thumb|upright=1.8|alt=Deux pages d'un manuscrit présentant un Indien et une Indienne en habit d'époque.|Page du manuscrit Soixante-douze spécimens de castes en Inde (1837).

Les castes sont des divisions des sociétés du sous-continent indien en groupes héréditaires, endogames et hiérarchisés.

Le terme d'origine occidentale , du portugais (race, pur), peut désigner deux concepts différents mais liés : les varnas et les jatis, qui sont des subdivisions des varnas. Les castes trouvent leur origine dans l'hindouisme mais touchent toute la société indienne. Certains auteurs considèrent que la colonisation britannique de l'Inde a joué un rôle majeur dans la rigidité du système des castes.

L'article 15 de la Constitution de l'Inde interdit les discriminations fondées sur les castes ; néanmoins, celles-ci continuent de jouer un rôle majeur dans la société contemporaine. Certaines catégories (Dalits, Adivasis, Other Backward Classes) bénéficient d'une politique de quotas dans la représentation politique, la fonction publique et l'éducation.

Cadre historique Période védique Au cours de la période védique, et introduisant en cela une modification essentielle par rapport aux sociétés dravidiennes antérieures, les colonisateurs aryens constituent une société de classes. Ils vont se distinguer des populations indigènes qu'ils soumettent et considèrent comme inférieuresJacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, .. Ainsi naît la formulation d'une théorie des classes sociales : la théorie des Varna (le mot varna signifiant « couleur » en sanskrit, puis « rang »). La société est répartie en quatre classes :

les Brahmanes, prêtres et enseignants ; en dessous des Brahmanes, les Kshatriyas, guerriers et rois ; en dessous des Kshatriyas, il y a les Vaishyas, marchands ; enfin les Sudra ou Shudras, agriculteurs, artisans et gens de service.

Les Varnas constituent une première figuration du système des castesLouis Dumont : Ka hiérarchie: théorie des Varna, in Homo hierarchicus. Essai sur le système des castes", Paris, Gallimard, 1979, Jacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, ..

Il faut cependant séparer le varna, qui est une structure symbolique avec la réalité sociologique.

Débuts de l'hindouisme Néanmoins, ce nouveau système social est encore loin de s'imposer dans l'ensemble du monde indien et produit tous ses effets exclusivement dans la plaine gangique, le centre et le sud de l'Inde y échappant totalement. De surcroît, la naissance du bouddhisme et le début de son développement condamnent tout système de caste. Aux environs de l'ère chrétienne, les Lois de Manu, traité didactique rédigé par des brahmanes, loin d'être un reflet de la société de l'époque, ne représentent que l'opinion de certains milieux brahmaniques sur la façon dont une société idéale doit être ordonnée. Elles deviendront néanmoins un texte fondamental de la société brahmanique et seront largement diffusées dans une grande partie de l'Inde. C'est l'idéologie des lois de Manu qui met au premier plan la « pureté » du sang ce qui entraîne pour chaque communauté sociale la pratique de l'endogamie.

Période classique et début du Moyen Âge Il est difficile de préciser la chronologie de ce changement profond de société. Les régions du Sud qui ont conservé des langues dravidiennes sont restées attachées aux anciennes formes sociétales au moins jusqu'au . Ce n'est que dans la suite du grand mouvement religieux qui voit l'affirmation des cultes de Shiva et de Vishnou que l'établissement de cette société hiérarchique devient effectif pour l'ensemble de l'Inde mis en évidence par le grand conflit social du Jacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, ..

Empires britannique et français À partir du , le gouvernement colonial britannique adopte une série de lois qui s'appliquent aux Indiens en fonction de leur religion et de leur identification à la caste.... Ces lois de l'ère coloniale utilisent le terme « tribus », qui inclut les castes dans leur champ d'application. Le droit colonial français à Pondichéry commence aussi à légiférer sur les castes..

Le gouvernement colonial britannique promulgue, par exemple, le Criminal Tribes Act de 1871. Selon cette loi, tous les membres de certaines castes naissent avec des tendances criminelles. Les castes soupçonnées de se rebeller contre l'autorité coloniale et de rechercher l'autonomie de l'Inde, telles que les familles Kallars et les Maravars auparavant régnantes dans le sud de l'Inde, et les castes « déloyales » dans le nord de l'Inde, telles que les Ahirs, les Gurjars et les Jats, ont été qualifiées de « prédatrices et barbares » et ajoutées à la liste des « castes criminelles ».. Certaines castes sont ciblées au moyen du Criminal Tribes Act même lorsque leurs membres n'ont commis aucune violence, parce que leurs ancêtres sont connus pour s'être rebellés contre les autorités mogholes ou britanniques.., ou parce qu'elles perturbent les autorités coloniales dans la perception des impôts.

Tous les membres enregistrés dans les castes criminelles par le recensement des castes sont limités dans leurs déplacements. Dans certaines régions de l'Inde coloniale, des enfants sont séparés de leurs parents, détenus dans des colonies pénitentiaires ou mis en quarantaine sans condamnation ni procédure régulière. La notion de criminels héréditaires est conforme aux stéréotypes des orientalistes et aux théories raciales dominantes à l'époque coloniale. Son application a pour conséquences le profilage, la division et l'isolement de nombreuses communautés d'hindous en tant que criminelles de naissance..

Fondements Castes dans l'hindouisme Selon François Gautier : Pour Guy Deleury, .

L'indianiste et musicologue Alain Daniélou, dans son ouvrage Approche de l'hindouisme, définit le système des castes en Inde comme un « socialisme corporatif dans une société sans compétition ».

vignette|198x198px|La pyramide de la hiérarchisation des castes en Inde. Les Dalits (Harijan) ne font en principe pas partie de la pyramide.|alt=les HARIJAN ( intouchables ou dalits), ne font en principe pas partie de la pyramide : ce sont des hors castes.

