Le vignoble du Jura, appelé aussi vignoble jurassien, représente une région viticole située dans le Jura en Franche-Comté, en France. Il s'étend sur le Revermont et occupe une bande nord-sud de de long (de Salins-les-Bains à Saint-Amour) et de six kilomètres de large qui longe la fracture géologique séparant la Bresse du massif du Jura. Marqué par une personnalité typique et représentant environ , c'est l’un des plus petits vignobles français.
Existant depuis des siècles sur des coteaux entre d'altitude, la culture de la vigne se développe de nouveau aujourd’hui avec pour particularité ses petites exploitations et ses coopératives. L'appellation générique du vignoble jurassien est le côtes-du-jura (20- par an dont 80 % de vins blancs). Au total, il existe sept appellations d'origine contrôlée (AOC) : cinq appellations ou indications géographiques : l'AOC château-chalon ; l'AOC arbois et arbois-pupillin ; l'AOC l'étoile ; l'AOC côtes-du-jura ; et trois appellations produits : AOC crémant du Jura ; AOC macvin du Jura ; AOC marc du Jura.
Ces vins sont issus de différents cépages liés à la variété des sols et aux micro-climats. La production de vins blancs étant largement dominante, le cépage le plus répandu est le chardonnay qui représente 50 % de l'encépagement du vignoble jurassien. Adapté aux sols calcaires et marneux, il donne des vins blancs secs aptes au vieillissement. Cependant le cépage phare du Jura est le savagnin (près de 20 % de l'encépagement) : très ancien, adapté aux terroirs marneux, de haute qualité et d'un rendement peu élevé, il donne des vins blancs de garde, puissants et originaux, aux arômes de noix (pour les savagnins élevés sous voile) et de pierre à fusil. Il entre aussi dans des assemblages avec le chardonnay, souvent appelés « Tradition ».
En vendanges tardives et après une longue vinification de six ans et trois mois, il donne le vin jaune de grande réputation qui fait la gloire de Château-Chalon et qui est vendu dans une bouteille de appelée « clavelin » ( par an en moyenne de 2019 à 2024). Les vins rouges ou rosés du Jura, produits notamment dans le secteur Arbois-Pupillin, sont obtenus à partir des cépages poulsard (20 % de l'encépagement) et trousseau, de diffusion limitée et souvent proposés en rosé, qui représentent environ 5 % des surfaces, principalement autour de Montigny-lès-Arsures. Le pinot noir est également présent dans le vignoble jurassien avec 10 % de l'encépagement, utilisé principalement en assemblage.
Les vins du Jura sont peu connus au niveau national, mais leur originalité qui s'associe de façon heureuse à la cuisine franc-comtoise (comté, morilles…) fait leur atout, et une route touristique des vins du Jura en facilite la découverte en matière d'œnotourisme (cf. l'article « Tourisme dans le Jura »).
Histoire Antiquité Le Jura franc-comtois exploite des vignes depuis l’ère celtique / gauloise / séquanes ancienne ou sa réputation et ses exportations par commerce fluvial / commerce maritime dépasse largement les frontières de Gaule (Grèce antique, empire romain, bassin méditerranéen...). Le vin local est déjà cité par le sénateur romain écrivain Pline le Jeune au Origine et histoire du vignoble jurassien sur le site des vins du Jura, consulté le 29 mai 2010. ; il cite en ces termes un cépage qui pourrait bien être le savagnin B : .
Époque moderne Lors de la guerre de Dix Ans (1634-1644), la Franche-Comté, longtemps vassale du Saint-Empire romain germanique, est envahie par les troupes françaises. Cet épisode est le prélude du rattachement définitif de cette province au royaume de France. Les ravages de guerre concernent également le vignoble et les nombreux membres de la population qui le cultive.
Il renaît cependant de ses cendres et redevient prospère en quelques décennies. En 1732, la première réglementation concernant la vigne apparaît. Le renouveau passe par un tri de cépages recommandés, ou interdits.
