Le château du Champ-de-Bataille est une demeure, édifiée au pour le comte Alexandre de Créqui-Bernieulles, qui se dresse sur le territoire de la commune française de Sainte-Opportune-du-Bosc dans le département de l'Eure, en région Normandie.
Le château est partiellement protégé au titre des monuments historiques.
Localisation Le château du Champ-de-Bataille est situé à de Le Neubourg, sur la commune de Sainte-Opportune-du-Bosc, dans le département français de l'Eure. Il a été construit au cœur de la campagne du Neubourg, à quelques kilomètres de la commune d'Harcourt où se trouve également un autre château remarquable de Normandie.
Historique Les origines du nom Érudits, historiens et toponymistes ne s'accordent pas sur l'origine du nom de Champ-de-Bataille. Plusieurs hypothèses sont avancées : en 935, une grande bataille se serait déroulée sur ces lieux entre deux familles : celle qui régnait sur le Cotentin et dirigée par le comte du Cotentin, contre celle de Guillaume Longue-Épée commandée par Bernard le Danois, ancêtre de la famille d'Harcourt. Guillaume Longue-Épée l'ayant emporté, l'unité de la Normandie s'en trouva confortée. C'est la légende la plus communément invoquée ; le nom serait lié à l'appartenance d'un champ à un certain ; le nom ferait allusion à des combats de sangliers qui auraient eu lieu épisodiquement sur le site où fut construit le château ; il commémorerait une victoire de la famille d'Harcourt sur sa rivale des Tancarville.
Une construction du En 1651, le comte Alexandre de Créquy, frondeur et ami du prince de Condé, Louis II de Bourbon-Condé, est exilé par le cardinal Jules Mazarin, qui gouverne la France pendant la minorité du roi Louis XIV, sous la régence d'Anne d'Autriche.
Alexandre de Créquy, assigné à résidence, a hérité de sa mère, Renée de Vieuxpont Généalogie de la famille de Créquy en ligne ., une forêt où est situé un rendez-vous de chasse, près de Le Neubourg. Il décide alors de s'y faire construire un palais qui lui rappellerait les fastes de la cour des rois de France, cour qu'il n'allait plus jamais connaître. Les travaux durent de 1653 à 1665.. De ce château, les seuls documents qui soient parvenus ou connus sont deux plans des jardins, attribués à André Le Nôtre. Faute d'une charge à la Cour, Alexandre de Créquy meurt endetté le à Paris et est inhumé le suivant dans l'église de Sainte-Opportune-du-Bosc.
Son neveu, Gabriel René de Mailloc, marquis de Mailloc, hérite du château et des dettes. À sa mort sans enfant, au Champ-de-Bataille le , il laisse ses domaines du Champ-de-Bataille et de Mailloc à sa veuve, Claude Lydie d'Harcourt, fille du premier duc d'Harcourt. Beaucoup plus jeune que lui, celle-ci lui survit jusqu'en 1750. Le , les héritiers de la marquise de Mailloc vendent le Champ-de-Bataille à Simon Zacharie Palerne, écuyer, trésorier général du duc d'Orléans, issu d'une famille lyonnaise, mais celui-ci doit le revendre en , en vertu du droit de retrait lignager, moyennant , à Anne-François d'Harcourt, alors marquis de Beuvron, neveu de la marquise de Mailloc..
Une propriété de la maison d'Harcourt Au milieu du , Anne-François d'Harcourt, devenu en 1784 duc de Beuvron, fait du château du Champ-de-Bataille sa résidence principale. Né en 1727, il a quand il achète en 1754 une demeure délabrée. Il n'en conserve pas les décors du . Le duc de Beuvron entreprend d'importants travaux, en particulier l'aménagement des actuelles : cage d'escalier principale ; vestibule et chapelle. et, dans le bâtiment des communs, celui d'un théâtre., à l'image de celui aménagé par son frère aîné, le , au château d'Harcourt, à Thury-Harcourt.
