Panzer est un mot d’origine allemande signifiant « blindé » ou bien « cuirasse », « carapace »Ce terme est lui-même issu de l'ancien français pancier, dérivé de pance « panse » au sens de « ventre humain ou animal ». Le pancier était une pièce d'« armure protégeant la panse, le haut du corps ». Le terme a été emprunté par l'allemand dans les romans de chevalerie, comme ceux du cycle arthurien, avec d'autres mots français.. Si le vocable peut s'appliquer aujourd'hui à tous les engins cuirassés allemands, des origines jusqu'à nos jours, l'usage fait qu'il désigne essentiellement les blindés chenillés à tourelle de l'armée allemande de la Seconde Guerre mondiale (Panzerkampfwagen « voiture blindée de combat », le plus souvent abrégé en PzKpfw), lesquels eurent une conception et un emploi tactique particuliers. Le terme générique est moins utilisé pour les MBT (main battle tanks) allemands de l'après-guerre (Leopard 1 et 2), similaires aux autres systèmes d'armes occidentaux. L'historiographie française utilise le pluriel « panzers ». Certains ouvrages français utilisent ce mot comme abréviation de grandes unités blindées, « Panzer » signifiant « blindée » ou « ».

Première Guerre mondiale et premiers panzers allemands

Le premier blindé allemand apparaît tardivement, en 1918. C'est le Sturmpanzerwagen A7V, qui fut construit en très petit nombre (une vingtaine d'exemplaires).

La pensée de l'entre-deux-guerres et la nouvelle doctrine d'emploi des panzers

Le panzer est le composant principal de la Blitzkrieg. Imaginée au cours des années 1930 par des théoriciens tel le général français Estienne, suivi par le général Gallois et conforté par les écrits du colonel de Gaulle, elle est refusée par le pouvoir politique français de l'époque, mais utilisée efficacement par le général allemand Guderian qui en avait compris la validité. Cette tactique de guerre-éclair est fondée sur le choc violent en un point précis du front (Schwerpunkt), puis l'exploitation par la rapidité de mouvement et de manœuvre. Seul le char d'assaut peut mener à bien ces missions dans leur composante terrestre. Aussi, pour obtenir une pleine efficacité de l'arme blindée, les chars ne sont plus dispersés (comme dans les autres armées) en petites unités d'appui à l'infanterie, mais regroupés au sein de puissantes unités mobiles, fer de lance de l'offensive : les Panzerdivisionen (abrév. Pz-Div.).

La Panzerdivision, outre ses deux régiments blindés (un seul à partir de 1941), possède un soutien d'artillerie mobile et d'infanterie portée (Panzergrenadiere). D'autres unités sont dotées de blindés : brigades de canons d'assaut (Sturmgeschutzbrigade) et surtout divisions de Panzergrenadier (Panzergrenadierdivisionen), où l'infanterie montée sur camion et semi-chenillés reçoit l'appui d'un bataillon blindé.

Au nombre de 10 seulement en mai 1940, les Panzerdivision, couplées aux avions d'assaut Stuka et aux troupes motorisées, obtiennent la décision en 1939-1941 face à plus de cent divisions alliées, en particulier lors du mouvement tournant des Ardennes à la Manche, pendant la bataille de France. En Russie encore, en 1941-42, la Blitzkrieg amène la Wehrmacht aux portes de Moscou puis à Stalingrad. Ces années voient l'apogée de l'emploi du panzers. Steppes russes ou désert de Libye sont des lieux idéaux pour la manœuvre rapide et le combat de chars. Mais ils en montrent aussi les limites : allongement des lignes de communication et donc difficultés logistiques, impossibilité pour le ravitaillement et les troupes de suivre les blindés...

Les difficultés s'accumulent pour les panzers : défaites à El Alamein ; à Stalingrad, où il devient évident qu'ils ne sont pas l'arme idéale en combat urbain. Les panzers, qui n’ont jamais la supériorité numérique sur l'ensemble du front, doivent combattre un nombre toujours croissant de puissants blindés ennemis, et la mobilité de manœuvre ne peut plus être leur atout essentiel. Aussi, le panzer accroît-il son armement et son blindage. Les chars lourds, peu mobiles mais aptes à engager un ennemi supérieur en nombre, apparaissent et sont regroupés au sein d'unités autonomes, les bataillons de chars lourds (Schwerepanzerabteilungen), rattachés aux Panzerkorps ou Panzerarmee : onze dans la Heer (l'armée de terre) et six dans la Waffen-SS en 1944.

