Saul Bass est un graphiste américain, né le à New York et mort le à Los Angeles. Célèbre pour son travail dans le domaine cinématographique, il a collaboré avec de grands réalisateurs, notamment Otto Preminger, Alfred Hitchcock et Martin Scorsese à plusieurs reprises, à la fois pour la création de génériques et pour la conception d'affiches. Il a aussi réalisé plusieurs courts métrages et un long métrage.
Il a également créé plusieurs logos, par exemple pour Avery en 1975 et AT&T en 1983.
Biographie thumb|Affiche du film Ariane (1957) de Billy Wilder, conçue par Saul Bass Saul Bass (ou Saül Bass) naît dans le Bronx, à New York, en 1920 au sein d'une famille d'immigrants juifs d'Europe de l'EstLe Devoir, : "Saül Bass ou le générique réinventé", par François Lévesque . Il montre très tôt des prédispositions pour le dessin et à 15 ans prend des cours de peinture au « Art Students League » de Manhattan avant d'atteindre l'âge requis pour poursuivre ses études au « Brooklyn College ». C'est à cette époque que sous l'impulsion de son professeur György Kepes, artiste hongrois, il découvre le Bauhaus et le constructivisme russe et s'initie à l'esthétique moderniste. Après plusieurs stages dans des studios de design de Manhattan, Bass commence comme graphiste publicitaire freelance. Il déménage pour Los Angeles en 1946, à la recherche de plus de liberté dans son travail et ouvre son propre studio, Saul Bass and associates, en 1950.
Il participe par la suite à la réalisation d'affiches de films et rencontre Otto Preminger en 1954 pour la conception de l'affiche de Carmen Jones. L'approche adoptée par Bass, consistant à centrer la publicité du film sur un symbole graphique (en l'occurrence une rose stylisée), est en rupture totale avec les méthodes en vigueur jusque-là et reposant essentiellement sur l'utilisation d'éléments visuels issus du film (les bandes-annonces et les affiches d'alors ne sont qu'un montage d'images du film ou de portraits des acteurs). Séduit, Preminger lui demande de réaliser le générique. C'est l'année suivante, alors qu'il travaille sur la campagne de promotion de L'Homme au bras d'or (The Man with the Golden Arm) toujours avec Preminger, qu'il réalise le générique qui le fera reconnaître comme le maître du genre. La force d'évocation du visuel conçu par Saul Bass (un bras stylisé représentant les talents de musicien et de joueur de poker du personnage principal, ainsi que son addiction à l'héroïne) est telle que lors de la première du film à New York, seul le logo est affiché, le titre est superflu. Une note d'accompagnement est collée sur les bobines du film ; elle précise : . Jusqu'alors, la liste des participants à la réalisation du film était jugée si ennuyeuse que les rideaux ne s'ouvraient pour découvrir l'écran qu'une fois le générique fini. Pour Preminger, le travail de Saul Bass fait partie intégrante de L'Homme au bras d’or et doit être vu par les spectateurs. La collaboration entre les deux hommes se poursuivra sur dix autres films.
vignette|1958, Bonjour Tristesse, Otto Preminger
La qualité de ce deuxième générique l'amène à en réaliser de nombreux autres ainsi que des prologues et épilogues dont ceux d’Autopsie d'un meurtre ou West Side Story. Il entame alors deux autres collaborations notables, l'une avec Alfred Hitchcock, l'autre avec Stanley Kubrick. C'est avec ces réalisateurs qu'au-delà de son travail sur les génériques, Saul Bass participe également à la conception de certaines séquences, notamment la scène de la douche dans le film Psychose (Psycho) ou les combats de Spartacus.
Dès 1964, il réalise des courts-métrages (les premiers d'entre eux sont The Searching Eye et From Here to There), dont plusieurs seront récompensés dans des festivals (Why Man Creates remporte un Oscar en 1969). L'échec de son seul long métrage, Phase IV, l'amène à se concentrer sur la conception graphique. Il produira dans ce cadre de nombreux logos parmi lesquels ceux de United Airlines, AT&T ou Minolta.
Respecté voire adulé pour son travail dans les années 1950 et 60, il est sollicité par des réalisateurs de la génération suivante tels que Danny DeVito (La Guerre des Roses) ou Penny Marshall (Big). En 1990, une nouvelle relation de travail fructueuse s'entame avec Martin Scorsese pour les films Les Affranchis (Goodfellas), Casino, puis sur deux autres films.
Son décès, le jeudi , à l'hôpital Cedars-Sinaï de Los Angeles, à l'âge de 75 ans, survient au terme d'une carrière de 40 ans et de contributions à plus de 50 films.
