Le , deux Boeing 747 entrent en collision sur l'aéroport de Tenerife, dans les îles Canaries, entraînant la mort de . Alors que l'aéroport de Los Rodeos, sur l'île de Tenerife, est plongé dans le brouillard, un 747-200 de la KLM Royal Dutch Airlines entame son décollage et percute un 747-100 de la Pan American World Airways qui est en train de remonter la piste. Cet accident reste la plus grande catastrophe aérienne de l'histoire de l'aviation (non intentionnelle, si on exclut les attentats du ).

Contexte Leur destination était l'aéroport de Gran Canaria, qui dessert Las Palmas, sur l'île voisine de Grande Canarie. Mais à la suite d'une attaque à la bombe (qui fait un blessé grave) liée au Mouvement pour l'autodétermination et l'indépendance de l'archipel des Canaries (MPAIAC), un mouvement séparatiste des îles Canaries, dans l'aérogare de l'aéroport de Las Palmas, cet aéroport a été provisoirement fermé.

Tous les vols vers l'aéroport de Gran Canaria ont donc été reroutés vers Tenerife, d'où ils devaient repartir une fois levée la fermeture de l'aéroport de Gran Canaria.

Vol KLM 4805 Le vol 4805 de la KLM Royal Dutch Airlines est un vol charter international, assuré pour le compte d'Holland International Travel Group, qui est arrivé de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol, aux Pays-Bas. Son équipage est composé du commandant de bord Jacob Veldhuyzen van Zanten (), du copilote Klaas Meurs () et du mécanicien navigant Willem Schreuder (). Au moment de l'accident, le commandant van Zanten était l'instructeur de vol en chef de KLM Royal Dutch Airlines, avec 11 700 heures de vol à son actif, dont 1 545 heures sur 747. Le copilote Meurs totalise 9 200 heures de vol, dont 95 heures sur 747. Le mécanicien navigant Schreuder compte 17 031 heures de vol, dont 543 heures sur 747.

L'avion est un Boeing 747-206B, immatriculé PH-BUF et baptisé Rijn (Rhin). L'avion de la KLM transporte 14 membres d'équipage et 235 passagers, dont 52 enfants. La plupart des passagers sont des ressortissants néerlandais ; quatre Allemands, deux Autrichiens et deux Américains sont également à bord. Après l'atterrissage à Tenerife, les passagers ont été transportés au terminal de l'aéroport. L'une des passagères à l'arrivée, Robina van Lanschot, qui vivait sur l'île avec son petit ami, a choisi de ne pas remonter à bord du 747, laissant 234 passagers à bord.

Vol Pan Am 1736 Le vol 1736 de la Pan American World Airways a décollé de l'aéroport international de Los Angeles, avec une escale prévue à l'aéroport international de New York - John-F.-Kennedy (JFK). L'appareil est un Boeing 747-121, immatriculé N736PA et baptisé Clipper Victor. Il s'agit du premier 747 livré à une compagnie aérienne. Sur les 380 passagers, 14 d'entre eux avaient embarqué à New York, où l'équipage avait également été renouvelé. Tous les passagers à bord étaient américains, à l'exception de cinq passagers de nationalité canadienne.

Le nouvel équipage était composé du commandant de bord Victor Grubbs (), du copilote Robert Bragg (), du mécanicien navigant George Warns () et de 13 agents de bord. Au moment de l'accident, le commandant Grubbs totalise 21 043 heures de vol, dont 564 heures sur 747. Le copilote Bragg cumule 10 800 heures de vol, dont 2 796 heures sur 747. Le mécanicien navigant Warns compte 15 210 heures de vol, dont 559 heures sur 747.

Cet avion particulier a effectué son vol commercial inaugural du 747 le . Le , au cours de sa première année de service, il est également devenu le premier 747 à être victime d'un détournement d'avion : en route entre JFK et l'aéroport international Luis-Muñoz-Marín de San Juan, à Porto Rico, il a été détourné vers l'aéroport international José-Martí de La Havane, à Cuba.

