L'ancienne abbatiale de Romainmôtier Saint-Pierre-et-Saint-Paul, aujourd'hui temple protestant, se situe à Romainmôtier, en Suisse. La paroisse est membre de l'Église évangélique réformée du canton de Vaud.

Romainmôtier est le plus ancien monastère de Suisse. Il fut fondé au milieu du par les Pères du Jura, saint Romain et son frère saint Lupicin. Il fut restauré au sous l'influence du mouvement irlandais de saint Colomban avant d'être repris par l'abbaye de Cluny au .

L'église est un des plus anciens édifices de style roman de Suisse. Elle fut érigée dans la première moitié du par Odilon, abbé de Cluny. Elle connaîtra plusieurs modifications avant la transformation en temple réformé en 1537. L'édifice a subi sa dernière restauration fin du .

Histoire

L'origine de Romainmôtier

Chramnelenus et Clovis II

Il semble qu'un édifice religieux existe dès le , fondé par les fondateurs du monastère de Condat (Saint-Claude), saint Romain et saint Lupicin (à l’issue d’une visite au roi burgonde Chilpéric à Genève, et d’un pèlerinage à Agaune), au bord du Nozon dans cette contrée qui faisait partie du diocèse d'Aventicum (Avenches) et que les premiers abbés à prendre en charge cette communauté sont Théodat et Florian.. Un manuscrit du cartulaire de Lausanne raconte que Gontran, roi mérovingien de Bourgogne sous l'épiscopat de Saint-Maire évêque de Lausanne au , donne à un ermite appelé Sigonius une grotte qui deviendra un petit monastère (cella) nommée Balmetta situé près de l'église de Saint-Didier à peu de distance de La Sarraz (speluncam quae dicitur Balmetta sitam prope ecclesiam sancti Desiderii) ainsi que tout le vallon qui s'étend depuis Pompaples jusqu'à Romainmôtier. En 646 Chramnelenus (surnommé Foelix par sa mère Flavie d'origine gallo romaine), fils de Waldelène, père de Donat de Besançon et duc de la Bourgogne Transjurane, ainsi que sa femme Hermentrude voulant agrandir le monastère primitif mais ne disposant pas à cet endroit d'assez de place décident de le déplacer dans le vallon de Romainmôtier, appelé « Grande Baume » à cette époque, et édifient un monastère en l'honneur de la Vierge Marie dans un lieu nommé Locus Balmentis (Felix quem dicunt Gramnelenum et uxor sua Ermendrudis construxerunt monasterium in loco Balmensi in honore sancte Dei genetricis Marie anno quatuordecimo Chodovei regis laudante Prothasio Aventicensi vel Lausannensi episcopo), pour réaliser leur projet ils bénéficient de terres données par un prince franc nommé Flodoveus ou Clodoveus (Clovis II). Veuve Hermentrude fonda en 667 le prieuré de Baulmes (Prioratus de Balmes), dans le District d'Orbe, dépendant de l'abbatiale de Payerne. Dans la première moitié du le roi de Bourgogne le prend sous sa protection et fait construire une église, dédiée à Saint-Pierre et Saint-Paul. Quelque temps plus tard, en 753, il est consacré par le pape Étienne II qui lui donne le nom de Monasterium Romanum Vocavit (monastère romain) indiquant par cela qu'il est placé sous la protection de Rome et donc affranchi de tout pouvoir tant d'un roi que d'un évêque ; ce pape se rendait auprès de Pépin le Bref pour le sacrer roi et s'était arrêté à l'abbaye d'Agaune avant de se faire préparer une autre étape sur sa route de Ponthion. Plus tard il devient une propriété séculière que Rodolphe , roi de Bourgogne Transjurane, donne à sa sœur Adélaïde, épouse de Richard le Justicier, en 888 qui, à son tour le cède à Odon, abbé de l'abbaye de Cluny vers 929.

