Le Falun Gong (), dont le nom officiel est Falun Dafa (), est un mouvement spirituel inspiré du qigong créé par Li Hongzhi. Son enseignement combine la pratique de la méditation, avec des exercices aux mouvements lents et souples, ainsi que le travail sur soi à travers ce qu'il appelle les trois principes fondamentaux : l'authenticité, la bonté et la tolérance. En dépit du fait que les universitaires occidentaux le considèrent comme un nouveau mouvement religieux (NRM), les adeptes refusent catégoriquement cette classification.
Créé en 1992, le Falun Gong est d'abord rapidement reconnu et soutenu par les autorités chinoises. Sa popularité s'accroît grâce à des témoignages de guérisons et d'amélioration de la santé, le mouvement atteignant entre deux et soixante millions de pratiquants fin 1994. Les autorités chinoises exercent alors des pressions pour rendre la pratique payante et renforcer l'influence du Parti communiste chinois (PCC) sur cette dernière, mais sans succès.
Le PCC, dirigé alors par Jiang Zemin, devient par conséquent hostile au Falun Gong et commence en 1999 la répression de cette pratique sur le territoire de la république populaire de Chine (RPC). Le Bureau 610 est créé, afin de coordonner cette répression et les pratiquants sont dénoncés et arrêtés à travers la Chine. Lors de leur emprisonnement, ils sont sujets à de mauvais traitements ainsi qu'à des prélèvements d'organes non consentis.
Le Falun Gong continue d'être pratiqué clandestinement en Chine. Il s’est également développé en dehors de la Chine.
Dans ses écrits, Li Hongzhi affirme que des extra-terrestres sont présents sur Terre, tient des propos apocalyptiques et critique le métissage. The Epoch Times, un journal proche de l'organisation, a soutenu le président Donald Trump et relaie les théories conspirationnistes de QAnon et de la droite américaine contre le Parti démocrate parce que celui-ci est perçu comme assez favorable à la Chine communiste.
Origines et catégorisation
Le , Li Hongzhi, un maître de qi gong du nord-est de la Chine, donne son premier séminaire public sur le Falun Gong dans la ville de Changchun. Il présente le Falun Gong comme une pratique issue des « traditions ancestrales millénaires de developpement personnel » et participe à la renaissance du qi gong, combattu pendant la révolution culturelle. Selon David Palmer, Li Hongzhi associe à cette pratique une doctrine moraliste et apocalyptique.. David Ownby constate lui que l'aspect apocalyptique est inspiré des écrits bouddhistes populaires et n'est pas mis en avant dans le discours de Li Hongzhi, avant le début de la répression de 1999. Même après cette date, il reste marginal parmi les pratiquants d'Amérique du Nord au moins.
Dans le contexte culturel de la Chine, le Falun Gong est généralement décrit comme un système de qi gong, nom moderne donné à l’ancien terme « xiulian » (), signifiant cultiver l’esprit et en même temps exercer le corps. Les traditions orientales ne considèrent pas le corps et l’esprit comme indépendants et enseignent à les harmoniser en travaillant sur l’un comme sur l’autre. De multiples variétés de « cultivation-pratique » se retrouvent partout dans l'histoire chinoise. Elles sont issues des traditions bouddhistes, taoïstes et confucéennes et recouvrent également le domaine des arts martiaux internes. Richard Madsen, professeur à l’Université de Californie à San Diego, souligne que la culture traditionnelle chinoise a une « interprétation profonde de la matière et de l'esprit, du corps et de l’âme ». Selon Zhao Yuezhi, analyste principale et professeur à l’Université Simon Fraser au Canada, « le Falun Gong, comme d’autres formes de qi gong, met l’accent sur l'unité de guérison physique et spirituelle, contrairement à la distinction faite en Occident entre médecine et spiritualité. Pour amener à l’amélioration de la santé, les exercices physiques doivent être accompagnés par la cultivation morale et les exercices spirituels permettant de concentrer l'esprit. Dans le cas du Falun Gong, les valeurs à cultiver sont authenticité (), bonté () et tolérance (). » Benjamin Penny, professeur d'histoire chinoise à l'Université nationale australienne, souligne aussi l’importance de ces valeurs dans le Falun Gong et écrit : « la meilleure façon de décrire le Falun Gong est de l’assimiler à un système de cultivation. Les systèmes de cultivation sont une caractéristique de la vie chinoise depuis au moins et probablement beaucoup plus longtemps. » David Ownby a aussi qualifié le Falun Gong de « nouveau mouvement religieux », catégorisation qui, selon Helen Farley, fait consensus parmi les universitaires occidentaux. Cette dernière affirme que les pratiquants de Falun Gong refusent cette catégorisation. David Ownby explique que ce refus vient simplement du fait qu’en Chine seuls cinq dogmes sont reconnus comme religion, le bouddhisme, le taoisme, l’islam, le protestantisme et le catholicisme :
En Occident, vu la difficulté à lui trouver un équivalent, le Falun Gong est généralement vu comme une pratique ou un mouvement spirituel. Aux États-Unis, dans la Résolution 605 votée le par la Chambre des représentants des États-Unis demandant l'arrêt immédiat de la persécution du Falun Gong en Chine, ce dernier est qualifié de « mouvement spirituel » et de « discipline spirituelle traditionnelle chinoise ». En Europe, dans la Résolution du Parlement européen du sur le prélèvement d'organes en Chine, le Falun Gong est considéré comme une « pratique spirituelle ». Edward McMillan-Scott, vice-président du Parlement européen, parle d'« exercices spirituels » et d'un « mouvement spirituel ». Amnesty International décrit le Falun Gong comme un « mouvement qui pratique une méthode de méditation associée à des exercices respiratoires » ou un « mouvement spirituel ». Human Rights Watch indique que le Falun Gong est « une forme de qigong, un ancien système chinois d'exercice de respiration profonde, parfois combiné avec de la méditation ».
