vignette|Lettonie actuelle (2024).
Lhistoire de la Lettonie commence officiellement en 1920 avec la création de la première république de Lettonie. Cependant, la région accueille ses premiers occupants dès la fin de la dernière ère glaciaire. Les peuples baltes qui arrivent entre et , se structurent en plusieurs tribus : Coures, Latgaliens, Séloniens, Sémigaliens.
Au début du , les territoires qui bordent le sud de la mer Baltique constituent une des dernières contrées païennes d'Europe. Les croisades baltes menées par les chevaliers Porte-Glaive réalisent la conquête et la christianisation de la région. La ville de Riga est fondée en 1201 sur le fleuve Daugava, principale voie commerciale entre la Russie et l'Europe occidentale, consolidant ainsi le monopole des marchands de la Ligue hanséatique. Un État dominé conjointement par des princes-évêques et l'ordre des moines soldats, recouvrant à la fois les territoires de l'Estonie et de la Lettonie actuelles, se met en place avec deux classes bien distinctes : d'une part, une minorité d'origine allemande qui constitue l'élite politique, militaire, religieuse, intellectuelle et qui monopolise le commerce et la propriété foncière ; d'autre part, les paysans lettons, dont le statut se dégrade au fil des siècles. Entre 1418 et 1562, la région forme la Confédération livonienne. La Réforme protestante se diffuse au début du et les élites optent pour le luthéranisme. L'ordre des chevaliers Porte-Glaive est sécularisé. Le territoire est le théâtre de conflits qui l'opposent à des voisins de plus en plus puissants. À l'issue de guerres dans lesquelles interviennent la Russie, l'Union de Pologne-Lituanie et la Suède, ces deux derniers États se partagent le territoire letton. En 1710, l'Empire russe, en pleine expansion, le conquiert à son tour au cours de la grande guerre du Nord.
Au , la noblesse foncière germanophone, à qui les dirigeants russes concèdent une grande autonomie, maintient les paysans lettons dans le servage, qui n'est aboli qu'au (1817 en Courlande, 1819 en Livonie et 1861 en Latgale). Une partie de l'élite germanophone, aux côtés des premiers étudiants lettons, s'intéressent à la langue, la culture et l'histoire des peuples locaux alors en pleine renaissance. Des intellectuels prennent le relais en faisant un travail de collecte de la mémoire populaire et en affinant la langue, ce qui favorise l'apparition des premiers ouvrages en letton. À la fin du siècle apparaissent les premiers partis politiques lettons, dont les revendications se cantonnent à une autonomie limitée et à l'égalité de statut avec les germanophones. Riga devient le troisième centre industriel de l'Empire russe, tandis que Liepāja devient le port d'attache de la flotte russe de la Baltique.
La Première Guerre mondiale dévaste la région. En 1920, la dissolution de l'Empire russe permet à la Lettonie d'acquérir son indépendance après plusieurs épisodes militaires à la fois contre l'Armée rouge et des troupes allemandes. Les terres agricoles sont redistribuées aux paysans et un régime parlementaire s'installe. Mais durant la Grande Dépression, menacé par la montée d'un mouvement populiste, il se transforme en 1934 en régime semi-autoritaire. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Pacte germano-soviétique permet à l'Union soviétique d'occuper les pays baltes. Le pays est ravagé par l'occupant. Les élites germanophones s'exilent en masse pour répondre à l'appel des autorités nazies. Le pays est envahi en été 1941 par l'Allemagne nazie. Les nazis exterminent l'importante communauté juive installée dans la région de Riga, faisant . La Lettonie est reprise en 1944 par les troupes soviétiques. Une partie de la population quitte définitivement le pays. La Lettonie, malgré une longue résistance clandestine, est transformée en une république socialiste intégrée dans l'URSS. La société lettone et son économie sont profondément transformées. De nombreuses industries sont installées et l'agriculture est collectivisée. Une forte minorité russe s'installe.
