vignette|Drapeau islamique avec la chahada en blanc, il est l'un des symboles emblématique de l'islamisme.

L'islamisme est une doctrine prônant l'islam comme une idéologie politique. Elle consiste à mobiliser les musulmans autour d’un projet socio-politique fondé sur les normes et les lois religieuses (charia). Il s'agit du synonyme religieux de l'islam politique. Les adeptes de l'islamisme sont appelés les islamistes.

Essentiellement politique, apparu au , l'usage du terme depuis sa réapparition dans la langue française à la fin des années 1970 a beaucoup évoluéétant considéré jusqu'à cette époque comme un équivalent du mot « islam », cf. infra Martin Kramer, « Coming to Terms: Fundamentalists or Islamists? », Middle East Quarterly, vol. 10, , été 2003, .. Il peut s'agir, par exemple, du Guazzone (Laura) ed. The Islamist Dilemma - The Political Role of Islamist Movements in the Contemporary Arab World, Ithaca Press, Reading, Royaume-Uni, 1995, 390 pages – dans une acception que ne récusent pas certains islamistes –, ou encore, selon d'autres, d'une Définition dans le glossaire du site de l'Académie de Lille, Les dossiers du Beffroi, dossier : Enseigner le nouvel ordre mondial : . C'est ainsi un terme d'usage controversé.

Étymologie vignette|Voltaire, philosophe français des Lumières, utilise le terme comme synonyme de « mahométisme », pour désigner la religion des musulmans.|197x197px Le mot « islamisme » dérive du mot « islam » et du suffixe « -isme ». Le terme est de création française et son usage est attesté en français depuis le , quand Voltaire l'utilise à la place de « mahométisme » pour signifier « religion des musulmans »Bruno Étienne, « L’islamisme comme idéologie et comme force politique », in Cités, , éd. P.U.F., 2003 (Article en ligne, consulté le 13 juin 2011), cet usage est aujourd'hui « vieilli ».

Cet usage, qui se développe au cours du Par exemple chez Alexis de Tocqueville (1838) ou Ernest Renan (1883). jusqu'à l'époque de la Première Guerre mondiale par analogie avec « judaïsme » et « christianisme », se retrouve notamment chez Alfred de Vigny, Tocqueville ou encore Renan. Il commence à être concurrencé par le terme « islam » tout au début du , lorsque le développement des études occidentales de l'islam fait la promotion du terme que les musulmans utilisent eux-mêmes. Le terme « islamisme » a ainsi complètement disparu de l'Encyclopædia of Islam entamée en 1913 et achevée en 1938.

Le terme « islamisme » réapparaît en France à la fin des années 1970 pour répondre à la nécessité de définir les nouveaux courants posant une interprétation politique et idéologique de l'islam et les différencier de l'islam en tant que foi. Pour l'islamologue Bruno ÉtienneBruno Étienne dit partager cette définition avec d'autres spécialistes comme Gilles Kepel et François Burgat., l'acception actuelle du mot, qu'il est également possible d'appeler , peut se résumer comme l', cette réaction étant par ceux qui ne suivent pas cette idéologie.

Histoire

vignette|Sayyid Qutb, idéologue des Frères musulmans, une organisation islamiste sunnite. À l'origine de l'islamisme d'aujourd'huiPour des sources globales concernant ce paragraphe, on regardera avec profit les documentaires suivants : Au nom de l'Islam : Le ressentiment et sa deuxième partie Au nom de l'Islam : Djihad ou démocratie., on trouve des courants de pensées du tels que le fondamentalisme musulman (en particulier le wahhabisme) et le réformisme musulman. Ces courants sont nés à la suite des questionnements que posent la confrontation à la modernité occidentale et sa domination. Les historiens considèrent également que l'islamisme est né en grande partie du « choc colonial ». Après avoir produit plus d'un millénaire d'empires (califats, empire ottoman, empire safavide, empire moghol), le monde musulman se retrouve en quelques décennies (seconde moitié du ) dépecé et en grande partie placé sous la tutelle des puissances coloniales européennes (à l'exception de la Turquie d’Atatürk, de l'Iran de Pahlavi et de l'Afghanistan de Amānullāh Khān). Les premiers penseurs de l'islamisme (al-Banna, al-Afghani…) attribuaient cette déchéance à la perte de « valeurs » musulmanes, qui auraient affaibli l'oumma (la communauté des musulmans). On peut lire à ce sujet Le choc colonial et l'islam, écrit sous la direction de Pierre-Jean Luizard.

