alt=|vignette|La mort de l'artiste (2018), par Abel Azcona, Círculo de Bellas Artes de Madrid. Une performance est une œuvre d'art ou un échantillon artistique créé par des actions menées par l'artiste ou d'autres participants, qui peut être en direct, documenté, spontané ou écrit, présenté à un public dans un contexte de beaux-arts, et plus particulièrement en art contemporain. La performance est traditionnellement interdisciplinaire. Autrement dit, c'est une présentation artistique orientée vers l'action éphémère d'un artiste ou d'un groupe.

Cette forme d'art remet en question la séparabilité de l'artiste et de l'œuvre ainsi que la forme marchande des œuvres d'art traditionnelles. La performance, également connue sous le nom d'art action ou action artistique, a été développée au fil des ans comme un genre à part entière dans lequel l'art est présenté en direct. C'est une pratique ayant un rôle important et fondamental dans l'art d'avant-garde tout au long du .

La performance implique quatre éléments fondamentaux : le temps, lespace, le corps ou la présence de l'artiste dans un médium, et la relation entre le créateur et le public. Les actions, généralement réalisées dans des galeries d'art et des musées, peuvent avoir lieu dans la rue, dans tout type de cadre ou d'espace et pendant n'importe quelle période. L'objectif est de susciter une réaction, parfois à l'aide de l'improvisation et de la mise en scène artistique. Le thème est généralement lié aux processus de vie de l'artiste, au besoin de dénonciation ou de critique sociale et à un esprit de transformation. La performance peut n’être exécutée qu’une fois ou réitérée, s’appuyer ou non sur un scénario, être improvisée ou avoir fait l’objet de longues répétitions.

Le terme « performance » vient de l'expression anglaise « », mais ne doit pas être confondu avec les « » qui regroupent plutôt l'ensemble des arts vivants. Influencé par Arthur CravanChazaud, Pierre. « Arthur Cravan, poète et boxeur précurseur de l’art-performance », Ligeia, vol. 121-124, no. 1, 2013, pp. 208-217., Antonin Artaud, Dada, l'Internationale Situationniste et l'Art conceptuel, le a été de plus en plus formulé vers 1970 aux États-Unis par des artistes tels qu'Allan Kaprow comme une antithèse du théâtre et de plus en plus compris comme une forme d'art conceptuellement indépendante. Dans ce type d'« art performance », un événement artistique ne doit jamais être répété de la même manière et ne doit jamais avoir la structure d'une œuvre d'art performance..

Bien que les termes performance et art de la performance n'aient été largement utilisés que dans les années 1970, l'histoire de la performance dans les arts visuels remonte aux productions futuristes et aux cabarets dadaïstes remontant à la décennie 1910. Les principaux pionniers et pionnières de l'art de la performance sont des artistes tels que Carolee Schneemann, Marina Abramović, Ana Mendieta, Chris Burden, Hermann Nitsch, Joseph Beuys, Nam June Paik ou Vito Acconci, et les plus grands représentants actuellement sont des artistes tels que Tania Bruguera, Abel Azcona, Orlan, Tehching Hsieh, Marta Minujín. ou Piotr Pavlenski.. Cette discipline est clairement liée au « lieu », au mouvement Fluxus, à l'art corporel et, en général, à l'art conceptuel...

Présentation vignette|Performance de Joseph Beuys, 1978 :(« Chaque personne [est] un artiste — sur la voie de la forme libre de l'organisme social »). vignette|alt=Deux femmes assises face à face autour d'une table, l'une d'elles avec une grande robe rouge. Des gens passent dans une allée à côté.| (l'artiste est présente), une performance de Marina Abramović pour explorer les relations complexes entre une artiste et le public, au Museum of Modern Art de New York en mai 2010.

L'art performance est, par essence, un art éphémère et se distingue donc de la production d'objets en arts plastiques. Il est connu par ses tracesSAURISSE, Pierre, « La performance des années 1960 », in J. BÉGOC, N. BOULOUCH, E. ZABUYAN (dir), La performance : entre archives et pratiques contemporaines, Presses universitaires de Rennes: Archives de la Critique d'Art, Art et Société, 2010, . : des photographies, le plus souvent, et parfois des films et des témoignages comme le souhaite l’artiste Tino Sehgal qui déclare que toutes ses pièces sont éphémères et survivent uniquement grâce à la mémoire des témoins.

Dans la tradition de l'art contemporain occidental, il existe plusieurs termes désignant des types de performances se rattachant à différentes traditions. La « performance concrète », est essentiellement une action artistique comportementale entreprise par des artistes face à un public ; la « manœuvre » active une tentative d'infiltration de l'environnement par l'artiste ; le happening ainsi nommé par Allan Kaprow et initié par John Cage ; la « poésie-action » (voir Poésie-performance), expression proposée par Julien Blaine et par Bernard Heidsieck, l'un des fondateurs de la poésie sonore, relève de la mise en situation d'une action impliquant le texte et la présence ; l’« art corporel » ou « » des années 1960 et 1970 définit une pratique où les limites du corps sont mises à l'épreuve dans un cadre artistique et où l'artiste vise à expérimenter et à faire partager une œuvre dans laquelle le corps est en déstabilisation. D'autres traditions artistiques proposent d'autres concepts de performance. Par exemple, dans la tradition de l'art contemporain Javanais, on propose dès les années 1990 le concept de « Jeprut », une action comportementale spontanée, sans durée prédéterminée et pouvant se dérouler sur une échelle temporelle inhabituelle.

