vignette|La réserve naturelle des Marais-du-Nord, au Québec. vignette|Reflets métallisés à la surface d'un marais landais, France.

En géographie, un marais est une couche d'eau stagnante, en général peu profonde, et envahie par la végétation aquatique ou herbacée. C'est une zone humide.

La végétation des marais est constituée d'espèces adaptées au milieu humide. Sa composition varie selon la hauteur de l'eau, l'importance des périodes d'assèchement, et le taux de salinité. Les espèces dominantes sont les poacées (roseaux), typhacées (massettes), les joncacées (joncs), cypéracées (carex), et autres plantes herbacées et aquatiques, et des plantes ligneuses basses. Dans les marais d'eau saumâtre, on rencontre des espèces halophiles.

Il se distingue d'une mangrove ou d'un bayou dominés par des arbres plutôt que des herbes ; et d'un étang par sa moindre profondeur de l'eau. Ce qui ramène aussi à la définition de « marécage », se référant à une étendue de terrain humide dominée à plus de 25 % de sa superficie par une végétation ligneuse, c'est-à-dire arbustive ou arborescente.. Le français est imprécis la plupart du temps sur la distinction marais/marécage, par ailleurs de même racine. Dans le marécage « s’étendent des marais »Ifremer Marécage sur envlit.ifremer.fr.. Le français québécois donne la définition qui suit de « marécage » : Dans un marais les arbres sont absents..

En plus haute altitude, il faut distinguer ce genre de marais avec ce qu’on nomme les hauts-marais ou tourbières bombées. Ce sont des marais dont l’approvisionnement hydrique provient essentiellement des précipitations, sans apport tellurique. De ce fait, les teneurs en éléments nutritifs sont très faibles. Un groupe d’espèces capables d’y pousser sont les sphaignes (Sphagnum sp.). Une des particularités de ces espèces est qu’elles accaparent les nutriments. Elles sécrètent également des ions H+ ce qui acidifie le sol et empêche le développement d’autres espèces. Les sphaignes ont l’avantage de n’être consommées par aucun herbivore Vittoz P, Marais et rives lacustres, automne 2021, Support de cours : écologie générale, UNIL..

Formation Les marais se forment dans des zones mal drainées par le réseau hydrographique, et à sous-sol imperméable. On le trouve dans des zones peu accidentées, soit à proximité de cours d'eau ou de la mer, ou encore dans des creux dépourvus d'écoulement vers la mer (endoréisme).

Notons l'existence en France du marais halophyte de la source chaude du Plan de Phazy à d'altitude. Très saline, la source engendre en ses alentours une pré salé rarement rencontré hors des zones de littoral marin, et encore plus rare à cette altitude. L'eau ruisselle du flanc de montagne puis descend dans la faille de la Durance de de profondeur, se réchauffant alors à raison de 1° par 33 mètres descendant. La source émerge à la cassure entre les calcaires triasiques du Rocher de Barbein et le flysch de l'Embrunais (des schistes de Serenne) affleurant plus à l'ouest.. Faune et flore caractéristiques associées comprennent entre autres Plantain maritime (Plantago maritima), Carex à épis distants (Carex distans), Spergulaire marginée (Spergularia media), Puccinelle à épis distants (Pucinellia distans) pour la flore, et Agrion de Mercure et Sympetrum à nervures rouges pour la faunePage internet sur la fontaine pétrifiante de Réotier. Présente des informations sur la géologie du lieu..

La formation des haut-marais est possible grâce à l’atterrissement d’un lac glaciaire. L’atterrissement consiste en une accumulation de matière organique au fond du plan d’eau. La formation de haut-marais continue par la colonisation des sphaignes lorsque le marais est presque entièrement atterré. À terme, nous observons une séparation de la tourbe et de la nappe phréatique. La partie supérieure forme la tourbe de haut-marais et la partie inférieure forme la tourbe de bas-marais ou la nappe phréatique minérale. Le processus complet est lent et dure plusieurs milliers d’années.

Écosystème vignette|gauche|Marais à Slidell (Louisiane). L'eau d'un marais peut être douce, stagnante, ou plus ou moins salée. Les marais côtiers peuvent être associés à des estuaires ou à des lagunes littorales. Les conditions étant particulièrement réductrices du fait du manque de dioxygène par engorgement en eau (hydromorphie), les éléments issus du sol et des matières organiques en décomposition se présentent sous des formes réduites très solubles et donc mobiles. Ces conditions anoxiques sont d'ailleurs propices à la formation de méthane par dégradation des glucides et d'hydrogène sulfuré par réduction du soufre qui confère au gaz des marais sa puanteur. Notre odorat est très sensible à ces gaz, l'hydrogène sulfuré devient nocif à partir du moment où sa concentration dans l'air est telle que le nerf olfactif est endormi, c’est-à-dire que si en progressant dans un marais l'odeur d’œuf pourri disparaît il est plus probable que loin d'avoir disparu, le gaz est en concentration suffisante pour avoir endormi l'odorat et donc qu'il devient nocif, en concentration modérée il provoque un engourdissement qui peut être la source d'accidents de la route par la suite : il vaut mieux dès lors quitter l'endroit.