L'éclatement de l'Union soviétique en 1991 permet à la Lettonie de recouvrer son indépendance. Le nouvel État se transforme rapidement grâce à une forte croissance de l'économie et la mise en place d'institutions politiques et économiques de type occidental. La Lettonie adhère à l'OTAN et intègre l'Union européenne en 2004. Protohistoire thumb|Les tribus baltes au . Le territoire de la Lettonie est libéré des glaces de la dernière glaciation vers 14000, mais ce n'est que vers 9000 que les premiers groupes humains pénètrent son territoire. Vers 5000 la région est colonisée par des groupes humains parlant des langues finno-ougriennes qui sont les ancêtres des Finlandais, Estoniens et Livoniens. Une deuxième vague de peuplement d'origine indo-européenne arrive vers 3000 et se mélange avec les populations déjà installées ou les repousse vers le nord sans qu'on sache si des conflits sont nés de cette confrontation. Ces protobaltes, qui sont installés sur le territoire correspondant à la Prusse, la Lituanie et la Lettonie vivent d'abord de la pêche, de la chasse et de la cueillette puis ils se sédentarisent et deviennent agriculteurs. Le mode de culture est primitif car ils n'utilisent pas d'outils en métal avant la fin de l'ère pré chrétienne. Les Romains connaissent indirectement ces régions car ils importent l'ambre, une résine fossile très prisée à Rome qui abonde sur la côte de la mer Baltique et dont le trafic passe par la route de l'ambre. Dans son livre La Germanie, l'auteur romain Tacite évoque les Aestes qui cultivent le blé avec patience, qui fouillent la mer et recueillent le succin (l'ambre). Ces Aestes sont sans aucun doute les protobaltes.
Les protobaltes sont peu touchés par les grands courants de migration qui bouleversent l'Europe du nord et orientale durant les premiers siècles Ils sont pratiquement isolés jusqu'à ce que les peuples slaves, qui ont suivi le cours des fleuves russes descendant vers le nord-ouest posent les fondations des principautés russes de Polotsk, Pskov et Novgorod. Ces peuples tirent leur subsistance de la forêt et en cultivant la terre. Ils organisent des raids chez leurs voisins baltes, notamment les Latgaliens, pour capturer des esclaves et lever des tributs.
À partir du , les occupants de l'aire correspondant à la Lettonie forment cinq tribus. Les Lives, seul reliquat de la première vague de peuplement, qui donneront plus tard son nom à la Livonie, occupent la côte et les vallées des fleuves Gauja et Daugava. Ils sont progressivement assimilés par les autres peuples baltes et il ne subsiste plus aujourd'hui qu'une douzaine de villages lives et quelques dizaines de locuteurs. Les Coures sont installés dans l'ouest de la Lettonie, les Latgaliens dans l'est et le nord de la Daugava, les Séloniens sur la rive gauche de la Daugava et les Sémigaliens dans le bassin de la Lielupe .
Depuis le début de l'ère chrétienne, le territoire de la Lettonie est un carrefour commercial sur la route des Varègues aux Grecs. Cette route mentionnée dans les anciennes chroniques s'étend de la Scandinavie jusqu'à l'Empire byzantin et passe par la Lettonie en empruntant la Daugava pour déboucher dans l'ancienne Russie. Une autre route commerciale célèbre est la route de l'ambre, la côte de la mer Baltique étant réputée pour son ambre. Jusqu'au Moyen Âge, l'ambre a une plus grande valeur que l'or dans certaines régions.
Il n'existait pas vraiment d'organisation politique à grande échelle et il faut attendre le pour voir apparaître des rassemblements de tribus. Elles sont alors au nombre de quatre : Les Coures, surnommés vikings baltes en raison de leur mode de vie plus guerrier, qui induit pillages et rafles notamment dans le Courlande, Les Latgaliens (ou Lettes), plus avancés au niveau socio-culturel et plus nombreux, dont la Lettonie tire son nom, Les Séloniens, connus pour leur agriculture, Les Sémigaliens, aussi reconnus pour l'agriculture.
