vignette|Scène à Kaboul au lendemain de la révolution de Saur.
La guerre d'Afghanistan, appelée aussi guerre soviéto-afghane, est une phase du conflit afghan et une crise majeure de la guerre froide, qui a opposé durant plus de neuf ans, du au , l'Armée rouge de l'URSS et le gouvernement communiste afghan aux divers groupes rebelles moudjahidines (« guerriers saints ») d'obédience islamiste et anticommuniste, et soutenus notamment par les États-Unis, le Pakistan, l'Iran et l'Arabie saoudite.
Le conflit trouve ses origines dans les tentatives du gouvernement afghan de moderniser le pays, mesures qui dérangent la population rurale conservatrice et des élites religieuses. Le gouvernement afghan est ensuite renversé lors de la révolution de Saur par la faction radicale du PDPA, le parti démocratique populaire d'Afghanistan, mais la politique du gouvernement communiste entraîne une insurrection généralisée de la population, ce qui entraîne l'apparition de divers groupes de moudjahidines ou « guerriers saints », islamistes et anticommunistes. Pour la deuxième fois de son histoire après son intervention de 1929 pour soutenir Amanullah Khan, l'URSS envahit l'Afghanistan en 1979 pour sauver de l'effondrement le gouvernement communiste, mais doit faire face aux moudjahidines qui reçoivent dans le contexte de la guerre froide une grande aide de la part des États-Unis, du Pakistan, de l'Iran et de l'Arabie saoudite. En dépit des immenses moyens mis en œuvre, l'URSS échoue à mater l'insurrection et retire ses troupes en 1989. Les hostilités se poursuivent entre le gouvernement pro-soviétique et les différentes factions moudjahidines, puis entre moudjahidines.
La guerre d'Afghanistan a eu de nombreuses conséquences importantes : durant plus de neuf ans, elle a ravagé le pays et fait un million de morts et plus encore de blessés et de déplacés. Les divers groupes moudjahidines ayant affronté les Soviétiques n'ont pas su s'entendre après leur victoire et ont maintenu le pays dans un état de guerre civile continue. De même, les dépenses colossales de guerre se l'URSS ainsi que les tensions que le conflit a générées dans sa société civile et dans le monde ont grandement contribué à son discrédit, à l'épuisement de son économie et, finalement, à son effondrement et par suite, à la fin de la guerre froide. Enfin, les moyens considérables reçus par les moudjahidines, notamment de la part des États-Unis et de l'Arabie saoudite, ont contribué à l'essor du fondamentalisme et du terrorisme islamiste, nombre de djihadistes venus se battre en Afghanistan étant ensuite retournés dans leurs pays pour structurer le mouvement.
Contexte Tentatives de modernisation, conflit avec le Pakistan et influence soviétique L’Afghanistan est un pays montagneux peuplé surtout par des Pachtounes, des Tadjiks et des Daris (mais aussi des Nouristanis, des Turkmènes, des Ouzbeks, des Aimaks…), dont les frontières ont été artificiellement fixées au lors du partage de l'Asie centrale entre l'Empire britannique et l'Empire russe, et qui sert ainsi longtemps d'État tampon entre ces deux puissances. Monarchie gouvernée depuis Kaboul par la dynastie des BarakzaiLes élites du pays sont surtout des Pachtounes préférant néanmoins parler le dari ou le tadjik., l'Afghanistan, pays féodal très pauvre et essentiellement agricole, à 90 % analphabète et où l'espérance de vie moyenne est de 35 ans, vit dans un strict respect des traditions musulmanes ancestrales et reste isolé du reste du monde.
