Jérôme de Stridon ou saint Jérôme ( ; en ), né vers 347 à Stridon, à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (en actuelle Slovénie ou Croatie), et mort le à Bethléem, est un moine, traducteur de la Bible, et à la fois l'un des quatre pères de l'Église latine et Docteur de l'Église avec Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone et Simon Claude Mimouni, Introduction à l’histoire des origines du christianisme, ..

En 383, le pape le choisit comme secrétaire et lui demande de traduire les quatre évangiles en latin. La marque de confiance que le pape lui avait accordée à cette occasion explique que la tradition et l'iconographie lui reconnaissent la qualité de cardinal, bien que l'institution cardinalice n'ait pas encore reçu, à l'époque, la définition précise que lui conférera au la réforme grégorienne.

À la mort du pape en , il doit quitter Rome et retourne en Palestine en compagnie de Paula, noble romaine. Ils fondent un monastère double à Bethléem. Durant les 34 dernières années de sa vie, Jérôme se consacre à la composition d'un texte latin de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui soit plus fidèle aux manuscrits originaux grecs et hébreux. Concurremment il rédige ses commentaires sur la Bible.

Il meurt en 420 et ses restes sont d'abord enterrés à Jérusalem puis auraient été transférés à la basilique Sainte-Marie-Majeure, l'une des quatre grandes basiliques de Rome.

Les catholiques le considèrent comme l'un des pères de l'Église et, avec les orthodoxes, le vénèrent comme saint. Depuis , en 1298, il est qualifié de Docteur de l'Église.

Sa traduction de la Bible constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction latine officiellement reconnue par l'Église catholique. Il est considéré comme le patron des traducteurs en raison de sa révision critique du texte de la Bible en latin qui a été utilisée jusqu'au comme texte officiel de la Bible en Occident.

Biographie Enfance vignette|alt=Dans un cadre architecturé, scène d'une femme accouchée et scène de baptême.|Naissance et baptême de saint Jérôme. Miniature d'Étienne Colaud extraite d'une Vie de saint Jérôme, vers 1520-1525, bibliothèque de l'université Brigham Young.

Jérôme naît à Stridon au milieu du . La date exacte de sa naissance n'est pas connue, mais les éléments qu'il donne (il est encore enfant à la mort de Julien), permettent de la situer vers l'année 347..Megan Hale Williams, The Monk and the Book: Jerome and the making of Christian Scholarship, Chicago, 2006.. Ses parents sont chrétiens et d'un milieu aisé, ils possèdent un domaine... Conformément aux usages de l'époque, il n'est pas baptisé mais est inscrit en tant que catéchumène.

Il part vers l'âge de douze ans pour Rome afin de poursuivre ses études... Il est accompagné de son ami Bonosus et se lie d'amitié à Rome avec Rufin d'Aquilée et Héliodore d'Altino... Il étudie auprès d'Ælius Donat la grammaire, l'astronomie et la littérature païenne., dont Virgile, Cicéron, et fréquente le théâtre, le cirque romain. Vers l'âge de seize ans, il suit les cours de rhétorique et de philosophie auprès d'un rhéteur., ainsi que de grec.

Il demande le baptême vers 366.. Après quelques années à Rome, il se rend avec Bonosus en Gaule vers 367, et s'installe à Trèves, « sur la rive à moitié barbare du Rhin ».. C'est là qu'il entame son parcours théologique et recopie, pour son ami Rufin, le commentaire d'Hilaire de Poitiers sur les Psaumes, et le traité De synodis et où il découvre le monachisme naissant.. Il séjourne ensuite pendant quelque temps, peut-être plusieurs années, avec Rufin et Chromace d'Aquilée, dans une communauté cénobitique... C'est à ce moment qu'il rompt les relations avec sa famille, et qu'il affirme sa volonté d'être consacré à Dieu.

