La conférence de Yalta est une réunion des principaux responsables de l'Union soviétique (Joseph Staline), du Royaume-Uni (Winston Churchill) et des États-Unis (Franklin D. Roosevelt). Elle s'est tenue du 4 au dans le palais de Livadia, situé dans les environs de la station balnéaire de Yalta en Crimée. Elle a été préparée par la conférence de Malte du au , où les États-Unis et le Royaume-Uni étaient censés se concerter pour présenter un front uni à Staline sur la planification de la campagne finale contre les troupes allemandes et japonaises et sur la limitation de la progression de l'Armée rouge en Europe centrale. Les buts de la conférence de Yalta sont les suivants : adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale ; régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich ; garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire.
Participants et objectifs La délégation américaine est logée dans le palais Livadia, où ont lieu les discussions et dont les conditions d'hébergement sont insuffisantes pour répondre aux besoins. La délégation britannique est installée dans le palais Vorontsov, situé à une demi-heure de route de Livadia. Les Soviétiques sont logés dans le palais Ioussoupov à Koreïz. La France n'est pas représentée, mais Churchill réussit à faire accepter par Roosevelt et Staline qu'elle ait sa place au sein des quatre puissances chargées de la Commission de contrôle en Allemagne.
L'objectif initial de Staline est d'obtenir un accord sur le démembrement de l'Allemagne en plusieurs petits États plus ou moins indépendants. Incapable de convaincre Churchill et de parvenir à un accord dans le cadre de la conférence, il arrive cependant à faire confirmer les résultats de la conférence interalliée de Moscou du esquissant un plan de partage de l'Europe du Sud-Est en « zones d'influence » pour l'après-guerre. Ce sont ces résultats qui, ajoutés à ceux de la seconde conférence de Québec, débouchent sur la « guerre froide ». La version officielle soviétique après la guerre est fondée sur le souci de « préserver l'Union soviétique de futures attaques, comme en et en , en la protégeant par un glacis territorial et politique ». La diplomatie soviétique réussit donc à imposer la création d’une Pologne dirigée par un gouvernement ami de l'URSS.
Roosevelt a deux objectifs principaux. Le premier est d'obtenir l'appui de l'URSS pour une organisation mondiale de la paix comprenant un conseil de sécurité dont les membres auraient un droit de veto et une assemblée générale où les petits pays pourraient faire entendre leur voix. Le second objectif est d'obtenir de Staline la promesse que l'URSS entrera en guerre à ses côtés contre le Japon dans les trois mois qui suivent la capitulation de l’Allemagne : en échange, l'URSS souhaite pouvoir entrer en Mandchourie et utiliser le port en eau chaude de Port-Arthur. Roosevelt a l'appui de Churchill. Les deux camps sont toutefois prêts à faire des concessions.
De son côté, De Gaulle, absent de la conférence, avait fait des pressions auprès de Churchill et Staline afin que le territoire français s'étende jusqu'au Rhin et englobe la Sarre.
Staline négocie d'autant plus en position de force que les troupes soviétiques sont à moins d'une centaine de kilomètres de Berlin.
Par ailleurs, Roosevelt affiche une totale méconnaissance de la réalité du régime soviétique et des valeurs morales de son interlocuteur parle de la et A. Fontaine de (dans : ). en affirmant : Cité par A. Fontaine, Le Monde du 5 février 1990..
Enfin, les médias et les manuels scolaires présentent souvent cette conférence comme un « partage du monde entre puissants », idée tenace déjà dénoncée dans un article de Raymond Aron, « Yalta ou le mythe du péché originel », dans Le Figaro du . Cette ..
Il est apparu par la suite que la délégation soviétique était à même d'espionner les conversations des Américains et des Britanniques grâce aux micros dont leurs palais étaient truffés. Elle possédait en outre des documents secrets sur les objectifs visés, dérobés au Foreign Office par Guy Burgess et Donald Maclean.
Rapport des forces En , le rapport des forces est nettement à l'avantage de Staline.
Les forces soviétiques sont, de loin, les premières en nombre et en armement, atteignent Varsovie et Budapest, et menacent Berlin depuis les têtes de pont conquises sur l'Oder quelques jours plus tôt. Cependant, Staline est prudent. Sa priorité est la prise de Berlin, à la fois comme symbole de sa victoire et pour les avantages politiques et scientifiques qu'elle lui conférera. Il tient à s'emparer du maximum de régions industrielles allemandes et de l'institut de physique nucléaire de Dahlem, où il espère trouver des éléments de fabrication de la bombe atomique. Il craint une capitulation allemande, voire un retournement des alliances, qui le frustrerait ainsi de sa victoire. Aussi, il fait croire à ses alliés que Berlin n'est pas prioritaire et que l'offensive principale de l'Armée rouge portera vers la Bohême et la vallée du Danube : il les invite à chercher la jonction en Allemagne du Sud.
Pour Roosevelt, Eisenhower et les responsables américains en général, la priorité est de finir la guerre avec le minimum de pertes en vies américaines. Le président américain accepte de laisser l'URSS fournir l'effort de guerre le plus lourd, quitte à lui abandonner une plus vaste zone d'occupation. Peu méfiant, il annonce dès le début de la conférence que les troupes américaines quitteront l'Europe deux ans après la fin de la guerre.
De son côté, Churchill souhaite rétablir un équilibre européen et éviter une hégémonie soviétique sur le continent, mais, ayant déjà beaucoup cédé lors de la conférence interalliée de Moscou le , il n'est plus en position de revenir sur ses concessions. C'est d'ailleurs à cette conférence moscovite que furent joués les sphères d'influence et les rapports de force à l'avantage des communistes.