Pratique et enseignements La méthode du Falun Gong vise le bien-être physique et mental. Elle se compose de deux éléments complémentaires : la pratique des exercices pour travailler sur le corps et la cultivation de l’esprit et du cœur, appelée aussi l'élévation du xinxing ().
Exercices vignette|Les cinq exercices de Falun Gong. Le Falun Gong propose quatre exercices simples en position debout et une méditation en position assise. Comme dans beaucoup de méthodes de qigong, ces exercices utilisent des mouvements lents et souples, voire des postures immobiles et sont destinés à débloquer les méridiens, purifier le corps et accroître la concentration. Ces exercices constituent l'aspect du Falun Gong qui ressemble le plus au qigong. Même s'ils sont nécessaires, ils sont considérés comme secondaires par rapport à l'élévation du xinxing.
Le premier exercice, appelé « Bouddha étend ses mille bras », est destiné à faciliter la libre circulation de l'énergie dans le corps et à ouvrir les méridiens. Le second exercice, « Position debout du Falun », consiste en quatre postures statiques, chacune similaire à la tenue d’une roue invisible, pendant une période de temps prolongée. L'objectif de cet exercice est d’augmenter le niveau d’énergie. Le troisième, « Relier les deux pôles cosmiques », comporte trois séries de mouvements permettant d'expulser la mauvaise énergie du corps (par exemple, l’énergie pathogène ou qi noir) et la remplacer par de la bonne énergie. Grâce à la pratique de cet exercice, le pratiquant est censé nettoyer et purifier son corps. Le quatrième exercice, « Le circuit céleste du Falun », vise à faire circuler l'énergie librement dans tout le corps. Contrairement aux quatre premiers, le cinquième exercice est effectué assis en position du lotus ou du demi-lotus pour les débutants. Appelé « Renforcer les pouvoirs divins », c'est une méditation destinée à être maintenue aussi longtemps que possible et il est considéré par Li Hongzhi comme l'exercice le plus avancé.
Les exercices du Falun Gong peuvent se pratiquer individuellement ou en groupe pendant une durée variable en fonction des besoins et de la disponibilité de chacun. Ils sont enseignés gratuitement par des bénévoles. Les pratiquants de Falun Gong sont invités à lire les livres de Falun Gong et à pratiquer les exercices de façon régulière, de préférence quotidiennement.
Principes L'élévation du xinxing est censée être atteinte, d'une part, en harmonisant sa vie avec les trois principes qui constituent la nature fondamentale de l'univers : authenticité, bonté et tolérance ou Zhen-Shan-Ren et, d'autre part, en abandonnant les pensées et comportements négatifs. Le perfectionnement de soi selon ces trois principes est considéré comme essentiel dans la pratique du Falun Gong.
Le Falun Gong met en avant deux autres principes : la vertu () et le karma () dans le sens de karma négatif. La première est obtenue en faisant de bonnes actions et en supportant la souffrance, le second s'accumule en commettant de mauvaises actions. La vertu d'une personne détermine sa bonne fortune et sa capacité à s'élever spirituellement. Inversement, un karma important apporte la souffrance, la maladie et la séparation d'avec la nature de l'univers. L’élévation spirituelle est accomplie par l'élimination du karma et l'accumulation de la vertu.
Enseignements Le Falun Gong enseigne que l’être humain possède originellement la même nature Zhen-Shan-Ren que l’univers. Toutefois, les êtres humains sont « tombés » dans un monde d’illusion et de souffrance après avoir développé de l'égoïsme et accumulé du karma. Afin de retrouver sa « nature originelle », il faut s'assimiler à la nature de l’univers, abandonner les mauvaises pensées et actions et rembourser le karma.
vignette|left|Sur un site de pratique de Falun Gong, un enfant apprend le deuxième exercice de la méthode.Pour éliminer le karma, les pratiquants, dans leur vie quotidienne, doivent faire preuve de tolérance et de patience lorsqu'ils rencontrent des difficultés. Avant d'être surmonté, le stress vécu au quotidien par les pratiquants peut aussi contribuer à la réduction du karma. L'élévation spirituelle est également atteinte en abandonnant les attachements. Avoir des biens matériels n’est pas un problème, par contre être attaché aux choses matérielles en est un. Il est recommandé d’abandonner les addictions telles que le tabagisme ou la consommation d'alcool car elles constituent aussi des attachements. Un intérêt excessif pour la politique pourra aussi devenir un attachement au pouvoir et à l'influence dans le monde. Selon Hu Ping, un intellectuel et rédacteur en chef du plus vieux magazine dissident chinois, « Le Falun Gong ne traite que de la purification de l'individu par l'exercice, et n'aborde pas les préoccupations sociales ou nationales. Il n'y a pas de suggestions ou même de sous-entendu mentionnant un modèle de changement social ».
D'après David Ownby, les principes guidant vers une élévation spirituelle ne constituent pas dans le Falun Gong un ensemble de préceptes et de règles, mais plutôt une base de connaissances que chacun va comprendre et aborder en fonction de son propre vécu et de sa propre situation. Le travail sur soi n'est pas égoïste et vise au contraire à traiter les autres avec compassion et bienveillance. Stephen Chan, professeur à l’Université de Londres, dresse un parallèle entre le Falun Gong et le bouddhisme en affirmant que les deux partagent la même doctrine principale de bonté et de compassion inconditionnelles envers les autres.