Itinéraires, « Chroniques et documents », est une ancienne revue catholique traditionaliste française fondée en et dirigée par Jean Madiran. Revue mensuelle, elle devient trimestrielle à partir de 1988, jusqu'à sa dernière parution en 1996.
Historique Fondation La revue est née à la suite de la parution en 1954-55 de deux pamphlets de Jean Madiran, Ils ne savent pas ce qu'ils font et Ils ne savent pas ce qu'ils disent, aux Nouvelles Éditions latines. Ce sont deux charges contre les milieux catholiques progressistes, contre leurs revues (La Vie catholique illustrée, Témoignage chrétien, Esprit) et leurs animateurs (Georges Hourdin, les R.P. Boisselot et Gabel, rédacteur en chef de La Croix).
Madiran leur reproche d'ignorer la dimension corporatiste de la doctrine sociale de l'Église et il dénonce leur philocommunisme.
La déclaration liminaire publiée dans le premier numéro en 1956 affirme la fidélité au pape et à l'Église ainsi qu'un solide anticommunisme :
Contributeurs Madiran obtient l'accord de relations et d'amis lors de la fondation de la revue : Louis Salleron, Marcel ClémentSur les relations entre Madiran et Marcel Clément, cf. le témoignage de Madiran dans Présent, 16 avril 2005 (en ligne) : il signale la « forte personnalité, assez tranchante » de Clément, son éloignement progressif d'avec la revue à partir du début des années 1960, et « quelque agacement réciproque » entre Salleron et Clément., Henri Charlier et l'homme de lettres Henri Pourrat promirent une collaboration régulière sans attendre d'avoir lu le premier numéro, tandis que l'amiral Gabriel Auphan, Henri MassisLe de janvier 1961 est consacré à célébrer les louanges de ce vétéran du maurrassisme, qui venait d'être élu à l'Académie française. Parmi les contributeurs de ce numéro : Jean de Fabrègues, le général Maxime Weygand, Salleron, Jean Ousset, Clément, le maréchal Juin, Henri Rambaud, Henry Bordeaux, Marcel de Corte et Jean de Fabrègues Fabrègues avait promis un article mais s'est ravisé, protestant contre une critique de Xavier Vallat adressée à son ami Rollet, président de la Fédération nationale catholique. Ce qui amena Salleron à adresser à la revue la lettre suivante : Et de moquer sa modération, les (Itinéraires, juin 1956).. Henri Rambaud participe également régulièrement à la revue par sa chronique des temps difficiles. Un numéro spécial sera édité à l'occasion de sa disparition en 1974. Salleron et l'amiral Auphan figurent parmi les membres et les fondateurs de l'association des « Compagnons d'Itinéraires », fondée en 1962 afin d'assurer le soutien financier de la revue.
Parmi les personnes ayant écrit dans Itinéraires, on compte quelques membres du clergé (l'abbé Victor-Alain Berto, l'abbé Dulac, le dominicain Roger-Thomas Calmel, dom Édouard Guillou). Et aussi des collaborateurs du quotidien Présent (François Brigneau, Hugues Kéraly et Bernard Antony, cofondateurs du journal avec Madiran, Georges-Paul Wagner, Francis Bergeron, Yves Daoudal, Alain Sanders, Christian Langlois, Jacques Ploncard d'Assac), Alexis Curvers, André Charlier, Gustave Thibon, Hyacinthe Dubreuil, Luc BarestaDe La France catholique., Jacques Perret, Jean Dumont, Judith Cabaud, le romancier Michel de Saint Pierre, ou encore Thomas Molnar, François NatterSous son nom de plume, Étienne Malnoux., Georges Laffly, Jean-Baptiste Morvan, Jean Crété, Luce Quenette, Louis Jugnet, François Saint-PierreItinéraires, , mai 1962 (« La co-gestion immobilière »), , juillet-août 1962 (« La communauté des acquêts »), , juin 1963 (« Déifier ou diviniser l'amour »), , septembre-octobre 1964 (« Grossir Paris ou aménager le territoire »). Son livre La co-gestion de l'économie est publié dans la collection « itinéraires » aux NEL en 1963. François Saint-Pierre, maurrassien, est le secrétaire général d'Aide au logement (1951-1983). Son action en faveur du logement et de l'accession à la propriété pour les « mal logés » est imprégnée de la doctrine sociale de l'Église (responsabilité et action privée des possédants en faveur des plus pauvres, pour le bien commun) et hostile à la fois au libéralisme et à l'étatisme. Cf. son article dans L'Action française 2000, , « Une formule libératrice », p. 8. On va aussi le trouver comme conférencier aux congrès de l'Office en Suisse, en 1964 et 1969.
La revue publie aussi des articles de traditionalistes étrangers, tels que le brésilien Gustavo Corção ou Charles De Koninck. Parmi les autres contributeurs, on note également des hommes issus de la gauche, devenus anticommunistes et catholiques (Henri Barbé, Georges Dumoulin, Georges SaugeAvec notamment un article sur « tactique et stratégie communiste » dans le ., Achille Dauphin-Meunier). Elle organise une réunion en avec ses collaborateurs traditionalistes et d'anciens meneurs de l'Algérie française (le général Raoul Salan et le colonel Antoine Argoud)Éd. Itinéraires, 15 mars 1975, plaquette commémorative de la première réunion organisée par la revue. Avec Madiran, Henri Charlier, Salleron, Marcel de Corte, Jacques Perret, Hugues Kéraly, le Père de Chivré, le Père Calmel, Alexis Curvers et l'amiral Auphan..