Dans les textes classiques hindous, les personnes et leur rôle dans la société sont décrits au travers de leur varna (, )(.) :

Selon Louis Dumont, les trois premières castes apparaissent dans les premiers livres du Rig-Véda mais les Shudra seulement dans un hymne tardif ; ils pourraient être des aborigènes intégrés dans la société sous forme de servitude..

Selon Robert Deliège, .. Le Rig-Véda (X, 90, 12) explique que l'homme primordial (Purusha) donne naissance aux quatre varnas : .. Plus tard, les textes du Dharmashastra donnent la même origine mythique des varnas ; les Lois de Manu (I, 88-91) définissent leurs rôles dans la société.

Ces varnas s’apparentent aux fonctions tripartites indo-européennes décrites par Georges Dumézil. : fonction sacerdotale pour les Brahmanes, guerrière pour les Kshatriyas, et productive pour les Vaishyas et Shudras. Mais à ces varnas, qui existent de manière universelle dans toute l’Inde, se surimposent les jatis (, « naissance »), qui correspondent au système des castes qui peuvent être observées sur le terrain.. De manière générale, les Indiens, à l’exception notable des Brahmanes, font assez peu référence aux varnas mais plutôt aux jatis.. Ainsi, lorsque l’on fait référence à une caste, c’est généralement d’une jati qu’il est question (.).

Les caractéristiques généralement admises du système des castes sont. : la spécialisation héréditaire : une caste est associée à un métier. Il y a des castes de blanchisseurs, de forgerons, de tanneurs, de barbiers, etc. Toutefois, l'adéquation entre caste et métier n'est pas totale, notamment avec l'apparition des professions modernes ; l'endogamie : les personnes d'une caste se marient avec des personnes de cette même caste. Cette règle est majoritairement respectée dans l'Inde moderne et les mariages inter-castes restent rares, au point que des associations comme Love Commandos se donnent pour mission de les protéger.. Les enfants issus d'un mariage au sein d'une caste appartiennent également à cette caste et le restent toute leur vie : une caste est donc un . Au-delà de l'endogamie, les castes tentent également de maintenir une distance sociale vis-à-vis des autres castes (refus des repas en commun notamment) ; la hiérarchie : les différentes castes forment des groupes dépendants les uns des autres et hiérarchisés entre eux. Les êtres humains sont fondamentalement inégaux et chacun doit accomplir au sein de la société la tâche qui convient à son rang. Cette hiérarchie s'exprime par un certain niveau relatif de pureté de la caste : les hindous sont sensibles à l’impureté de certains évènements (décès, naissance, etc.) ou activités (le travail de la peau par exemple). Le degré d’impureté d’une occupation professionnelle se reflète sur la pureté relative de la caste qui la pratique. Ainsi, par exemple, la caste chargée d’évacuer et d’équarrir les bêtes mortes est considérée comme très impure, à tel point qu’un hindou d’une caste supérieure ne pourrait toucher ou boire la même eau qu’un de ses membres : c’est l’origine de l’intouchabilité. ; l'exhaustivité : en principe, tout hindou appartient à une caste.

Castes chez les non-Hindous Musulmans Dans Homo hierarchicus, Louis Dumont explique notamment que les musulmans jouissent, y compris ceux qui sont situés au bas de l’échelle sociale, d’une situation supérieure à celles des Intouchables. Cela s’explique par le contexte politique : l’Inde a été pendant de longues périodes dominée par des gouvernants musulmans. Mais Dumont note que les musulmans eux-mêmes sont subdivisés en plusieurs groupes. On distingue d’abord . Chez les Ashraf, s’il n’y a pas de groupes strictement endogames, les mariages s’organisent de préférence dans un cercle restreint et une union en dehors de ce cercle équivaut à une descente sur l’échelle sociale. Ainsi, sans se conformer aux règles du système des castes, les Ashraf sont en quelque sorte . En ce qui concerne les autres musulmans, il existe trois groupes endogames, comparables aux castes hindoues : les convertis de caste supérieure, des groupes professionnels correspondant à des castes artisanales, et des Dalits, qui ont conservé leur fonction sociale après leur conversion..

Chrétiens La situation est un peu différente chez les chrétiens indiens. Dumont observe que les chrétiens « anciens », qui ont été convertis par saint Thomas, sont divisés en groupes, qui se révèlent de fait endogames, et que les « chrétiens d’origine intouchable semblent avoir leurs propres églises ». La question des castes s’est aussi posée à l’Église catholique lors des conversions plus récentes, les Indiens issus de castes supérieures n’acceptant pas les missionnaires qui se rendaient également dans les maisons des Dalits, ni de fréquenter les mêmes églises que ces derniers. Cette situation a conduit à des adaptations, comme la création d’une séparation au milieu des églises, plus ou moins bien acceptées par la hiérarchie catholique car contraires au principe de l’égalité des croyants.

Les chrétiens non confessionnels, toujours plus nombreux en Inde, se fondent sur l'enseignement de Jésus, uniquement, dont l'essence même est de ne discriminer personne : aimer chacun comme soi-même.

Bouddhistes Le bouddhisme, à la différence du christianisme ou de l’islam, est une religion née en Inde et les principaux textes bouddhistes ont été composés à une époque où le système de castes était déjà en place.. Si Bouddha y critique le système des castes et leur hiérarchie, selon Yuvraj Krishan, il ne faut pas y voir une défense de l'égalité..