Dans cette seconde partie de la guerre, l'arme blindée allemande joue la carte de la qualité face à la quantité ennemie. Mais, dès la bataille de Koursk à la mi-1943, il est clair que le panzer n'a plus la supériorité offensive et doit être employé défensivement, en coordination avec les autres armes. De même, apparaît sa vulnérabilité aux attaques aériennes, devenues de plus en plus fréquentes.

Les ultimes tentatives de Blitzkrieg avec attaque massive de blindés (contre-attaque de Mortain, bataille des Ardennes, contre-offensive du lac Balaton) sont vouées à l'échec. L'utilisation des blindés se fait pour l'essentiel au niveau tactique, mais les divisions de panzers et de Panzergrenadier demeurent jusqu'à la fin de la guerre les unités les plus puissantes de l'armée de terre (Heer) et de la Waffen-SS.

La production, qui était de chars en 1941 (23 Pz-Div. en fin 41), atteint son apogée en 1944 avec blindés divers (dont chars). Chiffre insuffisant face à la production alliée (en 1944, blindés pour l'URSS, les États-Unis et Grande-BretagnePhilippe Masson, La Seconde Guerre Mondiale, éd. Tallandier, 2003, .), mais qui permet de créer de nouvelles unités (30 Pz-Div./SS Pz-Div en 1944 ; création de Panzerbrigaden), d'une valeur numérique et combative inférieures aux anciennes Pz-Div., et au détriment de leur renforcement.

Le blindé fut l'instrument principal des victoires allemandes avant de devenir une arme, essentielle mais non décisive, de défense face au potentiel allié en matériel. Ce succès de l'arme blindée allemande fut dû pour une majeure part à son emploi aux niveaux tactique et stratégique, ainsi qu'à la qualité des équipages, plus que par la qualité technique des engins : en dehors du Panther, les chars de bataille standard ne furent que peu (PzKpfw IV) ou pas (PzKpfw II et III) supérieurs à leurs homologues alliés.

Années 1930 et Seconde Guerre mondiale : l'âge d'or des panzers Voir la liste des chars les plus communs dans la liste des véhicules blindés. Dans les parties suivantes, voyons les différentes catégories de panzers de la Seconde Guerre mondiale qu'il est possible de distinguer.

Le panzer au sens strict : les chars de bataille

Le traité de Versailles interdisant à l'Allemagne l'utilisation (et la construction) de blindés, la Reichswehr utilise d'abord des chars factices, en toile et bois, tandis que les ingénieurs poursuivent travaux et essais clandestins en Russie soviétique. Aussi, à l'avènement d'Hitler et du Reich, le premier panzer est-il rapidement réalisé en 1934.

Le Panzerkampfwagen I (véhicule blindé de combat 1) type (« ausf ») A (à 4 roues) puis B (à 5 roues) est un char léger : son blindage fin ( maxi.) et ses deux mitrailleuses MG 34 lui interdisent de se mesurer à un quelconque engin blindé. Il est peu à peu retiré du front jusqu'en 1941, et réservé à l'école des blindés.

Légèrement mieux blindé, le PzKpfw II ausf A, B, C ( de blindage max.) puis D, E, F ( max. à l'avant, ) constitue jusqu'en 1941 le char le plus représenté dans les Panzerdivisionen. Son canon automatique de toutefois ne peut détruire un autre char. Retiré des régiments blindés en 1941-1942, il retrouve une seconde jeunesse dans les unités de reconnaissance, en particulier sa version L, dite Luchs (lynx), dont la vitesse culmine à (début 1944, 104 exemplaires).

Le PzKpfw III () constitue le char de combat standard de la nouvelle Wehrmacht (à partir de 1937). Les ausf A à b sont armés du canon KwK 35/36 de , calibre standard des canons antichars du début de la guerre. Au début 41 (ausf F, G, H, J), il est réarmé avec un canon de court de 42 calibres (50L42), en attendant un long (50L60) en 1942 (ausf J, L, M). Le blindage avant max., de passe à . Inadéquat face aux nouveaux chars moyens ennemis, il est construit jusqu'en 1943 et retiré du front. Une version de soutien (ausf N) est dotée en 1942 d'un canon 7,5cm KwK 37 L/24.