Après 1947 et la partition des Indes britanniques, le gouvernement afghan commence à revendiquer les parties du territoire du Pakistan nouvellement indépendant peuplées par des Pachtounes et des Baloutches, territoires qui permettraient au pays de se désenclaver en possédant un accès à la mer d'Arabie. Le roi afghan Zaher Shah souhaite moderniser et occidentaliser son pays, mais les revendications irrédentistes entrainent de graves et fréquents incidents le long de la frontière pakistanaise, et isolent l'Afghanistan sur la scène internationale. Aussi le roi entame-t-il un rapprochement avec l'Union soviétique à partir de 1955, ce qui lui permet d'obtenir des prêts à très faible taux d'intérêt, une vaste aide militaire et économique (avec d'importantes livraisons d'armes et la construction de ponts, de barrages, d'usines et de routes), et l'envoi de ses cadres et ses officiers en URSS pour qu'ils y soient formés. Ce rapprochement, l'un des premiers jamais effectué par Moscou auprès d'un pays non-communiste, permet aux soviétiques de démontrer aux autres pays du tiers monde l'intérêt et l'efficacité d'éventuels rapprochements avec l'URSS, et il permet aussi de faire pression sur l'Iran et le Pakistan, tous deux membres du pacte de Bagdad pro-occidental. Il en résulte également une dépendance croissante de l'Afghanistan envers l'URSS, dépendance accrue par les graves tensions avec le Pakistan ; or, bien que se réclamant comme non-aligné, le pays passe peu à peu de facto sous influence soviétique ; les États-Unis tentent un temps de concurrencer Moscou, mais leur aide désorganisée et portant surtout sur les infrastructures accroît encore la pénétration soviétique qui se concentre ainsi efficacement sur la formation de l'armée.
Tout au long des années 1960 et 1970, la société afghane est en pleine ébullition : tandis que les infrastructures du pays se développent, le pays se libéralise : des élections libres ont lieu et des partis politiques se forment, vite rejoints par les nombreux jeunes cadres et officiers formés en URSS. Un parti communiste afghan, le Parti démocratique populaire d'Afghanistan, ou PDPA, est ainsi fondé en 1965, mais il éclate vite en deux factions rivales : les majoritaires, partisans de la création d'un parti d'avant-garde marxiste-léniniste, surtout des Pachtounes issus du monde rural et venus travailler en ville ainsi que des instituteurs et des petits officiers, forment le KhalqCela s'explique par le fait que le Khalq joue sur le tribalisme des Pachtounes. Un membre recrute dans sa famille et son clan qui rejoignent ensuite le parti par allégeance personnelle à celui qui les recrute. De même, le parti, semblable aux anciennes confréries religieuses, offre une « seconde famille » aux fonctionnaires et aux soldats souvent loin de chez eux (Roy, 1986). (en) (« le Peuple »), mené par Nour Mohammad Taraki et Hafizullah Amin. Inversement, les minoritaires, partisans du réformisme et d'une évolution plus progressive du pays, surtout des Tadjiks et des Daris issus de la bourgeoisie urbaine, rejoignent le Parcham (en) (« l’Étendard »), mené par Babrak Karmal et Mir Akhbar Khyber.. Le Parcham est pro-soviétique, tandis que le Khalq est plus indépendant.
Les droits des femmes afghanes, jusque-là forcées de porter le voile, n'ayant aucun droit et pouvant être mariées de force, s'améliorent à cette époque. Ces progrès sont cependant limités aux femmes issues généralement des classes aisées urbainesAinsi, les photographies de l'époque circulant sur internet et ou l'on peut voir de jeunes femmes afghanes des classes aisées sans voile et en minijupe ne correspondent guère à la réalité effective de l'Afghanistan des années 60 et 70. et, globalement, la population rurale n'est pas affectée par ce mouvement et elle se montre de plus en plus hostile envers le gouvernement. Le nationalisme des Pachtounes et les interventions de plus en plus intrusives de l'État suscitent le mécontentement des élites rurales et religieuses ainsi que des chefs tribaux qui s'en trouvent affaiblis. En outre, Kaboul ne possède qu'un contrôle très relatif sur les campagnes, qui sont organisées selon un système complexe de tribus souvent hostiles les unes envers les autres. La politique du gouvernement mène à la création de groupes d'opposition d'obédience islamiste fondamentaliste, notamment le Jamiat-e Islami, mené par Burhanuddin Rabbani. Parmi ses militants, on retrouve Ahmed Chah Massoud et Gulbuddin Hekmatyar, qui gagnent vite en influence à travers le pays et reçoivent le soutien du Pakistan et de l'Iran.