Certains analystes considèrent que les Frères musulmans, groupe fondé par Hassan el Banna en 1928, seraient à l'origine de l'islamisme. Cette confrérie est le premier mouvement à entrer sur la scène politique pour réclamer l'application de la charia, la loi islamique, dans un premier temps en opposition à l'occupation britannique en Égypte.

Au début des années 1960, Sayyid Qutb, théoricien des Frères musulmans, introduit les notions de rupture par rapport à la société impie et de reconquête. C'est dans ces écrits, surtout dans son texte (À l'ombre du Coran), que certains groupes islamistes trouvent la justification théorique de l'usage de la violence pour islamiser les sociétés moyen-orientales.

vignette|Drapeau de l’État islamique, une organisation terroriste islamiste. On peut y lire en arabe la première partie de la chahada, et le sceau de Mahomet qui contient une autre partie de la profession de foi de l'islam.

À partir de la fin des années 1960, s'accumulent des faits historiques, idéologiques, économiques et sociaux qui peuvent expliquer le développement de l'islamisme : La défaite des pays arabes contre Israël, lors de la Guerre des Six Jours, marque la fin de l'idéologie nationaliste arabe et de l'influence de Nasser dans le monde arabe et l'affirmation de l'Arabie saoudite salafiste ;

Les dirigeants des principaux pays perdent ainsi la légitimité historique (perte due à la décolonisation), la légitimité idéologique, la légitimité économique. On peut concevoir la mouvance islamique comme un mouvement d'opposition politique dans un contexte souvent non démocratique ; La hausse des cours du pétrole à partir des années 1970 favorise les gouvernements de certains États (Arabie saoudite puis Iran en particulier), qui peuvent financer l'islamisme pour étendre leur sphère d'influence sur d'autres États (qui peuvent à leur tour adopter des doctrines islamistes pour résister à la pression) ; La guerre indo-pakistanaise de 1971 conduit les militaires pakistanais, soutenus par l'Arabie saoudite, à encourager la propagande islamiste sunnite. Cette tendance se renforce après l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979. La révolution islamique, en Iran, de 1979, entraînant l'instauration de la république islamique montre la capacité mobilisatrice de l'islamisme ce qui conforte les islamistes dans leur espoir et inquiète en OccidentStéphanie Roza & Amirpasha Tavakkoli : L’internationale islamiste et l’idéologie des mollahs in "Lumières et anti-lumières en Iran. Un siècle de luttes politiques", p.103 & suiv., 2026, PUF-Questions, . La guerre civile libanaise, plus politique que religieuse à l'origine, va aussi devenir un foyer d'activité islamiste. La décennie noire en Algérie oppose, à partir de 1991, le gouvernement algérien et divers groupes islamistes intégristes qui attaquent au début l'armée et la police, puis les civils.

Les décennies suivantes sont marquées par des actes terroristes meurtriers. L'idéologie islamiste est en effet portée par des organisations terroristes comme Al-Qaïda, l'État islamique ou encore Boko Haram, qui multiplient les attentats et s'emparent parfois de territoires.

Par ailleurs, les islamistes sont arrivés au pouvoir, souvent par les urnes, dans plusieurs pays du monde musulman : Soudan (1989- ), Palestine (2006-2007), Tunisie (2011-2014), Maroc (2011-), Égypte (2012-2013).

