Le Drac est un affluent de la rive gauche de l'Isère, donc un sous-affluent du Rhône, situé dans le Sud-Est de la France, dans les deux régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes. Il prend sa source dans la vallée du Champsaur (dans le parc national des Écrins) dans le département des Hautes-Alpes. Il se jette dans l'Isère en aval de Grenoble dans le département de l'Isère, après une traversée de au creux des vallées alpines.
Hydronymie alt=|vignette|Louis Jullien-Rousset (1873-1921), le Drac à Grenoble, aquarelle.|centre
Le nom de la rivière est attesté sous les formes Dracum (v. 1100), Dravus (1289), la ribière dou Drau (1545)"Dragons - Entre sciences et fictions". Retrieved 2009-03-04..
Le nom Drac dérive du latin dracum, « dragon ». Dans nombre de légendes le drac est un génie des eaux malfaisant, voire une forme du diable, qui attire les gens pour les noyer :
« Le Drac du Rhône était un monstre ailé et amphibie qui portait sur le corps d'un reptile les épaules et la tête d'un beau jeune homme. Il habitait le fond du fleuve où il tâchait d'attirer, pour les dévorer, les imprudents gagnés par la douceur de sa voix »Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige - Référence:Lou Tresor dóu Felibrige ou Dictionnaire provençal-français (Frédéric Mistral).
En réalité, il s'agirait plutôt d'un nom d'origine prélatine basé sur la racine hydronymique dur-, dora, présente dans les hydronymes Drave, Doire, , Durance, .
La forme occitane Drau est sans doute due à une attraction par le mot occitan dra(c), signifiant « lutin ».
Hydrographie Le Drac naît dans le Champsaur de la réunion du Drac Blanc (vallée de Champoléon) et du Drac Noir (vallée d'Orcières dans le massif du Mourre Froid). Il se jette dans l'Isère en aval de Grenoble. Selon le Sandre, le Drac Noir est la branche-mère du Drac, et l'ensemble « Drac Noir - Drac » est long de pour un bassin versant de .
Le cours du Drac est naturellement divisé en trois parties distinctes : de sa source, ou plutôt ses sources, jusqu'à sa sortie du Champsaur, le Drac est un torrent qui charrie de grosses quantités de matériaux et dont le cours, dans une vallée assez large et au fond plat (vallée en U d'origine glaciaire) est volontiers changeant avec les saisons et d'une année sur l'autre. Bien que d'un débit irrégulier, il a historiquement alimenté de nombreux canaux d'irrigation, dont seul subsiste le canal de Gap ; entre le Trièves et la Matheysine, le Drac s'enfonce dans de profondes gorges, parfois inaccessibles, quasiment inhabitées, et seulement franchies par le pont du Sautet à l'entrée des gorges, le pont de Ponsonnas 10 kilomètres plus bas, puis, fait rare en France, aucun autre sur les 30 kilomètres suivants. Ces gorges ont été équipées de quatre barrages hydroélectriques formant autant de retenues. Dans sa partie inférieure, le Drac, bientôt rejoint par la Romanche et la Gresse, reprend son cours torrentueux. Mais les collectivités riveraines ont dompté le « dragon ». Historiquement, le Drac pénétrait la ville de Grenoble par deux bras : le Verderet à l'est, et le Draquet à l'ouest. Ses derniers kilomètres ont fait l'objet d'un endiguement rectiligne au cours des afin de repousser sa confluence avec l'Isère et protéger la ville de GrenobleVoir l'article Le serpent et le dragon.. Les barrages Barrage et lac du Sautet, au confluent du Drac et de la Souloise Barrage de Saint-Pierre-Cognet Barrage et lac de Monteynard-Avignonet, incluant le confluent avec l'Ébron, et dont le plan d'eau de plus de 10 kilomètres de long est propice aux activités nautiques Barrage et lac de Notre-Dame-de-Commiers au débouché de la rivière dans la plaine au sud de Grenoble Le drame du Drac Le , une classe de CE1 de l'Externat Notre-Dame, une école privée de Grenoble, fait une sortie scolaire à Saint-Georges-de-Commiers pour observer l'habitat des castors au bord du Drac quand elle est surprise par la rapide montée des eaux, à la suite d'un lâcher d'eau pratiqué par EDF. Les enfants sont emportés, six trouvent la mort, ainsi que l'accompagnatrice du groupe. L'institutrice ainsi que seize enfants sont sauvés. L'émotion provoquée par l'accident et le procès qui a suivi. ont contribué à redéfinir la règlementation des sorties scolairesIl y a vingt ans, sept morts lors de la tragédie du Drac sur le site du Dauphiné, 04 déc. 2015Drame des enfants du Drac sur le site France bleu Isère, 4 décembre 2020Accident Drac - Effets pervers sur le site de l'ADES-Grenoble.
