TV6 sigle de Télévision 6 est une chaîne de télévision française privée et gratuite nationale consacrée à la musique et pour la jeunesse, créée le et supprimée le à minuit. Cette suppression survient pour des motifs politiques à la suite des élections législatives de mars 1986 perdues par la majorité de gauche (le gouvernement de Laurent Fabius) et gagnées par l'opposition de droite représentée par Jacques Chirac. Quelques heures après la disparition définitive de TV6, le dimanche , la chaîne M6 retransmet ses premières émissions en direct, la remplaçant sur le même canal.

Malgré sa brève durée d'émission, TV6 permet à plusieurs personnalités d'émerger dans le paysage audiovisuel français, parmi lesquelles Jean-Luc Delarue, Childéric Muller, Philippe Vandel ou encore Alain Maneval. Une partie de la presse et des médias salue un ton nouveau conforme à un esprit de « libre antenne » et l'arrivée de la télévision musicale en Franceles origines de TV6.

TV6 est la première chaîne nationale à être supprimée dans l'histoire de la télévision française cinq ans avant La Cinq, laquelle s'arrête sur décision de sa direction, en raison de sa faillite.

Histoire de la chaîne Après avoir conçu, développé et lancé Canal+, en novembre 1984, Léo Scheer quitte Havas et son dirigeant André Rousselet, pour rejoindre le groupe Publicis et Maurice Levy, afin de mettre en œuvre un nouveau projet de télévision commerciale, en partenariat avec Europe 1 Communications.

En 1985, à un peu plus d'un an des élections législatives en France, la gauche au pouvoir redoute un échec et souhaite alors créer un espace médiatique nouveau, hors du domaine institutionnel de la télévision publique sous contrôle des gouvernements, susceptible de toucher un large public contrairement à Canal+ cryptée. Cette chaîne pourrait constituer un relais d'opinion conforme à ses idées, si elle doit venir à retourner dans l'opposition.

Le à 20 heures, le président de la République François Mitterrand annonce au journal télévisé d'Antenne 2, la création de deux nouvelles chaînes privées gratuites, La Cinq et TV6 et prévoit même jusqu'à 85 télévisions localesJean-Claude Bourret et Bérangère Danigo - La Cinq, l'histoire secrète - Les éditions Trédaniel , , . Il lance l'idée d'« un espace de liberté supplémentaire » et demande au gouvernement de Laurent Fabius d'étudier le projet. L'avocat Jean-Denis Bredin, chargé par le Premier ministre de rédiger un rapport sur l'ouverture de « l'espace télévisuel à la télévision privée », le lui remet le . Ce dernier préconise la création de deux chaînes nationales privées en clair financées par la publicité et dont les fréquences vont être concédées par l'État, conformément à l'article 79 de la loi du sur la communication audiovisuelle. Ces deux nouvelles antennes pourront techniquement utiliser les canaux 5 et 6 des nouveaux réseaux d'émetteurs nationaux à constituer dans la bande de fréquences UHF.

Le , Georges Fillioud, secrétaire d'État français chargé des Techniques de la communication, présente en conseil des ministres une communication sur le développement de l'audiovisuel. Il annonce un projet de loi définissant la création d'ici le printemps 1986, de deux nouvelles chaînes de télévision privées à diffusion nationale, l'une généraliste, l'autre à vocation musicale, ainsi que des dizaines de chaînes de télévision locales, au capital desquelles se retrouveraient groupes de presse, sociétés de production et publicitaires.

À la suite de cette décision de création de deux nouvelles chaînes de télévision nationales privées, Léo Scheer et le producteur des Enfants du Rock, Jean-Martial Lefranc, mettent au point sous la direction de Maurice Lévy, le projet d'une chaîne de télévision adaptée à un réseau hertzien nouveau, ciblée sur les jeunes.

