voix de soprano, il devient choriste dans la maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne où il est éduqué musicalement par Georg Reutter. Comme beaucoup d'autres à travers l'Europe, il fait donc partie des garçons qui chantent avec et dans le chœur professionnel d'une église. L'ensemble est placé sous la direction du Kapellmeister Georg Reutter le jeune, à la fois maître du chœur et maître de musique des enfants. Un frère de Joseph, Michael Haydn, futur compositeur, vint plus tard le rejoindre. Comme dans toute maîtrise, on y apprend les techniques et l'art du chant (à commencer par les différentes formes de chant liturgique) et plus généralement les différentes disciplines musicales (y compris l'harmonie et la composition). Joseph y apprit également à jouer du clavecin et du violonLucien Rebatet, Une histoire de la musique, Robert Laffont, 1969, . Mais il semble que l'enseignement qu'il reçut dans cette maîtrise n'ait pas été complet. Il l'affirmera plus tard : « Mes débuts ont toujours été liés à la pratique » et à l'utilitaire, sans vision globale de la formation. Reutter le renvoie de la maîtrise à l'âge de 18 ans, sa voix ayant mué et le temps d'études, dans toute maîtrise, ne se prolongeant pas au-delà de l'âge de dix-huit ou vingt ans. On recevait ordinairement une gratification qui rémunérait les services rendus et permettait de débuter dans le métier de musicien ou dans une autre profession. Joseph Haydn, quant à lui, relata « les durs moments qu'il passa » dans cette école musicale, sous les ordres de ce personnage fort avare, « mais aussi les bonnes farces qu'il y joua »Marc Honegger, Dictionnaire de la musique, Bordas, 1979.

Débuts difficiles Joseph Haydn fut le premier, avant Mozart, à vouloir devenir musicien indépendant. En tant qu'interprète, il ne s'orienta pas vers la profession de musicien d'église et ne devint que plus tard maître de chapelle. À Vienne, vers 1750-1752 (à l'âge de 18-), il mena d'abord une vie difficile. Livré à lui-même, il jouait occasionnellement du violon lors de sérénades, de bals et d'inhumations. Il donna aussi des leçons de piano à de jeunes élèves ainsi qu'à la comtesse de Thun. De même, il devint valet de chambre (qualification pouvant parfaitement signifier qu'il était employé comme musicien). Cette période n'est connue que par la narration qu'Haydn lui-même en fait à la fin de sa vie à ses premiers biographes, et . Il rapporte avoir été hébergé quelque temps par Johann Michael SpanglerHaydn fera embaucher sa fille Maria Magdalena comme soprano chez les Esterhazy en 1768., ténor à l'église Saint-Michel de Vienne, avant de s'installer dans une mansarde de la Michaelerplatz. Dans la même maison habitait le célèbre librettiste et poète Pietro Metastasio (Métastase).

En 1753, par l'intermédiaire de Métastase, il a la chance de faire la connaissance de Nicola Porpora, dont il devient le secrétaireCette période de sa vie est romancée par George Sand dans "Consuelo", où Joseph Haydn commence à servir Porpora comme laquais, afin de s'attirer ses bonnes grâces. Professeur de chant et compositeur renommé, Nicola Porpora lui dispense à son tour un enseignement concernant la composition des opéras, fait de lui son assistant et l'introduit dans les milieux aristocratiques. Haydn se forme également en autodidacte grâce à deux célèbres ouvrages : le Gradus ad Parnassum, traité de contrepoint rédigé par un compositeur de la cour, Johann Joseph Fux (1660-1741), et Der vollkommene Capellmeister (« Le Maître de chapelle accompli ») de Johann Mattheson.. Il est également influencé par la musique de Carl Philipp Emanuel Bach, deuxième fils de Jean-Sébastien. C'est au début des années 1750 que Haydn compose ses premières œuvres vocales (des Missæ brevis, messes brèves) et instrumentales dont il est impossible de préciser la chronologie exacte. Il rédige également, en 1751 ou 1752, la partition musicale (perdue) de l'opéra Der krumme Teufel (« Le diable boiteux »)sur un livret de Josef Felix Kurz-Bernardon.

vignette|En italien, di me giuseppe Haydn, « Par moi, Joseph Haydn ». En 1757 le baron Karl Joseph von Fürnberg (1720-1767) l'invite pour quelques mois à participer aux séances de musique de chambre dans son château de Weinzierl, près de Melk, où Haydn compose ses premiers divertimenti ou cassations pour quatuors à cordes, qui établirent sa renommée et sont à l'origine de la fortune de cette formation. L'année suivante, peut-être sur la recommandation de Fürnberg, il devient directeur de la musique chez le comte Karl Joseph von Morzin (1717-1783), qui est donc son premier employeur. Il compose alors ses premières symphonies pour un petit orchestre de seize musiciens..