Époque contemporaine thumb|left|Collection d'outils anciens au musée de la vigne et du vin du Jura du château Pécauld d'Arbois. Le vignoble jurassien comptait quelque de vigne dans la région au lorsqu'en 1879 à Beaufort (Jura) et en 1895 à Arbois, le phylloxéra venu des États-Unis détruit totalement le vignoble en moins de . La crise qui en découle ruine les vignerons et ouvre la porte à une fraude massive.
À la fin du , Alexis Millardet, ampélographe jurassien, a développé l'hybridation des cépages pour obtenir des plants résistants au phylloxéra. Quelque de vigne de nouveaux cépages immunisés au phylloxéra sont alors replantés avec de nouvelles méthodes d'exploitation et de taille…
Le vin jurassien obtient quatre appellations d'origine contrôlées, celles de l'arbois, du château-Chalon, de l'étoile et du côtes-du-jura, en 1936 et 1937. Alors que dans les années 1970, la surface viticole est bien en dessous de ce que peut supporter le territoire, le négociant Henri Maire, qui possédait la plus grande surface viticole à l'époque, insuffle une nouvelle dynamique. Il permet la replantation de nouveaux cépages AOC, incluant des contrôles accrus de la qualité. Il participe également à la création d’une formation viti-vinicole pour l’installation des jeunes. Pour finir, des prêts bancaires pour les nouveaux viticulteurs sont accordés.
, le vignoble jurassien représente 0,2 % du vignoble français avec un petit niveau de production par rapport au marché viticole français, d'environ , mais avec une production de qualité et une personnalité œnologique de produit unique, particulièrement avec son vin jaune et sa gamme de vins blancs du Jura élaborés à base de savagnin.
Vignoble Situation géographique thumb|Exemple d'imbrication des vignes jurassiennes entre prairies et bois. La falaise calcaire domine le coteaux marneux. Le vignoble jurassien est un vignoble régional français. Établi sur le piémont du massif du Jura en Franche-Comté, il est établi entre la plaine de la Bresse et le premier plateau du massif du Jura ; cette zone couvre le pays de Revermont. Il est circonscrit au seul département du Jura.
Il est voisin du vignoble de Bourgogne de l'autre côté de la Saône, du vignoble d'Alsace, et des vignobles vaudois et de la Région des trois lacs de l'autre côté du Jura en Suisse.
Il couvre une zone de du nord au sud sur cinq à dans sa plus grande largeur est-ouest. La structure du vignoble est un regroupement de nombreuses enclaves viticoles séparées par des zones exclues de l'aire d'appellation ou ne portant plus de vigne (prairies et forêts). La partie autour d'Arbois, au nord, est la plus dense. Plus au sud, autour de Lons-le-Saunier, le paysage viticole est plus clairsemé.
Surfaces Le vignoble jurassien est limité au département du Jura, essentiellement sur l'aire d'appellation du côtes-du-jura. Il s'agit d'un petit vignoble à l'échelle nationale, correspondant à 0,3 % du vignoble français (de ). À l'échelle du département, la part des surfaces en vigne sur le total de la surface agricole utilisée est plutôt faible : 1,1 % selon le recensement agricole 2020..
+ Superficies produisant du vin dans le Jura, en hectares 2020. 2021. 2022. 2023. 2024. 2025. Surface en AOP Surface en IGP 9 12 12 12 12 13 Surface en VSIG 95 162 88 97 254 199 Surface tout vins
La surface actuelle ne reflète pas l'importance que la vigne a eu au . En 1873, la viticulture occupait près de dans le seul département du Jura. Il y avait autant de vignes dans les départements du Doubs et de la Haute-Saône. En 2008, la surface était de pour une production déclarée de Collectif, Le guide hachette des vins 2010, p. 664-665. .
