Les Hauts de Hurlevent (titre original en anglais : ), parfois orthographié Les Hauts de Hurle-Vent, est l'unique roman de la femme de lettres anglaise Emily Brontë, publié pour la première fois en 1847 sous le pseudonyme d’Ellis Bell.
Il est cité par William Somerset Maugham en 1954, dans son essai (« Dix romans et leurs auteurs »), parmi les dix plus grands romans britanniques selon lui.
Récit à la fois insolite et atroce, Les Hauts de Hurlevent s'impose comme un roman aux personnages cruels (cruauté atteignant même parfois les plus gentils) et dans lequel la mort est obsédante. Loin d'être moralisateur, le récit s'achève néanmoins dans une atmosphère sereine, suggérant le triomphe de la paix et du Bien sur la vengeance et le Mal.
Le roman La réception de l'œuvre Le roman choqua certains lecteurs de l’époque, notamment par le manque de respect pour les conventions morales, ainsi que par la noirceur de ses personnages et des situations. Il intrigue la critique qui, si elle n’est pas toujours hostile, n’en reste pas moins décontenancée par la violence de certaines scènes. Les ventes sont bonnes pour un premier roman. La réussite des Hauts de Hurlevent a fréquemment été sous-estimée en raison de l’éclatant succès de Jane Eyre, écrit par Charlotte Brontë, sœur d’Emily, et publié la même année.
Si les ventes sont bonnes, tant que l'on croit que c'est un homme qui a écrit ce livre dérangeant, il n'en va plus de même dès qu'on apprend que l'auteur est une femme, après la mort d'Emily. (Lucasta Miller, biographe, dans le documentaire de Mathilde Damoisel (Les films d'Ici & Arte France) Les hauts de Hurlevent : amour, haine et vengeance "Les hauts de Hurlevent : amour, haine et vengeance"). Sans doute parce que les transgressions multiples qu'on pouvait accepter venant d'un homme écrivain sont bien plus dérangeantes lorsqu'elles émanent d'une femme qui est celle qui élève les enfants et tient le foyer, selon la vision de l'époque.
De nos jours, le livre est reconnu comme l’un des plus grands classiques de la littérature du , et il possède une place non négligeable dans la culture britannique et mondiale (adaptations cinématographiques, opéra, musique). On peut considérer ce roman comme l’un des derniers ouvrages majeurs du romantisme européen en littérature.
Influences La critique s’est souvent étonnée de ce que ce roman ait pu être écrit par une jeune femme vivant dans une quasi-réclusion. C’est oublier qu’aux dires de sa sœur Charlotte, Emily s’intéressait passionnément à la chronique villageoise, riche en histoires aussi cruelles et complexes que l’intrigue de son roman (qui, semble-t-il, aurait été inspirée par un drame familial dont Emily aurait eu connaissance alors qu’elle enseignait dans une école près de Halifax)Juliet Barker, , , Londres, 1994.. Des recherches ultérieures ont montré qu’Emily Brontë connaissait les tragiques grecs, était bonne latiniste, et possédait une culture classique exceptionnelle chez une femme de l’époqueEdward Chitham, , Macmillan, Londres, 1998.. La famille Brontë lisait les revues et journaux de son temps, et il est tout à fait probable qu’Emily ait eu connaissance du débat sur l’évolution, même si les grandes thèses de Charles Darwin n’ont été rendues publiques que onze ans après sa mort. Ce débat avait été lancé dès 1844 par Robert Chambers et soulevait les questions de l’(in)existence de la providence divine, de la violence qui sous-tend l’univers et des relations entre les êtres vivantsUne excellente analyse de cet aspect est proposée par Stevie Davies dans , , Londres, 1994.. On sait par sa poésie qu’Emily s’intéressait à ces sujets et était également intéressée par la question de la « force » et de la « faiblesse » d’une manière qui fait parfois songer à Nietzsche, et qui atteste qu’intellectuellement, elle rivalisait avec les penseurs de son époque.
