Anton Pannekoek, né le à Vaassen (Pays-Bas) et mort le à Wageningue, est un scientifique, astronome, astrophysicien et théoricien marxiste néerlandais.
Il participe au développement du mouvement communiste aux Pays-Bas et en Allemagne et devient dans les années 1920 une figure du communisme de conseils, opposé aux conceptions de Lénine.
Biographie Militant de l'aile gauche de la , ses positions le rapprochent de Rosa Luxemburg. Son courant de pensée a notamment été appelé « Gauche communiste germano-hollandaise »Philippe Bourrinet, La Gauche communiste Germano-hollandaise : des origines à 1968, partiellement disponible en ligne, ce livre est cité par Christophe Bourseiller, Histoire générale de l'Ultra-gauche, Denoël, 2003..
Dès 1914 et quoique néerlandais, il aurait été l'un des .
Opposant résolu à la Première Guerre mondiale, il rejoint dès 1919 la Troisième Internationale, dont il est exclu en 1921 en raison de ses positions de « communiste de gauche » et de son opposition à l'autoritarisme de Lénine.
Il est influencé par le mouvement radical des conseils de travailleurs, et par la pensée de Karl Marx et Friedrich Engels. Il est également influencé et admiratif de la pensée de Joseph Dietzgen, un ouvrier tanneur et philosophe socialiste autodidacte prussien ayant développé de manière indépendante une philosophie proche du matérialisme dialectique avant de découvrir les travaux (et d'être en contact) avec Marx et Engels. Pannekoek va jusqu'à considérer Dietzgen comme l'un des membres fondateurs du marxisme, avec Marx et Engels, notamment dans un article de 1913 :Le socialisme actuel s'appuie consciemment, dans toutes ses actions et déclarations, sur la science que nous devons à Marx, et chaque courant se réfère à lui, ne serait-ce que pour tenter de le dépasser. On ne peut pas en dire autant de Joseph Dietzgen, décédé il y a vingt-cinq ans, le 15 avril. Il y a encore dix ans, il fallait souligner son importance pour le socialisme scientifique comme une nouveauté, et ce n'est qu'au cours de ces dernières années que l'idée s'est imposée que Dietzgen est, avec Marx et Engels, le troisième fondateur de la science socialiste. Il a contribué, en tant que chercheur indépendant, à jeter les bases de la science sur laquelle s'appuie le mouvement ouvrier socialisteAnton Pannekoek, L'Œuvre de Dietzgen, 1913 [https://www.left-dis.nl/f/AP_L'%C5%93uvre%20de%20Dietzgen%20(1913).pdf].Communiste de conseil, il rejette le stalinisme dès son apparition, convaincu d'emblée que ce courant n'a plus de rapport avec le marxisme. Il considère le régime de l'URSS non comme une forme de socialisme, même déformée, mais comme un capitalisme d'État. Il estime, comme Karl Marx et Rosa Luxemburg, que le communisme ne peut résulter que d'un processus révolutionnaire, aboutissant à un accroissement considérable de la démocratie et à la collectivisation des moyens de production. Il propose notamment d'étendre les libertés, de responsabiliser les individus afin de prévenir les dérives autoritaires d'une minorité (que serait l'avant-garde prônée par Lénine).
Pendant la Seconde Guerre mondiale il rédige son ouvrage majeur, Les Conseils ouvriers, publié en 1946 en deux parties sous le pseudonyme de P. Aartsz. En 1944, alors qu'il rédige cet ouvrage, la plus grande partie de ses archives brûle lors de la bataille d'Arnhem. Pannekoek restera fidèle à ses convictions et correspondra par exemple avec Cornelius Castoriadis.. Son autobiographie Souvenirs est parue 22 ans plus tard aux Pays-Bas.
Il a suivi des études scientifiques, obtenant son doctorat en 1902. Professeur au sein de l'université d'Amsterdam, il y a fondé un Institut d'astronomie qui porte aujourd'hui son nom.. Docteur honoris causa de l'université Harvard, il a reçu en 1951 la médaille d'or de la Royal Astronomical Society. Un cratère lunaire de de diamètre porte son nom, ainsi que l'astéroïde (2378) Pannekoek. Il est également l'auteur d'une Histoire de l'astronomie, publiée en néerlandais puis traduite en anglais.