Les croisades baltes
Contexte Les premières sources écrites fiables, permettant de reconstituer en partie l'histoire de la région, apparaissent au . À cette époque, l'est du territoire occupé par les tribus lettones et estes tombe dans la sphère d'influence des principautés russes de Pskov, Plotosk et Novgorod : selon les chroniques russes de l'époque, celles-ci montent régulièrement des expéditions pour extorquer des tributs aux Tchoudes, un terme qui regroupe les peuples lettes, estes, lives, ingriens et votes.
Au , un mouvement de migration parti de l'Allemagne moyenne en forte croissance démographique va peupler les côtes de la Baltique jusque-là occupées de manière clairsemée par les Wendes, une peuplade slave. Plusieurs villes sont fondées sur la côte dont Lübeck en 1143. En 1161 les marchands allemands qui font partie de ce mouvement migratoire fondent la Hanse, un réseau d'entraide qui vise à protéger le commerce en mer du Nord et en mer Baltique. Désormais, les marchands allemands concurrencent les Scandinaves sur la route commerciale qui mène au territoire russe et emprunte la Daugava. Mais les marchands de la Hanse souhaitent sécuriser la rive sud est de la Baltique et le cours de la Daugava occupées par les populations païennes qui n'hésitent pas à attaquer les convois même lorsqu'ils sont protégés.
Le est en Europe la période des croisades qui visent à convertir à la foi chrétienne les peuples païens si besoin par la force des armes. Coincée entre la Scandinavie catholique et la Russie orthodoxe, les régions bordant la côte sud de la mer Baltique, de la Prusse à l'Estonie, constituent à l'époque les dernières contrées païennes sur le continent européen. Des missions de conversion étaient parties de Scandinavie aux pour ces régions sans rencontrer de succès. Intérêt commercial et esprit de croisade vont converger pour déclencher un mouvement qui aboutira à la colonisation germanique des pays baltes : le mouvement migratoire allemand se heurte bientôt aux peuplades païennes qui vivent plus à l'est en Lituanie. Les chevaliers du Saint-Empire romain germanique, à la recherche d'une terre de croisade car ils sont marginalisés en Terre sainte, vont jeter leur dévolu sur ce dernier territoire païen.
Les croisades thumb|500px|La conquête des territoires letton et estonien par l'ordre (1202-1260). thumb|Le château de Wenden ( en letton) siège de l'ordre des chevaliers Porte-Glaive a été fondé en 1209.
En 1186, un religieux allemand du nom de Meinhard de Holstein, crée une première implantation appelée Üxhüll (aujourd'hui Ikšķile en Lettonie)Üxhüll signifie dans la langue des Lives comme en estonien « village numéro un » de üks:un et küla:village. sur la Daugava et fonde un évêché sur le territoire des Lives, un peuple païen qui occupe alors une partie de la zone côtière de la Lettonie actuelleLes Lives, qui occupaient une grande partie de la Lettonie, sont comme les Estoniens des finno-ougriens. Ils ont été progressivement repoussés et assimilés par les protobaltes et ne sont plus aujourd'hui que quelques centaines ; les locuteurs du live ont pratiquement disparu en 2010.. La région est baptisée par les envahisseurs Livonie (Livland en allemand pays des Lives) bien que cette population n'en occupe qu'une faible partie. L'entreprise de conversion après un succès initial se heurte bientôt à des résistances car les Baltes sont très attachés à leurs croyances païennes : ils vénèrent des chênes sacrés et pratiquent le culte de nombreuses divinités comme Pērkons, Laima, Auseklis ou Māra. Devant cet échec, le pape Célestin III lance en 1193 la première croisade afin d'imposer le christianisme par la force. Mais Berthold de Scheide, qui commande l'expédition est tué peu après son arrivée dans la région en 1198. Le pape Innocent III relance la croisade et consacre un nouvel évêque à qui des moyens importants sont donnés.