, né entre 485 et 490 et mort en 534, est le fils aîné du roi des Francs Clovis. Lors du partage du royaume des Francs qui suit la mort de son père, en 511, il hérite du Nord-Est (Austrasie) et de l'Auvergne, avec Metz pour capitale.
Il est également appelé Théodoric ; Theudoricus en latin, Theuderich ou Theutric en vieux-francique, de theut « peuple » et ric « chef, puissant », soit « chef du peuple » ou « puissant dans le peupleLaurence Charlotte Feffer et Patrick Périn, Les Francs Tome 2 : À l'origine de la France, Armand Collin Editeur, Paris, 1987, 130. ».
Origines La mère de Thierry n'est pas nommée par Grégoire de Tours qui, parlant de Clovis et de Clotilde, se contente de dire : . Le consensus historique se fait aujourd'hui à peu près unanimement sur l'hypothèse raisonnable qu'elle serait une princesse franque rhénaneGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 28. Le terme de concubina employé par Grégoire ne nous renseigne évidemment pas sur le statut réel de cette femme.. La mère de Thierry est en réalité une épouse dite « de second rang », considérée comme « gage de paix » (friedelehen). Cette union a souvent été interprétée à tort comme un concubinage par les historiens romains chrétiens qui ne connaissaient pas les mœurs des structures familiales polygamiques germaniques, sans mariage public.. Cette ascendance peut expliquer qu'il obtient en 511, outre les terres aquitaines qu'il a conquises, l'espace oriental du Regnum Francorum qui recouvre l'ancien royaume de CologneLe problème est complexe et probablement insoluble, faute de sources. Pour Karl Ferdinand Werner Thierry a été, dès son jeune âge, destiné à régner sur les Francs rhénans et le thème en Théo- de son nom, caractéristique de l'anthroponymie rhénane serait un signe dans ce sens. Pour Eugen Ewig celui de 511 aurait pu être négocié entre Thierry et Clotilde (dont les fils étaient encore mineurs) : le lot oriental de Thierry constituerait une sorte de « bouclier » protégeant le reste du regnum sur sa face germanique, la plus dangereuse. – , 332-335 et surtout 358-361.. Des auteurs parlent d'EvochildeL'origine des François et de leur Empire Par Pierre Audigier 1676 Lire en ligne.Fastes De La France Ou Tableaux Chronologiques, Sÿnchroniques et Géographiques De L'Histoire De France : Depuis l'établissement des francs jusqu'à nos jours ; Indiquant les Evénemens politiques, les progrès de la civilisation et les hommes célèbres de chaque règne par Mullié, C. 1841 Lire en ligne..
Le royaume de Thierry vignette|gauche|Partage du royaume franc entre les quatre fils de Clovis. Grandes Chroniques de saint-Denis. Toulouse, bibliothèque municipale, France. À la mort de Clovis, et selon la coutume germanique de la tanistrie, le fils aîné, c'est-à-dire Thierry, devrait recevoir le titre de rex Francorum pour l'ensemble des territoires de son père. Mais étant issu d’un mariage de second rang, il ne peut prétendre régner à la place des fils de Clotilde. Cependant, les enfants issus des différents mariages sont tous égaux en matière de succession : .