Villes et villages viticoles du nord au sud par canton canton de Villers-Farlay : Champagne-sur-Loue, Cramans, Port-Lesney, Grange-de-Vaivre et Mouchard ; canton de Salins-les-Bains : Aiglepierre, Marnoz et Salins-les-Bains ; canton d'Arbois : Les Arsures, Montigny-lès-Arsures, Villette-lès-Arbois, Vadans, Mathenay, Mesnay, Arbois et Pupillin ; canton de Poligny : Buvilly, Poligny et Miéry ; canton de Sellières : Monay, Sellières, Toulouse-le-Château, Saint-Lothain, Darbonnay, Passenans, Bréry et Mantry. canton de Voiteur : Frontenay, Menétru-le-Vignoble, Domblans, Saint-Germain-lès-Arlay, Château-Chalon, Voiteur, Nevy-sur-Seille, Le Vernois, Lavigny, Montain et Baume-les-Messieurs ; canton de Bletterans : Arlay, Ruffey-sur-Seille et Quintigny ; canton de Conliège : Pannessières, Crançot, Perrigny, Montaigu et Conliège ; canton de Lons-le-Saunier-Nord : L'Étoile, Saint-Didier, Chille, Montmorot et Lons-le-Saunier ; canton de Lons-le-Saunier-Sud : Chilly-le-Vignoble, Courbouzon, Macornay, Trenal, Gevingey, Cesancey et Vernantois ; Canton de Beaufort : Cesancey, Sainte-Agnès, Vincelles, Grusse, Vercia, Rotalier, Orbagna, Beaufort, Maynal, Augea, Cousance et Gizia ; canton de Saint-Amour : Balanod, Saint-Amour et Saint-Jean-d'Étreux.
Orographie et géologie Ce vignoble occupe le bas du relief, sur les pentes du faisceau lédonien, lieu de chevauchement entre le Jura et la Bresse. On trouve dans le paysage du vignoble une brusque séparation entre deux étages qui est due à la présence de calcaire à gryphées du Jurassique inférieur qui résiste à l'érosion, contrairement aux terrains où se situent les vignesV. Bichet & M. Campy, Montagnes du Jura, Géologie et paysages, 2008, p. 91.. Les pentes les moins fortes sont plantées de rangs de vigne dans le sens de la pente ; pour les pentes les plus fortes, jusqu'à 40 % dans la reculée de Château-Chalon, où les vignes sont plantées en terrasses parallèles aux courbes de niveau. Cette particularité a pour but de retenir la terre lors de fortes précipitations et d'éviter une trop forte érosion.
Le relief du Jura est caractérisé par ses reculées. Ces échancrures de la côte provoquent des expositions variées. Ainsi, au sud ou au sud-est, la maturité du raisin est favorisée.
Les types de cépages dépendent des sols dans lesquels ils sont plantés et qui varient selon l'altitude. De ce fait, dans la région de Pupillin, les marnes irisées (rouges et vertes) du Keuper (Trias) sont favorables pour les cépages poulsard et savagnin, tandis que les marnes grises du Lias sont plutôt favorables au chardonnay. Cela vient de la particularité des marnes irisées, abondantes au nord de Lons-le-Saunier, de se désagréger, ce qui permet une bonne pénétration racinaire, et de constituer un excellent réservoir hydriqueV. Bichet & M. Campy, Montagnes du Jura, Géologie et paysages, 2008, p. 81.
À Château-Chalon, le savagnin trouve sa terre de prédilection dans les marnes grises du Lias. On trouve dans cette terre, à une dizaine de mètres de la surface, des schistes-carton du Toarcien inférieur (fin du Lias), dont la structure en fines lamines millimétriques ressemble à l'affleurement à des lames de cartons empilées. Les interstices situées entre les lamines sont pénétrées très facilement par les racines des vignes, ce qui permet à ces schistes d'augmenter la surface d'absorption de la plante et de lui donner une vigueur exceptionnelleV. Bichet & M. Campy, Montagnes du Jura, Géologie et paysages, 2008, p. 87.
Climatologie vignette|Vignoble jurassien en hiver.
Le climat du département du Jura est tempéré semi-continental, avec des influences montagnardes. Le climat du Revermont est encore accentué par l'exposition à l'ouest des pentes. Subissant un hiver très froid, il bénéficie de nombreuses chaudes journées estivales. En revanche, la diversité des cépages conduit à vendanger parfois jusqu'en novembre. En cette saison, l'humidité qui remonte du sol peut nuire à la qualité du raisin. L'usage du palissage, ou hautain, s'est répandu en éloignant les grappes du sol, gage d'un meilleur état sanitaire.