Odilon de Mercœur, (994-1048), cinquième abbé de Cluny, devient le principal instigateur de l’« empire religieux de Cluny » en réunissant, avec l'autorisation du pape les couvents dispersés et autonomes en une seule congrégation, ce travail s'inspirait de l'acte de donation d'Adélaïde qui disait vouloir « soutenir à mes frais une congrégation monastique ». C'est aussi l'époque des donations de Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, qui offre au monastère le village de Ferreyres (villa Ferrieris) avec son territoire, un manoir à Moërier (Moriei), deux à Ornyer (Ornei), un à Éclépens (Islapadenes), un à Senarclens (Senerclens), un à Gland, un à Penthaz (Penta), un à Giez... tous compris dans le pays de Vaud ainsi que des possessions dans le comté du Vully, la chapelle Saint-Léodegard, celle de Lully à Orbe, des terres dans le comté équestre (évêché de Genève) et enfin l'église Saint-Martin de Bruzinges. Ces terres qui font le territoire du monastère sont malheureusement au centre de celles de la famille de Grandson dont Lambert, comte de Grandson, avait été destitué de sa dignité et ses biens en partie donné aux religieux. Ce devait être le départ des premiers déboires qu'allait affronter Romainmôtier.

Les dispensations de la Providence divine conseillent aux riches de faire de leurs biens passagers un usage qui mérite des récompenses permanentes ; ce dont la parole divine montre la possibilité, en disant que les richesses de l'homme sont la rédemption de son âme ! (divitiaeviri redemptio animae ejus !) Moi donc comtesse Adélaïde, pesant toutes ces choses, et désirant pourvoir à mon salut, je trouve nécessaire de donner au profit de mon âme quelque peu de mes biens. Or rien ne me semble plus propre à atteindre ce but que de faire mes amis des pauvres du Seigneur, selon son précepte (ut juxta domini praeceptum amicos mihi faciam pauperes ejus), et de soutenir à mes frais une congrégation monastique, afin que cette bonne œuvre soit de durée et non passagère. Dans cette foi et cette espérance qu'encore que je ne puisse fouler tout aux pieds, j'obtiendrai cependant la récompense des justes en soutenant les contempteurs du monde que je crois justes !

Que tous ceux donc qui vivent dans l'unité de la foi sachent que je transmets à Odon, vénérable abbé de Cluny, et aux frères de cet ordre, le Monastère romain au pays de Vaud, bâti jadis à l'honneur des princes des Apôtres et que j'avais reçu en don du roi Rodolphe mon frère. Je le remets à Cluny avec toutes ses possessions, afin que les moines s'efforcent de le rétablir en son premier état.

Ce Monastère sera soumis immédiatement au siège apostolique, comme Cluny, mais ils n'auront tous deux qu'un seul abbé, et après sa mort son successeur ne sera nommé que du consentement commun, en respectant la constitution de Saint Benoit ; en sorte que si la moindre part de l'une ou l'autre congrégation voulait, mieux inspirée, faire un choix préférable, les autres y donnassent les mains.

L'abbé pourra transférer les frères d'une maison dans une autre suivant les ressources de chaque localité.

Et, pour resserrer cette union, il y aura entre eux tous communauté de service divin, d'aumônes et de bonnes œuvres ; en sorte que nous ayons part à l'efficace de tout office célébré à Cluny, pour Guillaume d'Auvergne, de bonne mémoire, ou autre ; et qu'ils soient en échange associés à l'efficace de tout ce qui se fera pour nous à Romainmotier.

L'empire et la papauté

Par la charte du pape Étienne II qui le veut « libre de tout pouvoir de roi, évêque, comte ou autre », par l'acte de donation de la comtesse Adélaïde qui stipule qu'il n'est soumis à aucun pouvoir temporel « pas même à la majesté royale » et par la charte de Frédéric Barberousse qui le prend sous sa protection « comme toute chose de son fisc », le monastère se trouve donc dans une position élevée et jouit d'une grande indépendance. Mais dans cette époque de tumulte il lui faut une haute protection. Dans un premier temps un avoué est nommé dans la personne de Guillaume de Bourgogne qui, avec le prieur, désigne un prévôt. Le monastère n'est pas une mouvance donné au comte de Bourgogne mais c'est une association qui devait se maintenir jusqu'au avant d'être modifiée sous Philippe de Savoie qui accorde que le prieur et les religieux ont « juridiction haute, moyenne et basse, spirituel et temporelle sur leurs hommes » mais que ces droits ne pouvaient pas être transférés. Le l'empereur en ordonnant aux prélats et aux seigneurs des archevêchés et évêchés de Bourgogne et des pays voisins de rendre au comte de Savoie l'hommage dû à l'empire et de reconnaitre en sa personne l'autorité impériale en faisait bénéficier le prieuré.