Dans le partage de 511, bien que les sources insistent sur le caractère égalitaire des lots, en raison du droit de la mère (Mutterrecht)Michel Rouche, Clovis, éditions Fayard, 1996, 350., Thierry obtint « la part du lion », comme dit Eugen Ewig (de l’Institut historique allemand et de l’Académie des inscriptions et belles-lettres). L'explication de cette apparente inégalité pourtant équitable vient du "droit de la mère" (Mutterrecht). En effet, il était coutume d'attribuer aux différentes reines, pour leurs fils, une portion de royaume en tenant « la balance égale ». Clovis ayant eu deux épouses, le royaume est d'abord divisé en deux avant d'être partagé entre les fils de chaque épouse. L'aîné, Thierry, fils de la première épouse, est donc largement avantagé en recevant le royaume de Reims. Son état séparéLa division du royaume des Francs engendre des états séparés distincts de celui-ci, permettant à chaque fils d'exercer une royauté complète dans le sous-royaume attribué, plutôt que de diviser l’exercice du pouvoir entre les princes sur l'ensemble du territoire. Frédéric Armand, , La louve éditions, 72. comprend l'ancienne Belgique première (avec Trèves), une partie de la Belgique seconde (avec Reims et Châlons), les deux Germanies (avec Cologne et Mayence) et, par-delà, une large ouverture sur les territoires alamans sur lesquels les Francs, depuis les campagnes de Clovis et la chute du royaume de Cologne, exercèrent une sorte de protectorat. Au nord, l’ancienne cité de Tongres parut constituer une sorte de zone-tampon où l’influence des Francs rencontra celle des Thuringiens et probablement celle des Warnes. S’y ajoutent l’Auvergne et une frange orientale de l’Aquitaine, conquises par Thierry pour son père lors de la guerre contre les Wisigoths en 507/508, avec les cités de Clermont, Le Puy, Cahors, Albi, Rodez, sans doute Limoges, peut-être JavolsLes partages mérovingiens ne sont pas connus par des documents directs et leur caractère territorial est toujours discuté ; les variantes sont donc fréquentes et souvent peu significatives entre auteurs. Ce paragraphe s'appuie sur Eugen Ewig, Die fränkische Teilungen und Teilreiche… et surtout sur la thèse de Fabienne Cardot, L’Espace et le pouvoir…, pp. 165 sqq., avec carte..
À la mort de Clodomir (524), que Thierry accompagne dans une guerre contre le roi burgonde Michel Rouche, Clovis, éditions Fayard, 1996, 359., le partage secondaire entre les frères survivants lui laisse en plus les cités d'Auxerre et de Troyes et la moitié de celle de Sens.
vignette|Division de la Gaule en 511. Le royaume de Thierry est en bleu. Le royaume de Thierry se compose ainsi de deux ensembles de cités, très contrastés, seulement séparés par un corridor formé des cités de Bourges et de Nevers : d’une part, un ensemble qu'on peut appeler « rhéno-mosellan » auquel on donnera avant la fin du siècle le nom d’Austrasie et qui, pour l’instant, se prolonge jusque dans le sud du Bassin parisien ; d’autre part, un groupe « aquitain » qui couvre largement le Massif central et atteint pratiquement le Rhône.
Cette géographie politique peut donner un sentiment d’extravagance en ce qu’elle associe des terres encore sauvages (ou du moins beaucoup moins romanisées que le reste de la Gaule), chrétiennes certes, mais où l'on découvre par exemple des indices de sacrifices humains, et des cités de vieille et forte tradition gallo-romaine. Elle est pourtant d’une extrême importance car elle permettra en trois ou quatre générations l’unification culturelle des territoires francs.
La personnalité du roi La personnalité de Thierry est peu connue. On est ici, comme en d'autres cas, tributaires de Grégoire de Tours qui brosse, à travers ses anecdotes, le portrait d'un guerrier brutal et cynique, exemple parfait du Mérovingien « grand enfant vicieux » selon le mot de Robert LatoucheEn note au passage cité de Grégoire de Tours, , 7, édit. Les Belles-Lettres, ..
Ainsi, au cours d'une campagne contre les Thuringiens, Thierry envisage de se débarrasser de son frère Clotaire qui est pourtant son allié. Il poste donc des assassins sur son passage. Mais leurs pieds dépassent sous le rideau derrière lequel il les avait fort mal camouflés. Clotaire s'en aperçoit et entre dans une fureur que son frère qui fait semblant de n'être au courant de rien ne parvient à calmer qu'en lui faisant cadeau d'un plat en argent somptueux. Clotaire à peine parti, Thierry lui envoie le fils de son union avec sa première femme, Thibert, morte prématurément peu après sa naissance.. Il a pour mission de se débrouiller pour ramener le plat, en se le faisant offrir en cadeau à son tour. « Pour faire des tours de ce genre, Thierry était très malin », commente GrégoireGrégoire de Tours, , , 7 in fine..
On entrevoit donc un Thierry qui semble avoir plus de relief que ses frères.
