La station romaine de Rubricaire, premier noyau des agglomérations successives qui s'établirent au pied du mont Rochard, est plus connue par les vestiges qu'elle a laissés que par les textes historiquesMais pour l'abbé Angot, les ruines de ses monuments sont aussi plus instructives que beaucoup de documents.. Cette station antique, appelée aussi « le château de Rubricaire », est sise commune de Sainte-Gemmes-le-Robert, canton d'Évron (Mayenne), située à à vol d'oiseau et en vue de Jublains en Mayenne, chef-lieu des Aulerci Diablintes.

L'établissement de Rubricaire possède des dépendances d'origine romaine, voie, habitations disséminées et bains. Ce monument est connu par un texte du de notre ère, recopié au , et transmis, sans altération, par la tradition et le langage populaire.

Camp gallo-romain et le balneum de Rubricaire sont classés au titre des monuments historiques en 1917.

Identification thumb|Jublains (Noviodunum entouré d'un trait blanc) sur la table de Peutinger. Le mot Robrica figure, en bas à droite, sur la voie Angers - Le Mans. L'abbé Angot a soutenu l'identification de la station de Rubricaire située sur la voie de Jublains au Mans, avec celle de Robrica placée par la table de Peutinger, dont la rédaction primitive date du , et du pour la copie qui nous a été conservée, sur la route d'Angers au Mans.

L'abbé Angot renouvelle son affirmation : parce qu'il suffit d'un déplacement d'un centimètre sur la table Théodosienne pour faire passer le mot Robrica de la route d'Angers à celle de JublainsLa station dont il s'agit, que le copiste a placée, à tort selon l'abbé Angot, sur une route d'Angers à Tours où rien ne l'indique, tandis qu'elle devrait l'être entre Jublains et Le Mans, se nomme Robrica (ou Robricaria) parfaitement traduit par Rubricaire. À Rubricaire, nous avons le nom et la station avec des ruines importantes ; ailleurs, nous n'avons ni l'un ni l'autre.; parce qu'on n'a jamais trouvé sur la voie d'Angers au Mans une station qui, pour le nom et les distances, répondît aux données de la carte ; parce que Rubricaire, par le camp retranché qu'on y voit encore, par son nom actuel même, répond au moins à deux des données du problème et justifie l'identification que l'abbé Angot propose.

L'erreur de la part d'un des copistes qui successivement ont transcrit le texte de la carte et qui ont commis des fautes innombrables, est vraisemblable puisqu'elle consiste seulement dans le déplacement d'un nom d'une ligne à la ligne voisine, parallèle et distante d'un centimètreL'examen du fragment de la carte de Peutinger reproduit ici permettra de juger de la valeur de cette hypothèse. On y lit : Juliomago (Angers) XXVII Robrica XVIII Cæsaroduno (Tours). XVII + XXVIII donnent bien, en lieues gauloises, la distance d'Angers à Tours ; mais, pour nous, le mot Robrica a remplacé le nom de la station intermédiaire entre ces deux villes, nom qui se trouve ainsi omis. La vraie place de Robrica est indiquée par le trait rouge entre Noiodunum (Jublains) et Subdinum (Le Mans). L'erreur était pour l'abbé Angot, facile à commettre, la correction n'en est que plus plausible..

Époque romaine (-s)

Le camp vignette|Vue depuis l'angle sud-est du camp romain.

Antoine Margerie, curé de Sainte-Gemmes-le-Robert de 1755 à 1776 mentionne le nom de Rubricaire dans un Mémoire qu'il adresse vers 1770 au chanoine André René Le Paige, auteur du Dictionnaire historique du Maine, sur sa paroisse« A mi-côte de la montagne de Rochard, écrit-il, au sud, près du hameau des Buttes, on trouve des ruines d'anciennes fortifications qu'on nomme le Château Rubricaire ; il y a apparence que ce château étoit un ouvrage des Romains ; ce poste à deux lieues de Jublains leur étoit très avantageux. Ce qui est singulier, c'est que ce Château Rubricaire n'a point de glèbe que son emplacement et qu'il ne relève d'aucun fief. »

vignette|Panneau d'information montrant le plan de la forteresse de Rubricaire.