Les accords thumb|300px|Palais de Livadia, près de Yalta, où sont signés les accords de Yalta en 1945.
Les accords conclus à l'issue des rencontres prévoient : des élections libres dans les États européens libérés, les trois alliés s'engageant à « constituer des autorités gouvernementales provisoires largement représentatives de tous les éléments démocratiques des populations et qui s'engageront à établir, dès que possible, par des élections libres, des gouvernements qui soient l'expression de la volonté des peuples » ( Communiqué final en annexe : Déclaration sur l'Europe libérée) ; l'organisation en de la conférence de San Francisco ; l’entrée en guerre de l'URSS contre le Japon dans les trois mois qui suivent la défaite de l'Allemagne, l'URSS recevant en échange le sud de l’île de Sakhaline et les îles Kouriles ; la destruction du militarisme allemand et du nazisme ; la division de l'Allemagne en trois zones occupées par les trois vainqueurs : États-Unis, URSS, Royaume-Uni (par la suite, Churchill soutient une division de l'Allemagne en quatre zones d'occupation, la quatrième revenant alors à la France. Cette proposition aboutit peu avant la conférence de Potsdam : Déclaration de Berlin du ) ; déplacement de la Pologne vers l'ouest : elle cède des territoires à l'URSS et reçoit en compensation des territoires enlevés à l'Allemagne ; l'établissement de la frontière soviéto-polonaise sur la ligne du pacte germano-soviétique de (correspondant en partie à la ligne Curzon) ; la réorganisation du « Comité de Lublin », gouvernement pro-soviétique établi en Pologne « suivant des bases démocratiques plus étendues, avec l'inclusion des chefs démocrates se trouvant à l'étranger », des membres du gouvernement polonais en exil à Londres ( Communiqué final en annexe : Pologne) ; quelques modalités concernent le fonctionnement de l'ONU dont la création a été décidée en 1944 à la conférence de Dumbarton Oaks : le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité jouera pour tous les cas sauf pour les questions de procédure ; l’URSS demande autant de sièges qu'elle compte de républiques (soit 15), mais en obtient « seulement » trois (un pour la Russie, plus deux pour l'Ukraine et la Biélorussie) ; les Nations unies auront un droit de regard sur l'organisation de l'Europe.
Une conférence pour terminer la guerre L'Allemagne : défaite, occupation, réparations
Lors de la première séance plénière, la question principale porte sur la défaite de l’Allemagne par une analyse de la situation militaire. Cela débouche sur le premier article du communiqué disponible au publicLa conférence de Yalta débouche sur deux textes : un communiqué disponible au public et un autre non disponible au public..
Selon la dernière phrase de cet article, « Il a été procédé à un échange complet et réciproque des renseignements ». Le général Marshall indique qu’une offensive massive est possible sur le front de l’ouest mais que les alliés ne peuvent franchir le Rhin avant le mois de mars.
Staline prend alors la décision que l’Armée rouge libérera la Tchécoslovaquie et la Hongrie, repoussant la prise de Berlin. Ainsi, Staline évite toute tension avec les alliés occidentaux. Cependant, cette première séance plénière est importante en définissant correctement le cadre général des négociations qui vont suivre : les Occidentaux sont en position d’infériorité par rapport aux Soviétiques.
Lors de la deuxième séance plénière du , Staline aborde la question de l’occupation de l’Allemagne, qu’il considère être la plus importante.
Lors de la conférence de Téhéran, tous les Alliés étaient d’accord sur un démembrement complet de l’Allemagne, mais cette certitude devient moins évidente à l’approche de la victoire. Les Occidentaux pensent briser le Reich nazi, mais faut-il détruire l’Allemagne et sa population ? On peut lire dans le deuxième article du communiqué disponible au public : « Nous sommes inflexiblement résolus à anéantir le militarisme et le nazisme allemand », mais les alliés présentent le peuple allemand comme victime du nazisme et décident qu’« Il n’est pas dans notre intention d’anéantir le peuple allemand ». Churchill considère alors l’Allemagne comme une future alliée contre l’expansionnisme soviétique.
Pourtant, un démembrement de l’Allemagne est conclu avec une « autorité suprême » des occupants, censé garantir la paix future en Europe. Chacun des alliés occupera une zone séparée, et la France est invitée à participer à ce projet. Cependant, les Soviétiques sont en position de force, et la zone française est donc prise aux dépens de la zone anglaise et américaine.
La France est aussi invitée à siéger au Conseil de contrôle interallié pour l’Allemagne. De plus, il est conclu que l’Allemagne sera entièrement démilitarisée et désarmée. Cette mesure est encore plus sévère que ce qui est prévu par le traité de Versailles de 1919, qui fixe le nombre de militaires allemands à un maximum de cent mille.
La question des réparations est elle aussi engagée par Staline, qui demande de l’Allemagne en gage de réparation, 20 milliards de dollars au total, dont la moitié ira à l’URSS.
Sur ce point, c’est aussi Churchill qui s’oppose à cette somme démesurée et insiste pour que l’économie allemande ne soit pas anéantie. Il est d’ailleurs écrit dans le troisième article du communiqué disponible au public, que les dommages à verser par l’Allemagne seront à calculer « dans la plus grande mesure possible ». Cette question n’est pas résolue entièrement.
Sont définis les différents moyens de réparation des dommages auxquels est contrainte l’Allemagne : des transferts de biens et d’argent, des livraisons de marchandises, et l’utilisation de la main-d’œuvre allemande. Les deux points sur lesquels la conférence ne s’est pas fixée sont la mise en œuvre de ce plan et surtout le montant des réparations.