La Polynésie française (.) est une collectivité d'outre-mer (plus spécifiquement pays d'outre-mer ou POM) au sein de la République française. (code 987), composée de cinq archipelsLes cinq archipels de Polynésie française sont au centre d'une zone économique exclusive de plus de . regroupant dont 76 sont habitées. : l'archipel de la Société avec les îles du Vent et les îles Sous-le-Vent, l'archipel des Tuamotu, l'archipel des Gambier, les îles Australes et l'archipel des Marquises. Les Polynésiens la désignent par le terme fenua, « le pays » en tahitien. Elle est située dans le Sud de l'océan Pacifique, à environ à l'est de l'Australie. Elle inclut aussi les vastes espaces maritimes adjacentsCette énumération résulte de l'article premier de la du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française.. La Polynésie française, « pays d'outre-mer » français, est un territoire non autonome relevant de l'article 73 de la Charte des Nations unies.

Les premiers habitants de ces îles, des Austronésiens, proviennent selon toute vraisemblance de migrations en provenance d'Asie du Sud-Est vers l'an 300 ou peu avant ( pour les Marquises). La rencontre avec les navigateurs européens se produit à la fin du . La France impose progressivement son protectorat, à compter de 1842, contrant ainsi l'influence britannique et marginalisant progressivement les autochtones, acculturés et soumis à un statut subalterne.

Les indigènes polynésiens accèdent au droit de vote en 1946 et disposent d'un premier gouvernement local depuis 1957 et renouent progressivement avec leur propre culture : les langues polynésiennes finissent par retrouver toute leur place dans les écoles en 1977Louise Peltzer. Chronologie des évènements politiques, sociaux et culturels de Tahiti et des archipels de la Polynésie française.. La Polynésie française est devenue aujourd'hui un pays d'outre-mer, bénéficiant d'une large autonomie par rapport au gouvernement métropolitain. Son axe principal de développement demeure le tourisme, qui repose sur le riche patrimoine naturel et culturel du pays et de sa population, dont une partie s'autodésigne comme Maōhi nui..

Histoire Peuplement des cinq archipels par les Polynésiens

L'hypothèse généralement retenue à l'heure actuelle est celle d'un peuplement de la Polynésie à partir du Sud-Est asiatique.

Durant le , des habitants du littoral de la Chine du sud, locuteurs des langues formosanes, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Vers le , des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Sulawesi et Timor et de là, les autres îles de l'archipel indonésien, important avec elles leur langue. Vers le , un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, aux îles du Pacifique. Les Austronésiens sont vraisemblablement les premiers navigateurs de l'histoire de l'humanité. Les premières îles atteintes sont probablement les îles Marquises au , puis les îles de la Société vers 300 de notre ère. Les Polynésiens auraient alors depuis cette base essaimé vers l'île de Pâques (500), Hawaï (900) et la Nouvelle-Zélande (1100).

En 2010, une expédition sur une pirogue simple à balancier et à voile, a retracé en sens inverse le chemin de peuplement, de Tahiti à l'Asie.

Histoire moderne et contemporaine

Du À partir de 1521, date à laquelle Magellan découvre fortuitement Puka Puka (sans doute une des deux îles Infortunées), les Européens explorent progressivement la Polynésie orientale aux .

Tahiti n'est découverte par les Européens qu'en 1767 par le Britannique Samuel Wallis, suivi en 1768 par Bougainville et par Cook en 1769.

La fin du est marquée par la promotion de Pōmare , un chef de Tahiti qui, allié aux Anglais, fonde la lignée des Pomare, et par l'implantation à Moorea de missionnaires britanniques de la London Missionary Society qui débarquent le .

vignette|Buste de Bougainville à Papeete.|alt=Un buste d’homme sur un piédestal, photographié en contre-plongée avec un arbre en arrière-plan.

