Edvard Munch, prononcé , né le à Ådalsbruk (Løten en Norvège) et mort le à Oslo ., est un peintre et graveur expressionniste norvégien.
Edvard Munch peut, a posteriori, être considéré après l'exposition berlinoise de 1892, comme le pionnier de l'expressionnisme dans la peinture moderne. Il est très tôt réputé pour son appartenance à une nouvelle époque artistique en Allemagne et en Europe centrale. L'importance de son œuvre est aujourd'hui reconnue en Europe et dans le monde.
Les œuvres de Munch les plus connues sont celles conçues au début des années 1890, notamment Le Cri. Son œuvre ne connaît véritablement le succès dans les pays nordiques qu'à partir de 1909, grâce à la grande exposition rétrospective organisée par son ami Jappe Nilssen et par Jens Thiis, directeur de la galerie nationale d'Oslo. Le peintre absent est momentanément convalescent dans une clinique privée de Copenhague, après y être entré en état de dépression nerveuse, victime de troubles graves du comportement, physiques et nerveux, en 1908.
Ses techniques de prédilection sont la peinture et la tempera sur carton. Il est un pionnier de l'art accessible à tous, dévoilé, montré et non caché, dans les rues et les espaces publics, dans les divers lieux de nature.
Edvard Munch a toujours été captivé par les paysages de rivage du fjord d'Oslo, qu'il a découverts dans sa jeunesse par des chemins de terre, puis jeune artiste depuis la mer grâce à Hans Jaeger, capitaine affréteur de petits navires d'excursion et de cabotage de loisir. Quelques-unes de ses contrées sont devenues des lieux emblématiques de sa vie.
Biographie
Jeunesse vignette|gauche|Autoportrait, 1882, Musée Munch. Edvard Munch naît, dans un corps chétif, le à Løten. Il n'est pas baptisé à la cathédrale Saint-Paul, mais à la maison car sa famille craint un refroidissement. Il grandit dans diverses localités aux mœurs disparates, mais assez proches de la capitale norvégienne, KristianaUne autre graphie ancienne française est « Christiania ». Il s'agit de la capitale, Oslo.. Son père, Christian Munch (1817-1889), est un médecin militaire aux revenus assez modestes, il est pourtant issu d'une famille bourgeoise, prestigieuse et puritaine, qui compte de grands historiens, artistes et fonctionnaires. Le frère du père est l'historien Peter Andreas Munch, le premier Norvégien qui a eu accès aux archives secrètes du Vatican. Une stèle commémorative romaine, inaugurée par Henrik Ibsen et une délégation norvégienne, a été dressée après sa disparition en 1863.
Edvard porte le prénom du grand-père de la lignée Munch.
Son père, Christian, doit constamment déménager pour accomplir méticuleusement sa fonction, suivi par sa famille.
Sa jeune épouse, de vingt ans sa cadette, Laura Cathrine Bjølstad, est la fille d'une famille paysanne de riches agriculteurs, mais marquée par les stigmates de la tuberculose. Elle est attirée par la peinture et initie sa fille aînée, Johanne-Sophie, de tempérament plus calme que Edvard, le garçon turbulent, cadet d'une année. Éprouvée par cinq grossesses successives, elle meurt de la tuberculose. Son départ laisse la famille dans le désarroi, un mari veuf âgé de 50 ans, profondément religieux, parfois mystique et tourmenté, la fille aînée Sophie de 6 ans, Edvard qui n'a que 5 ans, le petit Peter Andreas de 3 ans, les bébés Laura Cathrine de 1 an et Inger, qui vient de naître. gauche|vignette|Karen Marie Bjølstad, 1888, Musée Munch. Mais la sœur cadette de l'épouse morte, Karen Marie Bjølstad, qui n'a pas de dot importante et veut sortir de sa condition paysanne, s'empresse de reprendre le rôle maternel. Elle a le même tempérament artiste que la défunte mère. Et les plus grands enfants qui habitent à cette époque 30, rue Pilestradet dans la banlieue périphérique de Kristiana, reprennent leurs collages de papier, agrémentés de mousses et de feuilles, collectés lors de longues promenades vivifiantes.