En 1765, il agrandit son domaine en achetant la baronnie voisine de Le Neubourg, dont la seigneurie du Champ-de-Bataille était, à l'origine, un démembrement.. À la Révolution française, les travaux sont suspendus et la rénovation du château est inachevée. Anne-François d'Harcourt, duc de Beuvron, n'émigre pas, mais se retire à Amiens, où sa sécurité paraît mieux assurée. Le château, inhabité et séquestré, est pillé en 1795, puis reste inoccupé.
En 1802, les héritiers du duc de Beuvron, décédé à Amiens en 1797, vendent le château et son domaine, contenant , à la comtesse de Vieux. Celle-ci, Marie-Louise de Marets de Saint-Aubin (Rouen, paroisse Saint-Amand, – Rouen, ), est veuve en premières noces d'Alexandre Charles Marie du Moucel, marquis de Torcy, seigneur de la Rivière-Bourdet, président à mortier au Parlement de Normandie, et remariée depuis 1790 avec Jean Pierre Firmin de Vieux, officier de dragons, colonel de la Garde nationale de Rouen sous la Restauration, chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur.., mort le . Devenue veuve, la comtesse de Vieux revend, le , le château du Champ-de-Bataille et son domaine, à Antoine Prieur, homme d'affaires à Elbeuf. Spéculateur, celui-ci va revendre le domaine, parcelle par parcelle. Lorsqu'il décède, à Elbeuf en 1843, il possède toujours le château mais celui-ci n'est plus entouré que par un domaine restreint.
Tout au long du , le château connaît six propriétaires, parmi lesquels, après la famille Prieur : en 1877, le préfet Joseph Michon, proche du comte de ParisMusée Louis-Philippe du château d'Eu, correspondance du Comte de Paris, année 1877, fonds J. Michon, dépôt.; puis, dans les dernières années du , un Britannique, William Consett. En 1903, il est racheté à ce dernier par le comte Charles d'Harcourt (1870–1956), député puis sénateur du Calvados, descendant du duc de Beuvron, qui le restaure à nouveau, l'habite, mais le revend en 1936. Il est alors acheté par la ville de Le Neubourg pour servir d'hospice. Après la guerre, il sert de camp de prisonniers puis de prison pour femmes.
En 1947, il est remis en vente par la ville de Le Neubourg et acheté par François-Charles, , neveu du comte Charles d'Harcourt. Le fait restaurer les façades, toitures, charpentes, replante le parc, qui compte de bois avec d'allées tracées « en étoile » et de jardins à la française. Il fait restaurer aussi l'intérieur, le remeublant avec les souvenirs de famille provenant du château d'Harcourt, à Thury-Harcourt, incendié en 1944 par l'occupant allemand et dont il était l'héritier. En 1957, il ouvre le château du Champ-de-Bataille à la visite du public..
Le millénaire de la maison d'Harcourt, réunissant quelque des branches française et anglaise de la famille, y est célébré avec faste en .. Faute de pouvoir le transmettre au sein de sa famille, le (1902-1997) revend à son tour le château du Champ-de-Bataille en 1982.
Une paire de statues de femmes allongées représentant les allégories de l'Eau et du Feu, en marbre blanc, (Italie, seconde moitié du ) attribuée à Agostino Bocciardi et réputée provenir de la collection du duc d'Harcourt au Champ-de-Bataille, a figuré à la « vente de la collection d'un grand amateur français » par la maison Sotheby's à Londres le reprod. coul. du catalogue..
L'histoire récente Après 1982, le château est racheté et entretenu par un particulier, Gilles Boutrolle d'Estaimbuc, qui crée en 1990, dans une partie du parc, un golf, le golf du Champ de Bataille.
De nombreux sons et lumières et concours d'attelages se déroulent aux abords du château jusqu'en 1992, année de sa revente au décorateur Jacques Garcia.
Depuis son achat, Jacques Garcia y a fait effectuer d'importants travaux de rénovation ; il a voulu restituer l'intérieur du château dans un état qui a pu être celui de l'Ancien Régime.. Des collections d'art et d'ameublement y sont présentées. La modification la plus importante dans la distribution des pièces est le décloisonnement de plusieurs petites pièces, afin de restituer les grands volumes d'origine., ainsi que la création, sur deux niveaux, dans la partie privée du château, d'une vaste bibliothèque, dont le niveau supérieur est desservi par une galerie. La bibliothèque est prolongée par des cabinets de curiosités..
