Claude Allègre, de son nom complet Claude Jean Ernest Allègre, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un géochimiste et homme politique français.
Ses travaux scientifiques portent sur la datation isotopique avec la mise au point de plusieurs méthodes et instruments permettant d'estimer l'âge des roches ou de caractériser les magmas. Ses découvertes permettent de mieux comprendre la tectonique des plaques mais s'appliquent aussi en cosmochimie. Sa carrière de chercheur est notamment récompensée par le prestigieux prix Crafoord en 1986 et par la médaille d'or du CNRS en 1994. Il est membre de l'Académie des sciences. Il publie par ailleurs de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique dont certains rencontrent un certain succès.
Il adopte des positions publiques sur les thèmes de l'université française et de la recherche, notamment lorsqu'il est ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2000. Auparavant membre du Parti socialiste depuis trente ans, il se rallie à Nicolas Sarkozy, alors président de la République, en 2008.
Figure de proue du déni du changement climatique en France dans les années 2000, il diffuse de fausses informations sur le sujet, mettant en doute l'origine anthropique et l'importance du réchauffement planétaire. Ses positions, contraires au consensus scientifique sur ce sujet, sont largement médiatisées.
Biographie Origines et jeunesse La famille Allègre est originaire du village de Prades-le-Lez dans l'Hérault. Claude Allègre, aîné de quatre enfants, est le fils d'une institutrice puis directrice d'écoleElle a raconté son expérience dans L'École de ma vie, Paris, Bayard, 1999. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'engagea, ainsi que son mari, dans la Résistance. Elle était chevalier de la Légion d'honneur, décorée de la médaille de la Résistance et officier des Palmes académiques., Lucette Hugonencq (1913-2009), et d'un professeur de sciences naturelles, Roger AllègreVoir sur youtube.com...
Lors de ses études, il partage sa chambre dans la résidence universitaire Jean-Zay d'Antony avec Lionel Jospin, dont il restera l'ami fidèle, tout en exprimant sa sympathie pour Nicolas Sarkozy quatre décennies plus tard..
Petit-fils de communiste et fils de résistant, il s'oppose à la guerre d'Algérie.
Carrière scientifique Débuts Après l'obtention de la licence en 1960, Claude Allègre prépare le diplôme d'études supérieures sous la direction de Louis Barrabé, professeur titulaire de la chaire de géologie structurale et géologie appliquée de la faculté des sciences de Paris, qui meurt subitement en . Nommé assistant de chimie à la faculté des sciences de Reims (puis de Paris), c'est sous la direction du successeur de Louis Barrabé, Pierre Routhier, qu'il prépare, au sein du laboratoire de géologie appliquée de la faculté des sciences de Paris, sa thèse pour le doctorat ès sciences physiques qu'il soutient en 1967Claude Allègre, « Introduction à la géochronologie des systèmes ouverts », thèse de doctorat ès sciences physiques, université de Paris, 1967..
Il fonde alors, dans les locaux d’une usine de Saint-Maur-des-Fossés, un groupe d’études de géologie isotopique, baptisé « groupe Louis Barrabé », qui est, un an plus tard, rattaché à l'institut de physique du globe de Paris (IPGP) sous le nom de Laboratoire de géochimie et cosmochimie, avant d'emménager dans le nouveau campus de Jussieu. Il est nommé professeur titulaire à l'université Paris VII en 1970 et devient directeur de l'IPGP en 1976, poste qu'il occupera jusqu'en 1986.
Polémique de la Soufrière En 1976, lors du réveil du volcan de la Soufrière en Guadeloupe, il préconise le maintien de l'évacuation d'urgence de la population décidée par le préfet par crainte d'une éruption avec nuées ardentes. Cette affaire provoque une controverse avec le volcanologue Haroun Tazieff, qui avait diagnostiqué une éruption phréatique.
Une violente polémique oppose alors Haroun Tazieff à Michel Feuillard, directeur de l'observatoire volcanologique de la Guadeloupe, et à Claude Allègre (supérieur hiérarchique de ce dernier à l'IPGP), sans expérience volcanologique propreDe nombreux détails sur cette affaire et ses suites sont fournis par Frédéric Lavachery dans Un volcan nommé Haroun Tazieff (voir bibliographie).. Feuillard et Allègre se fondent sur des analyses de diffraction de rayons X, et montrent la présence de verre au sein des éjectas recueillis après les explosions sommitales. Ce verre est alors interprété comme un indice alarmant de la présence de magma juvénile. Ils conseillent l'évacuation des proches, tandis que Tazieff, de retour d'un déplacement en Équateur, et se fondant sur son expérience de terrain après une visite sur le site, affirme qu'il ne s'agit que d'une simple éruption phréatique, par rupture d'aquifères surchauffées ; selon lui, aucun magma « frais » n'est monté au sein du volcan, et il pense que cette fois, la crise va se calmer, sans aucun risque de nuées ardentes. Des mots peu aimables sont échangés, mais dans le doute, et sur les conseils du professeur BrousseR. Brousse et al. (1977) : « Sur la présence de verres non altérés dans les projections de la Soufrière (Guadeloupe) durant la crise de 1976 ». C.R. Acad. Sciences, Paris, Sér. D., les pouvoirs publics préfèrent évacuer les habitants.