Les sœurs Brontë passent leur enfance et font leur éducation dans un lieu reculé de l’Angleterre, les landes du Yorkshire. Alors qu’elles créent leur monde imaginaire, Gondal, qu’on retrouve dans plusieurs poèmes d’Emily Brontë, elles s’inspirent de ces fameuses landes qu’elles connaissent si bien pour définir leur paysage imaginaire. On retrouve notamment les falaises, les montagnes, les côtes rocheuses et effrayantes, les hautes herbes, les fougères et les bruyères. Mais également un temps orageux, souvent pluvieux.
L’autrice Emily Brontë ancre son récit dans cette même campagne anglaise. Les Hauts de Hurlevent dépeint une nature sauvage et dangereuse. Cette dangerosité relativement présente tient de l’isolement du lieu où se déroule le récit. Effectivement, ces landes sauvages, sans chemin, piègent ses personnages qui se retrouvent perdus dans cette large campagne, victime du temps et de la nuit qui tombe avant même qu’ils ne s’en rendent compte. Cette solitude perd les personnages, elle les rend fous et craintifs.
L’autrice partage un isolement qu’elle a pu ressentir durant son enfance et son adolescence. Une vie en marge de la société, éloignée du monde réel. À travers le personnage de Heathcliff, on peut percevoir les conséquences de cet isolement, l’aspect sauvage de cette nature indomptable se retrouve dans le caractère du jeune homme. À cette nature gothique, s’ajoute un personnage romantique par excellence, jaloux, colérique, capable d’un grand amour mais qui détruit tout sur son passage. Il renferme une rage profonde en son être qui est aussi puissante que le vent qui souffle sur les landes du Yorkshire.
En raison de cet éloignement avec la ville, Emily ne connaissait pratiquement rien de l'amour et ne serait jamais tombée amoureuse, cet éloignement l'empêchant de faire des rencontres. Ce serait plutôt sa situation familiale et les nombreux livres qu'elle aurait lus, ainsi que sa connaissance de l'actualité qui l'auraient inspirée pour l'écriture des Hauts de Hurle-Vent.
Le personnage de Heathcliff aurait, quant à lui, été inspiré de son frère Branwell Brontë. Ivrogne et opiomane, il aurait en effet terrorisé Emily et sa sœur Charlotte durant des crises de delirium tremens fréquentes l'ayant affecté quelques années avant sa mort. Dans une lettre qu'il aurait rédigée, Branwell disait :
Quoique Heathcliff n'ait pas de problèmes liés à l'alcool ou aux drogues, l'influence des crises de folie ou du caractère de Branwell sont indéniables quant à la construction du personnage. D'ailleurs, Hindley Earnshaw, alcoolique et souvent pris de crises de folies, doit lui aussi beaucoup à Branwell pour sa création.
Enfin, on retrouve des similarités, des thèmes récurrents et des traits distinctifs caractéristiques des personnages, entre son roman et ses poèmes. C’est par exemple le cas avec le personnage de Catherine, dont on retrouve des traits de personnalité à travers les personnages d’Augusta et Rosina notamment. De plus, le thème de l’infidélité comme les difficultés liées à la passion amoureuse des personnages se trouvent grandement présents dans les deux œuvres. Gondal a eu une grande importance dans la vie d’Emily Brontë et cela rejaillit sur son œuvre, les poèmes qu’elle a écrits pour ce royaume imaginaire préparant alors la matière littéraire des Hauts de Hurlevent.
Techniques de narration La plus grande partie du roman est constituée par le récit fait par la gouvernante Nelly Dean à Mr Lockwood, qui vient d'arriver dans le pays. Emily Brontë se sert audacieusement mais judicieusement du récit enchâssé pour narrer la majorité du récit. Elle emploie ce procédé à plusieurs reprises sans que cela provoque pour autant la confusion du lecteur. Ainsi, il n'est pas rare que Mr Lockwood, premier narrateur du récit, raconte l'histoire de Nelly, qui elle-même raconte l'histoire d'un autre personnage.
