Eugène Tisserant est un orientaliste et un cardinal français, né le à Nancy et mort le à Albano Laziale (Latium). Ayant vécu sous le pontificat de sept papes, il adopte une attitude progressiste au sujet de l'unionisme, de la condamnation du Sillon, de la crise néothomiste et moderniste. Il est reconnu Juste parmi les nations en 2021.

Biographie Issu d'une lignée de vétérinaires catholiques (son père est marguillier de sa paroisse nancéienne, un de ses frères Charles Tisserant deviendra père spiritain et missionnaire en Afrique), il obtient son baccalauréat ès lettres et ès sciences à seize ans, termine sa théologie au Grand séminaire de Nancy à vingt ans. L'âge de 23 ans étant requis pour être ordonné prêtre (ordination le ), il est autorisé à faire des études supérieures à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem puis à l'École nationale des langues orientales vivantes, l'École pratique des hautes études, l'École du Louvre et l'Institut catholique de Paris, où il est notamment l'élève de François MartinÉtienne Fouilloux, Eugène Tisserant (1884-1972), le cardinal qui connut six papes, Canal Académie, 16 octobre 2011.. Eugène Tisserant commence sa mission ecclésiastique en devenant, à l'âge de 24 ans, conservateur des manuscrits orientaux à la Bibliothèque vaticane, rôle qui lui permet de poursuivre sa passion pour les langues orientalesPolyglotte, il parle douze langues dont cinq orientales : l'hébreu, le syriaque, l'arabe, l'éthiopien et l'assyrien. et l'archéologie. Il enseigne l'assyrien aux étudiants de l'université pontificale de l'Apollinaire à partir d'.

Il est mobilisé au d'infanterie de Troyes lors de la Première Guerre mondiale et, blessé à la tête au Grand-Couronné, le . Il devient officier interprète., rejoint les services secrets français de la section d'Afrique de l'état-major de l'Armée. Il participe à la campagne de Palestine du au . Il est nommé sous-lieutenant au de tirailleurs algériens, le , puis après avoir pris part à la bataille de Megiddo (16-) lieutenant le . Il est démobilisé le . En , il devient profès de la Société des prêtres de saint François de SalesFondée en 1876 par l'abbé Henri Chaumont (1838-1896)., union pieuse à la spiritualité salésienne dont il sera membre toute sa vie. Son probateurC'est-à-dire son directeur spirituel. sera Charles Ruch et à la fin de sa vie, l'abbé Samuel HecquetOrdonné prêtre en 1907 pour l'archidiocèse de Paris et mort le 19 juin 1970.. Retrouvant son poste d'assistant du préfet, Giovanni Mercati, à la Bibliothèque vaticane, il participe au mouvement de canonisation de Jeanne d'Arc en 1920, ainsi qu'à la normalisation des relations entre la France et le Saint-Siège, devenues délicates dans les années qui suivirent la Loi de séparation des Églises et de l'État (loi du ).

Camérier secret surnuméraire le , il est nommé chanoine honoraire de Nancy en 1927 par , puis chanoine d'honneur du même chapitre pendant la Seconde Guerre mondiale. Il dirige la Bibliothèque vaticane à partir de En tant que pro-préfet.. Associé correspondant national de l'Académie de Stanislas à partir de 1932« Table alphabétique des publications de l'Académie de Stanislas (1950-2000) » sur le site l'Académie., il est président de la Commission biblique pontificale de 1938 à 1949. 150px|vignette|gauche|armoiries de cardinal Il est créé cardinal avec le titre de cardinal-diacre Santi Vito, Modesto e Crescenzia par Pie XI lors du consistoire du et secrétaire de la Congrégation pour l'Église orientale (devenue depuis Congrégation pour les Églises orientales), qu'il va diriger jusqu'en .

Il est l'un des six cardinaux français à participer au conclave de 1939 à l'issue duquel Pie XII est élu. Farouchement antinaziGilles Ferragu, « Les Églises en guerre mondiale » dans Alya Aglan et Robert Frank (dir.), 1937-1947 : La Guerre-monde, tome II, Gallimard, 2015, ., il rencontre en 1939 Henri Navarre, membre des services secrets français, et apporte son soutien à tous les réseaux catholiques qui protégeaient les juifs. Il a joué un rôle de premier plan comme diplomate officieux dans la Seconde Guerre mondiale. Il a condamné les Oustachis et la participation d'ecclésiastiques et de moines franciscains au génocide des Serbes dans l'État indépendant de Croatie.

