Le Großglockner ou Grossglockner, souvent abrégé en Glockner, est, avec d'altitude, le point culminant de l'Autriche, entre la Carinthie et le Tyrol. Ce pic marqué, en roches appartenant à un faciès à schistes verts, appartient au chaînon du Glockner situé au centre des Hohe Tauern, et est considéré comme le sommet le plus important des Alpes orientales. Depuis les premières reconnaissances au et la première ascension par quatre alpinistes d'une grande expédition organisée par le prince-évêque Salm-Reifferscheidt-Krautheim en 1800, le Großglockner a joué un rôle important dans le développement de l'alpinisme. Il est resté très important pour le tourisme de la région et représente un but apprécié des alpinistes, avec par an.

La vue sur la montagne, l'un des symboles les plus connus de l'Autriche, est la principale attraction paysagère de la Haute route alpine du Großglockner.

Toponymie

thumb|left|Carte de Wolfgang Lazius, 1561 : première trace écrite du nom Glockner (Glocknerer)

On trouve écrit pour la première fois en 1561 le nom Glocknerer sur une carte du cartographe viennois Wolfgang Lazius. Le premier témoignage textuel connu est donné sous le nom de Glogger sur une description de la frontière par le tribunal de Kals. Mais jusqu'au , ce nom désigne l'ensemble de l’arête du Glockner jusqu'à l'Eiskögele. Sur des cartes plus récentes émergent des noms tels que Glöckner Mons ou Glöcknerberg. Sur l'Atlas Tyrolensis de Peter Anich et Blasius Hueber, il est désigné comme Glockner Berg, un nom qui se maintiendra par la suite. Le préfixe Groß- ne se retrouve que dans les rapports de la première expédition au Glockner en 1799 (Gross-Glokner).

L'origine du nom Glockner est le plus souvent expliquée par sa forme semblable à une cloche (all. Glocke), hypothèse déjà émise en 1784 par Belsazar Hacquet. Une autre hypothèse est la dérivation du mot Glocken, qui désignait au une cape fermée, dont la forme est justement celle du Großglockner. Une autre possibilité est, en le considérant comme plus haute montagne et donc conducteur de son entourage, de l'assimiler avec le mouton de tête du troupeau, muni d'une cloche, et nommé Glogga. Également, il a été envisagé de le faire dériver du dialecte klocken (tonner, faire du bruit), en liaison avec les bruits de chutes de séracs et de rochers sur les flancs de la montagne. En raison de la présence d'une minorité slave en Tyrol oriental et Haute Carinthie, il a été aussi considéré comme possible une origine du mot vieux-slovène Klek, une désignation courante pour des sommets pointus. Le nom slovène actuel de la montagne est Veliki Klek.

Géographie

Situation et environnement thumb|Animation représentant le chaînon du Großglockner en trois dimensions.

Le Großglockner fait partie de l'arête du Glockner, une arête montagneuse du groupe du Glockner (Alpes centrales autrichiennes), qui bifurque au Eiskögele en direction du sud-est de l'arête principale des Alpes, et forme là la frontière entre les länder du Tyrol (commune de Kals am Großglockner) au sud-ouest et de la Carinthie (commune de Heiligenblut) au nord-est. Cette frontière constitue également la ligne de partage des eaux entre la Kalser Tal et les vallées affluentes, la Teischnitztal et la Ködnitztal du côté tyrolien, et la Mölltal avec le Pasterze du côté carinthien. La région autour de la montagne fait partie de la réserve spéciale Großglockner-Pasterze au sein du parc national des Hohe Tauern.

Le Glockner est la plus haute montagne des alpes à l'est du groupe de l'Ortles, à , et se montre ainsi le deuxième sommet des Alpes en termes d'isolation topographique après le mont Blanc. Avec , sa hauteur de culminance s'avère également la deuxième de tous les sommets des Alpes. On peut ainsi considérer que cette montagne est une des mieux individualisées des Alpes. La vue du sommet est considérée comme la plus grande de toutes les montagnes des Alpes orientales : elle atteint , et en tenant compte de la réfraction atmosphérique . Elle couvre plus de de surface terrestre et va jusqu'à la plaine bavaroise au nord-ouest, à Ratisbonne et à la forêt de Bohême au nord, l'Ortles vers l'ouest, à la plaine du Pô au sud, au Triglav et au Massif mort à l'est. Les agglomérations les plus importantes au voisinage du Glockner sont Kals am Großglockner (), à peu près à au SO, dans la direction de la Kalser Tal, et Heiligenblut (), environ à au SE, dans la Mölltal.

