Le dattier ou palmier dattier (Phoenix dactylifera L.) est une espèce de plantes monocotylédones de la famille des Arécacées (Palmiers) et de la sous-famille des Coryphoideae, largement cultivé d'abord pour ses fruits : les dattes. Dans l'agriculture d'oasis saharienne, c'est la plante (qui n'est pas un arbre à proprement parler) qui domine la strate arborée des arbres fruitiers qui poussent à son ombre et qui, eux-mêmes, couvrent cultures maraîchères, fourragères, voire céréalières. A priori on ne connaîssait pas cette espèce à l'état spontané (sauvage), mais sub-spontané (échappée de culture). Toutefois, une étude publiée en 2017 semble avoir identifié une petite population sauvage en Oman.

Cette plante monocotylédone n'est pas un arbre, au sens botanique, car elle ne produit pas de vrai boisPar Élodie Masseguin Le Petit Guide des noyaux 2023. C'est plutôt une « herbe géante ». Donc abusivement, le terme d'« arbre » est utilisé pour parler d'un dattier. Toutefois, ce palmier constitue souvent une des strates arborées dans son milieu.

Les connaissances, savoir-faire, traditions et pratiques associés au palmier dattier sont inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en .

Description thumb|left|upright|Régime de dattes. thumb|left|upright|Dattiers à Badrashin à Gizeh en Égypte. thumb|left|upright|Dattiers.

Le dattier est un grand palmier de 15 à de haut, au stipe (simili-tronc) cylindrique, portant une couronne de feuilles (les palmes).

Les feuilles sont pennées, finement divisées et longues de 4 à .

L'espèce est dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. Les inflorescences mâles ou femelles, appelées spadices, sont enveloppées d’une très grande bractée membraneuse, la spathe. Les fleurs femelles ont trois carpelles indépendants, dont un seul se développe pour former la datte. Du fait de la longueur de la phase végétative du palmier, on ne peut connaître le sexe d'un plant qu'après 6 à 8 ans.

Les fruits sont appelés dattes et sont groupés en régimes : ce sont des baies, à chair sucrée entourant un « noyau » osseux qui est en fait la graine.

Culture

La culture du dattier est appelée phœniciculture. Un verger de dattiers est une palmeraie appelée datteraie. Phoenix dactylifera résiste bien au froid (jusqu'à ) comme à la sécheresse.

C'est un grand palmier, qui pousse vite s'il est bien arrosé. Idéalement, il prospère en situation désertique aride, à condition d'avoir suffisamment d'eau à disposition. Malgré tout, il est assez présent, pour raison ornementale, sur la côte d'Améthyste, sur la Côte d'Azur et un peu sur la façade atlantique française, où il se montre parfaitement rustique. En revanche, il ne faut pas espérer de récolte de dattes en France, car il faut beaucoup de chaleur et d'ensoleillement pour la maturation des fruits. vignette|upright|Pollen de palmier-dattier en Libye. La pollinisation se fait par le vent (anémophilie) dans la nature. En culture, le nombre volontairement réduit (par l'Homme) de palmiers mâles oblige à pratiquer une pollinisation artificielle, à la main. Dans les oasis algériennes ou tunisiennes, les mâles appelés dhkkar (ذكر = « mâle » en arabe) sont souvent comptés à un pour 100 pieds femelles.

La propagation des palmiers-dattiers se fait par clonage : soit traditionnellement, par prélèvement de drageons ou rejets (qu'on appelle souvent en arabe djebbar ou ghars en Afrique du Nord), soit plus récemment par culture in vitro, afin de conserver les cultivars choisis. En effet, le simple semis d'un palmier ne permettrait ni de retrouver les qualités (gustatives du fruit notamment) d'origine, ni d'être certain de son sexe (et seuls les pieds femelles sont choisis pour être multipliés, car porteurs de fruits). Cela dit, le semis est très facile et souvent involontaire et peut, dans de rares cas, être à l'origine d'un dattier femelle intéressant qui sera retenu, et reproduit, devenant ainsi un nouveau cultivar. Les pieds mâles fleurissent 3 à 5 ans après le semis, les femelles 6 à 10 ans après. Dans les oasis traditionnelles en Afrique du Nord, les agriculteurs oasiens continuent à sélectionner à partir des populations de semis qui ont germé au hasard des variétés nouvelles qui seront ensuite multipliées par clonage : l'enrichissement des collections de clones ou cultivars se poursuit. Dans ces zones (le Drâa et le Tafilalet au Maroc, Mzab, Gourara en Algérie, Jérid en Tunisie, etc., mais en fait, un peu partout où la phœniciculture existe), ce processus de sélection paysanne offre de nouveaux cultivars qui sont nommés, et donc aussi des noms vernaculaires à ces variétés de palmiers. vignette|Dattier seul dans les dunes de sable.