Dans une antichambre de la partie privée, Jacques Garcia conserve une collection d'armures japonaises et d'armes orientales anciennesJean-René van der Plaetsen, « Les armures de samouraïs de Jacques Garcia », Le Figaro Magazine, semaine du , ..
Description L'extérieur vignette|240x240px|Entrée du château.
Construit sur un plan carré, le château se compose de deux vastes corps de bâtiment, un corps de logis et des dépendances, construits face à face et présentant une même ordonnance, se répondant l'un à l'autre, séparés par une grande cour d'honneur. Ils sont reliés, du côté de l'entrée, par une galerie surmontée d'une balustrade et percée par un portique ; du côté du parc par un mur bas ponctué de pilastres reliés par des grilles : au centre, une porte monumentale est surmontée de statues allégoriques représentant les quatre éléments.
Le bâtiment d'habitation et les communs ont de développement chacun, avec une élévation en brique et en pierre sur deux niveaux, surmontés par une toiture en ardoise. Le style d'architecture classique, le jeu des couleurs et des volumes composent un ensemble harmonieux. Le pavillon central de chaque aile est orné d'un fronton triangulaire avec des trophées guerriers. La façade principale est ornée de bustes d'empereurs romains. Ce principe peut rappeler les aménagements réalisés par Jules Hardouin-Mansart au château de Versailles sur les façades donnant sur la cour de marbre. Les échauguettes qui ornent les angles de la construction apparaissent comme une évocation des fonctions militaires du commanditaire de l'édifice.
La chapelle, dédiée à saint Alexandre, a été aménagée en 1785.
L'intérieur vignette|Intérieur du château.
La distribution intérieure du château a fait l'objet de modifications depuis son acquisition par Jacques Garcia en 1992, tendant à recréer l'intérieur tel qu'il a pu être au . Le décorateur y a exercé son art, si bien que le château est devenu avec éclat une sorte de vitrine. En effet, lors de son achat, outre l'escalier magistral, trois espaces avaient échappé aux destructions de l'histoire et à la succession des propriétaires : le vestibule-haut, le salon de compagnie et la chapelle.
De nos jours, la visite des Grands Appartements montre notamment un spectaculaire salon d'Hercule et une opulente chambre de parade.
Le public peut visiter : le vestibule d'honneur réaménagé par le duc de Beuvron sous le règne de ; la salle des gardes ou salon d'Hercule ; le cabinet des porcelaines qui présente une collection de porcelaines de Chine et du Japon datant des ; le salon ; la chambre de parade ; la grande salle à manger ; le salon de compagnie qui a conservé une grande partie de son décor d'origine ; la salle du billard.
Protection aux monuments historiques Le château fait l'objet de plusieurs protections Synthèse de l'enjeu des protections dans Les dires de l'architecte des bâtiments de France, Unité départementale de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure (DRAC Normandie) Conseil ISSN 2492-9727 99 – ZFSP – 21 septembre 2015 – France Poulain Sainte-Opportune-du-Bosc > château du Champ-de-Bataille . au titre des monuments historiques dès le . : des classements en 1952 (certains éléments extérieurs), en 1971 (abords du château), en 1995 (communs, parc) et une inscription en 1995 (parc).
Les jardins vignette|192x192px|La Source. vignette|Vue aérienne du château (en bas) et des jardins du Champ-de-Bataille.
Il est difficile en s'y promenant d'imaginer que tous les jardins sont d'une conception récente et qu'il a fallu procéder à un terrassement de plus d'un million de mètres cubes de terre pour restituer les niveaux originaux du . La perspective recréée à partir du château est d'une longueur de . Pour gommer l'ouverture sur les champs de certaines perspectives, il a fallu remonter le fond du terrain en certains endroits de .
Les jardins sont labellisés Jardin remarquable.
L'inspiration d'ensemble