L'eau venant des profondeurs du sol se charge en métaux, lorsqu'elle atteint la surface et certains micro-organismes vivent alors de leur oxydation. L'eau prend des reflets métalliques, à la différence d'une pellicule d'huile qui se ressoude et indique une pollution, c'est un biofilm, qui se craquellera sans se ressouder si quelque chose le touche. C'est une sorte de super-organisme impliqué dans le cyclage des éléments, la dépollution de l'eau, et c'est un écosystème à lui seul. Ces biofilms sont une matrice d'ancrage générée par exemple par des milliards de bactéries agglutinées, qui flottent ainsi juste sous la surface de l'eau, ce ne sont pas des pellicules d'hydrocarbures, la seule similitude étant leur aspect métallique, généralement ce type de biofilm se présente déjà avec un aspect fracturé.

La teinte des biofilms, qui ne sont pas seulement en surface de l'eau mais aussi au fond de l'eau sous forme de couche visqueuse, varie en fonction de l'élément utilisé par les micro-organismes pour vivre. La couleur rouille indique l'oxydation du fer, une couleur bleutée indique une oxydation du cuivre, un vert-violacé celle du soufre, quant à un blanc vitreux, l'élément peut être de l'aluminium, du calcium ou du soufre également. Dans le cas de ce biofilm flottant, la couleur est bleutée puis change et devient pâle au fur et à mesure qu'il vieillit et se dégrade, jusqu'à devenir translucide juste avant de se désintégrer. Il n'indique pas forcément une haute concentration en métaux de l'eau, simplement une eau stagnante et une certaine acidité des sols.

Les marais abritent une importante vie sauvage. Poissons et amphibiens s'y reproduisent et s’y nourrissent des millions d'insectes qui émergent de ces eaux peu profondes. Hors de l'eau, ces insectes serviront aussi de ressource alimentaire aux oiseaux et chauves-souris jusqu'à plusieurs kilomètres de la zone, jouant un rôle considérable pour la faune locale.

Les marais abritent ainsi de très nombreuses espèces rares, dont ils sont alors souvent les seuls habitats. C'est le cas de la gratiole officinale ou du piment royal par exemple pour la flore, du butor étoilé, des marouettes ou de la sarcelle d'été pour les oiseaux, du campagnol amphibie et autres pour les mammifères.

Dans les régions défavorisées, ils sont souvent insalubres à cause du paludisme, maladie grave due à un parasite du sang dont le cycle de vie passe par un moustique piqueur, l'anophèle (la larve de l'anophèle vit dans les eaux douces stagnantes). C'était le cas en France pour la Sologne, le Gâtinais, la Puisaye, la Brenne, les Landes, la plaine d'Alsace, les Flandres et bien d'autres régions jusqu'à la diminution de l'occurrence de cette maladie à partir du milieu du , jusqu'à sa quasi-disparition juste avant la Première Guerre mondiale Pierre-Olivier Fanica, étude et Gestion des Sols, , , 2006, .. L'assainissement des marais permet de lutter efficacement contre le paludisme mais la perte de biodiversité globale du marais asséché est irremplaçable.

Adaptations des plantes à l'environnement palustre Les plantes palustres vivent tantôt sous l'eau et tantôt hors de l'eau. Leur génome leur confère des adaptations leur permettant de modifier rapidement leur métabolisme en cas d'immersion, de même pour les graines ou sporesExpression in situ de gènes en réponse à l’ennoyage chez les plantes.. Certains arbres présentent aussi des adaptations à l'ennoiement plus ou moins long des racines ou des pousses ou des grainesParent C. (2008) Étude de la réponse à l’ennoyage chez le chêne sessile (Quercus petraea) et le chêne pédonculé (Quercus robur) : Implication de l’hémoglobine non-symbiotique (An Overview of Plant Responses to Soil Waterlogging) ; thèse de doctorat, université de Franche-compté ; Spécialité : Sciences de la vie ; École doctorale : Homme, Environnement, Santé ; soutenue le 05 décembre 2008, PDF, 179 p.Skoglund, J. (1989). Regeneration, Establishment and Distribution of Quercus robur in relation to a flooding and light gradient. Studies in Plant Ecology. Gérard, B. (2008). Recherche de marqueurs physiologiques de tolérance à l'ennoyage chez le chêne pédonculé (Quercus robur L.) et chez le chêne sessile (Quercus petraea [Matt] Liebl.) (thèse de doctorat, université de Franche-Comté)..

L'inondation ou l'exondation est souvent chez ces espèces l'un des stimuli de levée de dormanceDucerf, G conditions de levée de dormance des principales plantes bio-indicatrices. Promonature-livre nature...

Le gestionnaire de forêts inondables peut tirer parti de ces adaptationsHervé Piégay, Guy Pautou, Charles Ruffinoni (2003) "Les forêts riveraines des cours d'eau: écologie, fonctions et gestion" Forêt privée française, 463 p. (avec Google Books)..

Le marais dans l'imaginaire