À cette époque, il tombe amoureux d'une de ses élèves, Theresa Keller (1733-1819), fille d'un ami, et la demande en mariage. Mais Theresa étant destinée au couvent, Haydn accepte alors d'épouser sa sœur, de trois années plus âgée, Maria Anna Theresia Keller (1730-1800)Michael Lorenz, "Joseph Haydn's Real Wife", Vienne, 2014.. Les premiers biographes de Haydn, Albert Christoph Dies et Georg August Griesinger sont en désaccord pour reconnaître la qualité d'aînée entre Theresa et Maria Anna. Marié le , le couple n'eut pas d'enfant.

Haydn et les Esterházy vignette|gauche|redresse|alt=peinture : portrait|Nicolas Joseph Esterházy vignette|gauche|redresse|L'hôtel particulier de Fertőd où les Esterházy hébergèrent Haydn et ses musiciens. En difficulté financière, le comte Morzin doit se résoudre à dissoudre son orchestre. Joseph Haydn retrouve rapidement une place auprès d'une des plus grandes et des plus fortunées familles de la noblesse hongroise : celle des princes Esterházy. Le contrat signé le reflète bien la situation sociale des musiciens sous l'Ancien régime. Outre les formules qui pourraient être jugées aujourd'hui humiliantes, Haydn s'engage vis-à-vis du prince à lui réserver la totale exclusivité de ses compositions. Toutefois, contrairement à ce qui était fréquent à l'époque, Haydn ne sera jamais traité comme un simple laquais, et le prince, grand amateur de musique, rapidement conscient du génie de son employé, ne résistera pas à la demande extérieure des éditeurs et du public au sens large. La clause d'exclusivité disparaît d'ailleurs du nouveau contrat signé le entre le prince et Haydn.

Il sert cette famille pendant plus de trente ans. D'abord au service de Paul II Anton Esterházy (1711-1762), la plus grande partie de son activité de compositeur se confond avec le règne de son frère Niklaus (Nicolas dit « le Magnifique »), prince mécène, féru de musique, qui laisse à Haydn toute capacité de développer librement son génie. Haydn est engagé comme vice-maître de chapelle de Gregor Joseph Werner, auquel il est subordonné pour ce qui a trait à la musique de chœur. En revanche, toutes les autres musiques relèvent du nouveau vice-maître. Il devient maître de chapelle à la mort de Werner en 1766.

À partir de 1769, Haydn et ses musiciens s'installent définitivement au château d'Esterháza que le prince Nicolas entreprend d'édifier dès son avènement. Mais ils séjournent aussi et jouent dans les , notamment à Vienne, aux palais de la Wallnerstraße et de la Kärntnerstraße. À la mort de Nicolas , en 1790, son fils Paul-Anton (1738-1794) étant peu attaché à la musique, Haydn peut s'éloigner quelques années d'Esterháza et de Kismarton, séjours principaux de la famille princière. Il reprend un service plus régulier auprès du fils de Paul-Anton, Nicolas II (1765-1833), de son retour de Londres en 1795 à l'arrêt de sa carrière en 1802, se consacrant essentiellement, à la demande du nouveau prince, à la production de musique religieuse (messes, oratorios).

Pour assurer ses fonctions de maître de chapelle, Haydn dispose d'une troupe de chanteurs et d'instrumentistes de grand talent. Il dirige ses propres œuvres, mais aussi celles de ses contemporains, adapte de nombreux opéras italiens, compose des pièces spécifiques pour un type particulier de viole de gambe, le baryton, qui est l'instrument favori du prince Nicolas.

Durant les années passées au service des Esterházy, il écrit plus de cent symphonies (expérimentant dans ce domaine comme personne ne l'avait fait avant lui), des quatuors à cordes, concertos, sonates et pièces diverses pour clavier, opéras, divertissements et œuvres de musique sacrée. Rayonnant à partir des palais de la famille Esterházy, la célébrité de Joseph Haydn ne cesse de croître dans toute l'Europe, jusqu'à faire de lui le musicien le plus fêté et admiré du continent. Dès 1770, le prince l'autorise à diriger ses propres œuvres à Vienne. Dans les années 1780, Haydn reçoit des commandes directes et propose ses compositions en édition à Vienne, Paris et Londres.

Succès et ascension de Haydn à Paris