Premières expériences monastiques À Antioche, deux de ses compagnons meurent, et lui-même tombe malade plusieurs fois. Au cours de l'une de ces maladies (hiver 373-374), il fait un rêve qui le détourne des études profanes et l'engage à se consacrer à Dieu. Dans ce rêve, qu'il raconte dans l'une de ses lettres, il lui est reproché d'être « cicéronien, et non pas chrétien »... À la suite de ce rêve, il semble avoir renoncé pendant une longue durée à l'étude des classiques profanes et s'être plongé dans celle de la Bible sous l'impulsion d'Apollinaire de Laodicée.. Il enseigne ensuite à Antioche auprès d'un groupe de femmes, étant sans doute disciple d'Évagre le Pontique. Il étudie aussi les écrits de Tertullien, Cyprien de Carthage et Hilaire de Poitiers...

Désirant intensément vivre en ascète et faire pénitence, il s'installe en 375 dans le désert de Chalcis de Syrie, au sud-ouest d'Antioche, connu sous le nom de « Thébaïde de Syrie ».. Il y passe quelque temps en raison du grand nombre d'ermites qui y vivent.. La période au désert et la vie érémitique de Jérôme fut assez difficile, notamment du fait des jeûnes et de sa santé fragile : .. Il est en relation à cette époque avec les chrétiens d'Antioche, et semble avoir commencé alors à s'intéresser à l'Évangile des Hébreux, qui est, selon les gens d'Antioche, la source de l'Évangile selon Matthieu. C'est à cette époque qu'il fait ses premiers commentaires bibliques en commençant par le plus petit livre de la Bible, le livre d'Abdias.. Il profite de ce temps pour apprendre l'hébreu avec l'aide d'un juif.Lettre 125, 12.. Il traduit alors l'Évangile des Nazaréens, qu'il considère un temps comme l'original de l'Évangile de Matthieu. C'est à partir de cette période que Jérôme commence sa correspondance épistolaire, qu'il continue tout au long de sa vie..

À son retour à Antioche, en 378 ou 379, il est ordonné par l'évêque Paulin. Peu de temps après, il part pour Constantinople, afin d'y continuer ses études des Écritures sous l'égide de Grégoire de Nazianze., mais aussi pour éviter les querelles théologiques entre les partisans de Nicée et les ariens... Il y reste deux ans et suit les cours de Grégoire de Nazianze, qu'il décrit comme son précepteur... C'est à cette période qu'il découvre Origène et qu'il commence à développer une exégèse (étude de la Bible) en comparant les interprétations latines, grecques et hébraïques de la Bible... Il traduit en latin et complète les tables chronologiques de la Chronique d'Eusèbe de Césarée, histoire universelle d'Abraham à Constantin..

Jérôme au service du pape alt=|vignette|320x320px|Empire romain vers 395 avec centres chrétiens contemporains de l'épiscopat de . En 382, il revient à Rome pour trois ans. Il est en contact direct avec le pape Damase et les principaux responsables de l'Église de Rome.. Son retour à Rome est sans doute dû aux conflits issus du concile de Constantinople ; il rencontre Paulin qui l'a invité à Rome pour être interprète... Il est invité au concile de Rome de 382, qui est convoqué pour mettre fin à la séparation d'une partie de l'Église d'Antioche. Jérôme, qui parle grec et latin, se rend indispensable auprès du pape Damase par ses traductions et ses connaissances bibliques.. Il devient un secrétaire occasionnel du pape et le conseille lors de consultations synodalesLes conciles locaux lors de synodes s'adressent à Rome pour avoir des informations sur la doctrine et la discipline ecclésiastique. Lettre 123, 9..

En plus de l'aide occasionnelle donnée au pape Damase, Jérôme répond à ses demandes d'explications sur des termes de la Bible en utilisant les versions grecques et hébraïques.Lettres 19, 21 et 35... Ses traductions et ses interprétations cherchent à intégrer les aspects historiques de l'Écriture sacrée..

À la demande privée du pape Damase, il révise une traduction latine des quatre Évangiles en les comparant au grec., afin de mettre fin aux divergences des traductions latines de ces textes qui circulent en Occident (connus sous le nom de Vetus Latina)... Il révise aussi une traduction latine des Psaumes.. Il traduit à la demande de Damase Les commentaires sur le Cantique des cantiques d'Origène, ainsi que le traité Sur le Saint-Esprit de Didyme l'Aveugle...