Prises de position La revue critique les catholiques progressistes, tel le père jésuite Michel Bigo, directeur de la Revue de l'action populaire et de l'Institut d'études socialesItinéraires, décembre 1956, Louis Salleron, « Lettre à Jean Madiran sur le P. Bigo ». Bigo, né en 1906, est docteur en droit ; il a soutenu une thèse sur le marxisme (Marxisme et humanisme. Introduction à l’œuvre économique de Karl Marx, PUF, 1953). Il est alors supérieur-directeur de l'Action populaire, de 1952 à 1958. Sur Bigo, cf. Étienne Fouilloux, « L'Action populaire au temps de la reconstruction 1946-1958 », dans Chrétiens et sociétés , 11/2004 (en ligne), qui montre que Bigo « subit les assauts du courant intégriste » (attaques de Salleron, Madiran, l'abbé Georges de Nantes)..
Au lendemain de Vatican II, l'épiscopat français met en garde en 1966 les catholiques contre Itinéraires et d'autres périodiques partageant la même sensibilité, ce qui équivaut à une condamnation. Le communiqué publié le par le conseil permanent de l'épiscopat met en garde contre C'est que la revue dénonce les réformes post-conciliairesPar exemple cet article de Louis Salleron en février 1964 : , à propos de ce qu’il estime être le scandale de la traduction du « consubstantialem patri » dans le Credo (religion), du fait de « l'invasion vernaculaire » et du déclin du latin : « de même nature que le père » au lieu de « consubstantiel au père », ce qui « laisse ouverte la porte à l'hérésie » et ce qui est « tellement significatif de l'abdication catholique devant les exigences de la modernité », selon l'expression de Madiran.. Elle s'engage successivement dans la bataille du catéchisme, dans celle de la messe traditionnelleLouis Salleron publie un article dénonçant la dans le , en novembre 1967., enfin dans le soutien à Marcel Lefebvre, du moins jusqu'à la rupture entre cet évêque et Rome.
Cette revue de réflexion n'a pas seulement abordé des thématiques religieuses ; elle a aussi évoqué des questions politiques (le nationalismeÀ partir d'un article de Marcel Clément sur Pie XII et le nationalisme dans le dItinéraires, , p. 60-62 : cf. M. Clément, Enquête sur le nationalisme, NEL, 1957., le socialisme, le communisme, la guerre d'AlgérieItinéraires, mai 1957 : Madiran dénonce « l'imposture » de la campagne contre l'armée et contre l'emploi de la torture : évoquer des « représailles parfois excessives en taisant les constantes atrocités qui les ont provoquées » est un « mensonge en lui-même immoral » et il l'est « plus encore quand il est fabriqué et propagé, contre leur patrie, par des catholiques français ».), sociales (le corporatismeDans la deuxième moitié des années 1950, la revue se livre à une « enquête sur la corporation », à l'initiative de Marcel Clément, interrogeant nombre d'intellectuels de droite sur le corporatisme. En effet, Madiran s'indigne de ce que le corporatisme est passé sous silence par les catholiques progressistes, alors qu'il fait partie de l'enseignement pontifical. Cf. l'étude d'Olivier Dard sur cette enquête dans Olivier Dard, « La peau de chagrin du corporatisme dans les droites nationalistes françaises des années 1950-1980 », in Olivier Dard (dir.), Le Corporatisme dans l'aire francophone au . Le siècle du corporatisme, Berne, Peter Lang, 2011, p. 70-81., l'éducationPar exemple les articles d'Étienne Malnoux à la fin des années 1960 sur les réformes universitaires.), internationales (le Chili dans les années 1970), historiques
Collection « Itinéraires » Madiran dirige la collection « Itinéraires » publiée par les Nouvelles Éditions latines. Elle publie ses propres textes, ceux des principaux collaborateurs de la revue, et d'autres auteurs comme Amédée d'AndignéUn apôtre de la charité : Armand de Melun, 1961. Le comte d'Andigné (1900-1993), camérier secret de Pie XII, docteur en droit, a joué un rôle majeur dans l'essor de la Cité catholique de Jean Ousset ; il sera président des Amis de la Cité catholique, puis délégué général de l'Office international des Œuvres de formation civique et d'action naturelle selon le droit naturel et chrétien. Cf. Permanences, , , « In memoriam ». ou Claude-Joseph GignouxJoseph de Maistre, prophète du passé, historien de l'avenir, 1963..
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Archives L'intégralité des numéros de la revue est publiée sur CD-ROM.
Bibliographie Jean Madiran, Éditoriaux et chroniques, tome I : De la fondation d'''Itinéraires à sa condamnation par l'épiscopat (1956-1966), Éditions Dominique Martin Morin, 320 p., . Jean Madiran, L'Hérésie du , NEL, 1968, . Jean Madiran, Réclamation au Saint-Père, NEL, 1974, . Denis Pelletier, La Crise catholique : religion, société, politique en France (1965-1978), Payot, 2002. Annibale Bugnini, La Réforme de la liturgie (1948-1975), Desclée de Brouwer, 2015.
Liens externes
Site de la revue Itinéraires : index de l'ensemble des articles parus de 1956 à 1996. « La Tradition en France avant la Fraternité Saint-Pie X » sur revue-item.com'', 2014.
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