Associant photographies, annotations, diagrammes et dessins, il a développé une méthode permettant de représenter la Voie lactée. Considérant qu'aucune représentation ne nous rapproche mieux de la vérité que si l'on prend conscience que notre perception nous trompe, il préférait mettre à distance la photographie sans pour autant la négliger comme outil d'observation. Cette recherche aboutit à des planches d'une beauté plastique et poétique indéniable, alors qu'elles sont menées avec la plus grande rigueur scientifiqueMarxist Astronomy. The Milky Way According to Anton Pannekoek, Lauren Collee, The Public Domain Review, 27 octobre 2021..
Participation au mouvement socialiste marxiste avant 1914
Pannekoek adhère au Sociaal-Democratische Abeiderpartij (Parti ouvrier social-démocrate hollandais) en 1901. Il se retrouve dès le début dans l'aile gauche de ce parti, aux côtés notamment de Herman Gorter et Henriette Roland-Holst.
En 1903 de grandes grèves éclatent aux Pays-Bas ; elles entrainent une accentuation de l'opposition entre gauche et droite dans le Parti. La gauche fonde De Tribune en 1907. En 1909 la scission est consommée. Le nouveau parti, le Sociaal-Democratisch partij (Parti social-démocrate) ne compte que quatre cents membres. Ce parti prônait des campagnes d'agitation en milieu ouvrier et une attitude de contestation pure et simple au Parlement.
Pannekoek, qui s'était déjà taillé une forte réputation de théoricien, ne participa pas sur place à ces événements car il était parti pour l'Allemagne en 1906, abandonnant pour un temps sa carrière universitaire. Il devait donner des cours à l'école que le Parti social-démocrate venait de créer à Berlin. La police prussienne s'y opposa (satisfaisant du même coup les désirs plus ou moins avoués de la droite du Parti qui trouvait Pannekoek "doctrinaire").
Pannekoek dut donc devenir propagandiste, journaliste et conférencier, rétribué par le Parti. Sa réputation de théoricien ne fit que grandir.
Outre l'insistance qu'il met sur la nécessité de la conscience de classe dans la lutte révolutionnaire, il critique la pratique et la théorie officielle du Parti social-démocrate. Il y voit l'influence des classes moyennes. Pannekoek énonce même une théorie de l'aristocratie ouvrière, qui a fait voir en lui un précurseur de Lénine sur ce point (théorie qu'il a abandonné par la suite, pour insister davantage sur la division du prolétariat en catégories par le système capitaliste, division qui aide au maintien de l'exploitation par son côté anti-unitaire). Il fait également remarquer qu'à l'Est, la bourgeoisie naissante cherche à adapter le socialisme à ses propres intérêts. À ces évolutions il faut selon lui répondre par une exaltation de l'action de masse qui est le facteur de cohésion qui permettra le développement des forces nécessaires.
En 1910 des luttes actives accompagnées de manifestations de rue renforcent la gauche, du moins dans les grandes villes. A Brème celle-ci est fortement implantée et détient le journal Bremer Burger Zeitung, auquel Pannekoek participe avec Karl Radek et Johann Knief. À la même époque Rosa Luxemburg commence une polémique contre Karl Kautsky : elle préconise la lutte pour une République en Allemagne, et le recours à la grève de masses. Pannekoek relance la discussion en publiant, en 1912, un article dans la Neue Zeit, l'organe théorique du Parti : Action de masse et Révolution. La contribution de Pannekoek dans cette polémique fut aussi marquante que celle de Rosa Luxemburg, en ce qu'elle forçait Kautsky à se « démasquer », à prôner ouvertement la tactique suivie par la social-démocratie, c'est-à-dire : faire mener la lutte par des délégués responsables, prenant des décisions, négociant avec les autorités au nom des masses, ne faisant que de temps en temps appel à l'action de celles-ci pour soutenir leur action propre.