Certaines performances empruntent parfois des éléments au langage théâtral. Mais leurs démonstrations, davantage fondées sur l'idée de processus, relèvent plus de situations fondées sur une structure de déroulement temporelle qu'au théâtre. Contrairement au théâtre où le temps est construit de manière purement fictionnelle, le temps et l'espace in situ constituent souvent les éléments essentiels de la pratique de l'art performance. Certaines performances utilisent également des éléments théâtraux en les détournant de leurs fonctions d'origine, s'inspirant du concept de distanciation brechtienne.

L'art performance peut trouver son origine dans tous les secteurs de l'art dont elle brouille les frontières et brouille les catégories, même s'il est évident que, suivant le contexte socioculturel où le terme « performance » est utilisé, il inclut - ou exclut - certaines disciplines artistiques. Elle peut aussi emprunter des éléments à l'art culinaire, la technologie, l'art populaire ou même quelquefois à des activités socio-économiques où le corps est utilisé à des fins marchandes (comme la microchirurgie chez Orlan, l'érotisme chez Cosey Fanni Tutti). Ainsi, une performance peut indifféremment se produire par un ou plusieurs médiums, médias ou même un média de masse.

La performance peut être un art du risque immédiat, présenté en public, d'ailleurs souvent en interaction avec les membres de celui-ci. « Elle est une carte, une écriture qui se déchiffre dans l’immédiat, dans le présent, dans la situation présente, une confrontation avec le spectateur »PONTBRIAND, Chantal, « Introduction : notion(s) de performance », in A.A. Bronson, P. Gale, Performance by Artists, Art Metropole, Toronto, 1979, ..

La performance découle la plupart du temps d'une composition, d'une partition, ou d'une quelconque autre « écriture préalable » (comme l'affirme O. Garcin) liées à la notion de formulation. Née dans un contexte de reproduction moderne de l', souvent éphémère et évanescente, elle remet en cause la notion de marchandisation de l'objet d'art tout en proposant des signes matériels qui sont aussi des œuvres appartenant à la catégorie des objets.

Dans un tel contexte, le problème de la représentation, pour les artistes de performance comme pour les amateurs d'art, s'avère important. La représentation, traduite sous la forme d'un « spectacle » comporte certains problèmes idéologiques que des artistes actifs en art action ont dénoncé dès les débuts (particulièrement parmi les futuristes et, plus tard, par les happenings d'Allan Kaprow, puis par les situationnistes, comme en témoignent certains passages de La Société du spectacle (livre) de Guy Debord). Ainsi tout un mouvement de l'art performance fait appel à la mise en place de situations visant à infiltrer le tissu social (voir par exemple, l'art sociologique). Avec l'apparition des « pratiques relationnelles » et de nouveaux outils de communication à la fin du , les artistes qui travaillent de cette manière se sont multipliés depuis les années 1990.

L'art performance rappelle que l'art n'a pas d'existence, comme toute production de l'esprit, sans l'existence de l'artiste lui-même : la vie. La notion de « réel » est alors en question grâce à la présence concrète de l'artiste et à la focalisation sur son corps.

La compréhension de la performance en tant qu'art s'est étendu en dehors des sphères artistiques par les développées par le metteur en scène américain Richard Schechner, l'historienne et plusieurs autres personnes à leur suite. Le terme n'est jamais traduit par les spécialistes français, semble-t-il, et veut probablement dire "Études des performances", ou "Études des réalisations", ou autre. Que ça soit dans le sens d'exceller, ou dans le sens de s'investir dans un spectacle, dans un jeu ou dans un rituel, une performance est le résultat de quatre types d'action : être, faire, montrer ce faire, et expliquer ce faire. Ces verbes interagissent dans les processus aboutissant à la performance, aussi bien dans le travail d'un diplomate que dans celui d'une artiste. Étant un comportement qui se montre, la performance est aussi un comportement qui se restaure. Et donc, toute action peut être considérée comme étant potentiellement une performance, selon ce qu'on en montre, selon ce qu'on en restaure, selon un contexte. N'importe quoi peut être considéré comme si c'était une performance. De là vient le concept de : ce qui forme performance. Les travaux philosophiques de John Langshaw Austin permettent de comprendre que le langage est la clef de ce potentiel de performance. Comme dans le cas d'une promesse, le langage permet à la performance de produire simultanément ce qu'elle énonce. Il se produit un événement, un incident, une rupture dans une continuité. Jacques Derrida, un autre philosophe, a montré que cette volonté et ce pouvoir de dire tendait à être maître de ses propres références, même si l'on constate que la performance est dans la grande majorité des cas finalement confrontée à son échec.

Mais comment peut-on dire à la fois qu'une performance doit être refaite ou restaurée et qu'elle constitue un événement unique ?... Schechner indique que, une performance étant quelque chose d'incarnée, qu'elle se passe dans une présence, que à chaque fois elle se produit dans un contexte différent, alors ses répétitions ne peuvent être identiques. Par là, sa signification est variable et plurielle. Chaque répétition est plutôt un dédoublement, qui demande au nouveau contexte de se réapproprier la performance. Par cette auto-réflexion, l'action dédoublée se montre en train de se faire, et de se refaire. C'est par ce travail qu'un processus social devient théâtre.

Certaines démarches contemporaines utilisent également la marche performative comme méthode d’exploration du territoire, à l’image de l’artiste-marcheur Ridha Dhib, dont les performances génèrent des traces numériques et biométriques.

Historique Origines left|thumb|Georgia O'Keeffe, photographiée dans le cadre d'un processus de création d'une performance