Thèmes récurrents Le mystère occupe une place centrale dans le roman. Il est tout d’abord construit sur le plan temporel. Emily Brontë met en place un processus pour faire adhérer le lecteur au mystère de son œuvre notamment à travers les secrets qui sont dévoilés et dissimulés dès l’incipit. Ainsi, le roman évoque dès le début une date, celle de 1801, puis de 1500, qui permettent un ancrage temporel qui reste pourtant assez vague et voué à créer une confusion chez le lecteur. Par ailleurs, Les Hauts de Hurlevent porte des marques de l'influence gothique et cela dès le titre, qui évoque les hurlements du vent et la falaise. Le décor participe ainsi à l’atmosphère de mystère, Emily Brontë décrit les landes couvertes de bruyère et éloignées de tout, c’est un paysage sauvage à l’image de ses personnages. Le personnage de Heathcliff, un des protagonistes, possède un caractère qu’on pourrait effectivement qualifier de « mystérieux ». Au début du roman, ce personnage, caractérisé par sa peau sombre, viendrait d’une famille bohémienne et aurait été recueilli par M. EarnshawMarine Rompteaux. The Brontës and their Conception of the Masculine Hero: the Case of Heathcliff and Mr Rochester. Literature. 2012. ⟨dumas-00936805⟩. Durant son enfance, il sera perçu comme un étranger, ses origines étant inconnues et souvent interrogées par les personnages, il sera alors pensé comme l’enfant illégitime de M. Earnshaw. En outre, le caractère énigmatique de ce personnage réside dans sa mort. Heathcliff meurt en refusant de s’alimenter. On a ici une forme de suicide qui ne sera pourtant jamais nommée comme telle. Mais cette idée de suicide peut être contestée étant donné que Heathcliff était en bonne forme physique avant son décès et du nombre trop peu important de jours de jeûne. D’ailleurs, le médecin légiste ne trouvera aucune explication à son décès, laissant alors le lecteur dans le mystère et le doute.
Résumé Une histoire d'amour et de vengeance dans un paysage sauvage de l'Angleterre : Earnshaw, père de Hindley et de Catherine, adopte Heathcliff qui tombe amoureux de Catherine tandis qu'une rivalité s'instaure entre lui et Hindley…
Ainsi commence le roman :
Dans sa version originale :
Personnages
Famille Earnshaw Mr (— 1775) et Mrs Earnshaw (— printemps 1773) : l'apparition de Mrs Earnshaw est rapide et peu significative dans le roman. Mr Earnshaw, quant à lui, a longtemps été un père aimant pour ses deux enfants biologiques Hindley et Catherine, et pour son fils adoptif Heathcliff. Heathcliff (vers 1764 — ) : personnage principal, autour duquel les autres tournent. D'abord Mr Earnshaw (dont il pourrait être un bâtard) qui le ramène de Liverpool vers l'âge de sept ans et le gâte. Ensuite Catherine, avec laquelle il développe une relation amoureuse qui dégénère lorsqu'elle en épouse un autre. Et Hindley, qui maltraite Heathcliff. Enfin Hareton, sur qui Heathcliff se venge à son tour d'Hindley et de Catherine. Heathcliff (à la fois son prénom et son nom, signifiant littéralement « falaise de la lande ») a des origines aussi obscures que son teint de peau et son âme. Personnage évolutif, il finira par ressembler à Hindley, reclus et détestable. Linton Heathcliff ( — ) : fils de Heathcliff et d'Isabelle Linton, de nature maladive. Hindley (été 1757 — 1784) : fils Earnshaw, adolescent lorsque Heathcliff est introduit dans la famille, il le déteste et le maltraite. Après le décès de son épouse il sombre dans le jeu et l'alcool et ruine sa famille (au profit de Heathcliff) Hareton ( —) : fils de Hindley et Frances, laquelle meurt peu après sa naissance. Il est vite délaissé par son père (qui au surplus meurt quelques années après) et élevé par Nelly, puis pris en charge par Heathcliff qui poursuivra sa vengeance en en faisant son domestique surexploité et ignorant, cependant sans susciter sa haine. Hareton pleurera la mort de Heathcliff. Catherine Earnshaw (été 1765 — ) : une des protagonistes du roman. Elle tombe amoureuse d’Heathcliff après avoir passé son enfance à ses côtés, mais épouse finalement un riche héritier : Edgar Linton. Sa relation tourmentée avec Heathcliff va la conduire à la folie. Famille Linton Mr. (— 1780) et Mrs. Linton (— 1780)