Principaux affluents La Séveraisse (rdrd pour rive droite et rg pour rive gauche), , du massif des Écrins, par le Valgaudemar, à Saint-Firmin. La Souloise (rg), , du massif du Dévoluy au lac du Sautet. La Bonne (rd), , du massif des Écrins par le Valbonnais, au sud de La Mure. L'Ébron (rg), , du Trièves, dans le lac de Monteynard-Avignonet. La Romanche (rd), , du massif des Écrins à Champ-sur-Drac. La Gresse (rg), , du Grand Veymont à Varces.
Hydrologie Le Drac à Fontaine Le module du Drac est observé à Fontaine, à pour une surface de la totalité du bassin versant, soit . Calculé depuis le il se monte à .
La rivière présente des fluctuations saisonnières de débit typiques d'un régime à la fois nival et pluvial, avec des hautes eaux de printemps-été dues à la fonte des neiges et portant le débit mensuel moyen au niveau de 124 à de mai à juillet inclus (avec un maximum en mai-juin), suivies d'une baisse rapide aboutissant à un court étiage de fin d'été en septembre, avec baisse du débit moyen mensuel à . Dès octobre le débit remonte, mais légèrement, sous l'effet des pluies d'automne, puis retombe dès novembre vers un deuxième étiage d'hiver en janvier-février.
Étiage ou basses eaux Aux étiages, le VCN3 peut chuter jusque , en cas de période décennale sèche.
Crues D'autre part les crues peuvent être fort importantes en cas de dégel rapide ou de pluies torrentielles. En effet, le QIX 2 et le QIX 5 valent respectivement 300 et . Le QIX 10 est de . Quant aux QIX 20 et QIX 50 ils se montent à 490 et .
Le débit instantané maximal enregistré a été de le , tandis que la valeur journalière maximale observée était de , le 9 du même mois.
Lame d'eau et débit spécifique La lame d'eau écoulée dans le bassin du Drac est de , ce qui est élevé, très supérieur à la moyenne d'ensemble de la France, mais également nettement supérieur à celle de l'ensemble du bassin versant du Rhône ( à Valence pour une superficie de bassin de ). Le débit spécifique (ou Qsp) se monte à de bassin.
Le Drac dans la vallée du Champsaur Le régime hydraulique du Drac a un caractère nivo–pluvial marqué (étiage marqué d’hiver et estival dans les basses vallées). Les débits d’étiage sont influencés également par les nombreux prélèvements agricoles et les échanges avec les nappes alluviales (succession de pertes et de résurgences). Les débits du Drac sont influencés par les dérivations du canal de Gap qui transfère l'eau vers le bassin de la Durance, causant parfois un assèchement du lit du Drac dans la plaine des Ricoux. Crues de fonte de neige au printemps, plus irrégulières à l’automne.
vignette|Le Drac en aval de Saint-Bonnet en Champsaur.
La qualité des eaux est variable selon le tronçon considéré: 1A sur le Drac amont (1B à l’aval d’Orcières), 1B-2 de Chabottes à Chauffayer retour à la normale en aval du Glaizil.
Le cours du Drac possède une grande diversité de milieux et de paysages, des gravières aux ripisylves multiples. On y trouve des espèces végétales inscrite sur liste rouge nationale (espèces rares d'Adonis, sur la rive gauche) ainsi qu'une faune riche : oiseaux migrateurs et nicheurs, batraciens, mammifères avec présence d'espèces protégées.