Origine et distribution Le dattier cultivé est connu depuis la plus haute Antiquité. Son origine serait située dans l'Ouest de l'Inde ou dans la région du golfe Persique. Il est répandu dans tous les grands ensembles désertiques chauds du globe situés aux latitudes tropicales et subtropicales, du Sahara en passant par la péninsule Arabique jusque dans la petite vallée de l'Indus en Inde et au Pakistan. On le retrouve aussi en Afrique subsaharienne : à Djibouti, en Érythrée, au nord de la Somalie (Somaliland, Puntland) ainsi que dans la plupart des oasis en Namibie et en Afrique du Sud voisine. Le dattier est donc très répandu en Afrique et en Asie du Sud-Ouest étant donné la grande superficie des zones arides chaudes qui s'y trouvent en relative abondance, mais il est également cultivé, dans une bien moindre mesure certes, dans les régions les plus arides des États-Unis, et notamment en Arizona et en Californie. La sexualité du dattier était connue des Assyriens et des Chaldéens qui savaient détruire les quelques pieds mâles d'une oasis afin d'affamer leur ennemi. Au niveau des latitudes plus septentrionales, il peut être cultivé, mais ne fructifie pas ou donne des fruits médiocres (c'est le cas de la palmeraie d'Elche en Espagne, ou de ce qu'il reste de celle de Bordighera près de Sanremo en Italie). vignette|Dattiers Phoenix dactylifera dans l'erg Chebbi à Merzouga au Sud-Est du Maroc, en avril 2006. Le dattier est très exigeant du point de vue climatique : il lui faut une grande luminosité ambiante continue, une chaleur importante et prolongée ainsi qu'une sécheresse accrue de l'air et du climat en général, toutes conditions réunies dans les déserts chauds, et particulièrement en milieu saharien ; ce dernier constitue d'ailleurs la terre de prédilection du dattier. Mais en même temps, l'originalité du dattier est qu'il est capable de supporter des températures nocturnes particulièrement basses, comme elles le sont souvent en période fraîche dans les déserts.

Il a été introduit dans les cinq continents, en particulier en Amérique à partir du et en Australie au . Il est l'objet de cultures commerciales en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et aux États-Unis (Californie et Arizona principalement).

Variétés Il existe des milliers de cultivars, communément qualifiés de variétés. Comme le palmier dattier est multiplié végétativement, ses cultivars sont des clones ou des groupes de clones.

Les différents cultivars sont généralement classés selon la texture et la consistance des fruits à maturité en deux grands groupes : les dattes sèches et les dattes molles. Les dattes intermédiaires en demi-sèches ou demi-molles.

En Tunisie, on compte plus de 300 cultivarsAbdelmajid Rhouma, Le palmier dattier en Tunisie, I. Le patrimoine génétique, éd. Arabesques, INRA Tunisie, GRIDAO France, PNUD/FAO, Tunis, 1994Abdelmajid Rhouma, Le palmier dattier en Tunisie, I. Le patrimoine génétique, éd. IPGRI, UNDP, GEF/FEM, Inrat, Rome, 2005: accessible sur le web, avec notamment les variétés Ftimi ou Kenta.