Au début du , les îles de la Société sont converties au protestantisme, sous l'égide de la dynastie des Pomaré régnant sur le royaume de Tahiti (1790-1880), tandis que des missions catholiques françaises s'implantent aux Gambier et aux Marquises dès les années 1830.

Les années 1840 sont marquées par le début de l'implantation coloniale française, d'abord aux Marquises puis à Tahiti, où, au terme de la guerre franco-tahitienne (1844-1847) la reine Pōmare IV doit finalement accepter le protectorat français établi en 1843. En 1880, le roi Pōmare V accepte de céder son royaume de Tahiti à la France.

La cession à la République française du royaume tahitien est ratifiée par la loi du qui donne la nationalité française de plein droit à tous les sujets du roi Pomare. Avec la citoyenneté française, les habitants ont le droit de vote, ce qui était rarement le cas pour les indigènes des autres colonies françaises, simples sujets français.

En 1881, Tahiti prend le nom de colonie des Établissements français de l'Océanie (EFO) et le commandant est remplacé par un gouverneur désormais assisté du directeur de l'intérieur (ex-directeur des affaires indigènes), du chef du service judiciaire et du conseil d'administration. À partir de cette date, les gouverneurs ne sont plus des officiers, ce sont des hauts fonctionnaires civils. Les îles encore indépendantes sont intégrées aux EFO de 1887 à 1901, notamment : les Tuamotou, Rapa et les îles Gambier en 1882, puis les îles Sous-le-Vent en 1898.

Des habitants des Établissements français de l'Océanie (EFO) participent aux combats de la Première Guerre mondiale avec le bataillon du Pacifique ; parmi eux le futur chef du mouvement anticolonialiste, Pouvanaa Oopa. Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour qu'une évolution sensible ait lieu.

En 1940, les EFO rallient la France libre et un nouveau bataillon du Pacifique est formé. En 1942, l'armée américaine installe une base militaire sur l'île de Bora-Bora dans le cadre de l'opération Bobcat. Accueillant jusqu'à , cette base métamorphose l'archipel..

En 1946, la constitution de la République établit l'Union française : les EFO passent du statut de colonie à celui de territoire d'outre-mer et le droit de vote est accordé aux habitants. Le mouvement anticolonialiste se structure dans les années 1945-1949 : en 1949, Pouvanaa Oopa est élu député et fonde le RDPT, parti autonomiste, qui domine la vie politique dans les années 1950, malgré la formation de l'Union tahitienne de Rudy Bambridge, parti attaché au maintien de la souveraineté française.

En 1957, les EFO prennent le nom de « Polynésie française » et bénéficient d'un statut plus autonome grâce à la loi-cadre Defferre. Pouvanaa Oopa devient ainsi le premier vice-président, et chef d'un gouvernement d'élus locaux. L'assemblée est dotée de compétence accrue. Le gouverneur demeure cependant le président de celle-ci. Mais l'installation de la République en entraîne une forme de mise au pas, avec un renforcement des pouvoirs du gouverneur au détriment du gouvernement local. L'arrestation de Pouvanaa Oopa le , bafouant son immunité de député, condamné à de prison et à d'exil, est le point d'orgue de cette reprise du pouvoir par l'État central.

À partir de 1962, et consécutivement au référendum sur l'autodétermination de l'Algérie de , la Polynésie française entre dans une ère nouvelle : celle de l'installation du Centre d'expérimentations du Pacifique (CEP) qui amène plusieurs milliers de militaires et de techniciens dans le territoire, à Moruroa, Fangataufa, Hao, mais aussi à Papeete qui connaît de surcroît un afflux de populations polynésiennes. En 1963, l'Église évangélique de Polynésie française devient autonome.