Finalement, quelques années plus tard, des analyses plus poussées montreront la présence effectivement de verre, mais non magmatique, produit par l'altération hydrothermale sous pression des roches magmatiques en place, ce qui était en 1976 une phase encore inconnue ; l'interprétation en tant qu'indice d'une présence de magma juvénile à faible profondeur était donc erronée.
De fait, la Soufrière de Guadeloupe « n'explose pas », « confirmant » l'expertise de Tazieff. Les dégâts sur l'île provoqués par cette affaire sont les importantes conséquences économiques de l'évacuation, à savoir la paupérisation totale du secteur autour de Basse-Terre, avec le déplacement de la préfecture sur Pointe-à-Pitre.. À la suite de cette polémique, Haroun Tazieff est tout de même suspendu de son poste de responsable du service volcanologique de l'institut de physique du globe de Paris, sur proposition de Claude Allègre, décision condamnée par le tribunal administratif en 1981...
Travaux de recherche Chronomètres isotopiques Les travaux de l'équipe de chercheurs dirigée par Claude Allègre portent essentiellement sur des questions de géochimie à partir de l'étude des éléments trace et des isotopes. Les travaux pionniers de l'équipe d'Allègre, parallèlement à ceux de l'équipe américaine de G. J. Wasserburg, permettent de développer un certain nombre de techniques de datation isotopique, et notamment les méthodes de datation par le système samarium-néodyme et le système plomb-uranium. En compagnie de Jean Louis Birck ils mettent également au point la méthode rubidium-strontium. Ces contributions facilitent la compréhension de la constitution de la croûte et du manteau terrestres et l'interaction entre ces deux couches de la Terre. C'est un apport majeur dans la compréhension des mouvements de convection mantellique, moteurs de la tectonique des plaques..
Allègre et son équipe conçoivent également des modèles sophistiqués d'un certain nombre de processus géologiques, comme le volcanisme, l'évolution de l'atmosphère terrestre et la formation des nébuleuses protoplanétaires.
Anomalie DUPAL
Les travaux de Bernard Dupré et Claude Allègre au début des années 1980 leur permettent de mettre en évidence une anomalie géochimique dans des basaltes océaniques de l'Atlantique Sud. L'anomalie porte sur le rapport des isotopes du strontium 87Sr/86Sr et indique une contamination par la lithosphère subductée du magma remontant depuis l'asthénosphère. Cette anomalie sera ensuite identifiée également dans des roches magmatiques continentales en Amérique du Sud, Afrique australe et Asie par différentes équipes de chercheurs dans le monde. L'anomalie est dorénavant nommée DUPAL, d'après les noms des deux chercheurs français..
Reconnaissance scientifique et institutionnelle Ses recherches sur la datation isotopique lui permettent d'obtenir en 1986, en compagnie de Wasserburg, le prix Crafoord, plus prestigieuse récompense pour la géologie..
Il reçoit la médaille Wollaston en 1987 et la médaille d'or du CNRS., plus haute distinction scientifique française, en 1994.
Il est membre de l'Académie nationale des sciences américaine (depuis 1985), de l'Académie des sciences française. (depuis 1995) et de l'Institut universitaire de France, qu'il a créé pendant son mandat de ministre.
Présidence du Bureau de recherches géologiques et minières Succédant à son homonyme (sans lien de parenté) Maurice Allègre, Claude Allègre est élu président du conseil d'administration du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en 1992. Sa piètre gestion de l'affaire de la mine d'or de Yanacocha en 1994 (les plus grandes réserves d'or d'Amérique du Sud, dont le BRGM possédait 24,7 % d'actifs) et ses dépenses lui auraient coûté cette fonction en 1997« Les notes de frais en or de Claude Allègre », VSD du 18 novembre 1999, ..
Parcours politique Claude Allègre adhère au Parti socialiste en 1973.. Il anime le « groupe des experts » du PS dans les années 1980 et il est membre du comité directeur du parti en 1987 et du bureau exécutif en 1990.
Conseiller spécial auprès de Lionel Jospin au ministère de l'Éducation nationale de 1988 à 1992, il est notamment l'initiateur du plan « Université 2000 ».. Il propose une réforme profonde du système des classes préparatoires..
Élu député européen lors des élections européennes de 1989, il n'exerce ce mandat que quelques semaines et démissionne dès le mois de ..
Lors des élections régionales de 1992, il est tête de liste socialiste en Languedoc-Roussillon, espérant devenir président de ce conseil régional. Il est élu conseiller régional mais sa liste est battue par celle de Jacques Blanc, qui devient le président..
Ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie vignette|Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Claude Allègre est nommé, le , ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Jospin.
Il entend réformer l'enseignement supérieur. Le , les quatre ministres chargés de l'enseignement supérieur d'Allemagne, de France, de Grande-Bretagne et d'Italie se retrouvent lors d'un colloque à la Sorbonne, à l'occasion de la célébration du de l'université de Paris, pour initier un appel à la construction d'un espace européen de l'enseignement supérieur.. Lancé à l'initiative du ministre français de l'Éducation nationale, le processus a pour objectif de favoriser les échanges universitaires (étudiants, enseignants et chercheurs) et de faire converger les systèmes universitaires vers des niveaux de référence communs. L'initiative est progressivement reprise et développée par la plupart des gouvernements et des universités européens.