Mouvances islamistes

thumb|upright=1.5|La charia dans le monde :

Le projet politique islamiste repose sur le choix et l'interprétation des textes qui constituent la charia (le Coran et la sunna, la jurisprudence). La diversité d'interprétation des textes est une cause de l'existence de plusieurs courants islamistes aux discours divergents.

Islamisme et traditionalisme Le traditionalisme dépasse largement l'islamisme, c'est un discours lié à la tradition, pas forcément à la tradition musulmane. Il renvoie à tout ce qui est conservateur, nostalgique du passé. Ce dernier concept puise souvent dans la religion, où se trouvent des éléments sur la moralité des mœurs. Le traditionalisme musulman est ainsi plutôt un islamisme.

« Islamisme » et « fondamentalisme » vignette|Les islamistes 2012 à Hyde Park à Sydney avec l'affiche « Décapiter tous ceux qui insultent le prophète » et « Nos morts sont au paradis, vos morts sont en enfer ! » Le « fondamentalisme » participe largement à la démarche islamiste en cherchant à effectuer un retour aux fondements de la religion, et à la période des quatre premiers califes.

Le terme « fondamentalisme » était utilisé dans le monde anglophone avant de l'être par emprunt dans le monde francophone. Mais dans ce dernier, dès la fin des années 1970, reviendra à l'usage du terme « islamisme », libéré de son usage ancien, pour désigner les nouveaux mouvements d'une part à cause de ses origines prestigieuses et d'autre part du fait de la trop grande spécificité du terme « intégrisme » dans un contexte catholique. Le terme français, dans sa nouvelle acception, apparaîtra à son tour dans le monde anglophone à partir du milieu des années 1980 pour devenir progressivement un synonyme de « fondamentalisme ».

Ces usages seront débattus tant par les chercheurs français que leurs homologues anglophones – particulièrement américains. En France, dans les années 1990, on verra l'émergence des termes « postislamisme » – sous la plume d'Olivier Roy – et « néofondamentalisme », courant dont les tenants se consacreraient désormais à une islamisation de la société à la suite de l'échec des courants islamistes à s'emparer du pouvoir.

Bernard Lewis rejette le terme fondamentalisme qu'il juge imprécis et fallacieux. Il précise la différence entre fondamentalistes et musulmans : les fondamentalistes souhaitent rétablir la charia et un État islamique, ils dénoncent l'adoption de « lois infidèles » ainsi que la modernisation sociale et culturelle de la société Islamic republic, Bernard Lewis, New York Review of Books, 21 janvier 1998..

Conservateurs et réformistes Selon Wendy Kristianasen, dans Le Monde diplomatique, les islamistes eux-mêmes se divisent en deux catégoriesTrois livres sur l’islamisme, Coran, politique et société, Wendy Kristianasen, décembre 1996 : les « conservateurs » et les « évolutionnistes ».

Fondements et principes de l'islamisme Les principaux points défendus par certains islamistes sont l'instauration de la charia (jurisprudence islamique), l'unité du monde musulman et, en particulier, le retour au califat par le mérite, ainsi que l'élimination de toute ingérence non-musulmane (principalement occidentale)la liste des théoriciens défendant cette option se trouve dans la judéophobie des modernes, de Voltaire au Jihad International de Pierre-André Taguieff avec une bibliographie complète et de nombreux extraits de textes.

L'ouvrage à la source de l'islamisme est Jalons sur la route de l'islam de Sayyid QutbAbdelwahab Meddeb, La maladie de l'islam..

Critiques Du terme Le concept d'« islamisme » a été critiqué, notamment par Thomas Deltombe qui le qualifie de , , et qui la nouvelle « bataille des idées », extrait du livre collectif Au nom du 11 septembre, coordonné par Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe.. Critiquant également l'usage fourre-tout du mot « islamiste » dans les grands médias, Pierre Tevanian écrit que La racaille, l’islamiste, le revanchard et le censeur, version actualisée du texte publié dans l'ouvrage de Pierre Tevanian La république du mépris. Les métamorphoses du racisme dans la France des années Sarkozy, éditions La Découverte, 2007..