La polémique fut suivie avec attention par Lénine qui y fait allusion dans L'État et la Révolution, à la fois en félicitant Pannekoek mais aussi en l'accusant de manquer d'esprit pratique et d'ignorer les enseignements de la Commune de Paris. Ces critiques furent reprises par les bolchéviques qui reprochaient au Hollandais de négliger la nécessité selon eux de remplacer par un nouveau l'ancien pouvoir d'État. Pannekoek avait répondu par avance à ce type de critique en faisant remarquer que ce qui est justifié dans une phase donnée ne l'est plus nécessairement dans une autre et que c'est la lutte de classe elle-même qui détermine, en dernier ressort, la forme de l'organisation sociale. Pour Pannekoek, il fallait détruire l'État au plus vite.
Participation au mouvement radical après 1914
Avec la déclaration de guerre allemande de 1914, la social-démocratie est submergée par une vague de nationalisme. Pannekoek rentre aux Pays-Bas et participe aux activités des divers groupes radicaux, plus particulièrement à celles des tribunistes. Ceux-ci, par exemple, participèrent à la célèbre conférence de Zimmerwald en , qui décida la publication d'organes communs.
Henriette Roland-Holst et Pannekoek prennent la direction de la revue de langue allemande Vorbote qui ne connaitra que deux numéros et à laquelle collaboreront divers radicaux dont Lénine. Au contraire de ce dernier qui propose comme but un retour à la vieille tactique orthodoxe du marxisme, c'est-à-dire à celle des gauches d'avant-guerre, le Hollandais veut faire appel aux actions de masse pour dégager le socialisme nouveau qu'exige le caractère nouveau du capitalisme moderne. On voit ici se dégager l'idée de gestion de la société future, mais profondément transformée.
Cette période était, on s'en doute, assez agitée. À partir de 1916 des mouvements sauvages commencent à faire leur apparition. Il leur correspond la formation de nouveaux groupes politiques dont le plus important sera le Spartakusbund. Un autre, celui des Intemationalen Kommunisten Deutschlands (Communistes internationalistes d'Allemagne) de Brème se pose des questions plus théoriques sur l'organisation. Il rompt avec la social-démocratie et veut rompre aussi avec ses méthodes. La discussion s'étend dans leur organe légal, qui ouvre ses colonnes à Karl Radek, Grigory Zinoviev et Pannekoek.
C'est dans cette atmosphère qu'arrive la nouvelle de la révolution russe. Elle est accueillie avec enthousiasme. En Hollande, les tribunistes connaissaient des dissensions internes qui apparaissaient en filigrane dans les articles que Pannekoek consacre à la révolution russe. En effet celui-ci justifie l'action des bolchéviques contre les critiques feutrées de la droite du petit parti, mais bien entendu, il maintient que l'avenir de la révolution russe dépend du développement de la révolution en Europe occidentale.
La révolution allemande éclate en 1918 et se répand comme une trainée de poudre. Elle entraine la création de conseils d'ouvriers et de soldats. Mais ceux-ci présentent bien des caractères ambigus. Dans la réalité ils sont entre les mains du SPD et n'ont pas véritablement constitué l'organe de lutte élaboré par la classe elle-même. Celle-ci dans sa grande majorité s'en remet aux dirigeants traditionnels et, à y regarder de près, les conseils vidés de tout pouvoir réel, apparaissent comme une sorte de contre-feu entretenu avec prudence par les autorités, au sein desquelles figurent maintenant les cadres socialistes et syndicaux. Mais la situation offre pourtant des possibilités d'action plus grande aux extrémistes qui, encore et toujours, prônent l'auto-éducation des masses par et dans l'action. Il faut toutefois bien se rendre compte que leur influence s'arrête le plus souvent aux portes des usines. Cependant les divers groupuscules, non sans réticence, finissent par s'unir et créer, en 1919, le Parti communiste d'Allemagne (KPD). Il est remarquable que ce parti se prononçât contre la participation aux élections, en dépit de la prise de position contraire de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.