Digamma (capitale : Ϝ, minuscule : ϝ ; en grec , c'est-à-dire gamma double) est une lettre archaïque de l'alphabet grec. Dérivée de la lettre wāu x12px de l'alphabet phénicien, elle a été utilisée pour transcrire la consonne spirante labio-vélaire voisée // héritée de l’indo-européen commun. Elle est l'ancêtre de la lettre F de l'alphabet latin. Appelée simplement « wau » dans les alphabets grecs archaïques, elle note le son et est placée en , entre l'epsilon et le zêta. Son usage est attesté jusqu'à l'époque classique ; elle cesse d'être utilisée lorsque le son // disparaît de la langue grecque.
L'usage du digamma persiste dans la numération grecque, où il désigne le nombre 6 ; tracé plus simplement x16px en onciale médiévale, il s'est confondu avec le stigma, , dont le tracé est semblable.
Usage
Grec Dans certains dialectes archaïques du grec ancien, le digamma représente la consonne spirante labio-vélaire voisée et est placée en dans l'alphabet. Il s'agit du doublet consonantal de la voyelle upsilon ().
Albanais Dans l’alphabet grec albanais, le digamma représente la consonne occlusive vélaire voisée La consonne « » est une interprétation du digamma, d'après « deux gammas »..
Nombre Bien que le digamma disparaisse définitivement en tant que consonne au , le caractère reste utilisé dans le système de numération grecque, attribué à Milet. La lettre numérale y possède la valeur 6, reflétant sa place d'origine dans l'alphabet grec. Il s'agit de l'une des trois lettres additionnelles de l'alphabet classique utilisées comme nombres, avec le koppa (ϙ) pour 90 et le sampi (ϡ) pour 900.
Le tracé de ces trois symboles s'est fortement modifié au cours du temps, d'autant plus qu'ils ne sont plus utilisés dans l'écriture alphabétique courante : en onciale grecque médiévale puis dans l'écriture cursive, le digamma en vient, par simplification du ductus, à être écrit x16px (en un seul trait courbé et sans traverse centrale). Or, cela le fait ressembler fortement (et fortuitement) à la ligature stigma, x16px (où l'on reconnaît le sigma lunaire, , semblable à la lettre latine C), très fréquente alors et tracée actuellement ( en minuscule). Finalement, les deux signes sont confondus, le digamma, rare en tant que lettre indépendante, s'éclipsant au profit de la ligature, plus courante.
Le digamma numéral est écrit avec un stigma dans les textes modernes, le digamma ancien, , restant le plus souvent limité aux usages textuels ou comme signe numéral dans les éditions de textes anciens. Toutefois, la ligature stigma ayant disparu en tant que telle au (comme les autres ligatures manuscrites grecques), elle n'est pas toujours accessible aux éditeurs, qui la remplacent très souvent par sa forme décomposée, sigma tau : . Enfin, par une confusion due à la ressemblance fortuite entre l'œil du stigma et celui du sigma final certains éditeurs (rarement en Grèce) confondent les deux caractères. C'est cependant un emploi abusif.
En conclusion, le nombre 6 se rencontre de plusieurs manières en numération grecque : (surtout en épigraphie ou pour des textes anciens), ou ( étant à éviter).
Sciences En mathématiques, la fonction digamma est nommée d'après la lettre digamma, par analogie avec la fonction gamma dont elle découle.
Histoire
Origine La lettre digamma tire son origine de la lettre de l'alphabet phénicien wāu ou wāv x16px. Celle-ci provient peut-être de l'alphabet protosinaïtique, une écriture utilisée dans le Sinaï il y a plus de , elle-même probablement dérivée de certains hiéroglyphes égyptiens. La lettre phénicienne semble signifier littéralement « crochet, hameçon ». L'alphabet phénicien atteint une forme plus ou moins standard vers le Sa est une consonne (l'alphabet phénicien est un abjad qui ne note pas les voyelles) correspondant probablement au son [w].