Style et influence thumb|Affiche conçue pour le film Sueurs froides, l'une de ses célèbres collaborations graphiques avec Alfred Hitchcock. Saul Bass révolutionne le générique de cinéma. D'une fonction purement informative et légale, il donne à celui-ci une dimension narrative et artistique, réalisant de véritables courts-métrages qui font partie intégrante du film en tant qu'œuvre. Bass souligne la thématique visuelle et dramatique du film, expose le caractère des personnagesEntretien avec Pamela Haskin pour Film Quarterly, automne 1996 :
La qualité originale de Bass réside dans sa capacité à identifier le détail qui résume à lui seul le film et à le restituer de manière graphique et moderne. Pour Scorsese, ces créations sont Il ne cherche pas à illustrer cette phase informative qu'est le générique mais à mettre en scène de manière graphique les principaux éléments qui seront utilisés dans le film sous forme d'un récit.
C'est cette approche très graphique (avec une prédominance des lignes, des formes découpées et d'une typographie brisée) qui marque la rupture avec les habitudes en vogue. L'affiche de L'Homme au bras d'or délaisse toute représentation de la star Frank Sinatra qui incarne le rôle principal, un parti pris très osé qui marque le début d'une nouvelle ère aussi bien dans le domaine des affiches que dans celui des génériques. Progressivement, les séquences créées par Saul Bass se diversifient et délaissent les éléments graphiques pour intégrer d'autres moyens tels que des photographies (Spartacus), des animations (Le Tour du monde en quatre-vingts jours, 1956) ou des séquences filmées (La Rue chaude).
Par la suite, les génériques explorent une autre voie et s'intègrent à la narration en se situant dans la continuité du récit. Le générique intervenant au tout début du film, Saul Bass imagine ce qui a pu exister avant les premières images filmées par le réalisateur (ce qu'il nomme ). Il montre les instants ou les mois précédant le début de l'action afin de renforcer le contexte comme dans Grand Prix de Frankenheimer :
Martin Scorsese a dit de lui :
Il collabore étroitement dans la réalisation de ces génériques avec sa seconde femme (née Makatura).
Filmographie Comme réalisateur
1964 : The Searching Eye (court métrage) 1964 : From Here to There (court métrage) 1968 : Why Man Creates (court métrage) 1974 : Phase IV 1978 : Notes on the Popular Arts (court métrage) 1980 : The Solar Film (court métrage) 1984 : Quest (court métrage)
Comme concepteur de génériques
Comme concepteur d'affiches
1955 : L'Homme au bras d'or d'Otto Preminger 1957 : Arianne de Billy Wilder 1958 : Les Grands Espaces de William Wyler 1958 : Sueurs froides d'Alfred Hitchcock 1959 : Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger 1959 : La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock 1962 : Tempête à Washington d'Otto Preminger Birdman of Alcatraz, de John Frankenheimer 1980 : Shining de Stanley Kubrick
Comme consultant visuel
1960 : Spartacus de Stanley Kubrick 1961 : de Jerome Robbins et Robert Wise 1966 : Grand Prix de John Frankenheimer
Concepteur de logos Outre son importante contribution à l'art cinématographique, Saul Bass s'est également distingué comme un inventif concepteur de logos pour des firmes commerciales actives dans des domaines très variés. Parmi ses principales réalisations, on peut épingler : 1961 : logo de la marque Kleenex 1969 : logo de la firme de télécommunications AT&T logo de l'entreprise agroalimentaire Quaker Oats 1972 : logo de la compagnie cinématographique Warner Bros. 1974 : logo de la compagnie aérienne United Airlines 1975 : logo de la compagnie industrielle Avery 1980 : Logo de la compagnie Minolta et Geffen Records 1983 : logo de la firme de télécommunications AT&T
Le manuel d'identité Bell System de 1969, longtemps considéré comme l'un des plus aboutis de l'histoire du design corporate américain, fait l'objet en 2015 d'une réédition fac-similé par Standards Manual.
Distinctions
1969 : Oscar du meilleur court-métrage documentaire pour Why Man Creates
Notes et références
Voir aussi Article connexe Motion design
Bibliographie Ouvrages Jennifer Bass, Pat Kirkham, Saul Bass : a Life in Film & Design, Londres, Laurence King Pub., 2011 Joachim Daniel Dupuis, Derrière le rideau, Alfred Hitchcock, Saul Bass et la scène de la douche, L'Harmattan, 2019, 216 p. Joachim Daniel Dupuis, Saul Bass, Écologie et cinéma, Des fourmis et des hommes, L'Harmattan, 2020, 171 p. Articles
Alexandre Tylski, « Saul Bass: Les films d’un grand cinéaste », in Positif, , 2011, Jean-Michel Durafour, « Hymen d'images : film, formes, formique (de Cortázar à Saul Bass) », in La Furia Umana-online, , printemps 2015
Liens externes
Bases de données
Autres Les Génériques de Saul Bass par A.Tylski, dans l'émission Blow Up (2012) sur Arte Saul Bass sur le site Générique et Cinéma Aperçu des génériques les plus marquants de Saul Bass sur le site notcoming.com Les affiches de Saul Bass pour Otto Preminger sur Cinémathèque.fr Saul Bass par Kuntzel+Deygas sur arte.tv La contemporaine (Nanterre) : Fonds d'affiches de Saul Bass. Inventaire
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