Topographie

Le Großglockner est un sommet rocheux en forme de pyramide, qui en raison de son aspect de haute montagne, largement couvert de glaciers, est souvent comparé avec les montagnes des Alpes occidentales. Flanqué au sud-est du Kleinglockner (), il forme un double sommet remarquable. Dans la littérature, on considère le Kleinglockner comme un sommet accessoire ou comme un sommet à lui tout seul. En raison de ses faibles proéminence et isolation topographique, ainsi que sa liaison étroite dans l'histoire des ascensions, les publications historiques le comptent avec celle du Großglockner. En raison cependant de voies indépendantes, la littérature des alpinistes le considère plutôt comme un sommet indépendant. Entre les deux sommets, il y a la haute brèche du Glockner, la plus haute d'Autriche avec ses , d'où dévale un couloir pentu jusqu'à 55°, sur , jusqu’au Glocknerkees, nommé couloir Pallavicini, en l'honneur de l'alpiniste Alfred von Pallavicini. Les parois nord-est et nord du Großglockner se rejoignent à ce couloir descendant en direction du NE. Celles-ci sont bordées par l'arête nord-ouest, une partie de l'arête principale du Glockner, qui par le Grögerschneid (), le Glocknerhorn () et le Teufelshorn (), atteint la basse brèche du Glockner (), d'où l'on remonte vers le mur du Glockner (). Vers le sud-ouest, le Großglockner fait saillir une arête marquée, le Stüdlgrat (nommée en mémoire de Johann Stüdl), qui, avec son prolongement, le Luisengrat, sépare la face ouest et le glacier qu'elle surmonte, le Teischnitzkees, de la face sud avec le Ködnitzkees. La paroi sud est traversée, au-dessous de la haute brèche du Glockner par le couloir Pillwaxrinne ; la plus grande partie de la face sud se situe à l'est de ce couloir, sous le Kleinglockner. La partie orientale de ce dernier, le Glocknerleitl est couverte de glacier presque jusqu'au sommet, et se prolonge vers le bas, par le Kleinglocknerkees et le Hofmannskees vers le Pasterze.

Géologie

thumb|Carte géologique du Großglockner et de ses environs, selon Ferdinand Löwl, 1898

Du point de vue géologique, le Großglockner se trouve au milieu de la fenêtre du Tauern, une nappe de charriage érodée sur une étendue est-ouest, qui a été soulevée par un mouvement de tectonique des plaques, et qui est arrivée à la surface en provenance d'une profondeur de . Le Großglockner est composé de roches magmatiques et de sédiments qui, sous la haute pression de la profondeur, ont été transformés en schistes cristallins particulièrement durs. Sa hauteur est en particulier due à la résistance à l'érosion de la prasinite verdâtre, qui forme le sommet, entourée de schiste vert. Cette prasinite consiste en basaltes qui formaient le fond de la Téthys alpine, qui ont été plus tard métamorphisés. À côté de la prasinite, la construction de la base du Großglockner est faite de serpentinite, de brèches, de quartzite et de phyllite. Le territoire du Großglockner est entouré d'épaisses couches de schistes lustrés, qui affleurent sur la face nord du Glockner. Le Glocknerwand, le Glocknerkamp et le Hohenwartkopf sont composés de cette même roche. Au cours de la construction du massif alpin, la haute brèche du Glockner, qui sépare le Großglockner du Kleinglockner a été provoquée par une faille NO-SE. Cette faille court le long du couloir de Pallavicini jusqu'à la brèche, et continue par le Pillwaxrinne parallèlement au Stüdlgrat jusque dans le Ködnitzkees.

Flore et faune

La flore du Großglockner et de ses environs est essentiellement alpine et subalpine. La limite de la forêt des arbres de haute tige marque la transition entre les deux, et se situe à une altitude de . La limite des neiges est entre , et marque la fin de toute végétation continue. Certaines espèces de haute montagne comme la renoncule des glaciers et divers lichens peuvent encore se trouver immédiatement sous le sommetSelon les explorations de Hohenwart, Hoppe et Schultes in .

Outre les chamois et les marmottes, il y a dans le parc national du Haut Tauern, et donc dans les environs du Großglockner des vautours fauves, des gypaètes barbus et des aigles royaux. De plus, on peut trouver jusqu'au voisinage du sommet diverses espèces de papillons. Les premiers projets de réintroduction du bouquetin datent de 1914. Mais ce n'est que dans les années 1960 qu'ils sont mis en œuvre. Maintenant, c'est dans le domaine Großglockner-Pasterze que vit la plus grande population de bouquetins du Haut Tauern.

Histoire

Premières reconnaissances

thumb|Gravure de Belsazar Hacquet (1782) premier dessin connu du Großglockner

C'est le naturaliste français Belsazar Hacquet qui a fait les premières réflexions concrètes sur la possibilité d'une ascension, dans son ouvrage paru en 1783 : « Voyage d'agrément minéralogique-botanique du mont Triglav en Carniole au mont Glockner au Tyrol, dans les années 1779-1781 ». Il y devine déjà la voie qu'emprunteront les premiers ascensionnistes, et la considère comme la plus favorable. Hacquet fait le voyage autour du Glockner plusieurs fois, et mesure la montagne, d'où son estimation d'une altitude de 2000 toises, soit , remarquablement proche de l'altitude officielle récente. Le premier dessin connu du Großglockner est une gravure de Hacquet montrant le Großglockner et le Pasterze.

Expédition du Glockner (1799) et première ascension (1800)

thumb|left|Médaille souvenirMédaille frappée longtemps après 1799, date exacte inconnue. de l’ascension du Großglockner. Sur l’avers, François II Xavier de Salm-Reifferscheidt-Krautheim, sur le revers le Großglockner avec la Salmhütte au premier plan.