La famille continue à vivre dans différentes banlieues, parfois ouvrières, parfois plus bourgeoises, parfois encore paysannes et misérables. vignette|Soeur d'Edvard Munch, Laura Munch, 1882, Musée Munch. Edvard poursuit ses études secondaires à l'école de la cathédrale de Christiania. Il est toujours de santé fragile et de faible constitution, accablé de bronchites chroniques et de poussées fiévreuses durant son enfance, mais c'est sa sœur aînée Johanne Sophie (1861-1877) qui est la victime suivante en 1877 de la phtisie (une des formes de la tuberculose). Celle qui était la jeune artiste de la famille décède à 15 ans dans le fauteuil d'osier que gardera la famille, puis Edvard jusqu'à sa mort. Une plus jeune sœur, Laura Cathrine, est rapidement diagnostiquée comme souffrant de « mélancolie » (aujourd'hui dépression grave). Laura Cathrine (1866-1926) est internée à l'asile à vingt ans à cause de profondes névroses et y demeure sa vie durant. Des cinq enfants, seul son frère Andreas (1865-1895) devenu médecin, se marie, mais il meurt brusquement d'une pneumonie quelques mois après son mariage. Munch revient le plus souvent aux impressions de maladie, de mort et de tristesse. Inger (1868-1952) immortalisée dans ses jeunes années dans le tableau Ma sœur Inger exposé avec succès en 1885 à l'exposition universelle d'Anvers reste, comme Edvard, célibataire toute sa vie.
Le , Munch écrit dans son journal : Il a alors seize ans..
Mais son père, patriarche autoritaire, le contraint à des études techniques d'ingénierie, tout en le laissant s'adonner à ce qu'il considère seulement comme un passe-temps. Il l'inscrit d'office à l'école technique de Christiana.
L'Enfant malade est une toile de jeunesse de Munch, réalisée dans la maison au de Schouss Plass, dans la banlieue ouvrière de Grünerløkka. Celle qui incarne la figure maternelle est la tante Karen-Marie Bjølstad (1839-1931). Une première brouille surviendra entre le neveu et la tante au fort caractère, lorsque le premier artiste griffe violemment la toile. Une seconde séparation beaucoup plus durable sur le plan affectif se place entre 1902 et surtout 1910, lorsque l'artiste commence à revenir plus fréquemment en Norvège, sa tante lui reprochant sa vie dissolue. Au point que l'artiste âgé n'assista aux obsèques de la tante, qui l'avait éduqué et élevé, qu'à courte distance de l'église et du cimetière, ne pouvant pas sortir de sa voiture.
Réalisme vignette|L'Enfant malade, 1885-1886. Munch étudie deux années à l'école technique avant de se consacrer très sérieusement à l'art. Désertant les mathématiques, malgré les colères et exhortations de son père consterné, il étudie les anciens maîtres, s'associe à un petit groupe d'étudiants en peinture désargentés qui louent un modeste atelier proche de la rue Karl Johann, suit le cours de dessin de nu à l'école royale de dessin et obtient pendant un temps la correction du plus grand naturaliste norvégien de l'époque, Christian Krohg. Ses premières œuvres sont imprégnées du réalisme français et, rapidement, il se révèle comme un grand talent. Christian Krohg et ses amis, Erik Werenskiold et Frits Thaulow, pressentant un probable grand artiste, parviennent à lui faire octroyer une première bourse d'études par le ministère. En 1885, Munch est admis à l'école royale de design.
En 1885, Munch effectue un court séjour à Paris. Cette même année, il commence son travail sur un tableau décisif, L'Enfant malade. Pour Munch, il s'agit de sa sœur aînée Sophie qu'il nomme également Berta et Maja, dans des délires fiévreux. Il travaille longtemps sur ce tableau, à la recherche d'une « première impression » et d'une expression picturale satisfaisante pour transcrire une expérience personnelle douloureuse. Il renonce à l'espace et à la forme plastique et opte pour une composition rappelant une icône. Il dira : La surface du tableau montre les signes d'un processus créatif difficile. La critique est très négative.