Déroulement thumb|left|Animation reconstituant la collision. Lors de l'approche de sa destination, le vol 1736 de la Pan Am, en provenance de Los Angeles et avec à bord, dont d'équipage, est informé de la fermeture de l'aéroport de Las Palmas. L'équipage du Boeing demande alors à attendre dans les airs, mais il lui est ordonné de se dérouter vers Los Rodeos, aéroport régional de l'île voisine de Tenerife, en même temps que d'autres avions. Le vol 4805 de la KLM, en provenance d'Amsterdam et avec à bord, dont d'équipage, reçoit la même instruction du contrôle aérien.

Los Rodeos lang=fr|vignette|upright=1.4|Carte simplifiée de l'aérodrome de Los Rodeos. vignette|upright=1.4|Détail de la piste de Los Rodeos. Lorsque l'aéroport de Las Palmas rouvre, le petit aéroport de Tenerife est saturé. Cinq gros appareils au moins ont été déroutés sur cet aéroport régional, qui ne peut les accueillir facilement. L'aéroport consiste en une piste unique longée par une voie de circulation (taxiway), à laquelle elle est reliée par quelques bretelles. Les avions déroutés sont stationnés sur une partie du taxiway, ce qui implique que ce dernier ne peut être utilisé sur toute sa longueur pour permettre aux avions d'aller se mettre au bout de la piste en position de décollage. Les appareils sont donc obligés d'effectuer une partie du roulage vers l'emplacement de décollage en remontant la piste. De plus la piste est légèrement en pente et, surtout, très légèrement bombée de quelques mètres ce qui constitue un défaut surtout par temps de brouillard ou de pluie donc de mauvaise visibilité.

Des nappes de brouillard intermittentes mais denses passent sur la piste, phénomène habituel en cette période de l'année pour cet aéroport situé en altitude mais proche de la mer. En effet, à cause de cette altitude, les montagnes longeant les pistes bloquent les nuages, qui sont « coincés » au-dessus de l'aéroport et de la ville. Le petit aéroport ne dispose pas de radar permettant aux contrôleurs de visualiser les avions au sol. Ils ne peuvent donc que compter sur la clairvoyance des pilotes manœuvrant sur l'aéroport pour connaître la position des différents avions.

Mise en situation Après que les autorités ont rouvert l'aéroport de Las Palmas, le Boeing de Pan Am se trouve alors prêt à aller se positionner pour le décollage. Mais celui-ci est bloqué par l'appareil de KLM et par un camion-citerne. Le commandant Van Zanten a en effet décidé de faire le plein de kérosène à Los Rodeos plutôt qu'à Las Palmas, apparemment pour gagner du temps à l'escale suivante ; ceci prend environ . Une fois le plein des réservoirs fait, les passagers peuvent regagner l'avion. Mais la recherche d'une famille de quatre personnes retarde encore le décollage.

Une guide touristique, Robina Van Lanschot, du vol de KLM, qui souhaitait se rendre aux îles Canaries où elle travaillait, a choisi de ne pas rembarquer, malgré les ordres de la compagnie, parce qu'elle habite à Tenerife et ne veut pas repartir vers Las Palmas pour revenir le lendemain ; elle a donc indirectement échappé à la catastrophe, et sera quelquefois faussement présentée comme rescapée du drame. L'avion de KLM s'apprête à partir en premier, suivi par celui de Pan Am.

La collision Le vol 4805 est aligné au seuil de piste, prêt à décoller. En parallèle, le vol 1736 remonte la piste, la première partie du taxiway étant bloquée. Il doit, selon les instructions de la tour de contrôle, prendre une des bretelles pour revenir sur la partie libre du taxiway et enfin rouler jusqu'au seuil de piste, prenant sa place derrière le KLM et attendant son tour pour décoller. Le 747 de la KLM entame alors son décollage sans l'autorisation du contrôleur, tandis que celui de la Pan Am est toujours en train de remonter la piste, et finit par percuter celui-ci sur son travers droit, à près de , malgré une tentative de décollage anticipé de dernière seconde des pilotes de la KLM dès qu'ils aperçoivent l'avion de Pan Am.

