Le jacobinisme est un courant de pensée politique qui renvoie à des principes politiques défendus pendant la Révolution française, tels la liberté et l'égalité, ou encore la souveraineté nationale et la souveraineté populaire, puis, plus tardivement, l'unité et l'indivisibilité de la République française. Doté d'une grande postérité politique, l'expression de est encore utilisée dans la vie politique française.

Particulièrement hétérogène, le jacobinisme a été divisé pendant la Révolution entre des courants radicaux (comme les Montagnards et les Hébertistes) et des courants modérés (comme les Feuillants, puis les Girondins). Parmi les jacobins célèbres, on trouve Robespierre, Danton, Camille Desmoulins ou Saint-Just, ainsi que Emmanuel-Joseph Sieyès, Napoléon Bonaparte et Condorcethttps://shs.cairn.info/les-ideologies-politiques-modernes--9782130365334-page-41?lang=fr. L'aile radicale du jacobinisme a marqué de son empreinte les périodes du Comité de salut public et de la Terreur. Des jacobins commencent à appeler à la proclamation d'une république à partir de la fuite de Varennes.

Parmi les grandes réformes issues du jacobinisme, on trouve le divorce par consentement mutuel en 1792, l'égalité entre les femmes et les hommes en matière de partitionnement des héritages en 1793 et l'abolition de l'esclavage en 1794.

Le jacobinisme a connu plusieurs tendances. En 1791, lorsque le roi exerce son droit de véto, le club des Jacobins commence à prendre des positions plus radicales et à chercher à censurer des clubs politiques opposés, alors que jusqu'en 1790, les jacobins avaient soutenu le roi.

Doctrine et positions Définition Le jacobinisme ne dispose pas, sous la Révolution française qui le voit naître, d'une doctrine unifiée et homogène. Il est ainsi souvent défini comme une tendance politique, elle-même traversée par différents courants. Le point de convergence de tous les courants du jacobinisme serait une attitude ouvertement anti-absolutiste et une volonté de réaliser les principes portés par les patriotes au début de la Révolution. La franc-maçonnerie a joué un rôle dans l'élaboration d'idées jacobines.

De manière générale, les jacobins souhaitent une réforme complète de la France, qui touche à son organisation spatiale comme temporelle. Ils mettent ainsi en œuvre des grandes réformes visant à uniformiser le découpage administratif du territoire, ou encore le calendrier républicain.

Principes philosophiques Selon Brigitte Krulic, le rapport des jacobins à l’État-nation et à la centralisation est lié à leur adhésion aux thèses de Jean-Jacques Rousseau et à leur vision de l'universalisme républicain. Le concept de nation est promu par les jacobins, qui la considèrent comme la communauté politique souveraine et indivisible faite de citoyens égaux. L'universalisme doit donc être mis en œuvre via l'égal rapport de tous à un seul et même État, à une loi commune. Le jacobin Camille Desmoulins déclare par exemple : . En septembre 1792, Jean-Marie Roland de La Platière écrit : .

Patrice Higonnet met en évidence le rôle de schèmes de pensée issus du christianisme dans le jacobinisme, rappelant que . Jonathan Israel indique que les références à Rousseau sont surtout le fait des jacobins montagnards, et notamment à partir de la Terreur.

Si le jacobinisme est parfois associé à un rejet de la société civile, qui fait écran entre la puissance publique et les citoyens, cette affirmation doit être nuancée. Les jacobins sont principalement critiques des institutions de société civile qui causaient un éclatement de l'application du droit ou qui restreignaient les libertés individuelles. Les jacobins appartenant au girondisme acceptent l'existence de la société civile, notamment à partir de 1793.

Centralisation Certains jacobins ont soutenu la nécessité d'une centralisation des compétences afin d'assurer l'égalité de traitement des territoires. Jacques Guilhaumou met toutefois en évidence l'impossibilité d'assimiler jacobinisme et centralisation, évoquant même, notamment pour le cas de la Provence, un . Dans Marseille républicaine (1791-1793), il note que tient du clichéBrigitte Krulic, L'universalisme républicain, Cahiers Français n°342.

Légalisme Les jacobins sont pour la plupart des légalistes. Ils rejettent l'arbitraire de l’État, qu'ils conçoivent comme la marque de l'absolutisme monarchique. Beaucoup de jacobins étaient des hommes de loi, juristes ou avocats. Le souci du droit conduit les jacobins, lors des phases de grande violence de la Révolution, comme la Terreur, à rendre légales les mesures extra-légales.

Droits de l'Homme Le jacobinisme comprend un attachement aux principes de droits de l'homme, illustré par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, puis par celle de 1793. Les deux textes sont écrits sous l'influence des jacobins ; le deuxième, notamment, est marqué par la patte de Louis de Saint-Just, jacobin montagnard. Ils se veulent universalistes ; le texte de 1793 ajoute aux libertés de 1789 des droits sociaux, la souveraineté populaire, un républicanisme explicite et le devoir d'insurrection pour résister à l'oppression. Comme l'écrit l'historien Patrice Higonnet, .