Durant un séjour en 1889, il apprend par hasard à Paris dans un journal norvégien la mort de son père. Il se souvient alors que celui-ci, requis par un patient, avait finalement réussi à se libérer pour lui crier son nom et lui adresser par geste un ultime salut, un père minuscule et au crane chauve s'éloignant sur le quai tel qu'il le vit depuis le haut pont du navire.
Les œuvres principales des années suivantes sont moins provocantes par leur forme. Inger à la plage, en 1889, montre l'aptitude de Munch à la représentation d'atmosphère lyrique, dans la même veine que le néoromantisme de l'époque. Il peint ce tableau à Åsgårdstrand, une petite ville du littoral des alentours de Horten. Le littoral très sinueux, caractéristique de cette région, se retrouve comme leitmotiv significatif dans de nombreuses compositions de Munch.
Christiania-Bohème En 1889, il peint notamment le portrait de l'auteur norvégien du roman Scènes de la Bohème de Kristiania, son ami Hans Jæger. La fréquentation dans la seconde moitié des années 1880 de Jæger et de son cercle d'anarchistes radicaux (la Bohème de Christiania) marque un tournant décisif dans la vie de Munch, et est la source d'une mutation et d'un conflit interne. C'est à cette époque que commence sa vaste production biographique littéraire, qu'il reprendra à plusieurs moments de son existence. Ces premiers dessins fonctionnent comme des « consultations » des différentes motivations centrales des années 1890. En accord avec les idées de Jæger, il veut retranscrire par une capture la plus proche et la plus fidèle possible les affres et les ennuis de la vie moderne : il veut « peindre sa propre vie ».
France vignette|Nuit à Saint-Cloud (1890). Lors de son premier séjour à Paris, en 1885, Edvard Munch a l’occasion d’étudier les collections du Musée du Louvre et ainsi, de voir les œuvres des grands maîtres. C’est aussi durant ce voyage qu’il se rend au Salon, où les créations de ses contemporains sont exposées. Il explore ainsi la scène artistique de son époque. Il découvre également l'héritage artistique classique.
À l'automne 1889, Munch a droit à une grande exposition de ses œuvres à Christiana, où l'État lui accorde une bourse d'artiste pour trois ans. Paris, où il devient pour un moment l'élève de Léon Bonnat, est une destination logique. Mais l'impulsion la plus importante, il la ressent en s'orientant dans la vie artistique de la ville. C'est à cette époque que perce un mouvement post-impressionniste avec plusieurs expériences anti-naturalistes. Cela a pour effet de libérer Munch.
Peu après son arrivée à Paris, Munch reçoit la nouvelle de la mort de son père. C'est dans ce contexte que l'on interprète souvent la solitude et la mélancolie de son tableau, Nuit (1890). L'intérieur sombre avec la seule figure à la fenêtre est totalement dominée par les tons bleus, une peinture « ton sur ton » qui rappelle les accords de couleurs nocturnes de James McNeill Whistler. Cette œuvre moderne et unique est aussi une expression de la « décadence » des dernières années du .
Lors de son exposition de l'automne 1891 à Christiana, Munch montre entre autres de la mélancolie. Dans ses tableaux dominent les grandes lignes courbes et les zones de couleurs homogènes, une simplification et une stylisation utilisée par Paul Gauguin et les synthétistes français. , écrit Munch.
À cette époque, il réalise les premières esquisses de son œuvre la plus connue, Le Cri. Il peint également une série de tableaux dans un style impressionniste et pointilliste, avec pour sujets la Seine ou l'avenue centrale de Christiana, Karl Johans gate. Mais ce qui intéresse surtout Munch, ce sont les impressions de l'âme et non celles des yeux.
Allemagne vignette|Le Cri (1893).