LIliade (en grec ancien , en grec moderne ) est une épopée de la Grèce antique attribuée à l'aède Homère. Son titre dérive d'Ilion (), l'autre nom de la ville de Troie. Elle relate un épisode de la légendaire guerre de Troie, centré sur la colère du héros Achille et ses conséquences destructrices.

LIliade est un très long poème, composé de et divisé en vingt-quatre chants de longueur inégale. Le texte a probablement été composé vers 750-700 av. J.-C., mais il est possible que sa mise par écrit soit plus tardive. Dans l'Antiquité, cette épopée faisait partie d'un cycle épique, le cycle troyen, mais seules lIliade et lOdyssée, également attribuée à Homère, en ont été conservées.

L'épopée se déroule pendant la guerre de Troie, durant laquelle s'affrontent les Achéens venus de toute la Grèce et les Troyens et leurs alliés, chaque camp étant soutenu par diverses divinités comme Athéna, Poséidon ou Apollon. LIliade détaille les événements survenus pendant quelques semaines de la dixième et dernière année de la guerre. Achille, le meilleur guerrier de l'armée achéenne, se querelle avec le roi Agamemnon, chef des Achéens, qui l'a outragé après lui avoir pris sa captive Briséis. Cela le plonge dans une grande colère (mênis), qui est le thème dominant de l'épopée. Achille décide de se retirer du combat, avec l'appui de Zeus, ce qui menace de retourner le sort de la guerre en faveur des Troyens, galvanisés par Hector, un de leurs princes et leur meilleur guerrier. Sans leur atout maître, les Achéens reculent et leurs meilleurs guerriers sont blessés. Achille autorise son ami Patrocle à prendre ses armes et à aller au combat, mais il est tué par Hector. Cet incident fait basculer le récit, en redirigeant la colère d'Achille contre Hector. Il retourne au combat et fait basculer le sort des armes en faveur des Achéens. Le récit culmine lors du duel durant lequel Achille met à mort Hector. La colère d'Achille n'est apaisée qu'après une discussion émouvante avec Priam, roi de Troie et père d'Hector, venu récupérer le corps de son fils. L'épopée se clôt sur les funérailles d'Hector.

LIliade est aussi bien une célébration de l'héroïsme guerrier qu'une réflexion sur les conséquences destructrices de la guerre, la mort et le destin. Elle forme, avec lOdyssée, l'une des deux grandes épopées fondatrices de la littérature grecque antique, et plus largement de la littérature occidentale. C'est une des œuvres littéraires les plus influentes au monde, qui a inspiré un nombre considérable d'écrivains et d'artistes au cours des siècles, de manière directe ou plus diffuse, en particulier dans les récits guerriers et tragiques.

Composition

Homère et la question homérique

thumb|Buste d'Homère tel qu'il était imaginé au , copie d'époque romaine. British Museum.

La tradition antique attribuait l’Iliade, comme l’Odyssée, à un poète nommé Homère, qui selon la vision la plus répandue aurait été un aède aveugle. Elle croyait fermement en son existence, sans pour autant disposer de plus d'éléments sur sa vie. Les seules biographies qui ont été faites de lui sont trop tardives pour être crédibles, son lieu de naissance et sa généalogie sont débattus, ainsi que l'époque précise durant laquelle il aurait vécu. C'était quoi qu'il en soit une figure légendaire et admirée dans tout le monde grec en raison de la très grande estime dans laquelle étaient tenues les deux épopées qui lui étaient attribuées.

À partir de la fin du et des travaux de Friedrich August Wolf, l'existence d'Homère et surtout l'attribution de l’Iliade et de l’Odyssée à un seul auteur ont sérieusement été discutées par les spécialistes de littérature et d'histoire antiques : c'est la « question homérique ». Pour certains, dits « analystes », les deux épopées ne sont pas des œuvres suffisamment cohérentes pour être attribuables à une même personne et à une même couche de rédaction. Elles ont été composées en réunissant plusieurs récits, sur une longue période. D'autres, dits « unitaristes » (et aussi les « néo-analystes »), considèrent en revanche que les œuvres sont cohérentes et ont été, au moins pour l'essentiel, composées ou éditées d'un seul tenant. La question s'est complexifiée par la prise en considération des origines orales de ces épopées, mises en avant par les travaux de Milman Parry. Elles ont été manifestement élaborées à partir d'une tradition épique plus ancienne circulant oralement, dans un contexte où l'oralité dominait. Mais cela n'empêche pas de reconnaître qu'elles ont pour l'essentiel, ou du moins à l'origine, été composées à une même époque par une même personne ou du moins par un même groupe de personnes, qu'il s'agisse d'un « Homère » historique ou non, notamment parce que leur langue est cohérente et datable d'une même époque (la seconde moitié du ). Cela n'exclut pas non plus des remaniements postérieurs, y compris l'ajout de passages, qui n'ont néanmoins pas modifié l'essentiel des œuvres. De nos jours, la majorité des homéristes tend donc plutôt à admettre l'unité globale de l'œuvre et sa forte cohérence, et attribue les quelques disparités et incohérences observables à la fois à la composition orale et à l'ambition du dessein narratif du ou des poète(s). La principale alternative est une approche qui propose une longue période de composition étalée sur plusieurs siècles, avec plusieurs remaniements, où la fin du occupe certes une place importante, mais qui serait surtout parachevée avec l'édition athénienne (pisistratide) des années 530 av. J.-C..

L’Iliade et l’Odyssée

La question de savoir si l’Iliade a été composée par la ou les même(s) personne(s) que l’Odyssée est discutée. Les fortes similitudes entre les deux épopées indiquent qu'elles pourraient être l’œuvre d'une même personne, comme le voulait la tradition antique. La différence de tonalité pourrait s'expliquer par un auteur différent, position défendue dès l'Antiquité par une minorité et qui a bon nombre de partisans à l'époque moderne. D'autres en revanche préfèrent envisager qu'il s'agisse du même auteur, mais à une période différente de sa vie.