L'engagement des jacobins dans la défense des droits humains les conduira à jouer un rôle important dans l'abolition de l'esclavage. Si, par sa composition encore hétéroclite, le club avait été divisé sur cette question en 1791, nombre de ses membres s'étaient déjà engagés dans une dénonciation virulente de l'esclavage et du alors dominant : c'est le cas de l'abbé Grégoire, de Marat (auteur de Les chaînes de l'esclavage) mais aussi de Maximilien de Robespierre, qui exprime alors l'exigence fondamentale qu'est pour lui cette abolition via sa célèbre formule Manceron, Gilles. « 2. « Périssent nos colonies plutôt qu’un principe… » ou l’application des droits de l’homme aux colonies », Marianne et les colonies. Une introduction à l'histoire coloniale de la France, sous la direction de Manceron Gilles. La Découverte, 2005, pp. 45-62.. Les jacobins compteront d'ailleurs parmi eux le premier député noir de l'histoire de France, montagnard et représentant Saint-Domingue, Jean-Baptiste Belley. Les jacobins girondins sont, dès 1789, opposés à l'esclavage, et Louis Alexandre de La Rochefoucauld propose son abolition dès la nuit du 4 août 1789.

En revanche, les jacobins sont plus flous sur la question des droits des femmes. En octobre 1793, les jacobins au pouvoir ordonnent la fermeture des clubs politiques féminins, ainsi que l'exécution de Marie-Antoinette d'Autriche et Olympe de Gouges. Certains jacobins sont antiféministes. D'autres soutiennent l'implication des femmes dans les armées. D'autres, enfin, sont féministes : Nicolas de Condorcet écrit en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, et soutient que . Il a existé plus de cinquante clubs jacobins exclusivement féminins.

Politique économique Il n'y a pas une politique économique uniforme menée par les jacobins à travers le temps. Certaines branches du jacobinisme se sont distinguées des autres courants révolutionnaires durant la Révolution, et ont pu se montrer sur certains points avant-gardistes. De manière générale, les jacobins cherchent à mettre à distance, durant la Révolution, à la fois le collectivisme et la concentration égoïste des richesses ; et comme l'écrit Higonnet, . Les jacobins se montrent par conséquent critiques, par exemple, de la dette publique comme privée, du système bancaire et de la spéculation financière, qui sont susceptibles de réduire la liberté d'action des Hommes. Ils sont opposés à l'économie féodale et aux relations de pouvoir qu'elle sous-tendait.

Les premiers temps de la Révolution sont marqués par des réformes libérales relevant d'une doctrine du laisser-faire (décret d'Allarde, loi Le Chapelier supprimant les guildes et corporations), sur la base d'une doctrine promouvant l'égalité de tous devant la loi et de suppression des corps particuliers. Les jacobins soutiennent originellement le libre-échange, notamment du blé. Jusqu'en 1790 au moins, ils sont en faveur de la charité. Sous l'effet des crises économiques toutefois, et pour lutter contre la spéculation, ils soutiennent des mesures de contrôle des prix ; par ailleurs, ils se montrent plus interventionnistes et mettent en place une caisse d'aide sociale pour les plus pauvres. Les jacobins acceptent qu'il existe des inégalités sociales, quoique certains, comme Fouché sous la Terreur, s'en montrent très critiques.

Les jacobins, du fait de leur valorisation de l'individu, défendent la propriété privée. La sensibilité sociale du jacobinisme n'est par conséquent pas une forme de communisme : si il est critique des inégalités et appelle une intervention des pouvoirs publics, le jacobinisme ne remet pas en cause la propriété, qui demeure garantie par la déclaration des droits de 1793Alexis Corbière, Jacobins! Les inventeurs de la République, Chapitre 7.. Ainsi Danton a-t-il pu soutenir que l'égalité matérielle n'était pas possible. Dans un discours d'avril 1793, Robespierre dit que .

Politique fiscale Les jacobins soutiennent des réformes fiscales d'ampleur. Sieyès soutient l'insertion d'un article, dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui proclame la possibilité que la taxation soit utilisée à des fins redistributives. Robespierre soutient également l'idée d'une taxation progressive en avril 1793.

Politique sociale Le club des Jacobins a été le cadre d'élaboration de doctrines visant à dépasser ce laisser-faire pour construire un État social, notamment sous l'impulsion du député Bertrand Barère, qui présente à la Convention, le , un . Celui-ci débouche le jour-même sur un décret relatif à l'extinction de la mendicité des campagnes et sur un grand projet intitulé Livre de la bienfaisance nationale. Le texte du rapport propose de rompre avec l'approche par la charité, jusque-là employée pour pallier les difficultés sociales en prenant appui sur les structures de l’Église, afin de lui substituer une approche basée sur les droits sociaux et l'assistance publique. Est affirmé le devoir de la République d'agir contre les différentes situations de dépendance qui peuvent advenir au cours de la vie, selon une philosophie qui évoque le futur État social. Barère y présente aussi la solidarité nationale comme le moyen d'éradiquer une mendicité par nature et une nécessité pour concrétiser les valeurs de liberté et d'égalité proclamées par le régime. Une analyse analogue est portée par l'historien Fabrizio Calorenni dans son ouvrage consacré à Saint-Just : .

Au pouvoir, toutefois, les jacobins ont montré qu'ils faisaient passer ce qu'ils considéraient comme le bien de la société avant des revendications sociales individuelles. Comme le souligne Higonnet, les employés qui venaient se plaindre au sein des clubs jacobins de leur traitement par leurs employés étaient rabroués. Les jacobins ont aussi puni les travailleurs récalcitrants dans l'industrie de défense, surtout en période de guerre. Les jacobins ne croyaient pas à la lutte des classes, mais au contraire à la possibilité d'une harmonie sociale permise par la poursuite de fins justes et raisonnables.

Langue commune