Eugène Tisserant a aussi, pendant l'après guerre, protégé des collaborateurs français. Il a ainsi, auprès du cardinal Montini, recommandé chaleureusement Alfred Giaume, chef départemental de la Milice des Alpes-Maritimes et dirigeant du Secrétariat général de la Milice.

D'un caractère très affirmé, il s'oppose à Pie XII, en 1950, sur la promulgation du dogme de l'Assomption, en avançant la thèse que ce dogme est inutile parce qu'il heurterait les Églises orthodoxes et que la tradition de la Dormition de la Vierge serait suffisante. Cependant, en tant que doyen du Sacré CollègeDepuis le 13 janvier 1951., c'est lui qui présente au Pape la requête de l'ensemble des évêques en faveur du nouveau dogme.

Il préside, en tant que doyen du Collège des cardinaux, les deux conclaves de 1958 (élection de Jean XXIII) et 1963 (élection de Paul VI). De 1951 à 1967, il est le dernier préfet de la Congrégation des cérémonies.

Anticommuniste, il a noué en France des relations avec Georges AlbertiniPierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012. En 1960, il offre son soutien au Centre d'études supérieures de psychologie sociale de Georges Sauge, un militant catholique anticommuniste. Son collaborateur, Mgr Tito Mancini, déclare devant des membres dudit Centre :

Il est élu à l'Académie française en 1961, succédant au duc de Broglie..

Il accompagne Paul VI dans ses voyages apostoliques en Terre sainte (c'est la première fois qu'un pape s'y rend en pèlerinage) et en Inde. À une époque où les papes ne voyageaient pas, ces voyages font sensation.

À la suite du motu proprio Suburbicariis Sedibus du et du motu proprio Ecclesiæ Sanctæ du , il démissionne du gouvernement pastoral des diocèses suburbicaires d'Ostie et de Porto et Santa Rufina, le , recevant le siège titulaire de ces dernières.

Il démissionne de toutes ses charges le et meurt le à Albano Laziale.

Après ses funérailles célébrées en la basilique Saint-Pierre et présidées par le pape Paul VI (qu'il avait consacré archevêque de Milan le ), il est inhumé en la cathédrale des Sacri Cuori di Gesù e Maria, siège du diocèse suburbicaire de Porto et Santa Rufina, qu'il avait fait construire à La Storta, aux portes de Rome. Sa bibliothèque de 20.000 volumes, comprenant d'importantes collections orientalistes, est léguée à la Bibliothèque Diocésaine de Nancy.

Le cardinal Eugène Tisserant est reconnu Juste parmi les nations en 2021.

Distinctions thumb|left|Monsieur le Cardinal Tisserant, portrait par Serge Ivanoff, Rome, 1937 60px Grand-croix de la Légion d'honneur, 1957.. 60px Croix de guerre 1914-1918, 1919. 60px Chevalier grand-croix de l'ordre d'Isabelle la Catholique, 1951. 60px Grand-croix de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne, 1958. 60px Cardinal grand maître et chevalier de l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, 1960-1972. 60px Chevalier grand-croix au grand cordon de l'ordre du Mérite de la République italienne, 1961. : Juste parmi les nations, 2020.

Succession apostolique

Succession apostolique 50px|center Consécrateur Pie XII Premier coconsécrateur principal Second coconsécrateur principal Charles-Joseph-Eugène Ruch Date de la consécration Consécrateur de Évêque Date de la consécration Hailé Mariam Cahsai Ghebre Jesus Jacob Paolo Bertoli Pietro Sfair Raffaele Forni Joseph Parecattil Paul VI Thomas Mongo Bernardin Gantin Tito Mancini Federico Callori di Vignale Benno Walter Gut Francis John Brennan

Bibliographie Étienne Fouilloux, Eugène cardinal Tisserant (1884-1972), une biographie, Desclée de Brouwer, 2011 . . Discours prononcé dans la séance publique tenue par l'Académie française pour la réception du cardinal Tisserant, Paris, Institut de France, 1962, 23 (hommage de Maurice de Broglie par le cardinal et hommage du cardinal par Wladimir d'Ormesson).

Notes et références Notes

Références

Liens externes

Sa biographie par Etienne Thevenin, professeur à l'université de Nancy II « Vatican connection » : polémique sur son rôle dans la fuite des nazis en Amérique du Sud

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