Jérôme exerce une influence non négligeable au cours de ces trois années passées à Rome, notamment par son zèle à prôner l'ascétisme.. Il s'entoure d'un cercle de femmes de la noblesse, dont certaines sont issues des plus anciennes familles patriciennes, comme les veuves Marcella et Paula, et leurs filles Blaesilla et Eustochium.. Il prend parti pour la possibilité d'être une femme consacrée en défendant la virginité, dans la célèbre lettre 22, rédigée en 384, destinée à Eustochium, surnommée Sur la virginité à conserver. Il met en garde Eustochium contre les dangers de l'adolescence, lui recommandant d'éviter le vin. : vignette|Paula avec sa fille sainte Eustochium et saint Jérôme, peinture de Francisco de Zurbarán.

, encourageant la virginité. : Lettre 22, §40 et 41.. Cette lettre connaît une diffusion importante à Rome et contribue à développer une certaine opposition au sein du clergé romain.

Jérôme fait la critique du clergé régulier, il critique la cupidité des évêques et des prêtres. De plus, il critique le paganisme qui reste présent à Rome au sein du clergé romain, qui y préserve des cultes païens.. Les critiques ouvertes de Jérôme contribuent à faire naître une hostilité croissante à son égard de la part du clergé et de ses partisans....

Peu de temps après la mort de son protecteur Damase, le , l'opposition du clergé à l'égard de Jérôme le pousse à quitter Rome. Sa présence loin d'Antioche allait à l'encontre du concile de Nicée, qui exigeait que les prêtres ordonnés restent dans leurs diocèses d'origine.. Il part avec quelques fidèles en direction de Jérusalem, en prenant avec lui des copies de livres, avec beaucoup de rancune envers ceux qui l'ont exclu...

Pèlerinage en Terre sainte vignette|gauche|170px|Saint Jérôme, par Juan Martínez Montañés. En , il retourne à Antioche, accompagné par son frère Paulinianus et quelques amis. Il est suivi peu de temps après par Paula et Eustochium, résolues à quitter leur entourage patricien pour finir leurs jours en Terre sainte.. Les pèlerins, rejoints par l'évêque Paulin d'Antioche, visitent Jérusalem, Bethléem et les lieux saints de Galilée.... Ils rencontrent Rufin d'Aquilée, son ami de jeunesse, et Mélanie l'Ancienne à Jérusalem, qui mènent une vie de pénitence et de prière, dans des monastères que Jérôme cite en exemple à Paula...

Dans un commentaire violemment anti-juif de Sophonie 1 : 15, il reprend l'accusation de déicide contre les Juifs formulée dans le corpus patristique : .. Il mentionne l'habitude des Juifs de venir pleurer au mur des Lamentations : ..

Pendant l'hiver 385-386, Jérôme et Paula partent en Égypte, car c'est là le berceau des grands modèles de la vie ascétique... À Alexandrie, Jérôme peut rencontrer et écouter le catéchiste Didyme l'Aveugle expliquer le prophète Osée et raconter les souvenirs qu'il avait de l'ascète Antoine le Grand, mort trente ans auparavant..

Fondation du monastère à Bethléem vignette|droite|La grotte de Saint-Jérôme à Bethléem.

En 386, il revient à Bethléem où il s'installe et fonde une communauté d'ascètes et d'érudits. Il y construit et développe son monastère pendant trois ans grâce aux moyens que lui fournit Paule... L'ensemble comporte une hôtellerie pour accueillir les pèlerins, un monastère pour les hommes et un monastère pour les femmes.. Paule dirige le monastère des femmes et Jérôme quant à lui dirige le monastère des hommes, mais il donne des directions spirituelles aux hommes comme aux femmes à travers des explications des Écritures.. L'Écriture a une place primordiale dans la vie communautaire inaugurée par Jérôme. Jérôme assimile la Bible au Christ : .. Jérôme montre des qualités d'éducateur, il écrit pour la petite-fille de Paule un manuel d'éducation, dans lequel il insiste sur la pédagogie : ; il poursuit ses conseils : ..