C'est un cours d'eau de première catégorie piscicole-population salmonicole : 90 % de truites fario accompagnées de chabots et de loches de blageons (sur le cours aval). Le Drac est de ce fait particulièrement prisé par les pêcheurs, surtout à la mouche.
Gestion et aménagement du Drac Le Drac amont La gestion et l'aménagement du bassin du Drac en amont du lac du Sautet sont régis par le Schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du Drac amont. Ce SAGE a été créé par arrêté interpréfectoral du , sur proposition de la Commission locale de l’eau du Drac amont, regroupant des représentants de l'État, des collectivités locales concernées et des usagers, puis modifié en fonction de la Loi sur l'eau et les milieux aquatiques (LEMA) du . Le champ d'application du SAGE est l'ensemble du bassin versant du Drac en amont du barrage du Sautet, soit la totalité du Champsaur, du Valgaudemar, et du Dévoluy au nord du col du Festre, soit , incluant 36 communes dont 29 dans les Hautes-Alpes et 7 dans l'Isèrele SAGE Drac amont sur le site de la CLEDA.le SAGE Drac amont sur Gest'eau.
Sa mise en œuvre a été confiée à la Communauté locale de l’eau du Drac amont (CLEDA), syndicat mixte constitué des Communautés de communes du Champsaur-Valgaudemar, du Buëch-Dévoluy et de la Matheysine, et de la Communauté d'agglomération Gap-Tallard-Durance. Son siège est à Saint-Bonnet-en-ChampsaurPrésentation de la CLEDA sur le site de la CLEDA.
La CLEDA a notamment pour objet de « promouvoir une gestion globale concertée et planifiée du réseau hydrographique du Drac et des milieux aquatiques qui lui sont associés », « de réaliser ou de faire réaliser toutes les études ou toutes les actions prévues par le SAGE et le Contrat de rivière » et « de réaliser l’exécution et l’exploitation des travaux, actions, ouvrages ou installations pour assurer le fonctionnement équilibré du transport solide et de la ripisylve ».
La restauration du lit du Drac amont Dans le cadre du SAGE Drac amont, la CLEDA a été chargée de proposer une réponse à la dégradation du cours du Drac dans le moyen Champsaur. Depuis les années 1960 le Drac s'est enfoncé de 6 mètres sur une portion de son cours allant du plan d'eau du Champsaur au pont de Saint-Bonnet, en resserrant son lit et en creusant dans les couches d'argiles, ce qui compromettait la stabilité des ripisylves et la vie piscicole. La CLEDA a réalisé avec l'École polytechnique de Turin un projet de restauration du lit principal par enrochement, portant la largeur du lit principal de 30 à 80 mètres : le Programme européen transfrontalier PellidracPanneau d'information sur site. thumb|Les travaux d'aménagement du seuil des Barraques (août 2013). L'opération, d'un coût de , cofinancée par la communauté de communes du Champsaur, le département des Hautes-Alpes, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse et l'Union européenne, a été réalisée au cours de l'année 2013, nécessitant l'apport de de roches graveleuses sur les 3,5 kilomètres du chantier. C'est à ce jour le plus grand programme de recharge sédimentaire réalisé en France. L'opération a été complétée en aval par l'aménagement des deux seuils naturels du moulin de Saint-Bonnet et des Barraques, avec aménagement de passes à poissons et de couloirs à kayaksRevue de presse sur les travaux du Drac sur le site de la CLEDA.Restauration du lit du Drac par élargissement et recharge sédimentaire à Saint-Bonnet-en-Champsaur sur le site professionnels.ofb.fr.
Le Drac moyen La première grande chute sur le Drac fut aménagée par la Société grenobloise de force et lumière à partir d'une retenue d'eau artificielle sur le Drac à la hauteur de Monteynard, sur autorisation du Préfet de l’Isère en date du . Elle alimentait une centrale d'une puissance de 7,4 MW pour l’alimentation de Grenoble et de Moirans, suivie quelques années plus tard en 1908 par un deuxième groupe à courant continu de 1,1 MW pour l’alimentation du chemin de fer de la Mure, une des toutes premières voies ferrées électrifiées en France.