Le PzKpfw IV, mieux blindé ( en face avant), est destiné au soutien du Pz III. Son canon de court (7,5cm KwK 37 L/24) fournit essentiellement un appui-feu antipersonnel.

À côté de ces quatre modèles, l'invasion de la Tchécoslovaquie permet à l'armée allemande d'acquérir la production de blindés tchèques : PzKpfw 35(t) et surtout PzKpfw 38(t) aux caractéristiques similaires au Pz III et qui se trouve en grand nombre ( ex. de 1937 à 1942) dans les divisions blindées des années 1939-1941.

Ces six modèles assurent le succès des Panzerdivisionen jusqu'en 1941. Avec l'invasion de l'URSS, les panzers ont la mauvaise surprise de se mesurer au T-34, très supérieur aux blindés allemands par son blindage incliné, sa vitesse et son canon de . Seul le canon long du Pz III L est susceptible début 1942 de détruire le char soviétique. On dote alors le Panzer IV (outre un blindage porté à pour les G et H) du nouveau KwK 40 adapté du PaK 40 (canon antichar) de long. Les Pz IV F2 et G reçoivent ainsi un 7.5cm KwK 40 L/43, puis les ausf. G, H et J (J : mi 44) un 7.5cm KwK 40 L/48. De char de soutien, le PzKpfw IV devient char de combat. Bien qu'inférieur aux derniers chars alliés, sa facilité de production et sa fiabilité le maintiennent dans les Panzerdivisionen où il équipe la moitié du régiment blindé () jusqu'à la fin de la guerre.

Néanmoins, les chars moyens existants n'étant pas davantage perfectibles, il est envisagé dans un premier temps de copier simplement le T 34, avant de lancer la production d'un nouveau char (début 1943). Le Panzer V Panther (ausf D, A, G, , exemplaires) est considéré avec le T 34 comme le meilleur char de la guerre. Fort blindage (80 puis en tourelle avant), bonne vitesse, canon long 7.5cm KwK 42 L/70 capable de détruire à grande distance les chars moyens ennemis, il compose jusqu'à la fin de la guerre la moitié des régiments blindés (), et se montre supérieur en combat aux T-34 premiers modèles et M4 Sherman (un rapport US indique que cinq Sherman en moyenne sont détruits pour un Panther)

Avant le Panther, les ingénieurs ont repris un projet de char lourd d'avant-guerre et mettent en production le PzKpfw VI Tiger en fin 1942 (). Très puissant, il est doté d'un fort blindage ( à l'avant) et de l'excellent canon de 8,8cm KwK 36 L/56 issu du célèbre canon antiaérien. Ses capacités offensives et défensives sont bien supérieures à celles des autres blindés. Néanmoins, ses défauts sont un manque de maniabilité, et une trop forte consommation de carburant pour l'époque (Cf. la perte des raffineries de Ploiești en Roumanie qui diminue les approvisionnements). Plus encore que le Panther, sa construction est lente ( exemplaires) et son entretien délicat. Il est construit jusqu'à la mi-1944, date à laquelle il est remplacé par son successeur.

Le PzKpfw VI B Königstiger (Tigre royal), ou Tiger II, est un engin imposant (). D'une silhouette plus proche du Panther, il a les qualités et défauts du Tiger, en plus exacerbés : canon 8,8cm KwK 43 L/71, imposant blindage ( en face avant tourelle), maniabilité et entretien difficile, ce char a plus les caractéristiques d'un bunker mobile.

À la fin de la guerre, les ingénieurs allemands prévoyaient la construction de plusieurs chars, en particulier le Panther II armé du 8,8cm KwK 43 L/71, les E-50 (Entwicklungsserie, suivi du poids du véhicule), E-75 et E-100, et le PzKpfw VIII Maus (« souris »), char incroyable de , armé d'un 12,8cm KwK 44 L/55 et d'un 7,5cm KwK 40 L/36,5 , véritable char-bunker au blindage maximum de et qui fut construit en deux prototypes.

Canons d'assaut et chasseurs de char