Depuis sa consécration par le pape en 753 le monastère est affranchi de la suzeraineté de la maison de Savoie et de la suprématie épiscopale ne reconnaissant que celle du pape qui « ordonne à tous Rois, Évêques, Ducs, Comtes, et à tous primats (omnibus principibus) dans la jurisdiction desquels le Monastère romain possède des terres ou des Églises de le protéger contre tout envahisseur. Et quant à ceux qui retiennent injustement les terres de Saint-Pierre de Romainmotier, et ne viennent pas promptement à résipiscence, il les excommunie dans les termes les plus virulens ; il les voue à la compagnie de Datan et d'Abiron, de Judas, de Pilate et d'Hérode, et leur souhaite toutes les calamités ». La papauté aura à cœur de rappeler sans cesse que « La commune de toute la Terre de Romainmotier expose au Vicaire général de l'Evèché de Genève et de tous les bénéfices de François de Savoie, commendataire perpétuel du Prieuré de Romainmotier : que ce Prieuré, tant par le privilège de Cluny qu'ensuite de concessions (ex indultis) des Papes et même des Empereurs, est avec ses chapelles et ses chapelains, affranchi de là jurisdiction et supériorité de toute personne ecclésiastique et séculière, et soumis, sans aucun intermédiaire, au souverain Pontife et au Roi » ; en 1047 une bulle, que Clément II adresse à Henry III pour lui raconter le passage d'Étienne II à Romainmôtier, renouvelle la volonté des autorités religieuse que l'indépendance du monastère soit garantie et toujours d'actualité.

Les terres de Romainmôtier

Les terres du pays de Vaud

Le bourg de Romainmôtier était divisé en deux parties : La Combe composée des maisons construites au fond de la vallée avec l'église et le cloître et habitées par les « borgeys », et Assommotier qui se trouvait au-dessus. À son apogée la « terre de Romainmôtier » s'étend depuis la région des « noires Joux » et des pâturages du Jura jusqu'à celle des vignes avec pour lisière l'abbaye du Lac de Joux, Les Clées, l'Orbe, Pompaples et la fontaine Moërier, les limites en sont fixées par des croix de pierre. Les fiefs qui relèvent du monastère sont La Praz, Vallorbe, Moëryer, Orbe, Apples, Pampigny, Barlens (Ballens), Morlens (Mollens), Jolens, Vufflens-la-Ville, Villars-Bosons, Aslens, Lully, Chanvent, Crissier, Montagny, Hyens, Torclens, Eschagnens (Echandens), Chavannes sur le Veyron, Mont la Ville, Valières (Valleyres sous Rances) et Lignierules (Lignerolles) dans l'évêché de Lausane. Dans celui de Genève le prieuré compte la barronie de Monts, les villes et villages de Brussins, Verney, Dullict, Gillie, Vinzel, Saurau Espinoux, Bructignye, Gemels, saint-Oyens, Saint-Georges, Saubraz, Montero, Longiro, Bougie-Millon, Chanoz, Allamand, Perrueys, Germagnye, Brussinel et Chengin. Cinq prieurés, en plus de nombreuses églises, sont sous l'autorité du monastère, il s'agit de ceux de Vallorbe et de Bursins dans le pays de Vaud, de Corcelles et de Bevez dans le comté de Neuchâtel et du Lay damp Waultier (Lac de Saint-Point) en Bourgogne. Pour parfaire cet édifice un plaid général se tient en 1266 afin de fixer les droits et les devoirs.