La tradition orale avait seule conservé le nom de Rubricaire, mais en l'altérant un peu, prononçant Rubicaire (conforme au toponyme du cadastre napoléonien) alors que la forme consignée dans le Mémoire du curé est Rubricaire, comme l'écrit aussi , dans sa Notice sur Évron. Au courant des recherches heureuses qu'avaient faites ses confrères curés de Jublains, Tessier et Lair de La Motte, dans les ruines de la capitale des Diablintes, avait bien compris l'origine romaine du camp de Rubricaire, ses relations avec Jublains, son importance stratégique. Le nom de « Château Rubricaire » qu'il lui donne, indique l'état de conservation relative du monument, où l'on distinguait encore non seulement l'enceinte des fortes murailles, mais la disposition des logements.

Les fouilles

En 1834, quand on construisit la route d'Évron à Bais, les vestiges de cet édifice étaient considérables, car on en démolit une partie pour le premier encaissementDes fouilles y avaient été exécutées en 1834 sous la direction de M. l'ingénieur Magdelaine, mais elles n'avaient porté que sur l'enceinte du retranchement. M. l'abbé Gérault, dans le Mémorial de la Mayenne et dans sa Notice sur Évron, signale encore en 1842 : les ruines de l'enceinte carrée, mesurant, dit-il, 800 mètres de tour, et d'un relief de 8 mètres avec éminences aux angles ; au sud et à l'intérieur de l'enceinte, une tourelle de 5 mètres de hauteur, couverte de pierres en petit appareil avec cordons de briques ; enfin à l'extérieur, à l'est et au sud, une muraille contre laquelle s'appuyaient des maisons et des étables. Dans une chambre pleine de cendres et de charbon, les ouvriers trouvèrent deux pointes de lance et 27 pièces du comte du Maine Herbert Eveillechien. Un pan de mur au sud-ouest n'avait pas moins de 3 m. 50 d'épaisseur, et ses fondations reposant sur le roc étaient formées de gros blocs sans ciment..

thumb|Face extérieure du mur ouest du camp romain de Rubricaire.

En 1853, la Société française d'archéologie accorda un secours de 200 francs pour continuer les recherchesM. Louis-Julien Morin de la Beauluère, accompagné de MM. Guays des Touches et Denis, visita Rubricaire.. Mais comme à cette époque était posée à nouveau la question des Arviens dont depuis Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville on plaçait la capitale, Vagoritum, au lieu-dit la Cité près de Saulges, on préféra consacrer l'allocation promise à des fouilles de ce côtéCes Messieurs avaient remarqué « l'ancienne construction nommée la Prison, » mais Vagoritum fut cause qu'ils n'y donnèrent qu'une médiocre attention.. Un plan sommaire, fait à l'aide de filets et de caractères typographiques, en 1859, à l'occasion d'un projet de nouvelles fouilles, indique encore des traces des murs.

thumb|Extrait du plan du cadastre napoléonien de 1836 mentionnant les toponymes de Rubikaires, des Jolivières et des Buttes.

Au début du , il ne restait plus que deux murs parallèles au nord où se trouvaient les principaux bâtiments d'habitation, l'éperon d'un contrefort à l'angle sud-est, et sur tout le pourtour, en place des murs, une levée de terre et de pierres, qui laisse libre au centre un espace d'une douzaine d'ares. L'enceinte a été acquise par acte du par la Commission historique et archéologique de la Mayenne, qui en a fait don au département. Ce sont ces remblais et l'espace qu'ils enclosent qui se nomment Rubricaire ou, comme l'écrivait le curé Margerie, le « Château Rubricaire », n'ayant ni glèbe ni dépendance d'aucun fief. Autour se sont établis deux villages, les Buttes et les JolivièresLes Buttes conservent deux maisons assez remarquables, l'une du dont on peut voir à l'intérieur la cheminée monumentale et en dehors le couronnement fleurdelisé de l'ancienne porte plein-cintre : l'autre avec escalier en pierre et vaste cheminée couronnant à faux la pointe du pignon, signe distinctif des constructions de cette époque. Les Jolivières sont un peu plus modernes.. Les déblaiements exécutés par l'abbé Angot en 1903 firent apparaître que ce que la tradition qualifiait prison était un balneum.