De 1969 à 1973, en raison de mauvaises récoltes, le pays est frappé par une terrible famine qui tue dans certaines provinces près du tiers de la population. L'économie ralentit et le pays accuse de sérieux problèmes de corruption.
C'est dans ce contexte de mécontentement général qu'éclate un coup d'État fomenté le par le prince Mohammad Daoud Khan, qui abolit la monarchie et proclame la république d'Afghanistan, dont il devient le président. Daoud Khan, l'un des principaux artisans de l'irrédentisme afghan et pachtoune, met fin à l'aide américaine, ce qui accroît un peu plus l'influence de l'URSS. Il trouve le soutien du Parcham et de beaucoup de jeunes cadres. Sa politique devient rapidement de plus en plus autoritaire et répressive et, dès 1975, les relations avec le Parcham se sont dégradées ; Daoud s'en trouve isolé. Le Jamiat-e Islami tente alors une insurrection (en) dans la région du Panchir et du Langham avec l'aide du Pakistan et de l'Iran. La révolte est écrasée et ses chefs s'enfuient au Pakistan où ils forment des camps pour de futures actions contre Daoud Khan. Il s'ensuit une scission du mouvement entre les partisans (surtout des Tadjiks) du Jamiat-e Islami de Rabbani et Massoud, souhaitant une infiltration et une prise de pouvoir progressive, et les partisans d'Hekmatyar (surtout des Pachtounes), souhaitant une prise de pouvoir violente, et qui fondent l'Hezb-e Islami.
Daoud Khan tente alors de neutraliser les islamistes en essayant vainement de se rapprocher du Pakistan et de l'Iran, en abandonnant toute revendication irrédentiste et en cessant tout soutien aux groupes séparatistes pachtounes et baloutches pakistanais. Il souhaite aussi se défaire de l'influence soviétique et rompt définitivement avec le Parcham. Les communistes du Khalq et du Parcham craignent alors de plus en plus d'être tués par Daoud et s'accordent pour réunifier le PDPA en 1977..
Ainsi, au milieu des années 70, au vu des tensions qui s'accumulent en Afghanistan, certains observateurs comme Jean-Paul Roux pressentent l'avènement imminent d'un conflit de grande ampleur.
Révolution de Saur
gauche|vignette|168x168px|Mohammed Daoud Khan, président de l'Afghanistan de 1973 à 1978. Le , Mir Akhbar Khyber, figure du Parcham, est assassiné. Le PDPA accuse le gouvernement et une importante manifestation en sa mémoire rassemblant 15 000 à est alors organisée dans Kaboul. Daoud Khan, effrayé, fait arrêter les dirigeants du PDPA (il paraît alors vraisemblable que le gouvernement de Daoud souhaite les exécuter), sauf Amin qui, placé en résidence surveillé, a le temps de convaincre les officiers communistes d'attaquer les premiers pour ne pas être éliminés. Certains observateurs comme Hélène Carrère d'Encausse accusent alors les soviétiques d'avoir préparé en sous-main le coup d'État : le degré de pénétration soviétique dans l'armée afghane est tel qu'elle ne peut ignorer les préparatifs, et l'URSS a de surcroît intérêt à écarter Daoud, dont la politique de plus en plus indépendante semble présager la fin de l'influence soviétique dans la région, selon le même schéma qui venait d'arriver en Égypte et en Somalie. L'Afghanistan, déjà plus ou moins dans la sphère d'influence soviétique (ce qui limiterait les éventuelles représailles occidentales) rapprocherait stratégiquement l'URSS de la mer d'Arabie et, de plus, l'inaction des Américains semble indiquer que le moment est propice à un nouveau pas en avant. Pourtant aucun document existant ne prouve l'implication directe des soviétiques, qui sont globalement pris de court par les évènements, n'étant prévenus des préparatifs que le , bien qu'ils soupçonnaient depuis un moment un possible coup de force du PDPA. Ils ne tentent toutefois ni de stopper Amin, ni de prévenir DaoudOut of Afghanistan: The Inside Story of the Soviet Withdrawal - Diego Cordovez, Selig S. Harrison - Google Livres.