En Algérie, plus de 1 160 cultivars sont recensés. Deglet nour, Ghars, Degla Beydha, Tilemsu/Hmiira, Tinnaser, Tigazza, Tazerzayet, Taqerbuch sont très répandus. Il en existe bien d'autres caractérisant chaque région comme Seb'a Bedra', Aggaz, Cheykh Mhammed, 'Aabbad, Daglat Talmiin, El hmira, ’Adam Figiig, Mahdi, Wargliyyah, etc.

Au Maroc, on compte près de 220 cultivars comme Bu-Feggus, Bu Yittob, Bu-su'ayr, Bu-sehamî, Bu-skrî, Jhayl et Medjoul. Bu-su'ayr est le moins apprécié, il ne coûte que à la récolte. Les autres dattes varient entre 1 et le kilogramme à la récolte. Le cultivar Bu-shamî est typiquement de Zagora, ses petits fruits sont noirs à maturité et d'un goût très sucré. Le cultivar Bu-Yittob donne des dattes très grandes et larges. Bou-Skrî a de long fruits sucrés. Jhayl est, comme son nom l'indique, très abondant. Bu-Feggus est le plus apprécié.

On note d'autres variétés dans d'autres zones géographiques, comme Mazafati en Iran.

Parmi les dattes molles les plus appréciées, le cultivar le plus connu est le Deglet nour, quasiment le seul commercialisé en France avec le Medjoul.

thumb|250 px|left|upright|Avant la cueillette à Tolga (Algérie).

Inventaire des cultivars Les cultivars du dattier sont identifiés par des appellations vernaculaires. Les caractères morphologiques du palmier adulte et surtout des fruits sont les critères habituellement utilisés pour distinguer les variétés. Les efforts de caractérisation sont hétérogènes d'un pays à un autre. Aujourd'hui, sur la base d'une proposition maghrébine, Bioversity International a édité les descripteurs du dattier, ce qui permettra de décrire les cultivars selon un standard commun. Il est évidemment possible de facilement caractériser ces cultivars par analyse génétique, puisque ce sont des clones.

En plus des cultivars identifiés, il existe dans les oasis des palmiers la catégorie intermédiaire des palmiers multipliés à partir de « francs » – issus de semis, qui n'ont donc pas les mêmes caractéristiques que les cultivars connus –, et qui sont récemment sélectionnés mais non identifiés par des appellations (voir le cas dans l'oasis de SiwaVincent Battesti, L’agrobiodiversité du dattier (Phoenix dactylifera L.) dans l’oasis de Siwa (Égypte) : entre ce qui se dit, s’écrit et s’oublie, Revue d'ethnoécologie, vol. 4, 2013: Article accessible en archives ouvertes ou directement sur le site de la revue). Cette catégorie est très riche en diversité et représente 1 à au moins du nombre total de palmiers dans une palmeraie. Ils sont le plus souvent connus sous les vocables qui les désignent comme des catégories particulières ; on y trouve selon les régions les appellations : Khalt, Ighess, Noya, Aghemmu, A'dam, Dguel, Degla, etc. Les palmiers mâles sont souvent appelés dokkar ou dhokkar sans distinction comme les autres francs femelles issus de graines.

À force de généraliser la culture de cultivars dits meilleurs ou de bonne qualité ou encore d'exportation, le plus grand nombre de cultivars et surtout de francs et de palmiers mâles (dokkars) sont soumis à une érosion dramatique.

En Algérie, plus de des palmiers cultivés sont du cultivar Deglet Nour, bien qu'il existe d'autres cultivars mieux adaptés, plus résistants à la sécheresse et aux maladies, et encore plus productifs ou plus précoces.

L'une des dattes les plus grosses est Daglat Talmiin. L'une des plus précoces est Cheikh Mhammed ou Wargliyyah/Ferranah (maturité : juin). La datte la plus longue est celle du cultivar dit Seb'a Bedra’ (> ). L'un des cultivars résistants au Bayoud (fusariose) est le Taqerbucht bien que d'autres sont supposés l'être comme Tiwraghin, ’Adama Figig, Akerbuch, Takermust.

Utilisation vignette|250px|Palmeraie d'Elche.

Le dattier fournit des fruits, très énergétiques, mais plus encore. Plus de 130 usages sont identifiés auprès des populations oasiennes :