Pour créer leurs alphabets, Les peuples grecs empruntent au les lettres phéniciennes. La de celui-ci, wāu, sert également aux Grecs à transcrire la consonne spirante labio-vélaire voisée // héritée de l'indo-européen. Toutefois, ce phonème est très faible en grec et tous les dialectes ne l'emploient pas. À l'époque archaïque, les dialectes l'utilisant comprennent la majorité de la Grèce continentale (sauf l'Attique), l'Eubée et la Crète. À Athènes et à Naxos, il n'est apparemment utilisé que dans le registre poétique. En Ionie, Attique et Dorien oriental, le son /w/ est absent ou rapidement éliminé. La disparition plus ou moins graduelle de ce phonème dans la langue rend assez fragile l'existence d'un signe pour le noter. Par contre, ce phonème et la lettre correspondante se sont conservés plus longtemps en grec occidental et dans l'alphabet correspondant, d'où est issu (via l'étrusque) l'alphabet latin.
Le wāu phénicien ressemble à un Y. Outre le digamma, ce glyphe donne naissance au upsilon grec, transcrivant le phonème //. Le digamma conserve la position alphabétique du wāu mais voit sa forme modifiée ; l'upsilon conserve lui cette forme mais est placé à une position différente, près de la fin de l'alphabet. La Crète emploie une forme archaïque proche du wāu phénicien, x16px ou une variante avec une branche inclinée, x16px. La forme x16px subit pendant la période archaïque un développement parallèle à celui de l'epsilon (qui passe de x16px à E), les bras devenant perpendiculaires à la barre verticale, dont la partie inférieure est abandonnée. Cette évolution conduit à deux variantes du digamma : le F classique et le x16px carré.
En résumé, le digamma prend des formes diverses comme : x16px (Crète, Thessalie, Eubée, Béotie, Laconie, Achaïe, Corinthe, Argos, Arcadie, Ithaque, Attique, Naxos, Mégare, Sicyone, Tirynthe) x16px (Laconie, Achaïe, Corinthe, Argos) x16px (Crète) x16px (Crète) x16px (Thessalie, Eubée, Béotie)
Dans certains alphabets, le digamma prend une forme ressemblant à la lettre cyrillique moderne И : x16px. Toutefois, dans l'alphabet de Pamphylie, cette variante, appelée aujourd’hui digamma pamphylien, existe comme lettre distincte du digamma standard. On suppose que dans ce dialecte, le son /w/ pourrait avoir changé en // dans certains environnements. La lettre en forme de F pourrait avoir été utilisée pour noter ce son /v/, tandis que la lettre en forme de Ͷ indiquerait les cas où le son /w/ est préservé.
Alphabets archaïques thumb|Fragment de céramique représentant un cheval et son cavalier. L'inscription signifie ([...]i wanakti, « au roi »), avec un digamma initial (et une forme locale en Σ du iota). thumb|Alphabet grec peint sur la panse d'une coupe attique à figures noires ; le digamma, visible sur la gauche du vase, ressemble à un « C » latin carré. Le son existe en Mycénien, comme attesté par le linéaire B et certaines inscriptions archaïques grecques utilisant le digamma. Il est également confirmé dans le nom hittite de Troie, Wilusa, correspondant au nom grec *Wilion.
Disparition Le son s'amuït à différents moments suivant les dialectes, la plupart avant l'époque classique (le constitue une date limite). En ionien, disparaît probablement avant que les épopées d'Homère ne soient écrites (), mais sa présence ancienne peut être détectée dans de nombreux cas car son omission rend la métrique défectueuse. Par exemple, les mots (ànax, « roi »), rencontré dans lIliade, à l'origine (wánaks), et (oînos, « vin ») sont parfois utilisés là où un mot débutant par une consonne serait attendu. D'autres preuves, couplées avec une analyse des mots apparentés, montre que est auparavant écrit (wóînos) (dorien crétois ibêna, latin vīnum, anglais wine).
L'éolien est le dialecte qui conserve le son le plus longtemps. Dans les textes des anciens grammairiens grecs de l'époque hellénistique, cette lettre est souvent décrite comme une caractéristique de l'éolien.