Les deux gros-porteurs de se percutent. Le train d'atterrissage avant de l'avion de la KLM frôla le flanc droit du 747 de la Pan Am, mais ses deux moteurs gauches, le bas du fuselage et le train d'atterrissage principal percutèrent le côté supérieur droit du fuselage du vol 1736, pulvérisant la partie centrale de l'appareil presque directement au-dessus de l'aile droite. Les moteurs droits du 747 de la KLM ont traversé le pont supérieur de celui de la Pan Am, juste derrière le cockpit, tuant instantanément tous ceux qui s'y trouvaient. L'aile gauche coupe la dérive au ras de la gouverne de direction. Les passagers du 747 américain voient les cloisons s'ouvrir autour d'eux, le plafond disparaître, le plancher s'effondrer. Les réservoirs de l'aile droite sont déchirés et le carburant s'enflamme

Le 747 de la KLM resta brièvement en l'air, mais l'impact avait arraché le moteur n°1 (extérieur gauche), provoqué l'ingestion d'une quantité importante de débris par le moteur n°2 (intérieur gauche) et gravement endommagé les ailes. L'appareil décrocha immédiatement, effectuant un roulis trés brusque et s'écrasa au sol environ après le point de collision, glissant sur la piste sur supplémentaires. Au contact de la piste, la totalité du carburant, à l'origine du retard, s'enflamma instantanément, formant une immense boule de feu qui ne put être maîtrisée que plusieurs heures plus tard.

Du 747 de Pan Am, quelques personnes parviennent à s'échapper de la carcasse brûlante. (le commandant de bord, le copilote, le mécanicien navigant, (Dorothy Kelly, Carla Johnson, Joan Jackson et Suzanne Donovan) et ) sur les 396 présentes à bord survivront. La chaleur dégagée par l'incendie est telle que le brouillard initialement présent sur l'aéroport disparaît dans un rayon d'un kilomètre autour du sinistre.

La collision, suivie de l'embrasement des appareils, a coûté la vie à et membres d'équipage. Parmi les victimes de Pan Am se trouvait notamment Eve Meyer, l'épouse du réalisateur Russ Meyer, qui avait été miss juin 1955 dans le magazine Playboy.

Enquête Plus de aéronautiques, espagnols, néerlandais et américains, plus des représentants des deux compagnies participèrent à l'enquête.

Le rapport d'expertise de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). a démontré que le commandant de bord du 747 de KLM, Jacob Veldhuyzen van Zanten, n'avait pas attendu l'autorisation de décollage ; il était aligné mais n'avait pas reçu de la tour de contrôle la clairance nécessaire. L'autre avion, celui de Pan Am, avait en revanche suivi la procédure, malgré une période d'hésitation de plus d'une minute pour comprendre quelle était la bonne voie de service. En effet, l'instruction donnée par la tour de contrôle était « », c'est-à-dire « roulez sur la piste, et quittez-la à la troisième à gauche ». L'équipage a alors hésité : s'agissait-il de ou de ? Le contrôleur a donc confirmé en disant « », mais l'ambiguïté n'était pas levée du tout, cette instruction pouvant également être comprise comme « ». L'équipage, encore hésitant, a finalement compté uno, dos, tres en espagnol pour être bien sûr qu'il fallait compter trois intersections. De plus, la troisième intersection présentait un angle trop aigu pour virer facilement. L'imposant Boeing de Pan Am a donc roulé jusqu'à la quatrième bretelle, dont l'angle d'entrée était plus ouvert, en dépassant la troisième sans la voir dans le brouillard.