Dans les années 1970, deux questions d'ailleurs liées sont essentielles : celle du statut du territoire et celle des effets d'essais nucléaires commencés en 1966. La France a mené 46 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie entre 1966 et 1974, suivis de plus de 150 essais souterrains.. L'Union tahitienne (Rudy Bambridge, puis Gaston Flosse), ralliée au parti gaulliste (UNR, UDR puis RPR) défend les positions gouvernementales tandis que le RDPT est plus contestataire : il est d'ailleurs dissous en 1963, ce qui amène la création du Pupu Here Aia en 1965 (John Teariki). Une nouvelle personnalité politique apparaît en 1965 : Francis Sanford, avec le parti E'a Api, qui adopte une orientation autonomiste. La mesure d'exil à l'encontre de Pouvanaa Oopa est levée en 1968, il est accueilli triomphalement à Papeete et devient sénateur en 1971 pour le Pupu Here Aia.

Au cours des années 1970, en pleine renaissance culturelle polynésienne, apparaissent des formations plus nettement indépendantistes, notamment le parti créé par Oscar Temaru (FLP/Tavini Huiraatira). Un premier changement de statut a lieu en 1977 (autonomie de gestion), complété en 1984 (autonomie interne). En ce qui concerne les essais nucléaires, devenus souterrains en 1975, ils sont suspendus en 1992, mais une reprise a lieu en 1995-1996, puis le démantèlement du CEP est décidé.

Dans les années 1990 et 2000, la vie politique est structurée autour de deux partis : Tavini Huiraatira (Oscar Temaru) et Tahoeraa Huiraatira (Gaston Flosse).

De 1991 à 2004, Gaston Flosse règne sans partage. Il met en place un vaste réseau de propagande au service de son parti, le Tahoeraa Huiraatira. La justice lui a ainsi reproché d'avoir fait signer des « contrats cabinets » à des militants du parti, mis à la disposition de communes, de fédérations sportives, d'une radio, de syndicats ou de services sociaux. Il est condamné le à ce titre par le tribunal correctionnel à quatre ans de prison fermeLe Monde du 4 octobre 2011.. Il développe également un service de sécurité (Groupement d'intervention de la Polynésie) de plusieurs centaines d'hommes, et un service de renseignementRapport de la chambre territoriale des comptes publié en 2006. (Service d'études et de documentation - SED). Il a été condamné en appel le pour avoir entrepris « une entreprise de destruction systématique » des documents du SED. Il a fait également l'objet de diverses condamnations pour détournement de fonds publics, certaines procédures étant encore en cours en 2012.

En 2004, plusieurs formations se regroupent autour du Tavini et forment l'UPLD. De 2004 à nos jours une période d'instabilité chronique s'ouvre : treize gouvernements se succèdent entre 2004 et 2011, mais seulement trois hommes occupent la place de président : Gaston Flosse, Oscar Temaru et Gaston Tong SangPrésident de la Polynésie française..

La loi du , dite « loi Morin », sur la reconnaissance des victimes des essais nucléaires français en Polynésie française et au Sahara algérien, reconnaît de façon historique et officielle les dommages sanitaires causés par les expérimentations nucléaires. Cependant le premier décret d'application se révèle rapidement trop restrictif et le président de la république prend l'engagement début 2011 de publier un nouveau décret élargissant les zones géographiques et la liste des maladies éligibles.

Le , Gaston Flosse, rattrapé par des affaires judiciaires qui ont émaillé sa carrière politique, définitivement condamné, et n'ayant pu obtenir une grâce présidentielle, se voit signifier son inéligibilité pour trois ans. Il perd ainsi ses mandats locauxGrâce refusée pour Flosse qui quitte le pouvoir, Libération, 6 septembre 2014..

En 2022, les demandes d'indemnisation des victimes des essais nucléaires ont explosé, avec 50 % de nouveaux dossiers par rapport à l’année précédente. En , l'INSERM publie une étude selon laquelle les essais nucléaires ont bien eu un impact sur les cancers de la thyroïde. En , Hina Cross, la représentante du Tavini à l'Assemblée de la Polynésie française, affirme dans une émission diffusée sur France Télévisions : .