La voie romaine

Rubricaire est situé à une petite distance de la voie romaine de Jublains au Mans, qui dans la traversée de la commune de Sainte-Gemme est constamment en vue et comme sous la surveillance et la protection de la garnison du fortTous ceux qui ont voulu retrouver cette voie ont eu la préoccupation de la faire passer par Rubricaire même, et il était d'autant plus facile de s'y tromper qu'une route fut aménagée plus tard dans cette direction. Mais la voie construite par les Romains allait en ligne droite du moulin de Crun, ou d'un peu au-dessous, au village des Rabries, soit un parcours de 4.500 mètres, n'approchant jamais de Rubricaire à plus de 3 kilomètres, mais étant toujours à portée de ses signaux.. L'abbé Angot indique qu'il ne l'a pas suivie au-delà des deux points extrêmes ici indiqués ; mais comme son tracé continué en ligne droite atteindrait exactement Jublains, on a lieu de croire que cette ligne ne s'écarte pas de la voie, et passe à la chaussée de l'étang de la Maisonneuve. Le tracé de la voie se reconnaît : à quatre tronçons, dont deux ont été détruits à sa connaissance et deux en présence de témoins encore vivants au début du ; à une longue chaussée non aplanie complètement au passage du ruisseau de Vivoin ; au semis de granit et de grès morcelés qu'on retrouve tout le long du parcours ; à des chemins souvent coupés, mais qu'il est facile de ressouder entre eux et avec les autres vestiges. Le tout est parfaitement en ligne droiteLes points où l'abbé Angot a relevé des traces visibles du passage de la voie entre Crun et les Rabries, sont : dans un champ du Plessis-Buret, quelques mètres de pavage, au témoignage du fermier qui commanda le travail (1900) ; sous la haie du chemin qui suit, une longueur de 40 à 50 mètres du même pavage, qui donna 6 à 7 mètres cubes de belles pierres en 1907 ; le chemin est plus loin encaissé, dans les fondrières, avec de grosses pierres de granit de même provenance, et quand il pénètre dans le champ de l'Aire, de la Grande-Métairie, il y retrouve notre voie et n'a été défoncé qu'en 1904. De la Grande-Métairie à Vivoin, la voie traverse une pointe du champ de la même ferme avant de rejoindre le chemin que nous venons de quitter, et le suit ; puis se poursuit à travers plusieurs pièces de terre y compris les deux grands champs de la Cour, à la hauteur du huitième hectomètre de la route nationale, jusqu'au chemin de Vivoin, et se soude dans le champ Rajot à un nouveau tronçon de voie, dont le pavage enlevé par le propriétaire, vers 1870, a été employé à la construction de sa maison au bourg. De Vivoin aux Rabries le tracé de la voie offre cette particularité intéressante que, pour passer le ruisseau de Vivoin, qui se présente en biais, à angle droit, la chaussée, toujours visible, décrit une courbe rachetée sur l'autre rive par une courbe en sens contraire, retrouve la ligne droite, et enfile le chemin de la Vallée aux Rabries qui se confond avec elle. On y remarque dans l'encaissement de nombreux blocs de granit encore étranger à ce terrain, et dans les champs, à gauche ou à droite, un cailloutage et du granit morcelé provenant de l'empierrement superficiel..

La voie avait 8 à 9 pieds de largeur et consistait en un pavage de grands blocs solidement assemblés sur la terre battue, et chargé d'une épaisse couche de granit, de grès lustré et de cailloux concassés.

Habitations rurales