Thierry et l'Austrasie vignette|Monnaie de bronze de . BNF, monnaies, médailles et antiques. Thierry s'intéresse à son royaume. Il installe probablement sa capitale à Reims, proche de celles de ses frères. La Chronique de Frédégaire, écrite au siècle suivant, la place à Metz, mais c'est sans doute par anachronisme. Des indices indiquent que le roi avait une préférence pour TrèvesRolf Badenhausen, Merovingians by the Svava (publication en anglais), https://www.badenhausen.net/harz/svava/MerovingSvava.htm#Conformity_of_contemporary_residential_regions, 2ème paragraphe.. Néanmoins, il rejoint son père lorsque celui-ci fait de Paris sa capitale pour parfaire son imitation du cérémonial impérial romain, après avoir été acclamé consul et Auguste à Tours en 508Michel Rouche, Clovis, éditions Fayard, 1996, ..
La vieille cité impériale a été ruinée par les assauts incessants des Francs au , dépeuplée par l'exode de la population romaine. L'impression prévaut chez les historiens que la situation s'y est brutalement dégradée vers la fin du et que c'est sous le règne de Clovis que toute cette région atteint un très faible degré de civilisation. Thierry veut remédier à cette situation et comprend qu'il n'y parviendra qu'en s'aidant de cadres gallo-romains. C'est lui qui nomme à l'évêché de Trèves Nizier, un ancien moine qu'Eugen Ewig croit originaire du Limousin. Nizier est un personnage énergique, organisateur et bâtisseur, peu porté aux concessions. Au cours de son long épiscopat, il est une espèce de directeur de conscience pour le roi, puis pour son fils Thibert« Il est très respecté et très honoré par le roi Thierry. (Grégoire de Tours, Vitae Patrum, , 1).; il joue probablement un rôle de premier plan dans l'entourage royal et redonne à sa cité un lustre certain. La crypte mérovingienne de Saint-Maximin est certainement son œuvre. Il est impossible de dire si sa construction remonte à Thierry ou seulement à Thibert, mais il est évident qu'elle n'a pas pu être entreprise sans le soutien du roiN. Gautier, L'évangélisation…, pp. 187-189, avec essai de reconstitution et bibliographie..
Lors de sa première intervention en Auvergne, Thierry ramène avec lui, mi-otages, des jeunes gens issus de l'aristocratie locale pour en faire des membres de sa cour et des clercs pour l'église de Trèves. On en connaît au moins un : Gallus, grand-oncle de Grégoire de Tours, dont il fera plus tard un évêque de Clermont. Simple diacre, il paraît avoir suivi la cour de Thierry dans ses déplacements. Grégoire nous raconte qu'un jour, accompagnant le roi à Cologne, il voit là un temple « où les barbares du voisinage venaient faire des sacrifices et se gorger de viande et de vin jusqu'à en vomir… Ils y déposaient des représentations de membres humains qu'ils sculptaient en bois quand quelque partie de leur corps était atteinte par la maladie ». Gallus, accompagné d'un autre clerc, met le feu au temple désert, mais, alertés par la fumée, les païens découvrent l'incendiaire et lui courent après, l'épée à la main. Gallus parvient à se réfugier auprès du roi qui, apprenant ce qui s'est passé, apaise les poursuivants. Ce récit édifiant prend sous la plume de Grégoire une saveur toute martinienne, mais il doit contenir un fond de vérité : Gallus – auprès de qui Grégoire avait séjourné durant ses années de formation – racontait, paraît-il, souvent l'histoire en regrettant avec des larmes qu'il ne fût pas mort martyr dans l'affaireGrégoire de Tours, Vitae Patrum, , 2 (vie de saint Gall).. Ce texte laisse penser que Thierry a, sinon entrepris avec méthode, du moins favorisé la christianisation des Francs rhénans.
vignette|gauche|250px|Bataille entre Francs et Danois en 515. L'armée de Théoderic, conduite par son propre fils Thibert, arrête les envahisseurs danois et les met en fuite. À l'horizon, deux navires ont déjà pris le large. Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France. Paris, Bnf.