Le groupe Publicis plus important acteur de la publicité en Europe, change alors de partenaire pour son projet de télévision commerciale et s'allie à plusieurs entreprises spécialistes de la communication et de l'industrie musicale, comme NRJ, Gaumont, l'agence de communication Gilbert Gross et trois « majors » de l'édition musicale, Polygram, Sony et Virgin. Ce groupement répond dans sa forme, aux critères établis par le projet de loi du gouvernement. Il dépose son dossier de candidature pour l'obtention d'un contrat de concession de service public, auprès de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle. Le projet porte simplement le nom de code TV6 après avoir failli s'appeler TNT, Turbo 6, V 6, MV 6, Super 6 ou encore NRJ 6Quand les kids entrent en Sixième, Le Nouvel Observateur du 28 février 1986, page 39.

Trois concurrents sont en compétition pour l'appel à candidature pour la concession du sixième réseau : la CLT, ancien candidat perdant à l'attribution de la cinquième chaîne et dont l'objectif consiste toujours à implanter RTL Télévision sur le territoire français, l'alliance Publicis/Gaumont/NRJ/Gilbert Gross et le groupement Hit FM/RSCG piloté par le publicitaire Jacques Séguéla.

Le , le gouvernement choisit le dossier de la société TV6 conduit par Publicis pour créer la première chaîne de télévision française consacrée à la jeunesse et à la musiqueAnnonce par Georges Fillioud du choix du gouvernement pour l'attribution de la , Midi 2 du 28/01/1986 - INA. Le contrat de concession de service public de 18 ans entre l’État et TV6 est signé le même jour. Le décret portant approbation de ce contrat et du cahier des charges de la sixième chaîne est publié le Décret du 21 février 1986 portant approbation du traité de concession et du cahier des charges de la - Journal Officiel du 21 février 1986.

La chaîne doit consacrer au moins 50 % de son antenne à la musique et, à la différence du cahier des charges de La Cinq, elle est soumise aux mêmes obligations que les chaînes publiques pour les délais à respecter pour la diffusion des films depuis leur sortie en salle et les quotas de diffusion de longs-métrages français. TV6 s'engage aussi à diffuser trois cent cinquante heures de production propre la première année puis produire cent vidéo-clipsTV6 produit ses clips, VSD du 7 août 1986, sans-logique.com.

Le sigle de la chaîne signifie « TéléVision 6 »TV6 Télévision 6-publicité-1986-YouTube.

Ouverture de l'antenne

Après la diffusion en boucle d'une bande-annonce dès le sur le nouveau sixième réseau hertzien de TDFQuand les kids entrent en Sixième, Le Nouvel Observateur du 28 février 1986, page 38, TV6, première chaîne de télévision musicale française, commence à émettre le samedi à 17h00Lancement de la TV6, JT 20H d'Antenne 2 du 01/03/1986 - INA. Fidèle à sa cible marketing, elle s'affiche comme « la plus jeune des télés » et se consacre entièrement aux musiques actuelles.

Chacun des partenaires de l'entreprise apporte sa pierre à l'édifice : Gaumont son catalogue de films et de séries télévisées, NRJ ses animateurs et son savoir-faire dans la programmation musicale et le groupe Publicis prend en charge la direction administrative de la chaîne et la régie publicitaire. Comme chaîne commerciale privée, TV6 peut diffuser jusqu'à deux minutes de publicité toutes les vingt minutes.

Changement politique et remise en cause

À la suite des élections législatives de mars 1986, la droite revient au pouvoir. Jacques Chirac est Premier ministre et demande à son nouveau ministre de la Communication François Léotard, de mettre en œuvre la politique audiovisuelle du gouvernement : privatisation de TF1. Ce plan comprend aussi l'annulation des concessions des deux nouvelles chaînes privées La Cinq et TV6, dont les conditions d'attribution sont considérées non conformes d'un point de vue règlementaire.

Par le décret -901 du , le gouvernement de Jacques Chirac réattribue le canal, anticipant la fin du contrat de concession signé par le précédent gouvernementDécret du 30 juillet 1986 portant résiliation du traité de concession conclu avec la société TV6 pour l'exploitation de la de télévision - Journal Officiel du 30 juillet 1986.