L’Odyssée est généralement considérée comme une œuvre postérieure à l’Iliade. Déjà au le Pseudo-Longin considérait l’Iliade comme l’œuvre du génial Homère au sommet de son art, alors que dans l’Odyssée il est plus âgé, toujours talentueux mais avec moins de ferveur (il le compare à un soleil couchant). Cette chronologie est généralement acceptée par la critique moderne. Elle se voit notamment par le fait que la première emploie plus de termes et de formules archaïques, et surtout parce que l’Odyssée semble avoir été conçue comme une suite ou une sorte d'épilogue à l’Iliade, en présentant les mêmes personnages mais sans aborder les mêmes épisodes, peut-être comme une manière de la compléter en évoquant la prise de Troie et les retours des vainqueurs. Plusieurs de ses passages pourraient avoir été construits comme une réponse à des passages de sa prédécesseuse, avec plus largement une autre vision de l'héroïsme et de la condition humaine. En tout cas, la personne qui a composé l’Odyssée connaissait manifestement l’Iliade.

Datation, contexte et dimension historique thumb|Localisation des principaux sites archéologiques de la Grèce des âges obscurs. thumb|Fantassins portant un bouclier en forme de sablier, détail d'un cratère du Géométrique récent (vers 750-725 av. J.-C.). Metropolitan Museum of Art.

Les épopées homériques ne semblant pas faire référence à des pratiques sociales postérieures à 750-700 av. J.-C., la période des premières décennies du est généralement considérée comme la plus tardive possible pour leur composition. Selon l'opinion la plus courante, elles seraient datées de la période 750-700 av. J.-C., voire jusqu'en 675. Certains considèrent cependant qu'elles ont été élaborées plus tardivement, dans la seconde moitié du (au moins en 630 pour Martin West).

L'élaboration de l’Iliade est donc située aux , une période riche en changements (qui trouvent des échos dans l'épopée) dans le monde grec, nommée époque géométrique en raison du style de céramique le plus courant (vers 900-700 av. J.-C.). La région sort des « âges obscurs », qui ont suivi l'effondrement de la civilisation mycénienne, avec une disparition des organisations politiques complexes et un recul important dans le domaine technique, notamment la disparition de l'écriture (le linéaire B des Mycéniens), même si les interprétations catastrophistes de cette époque ont été nuancées. Le est une période de « renaissance » marquée par le début de la formation d'entités politiques d'un nouveau type, les cités, l'émergence d'une élite aristocratique, une plus grande ouverture au monde (début de la colonisation grecque), la constitution de sanctuaires panhelléniques (Olympie, Delphes, etc.), et l'élaboration de l'alphabet grec, donc une réapparition de l'écriture. La période qui s'ouvre alors est l'époque archaïque (vers 776-480 av. J.-C.), qui voit la formation de la civilisation grecque antique.

Les épopées homériques ont souvent été analysées comme le reflet d'une époque donnée, que ce soit celle de leur composition ou bien une période antérieure : en analysant la culture matérielle et les pratiques sociales des personnages, il serait possible d'estimer un contexte précis auquel elles font référence. Les tentatives effectuées en ce sens se sont avérées vaines, car le monde de l'épopée est une création poétique qui n'a pas de réalité historique, au même titre que la langue dans laquelle elle est racontée, mêlant éléments archaïques et récents, ainsi que des innovations du poète. Le monde homérique est certes ancré dans son contexte probable de composition (la fin des âges obscurs et le début de l'époque archaïque) et conçu pour un auditoire de cette période en partageant ses références communes. Mais il renvoie aussi à des périodes antérieures (puisqu'il est censé prendre place dans un passé lointain et qu'une guerre de Troie a peut-être bien eu lieu), en incorporant des souvenirs de l'époque mycénienne qui sont encore présents (quoique flous et remaniés), ce qui se traduit par la présence dans les épopées du souvenir de la grandeur passée de certaines cités (Mycènes et Troie) et d'éléments matériels anciens (notamment dans l'armement, comme le casque en défenses de sanglier appartenant à Ulysse, qui a des équivalents à l'époque mycénienne). Tout cela en laissant une grande part à l'invention poétique qui crée un monde artificiel et intemporel.

Le rapport de l’Iliade à l'Histoire est en fin de compte complexe et pluriel. Elle pourrait renvoyer à une guerre passée qui a eu lieu à la fin de l'âge du bronze. Elle est souvent utilisée comme source pour expliquer son contexte direct de rédaction du début de l'époque archaïque (notamment les valeurs du milieu aristocratique archaïque, ou la vie politique et militaire conduisant à la formation de la cité). Elle peut aussi être mobilisée pour approcher la manière dont les anciens Grecs concevaient leur propre histoire ancienne, le passé « héroïque ».

Origines et inspirations

Le cycle troyen

La question de savoir dans quelle matière orale a pu puiser l'auteur de l’Iliade a permis de dégager plusieurs pistes. L’Iliade comme l’Odyssée s'inscrivent dans un cycle d'épopées proprement grecques qui ont pour thème central la guerre de Troie et ses suites. Les autres épopées du « cycle troyen » ont été composées et mises par écrit après les épopées homériques, sans doute en s'inspirant d'elles. Aucune n'est parvenue jusqu'à nos jours, seuls des résumés étant connus. Cela indique en tout cas qu'il existait un important réservoir de récits oraux mettant en scène des héros du passé, circulant durant les âges obscurs, qui étaient constamment récités et recomposés.