Les formes actuelles des lettres proviennent de l'alphabet utilisé en Ionie, qui est progressivement adopté par le reste du monde grec antique (Athènes passe un décret formel pour son adoption officielle en 403 av. J.-C. ; son usage est commun dans les cités grecques avant le milieu du ). En Ionie, le phonème /w/ s'amuït très vite dans toutes les positions, entraînant naturellement l'inutilité d'un signe pour le transcrire. Le digamma disparaît alors de l'alphabet grec. Pendant quelque temps, le son initial demeure étranger à la phonologie grecque et est abandonné dans les emprunts étrangers (selon l'explication la plus courante, le nom Italie provient d'''Italia, de l'osque *Ϝιτελιυ, Viteliu ; le nom des Vénètes est transcrit en grec (, Enetoí). Le phonème est à nouveau usité à partir du , mais sans digamma (le nom vate est par exemple transcrit en grec , οuáteis).
Signe numéral thumb|Fragment du comportant le nombre « » (616 ; χ = 6, ι = 10 et ϛ = 6), avec un digamma final en forme de C. La numération grecque antique, originaire de la ville ionienne de Milet, utilise les lettres de l'alphabet pour noter les nombres. 27 symboles sont employés : les 24 lettres de l'alphabet classique et 3 lettres archaïques, qui survivent dans cette fonction : le digamma pour 6 (sa place d'origine dans l'alphabet), le koppa pour 90 et le sampi pour 900. Le digamma numéral prend plusieurs formes suivant les lieux : ϝ, mais également x16px|Ϝ, x16px|Ϝ, x16px|Ϝ, x16px|Ϝ, x16px|5, x16px|6. Une des formes, x16px, employée en Béotie, Eubée et Thessalie, ressemble à une forme anguleuse du C latin.
Dans l'écriture onciale, utilisée pour les manuscrits littéraires sur papyrus et vélin, la forme anguleuse se développe en une forme plus arrondie, notée x16px sur les manuscrits en papyrus, x16px sur certains pièces. Une queue verticale lui est ensuite rajoutée (x16px, x16px). Elle adopte au bout du compte une forme similaire au « s » latin, x16px. Ces formes cursives se rencontrent également sur les inscriptions de l'Antiquité tardive.
Confusion avec la ligature στ thumb|Deux exemples de digamma en forme de s dans un manuscrit mathématique du : le nombre 9996 4/6 () sur la première ligne ; sur la , une phrase contenant deux ligatures στ (« »). Aux , la forme cursive du digamma est confondue visuellement avec la ligature d'un sigma (dans sa forme lunaire, x16px) et d'un tau x16px : x16px, x16px). La ligature στ est courante dans l'écriture minuscule à partir du . Les formes fermée (x16px) et ouverte (x16px) du digamma sont utilisées alors sans distinction à la fois pour la ligature et le signe numeral. Cette ligature prend le nom de stigma.
Dérivés La lettre digamma est transmise à l'alphabet latin par l'intermédiaire de l'alphabet étrusque, lui-même dérivé de l'alphabet grec « rouge » employé en Eubée — alphabet que les Étrusques apprennent à Pithécusses (Ischia), près de Cumes.
Les Étrusques utilisent une lettre dérivée du digamma : le son étant absent de leur langue, ils l'utilisent pour représenter le son (absent du grec à cette époque) ; le son (également absent du grec archaïque) est représenté synthétiquement par le digramme FH.
Le latin n'utilise pas le phonème . En empruntant l'alphabet étrusque, les Romains utilisent le V (descendant de l'upsilon grec) pour noter et , et le FH pour le . Cette graphie est simplifiée en F à partir du ; on retrouve cette ancienne graphie FH par exemple dans l'inscription de la fibule de Préneste.
Dans l'alphabet copte, le digamma conduit à la lettre sou Ⲋ. Cette lettre sert également dans la numération copte. Les runes provenant vraisemblablement des anciens alphabets italiques, la rune fehu, ᚠ, dériverait également du digamma.
Il est possible que l'alphabet arménien dérive de l'alphabet grec. Dans ce cas, le hiun Ւ dériverait du digamma.
Noms
Généralités
Wau