À la suite d'un recours de TV6, ce décret est annulé par arrêt du Conseil d'État le , car le ministre n'a pas respecté l'échéance légale de la concession d'un anAnnulation par le Conseil d'État du décret du 30 juillet 1986 résiliant la concession de TV6. Toutefois, la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL) désormais chargée du dossier depuis le , fixe les nouvelles obligations générales et particulières des « télévisions hertziennes nationales privées en clair » par les décisions -1 et 87-2, le .

Le , le décret -51 résilie le contrat de concession de la sixième chaîne qui s'achève le à minuitDécret du 2 février 1987 portant résiliation du traité de concession conclu avec la société TV6 pour l'exploitation de la de télévision - Journal Officiel du 3 février 1987 et ouvre par la même occasion l'appel à candidature pour la réattribution du réseau. La CNCL auditionne le projet Métropole Télévision présenté par la Lyonnaise des Eaux alliée à la CLT, au producteur Marin Karmitz (MK2) et au groupe de presse Amaury, le groupement Télé Fiction Musique, ainsi que TV6, candidate à sa propre succession.

TV6 remplacée par Metropole TV

Le projet Métropole Télévision de la Lyonnaise des Eaux et de la CLT a les faveurs du gouvernement. Jacques Chirac a promis la sixième chaîne à son ami Jérôme Monod, PDG de la Lyonnaise des Eaux ainsi qu'à la CLT, contre un accord sur le vote luxembourgeois concernant la politique agricole commune. Souhaitant contrecarrer ce plan, le groupe Publicis négocie avec la Lyonnaise des Eaux pour constituer un nouveau tour de table associant les nouveaux et d'anciens opérateurs. Ce type d'opération vient d'être réussi par Silvio Berlusconi avec Robert Hersant pour La Cinq.

Toutefois, les négociations n'aboutissent pas et les 25 et , la CNCL attribue le sixième réseau à la société Métropole Télévision. Des personnalités et artistes comme Serge Gainsbourg, Johnny Hallyday ou Eddy Mitchell, interpellent en vain le gouvernement pour tenter de sauver TV6.

Arrêt des émissions

Le , TV6 voit sa concession d'un an non renouvelée. Son siège est pris d'assaut par quelques jeunes fans pour manifester en distribuant des tracts dans le RER parisien avant d'être interrogés par les médias. Il déferlent ensuite sur les Champs-Élysées et improvisent une manifestation avec des artistes parmi lesquels Francis Lalanne, Marc Lavoine, Mylène Farmer, Patrick Bruel... L'animateur Childéric Muller, vedette de la chaîne, doit monter dans un arbre avec un porte-voix pour disperser la foule en fin de manifestation. Le soir même, TV6 diffuse sa dernière émission depuis le plateau de l'émission Tam-Tam installé chez VCF à Saint-Cloud, en présence de nombreux artistes et de tous les animateurs de la chaîne comme Smicky, Jean-Luc Delarue, Isabelle Duhamel, Frédéric Smektala, Frédéric de Rieux et Childeric Muller. Alain Maneval porte une pancarte « Y’en a qu'une, c'est la 6 », clin d'œil au slogan de TF1 de l'époque.

À l'antenne, le programme spécial s'achève par un clip parodiant Star Wars dans lequel Dark Vador symbolisant le nouveau gouvernement de droite Chirac/Balladur se félicite de la victoire de l'Empire, le groupement Lyonnaise des Eaux/CLT sur la rébellion de TV6, propriété de Publicis/NRJ. La manœuvre fait exploser la planète TV6, âgée d'un an seulementDernières minutes de TV6 - 28 février 1987. Le lendemain, . La chaîne M6 prend le relais dès le lendemain matin à 11 h 15, sur le même canal où sa défunte concurrente a éteint ses émetteurs à minuit. Ainsi, il n'y a pas « d'écran noir », à la différence quelques années plus tard, de la fermeture de la chaîne La Cinq.

Bénéficiant d'un réseau d'émetteurs essentiellement situés dans les grands bassins urbains de la France, M6 devra toutefois conserver dans sa programmation une certaine dominante musicale, héritée de TV6.

Organisation Dirigeants

Président Maurice Lévy

Directeur général Léo Scheer (Concepteur et patron opérationnel de TV6)