Le Livre de Poche (parfois abrégé LDP) est, à l'origine, le nom d'une collection littéraire apparue le sous l'impulsion d'Henri Filipacchi et éditée par la Librairie générale française, filiale de Hachette depuis 1954.

Création Un format déjà ancien Les livres de poche dont le principe est de tenir dans une poche, existaient depuis le : les livres de colportage sont des ouvrages qui par leur format et dans une certaine mesure leur conception rappellent le livre de poche actuel. Dans les années 1830, certains éditeurs de Bruxelles, pour des raisons politiques et de censure, publient de petits livres. Vers la fin des années 1840 en France apparaissent les (). Dès 1856, la maison d'édition Michel Lévy frères crée la à un franc et en petit format mais deux fois plus grand que le in-16° actuelNoémie Grynberg, « La fulgurante saga familiale des frères Levy, inventeurs de l’édition moderne », in: Israel Magazine, 2010.. Avant 1900, des collections destinées aux publics féminins proposent des formats élégants illustrés in-24° (chez Alphonse Lemerre, Édouard Dentu)« Dentu », par Jean-Yves Mollier, In: Dictionnaire encyclopédique du Livre, t. 1, Paris, Cercle de la Librairie, 2002, .. Dans les premières années du , la collection Nelson publie des ouvrages de petit format (in-32°), cartonnés, toilés et recouverts d'une jaquette illustrée« Nelson » par M.-G. Slama, In: Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la librairie, 2011, tome III, ..

Du format populaire au poche En 1905, Fayard lance le « Livre populaire », romans populaires à de petit format et en 1916 les éditions Jules Tallandier commercialisent une collection concurrente appelée « Livre de Poche », des romans populaires encore moins chers, autant de collections dont Hachette devra d'ailleurs racheter le nom avant 1953, comme « Le Livre Plastic », collection créée en 1948 par Marabout, ou encore celle lancée en 1944 par les éditions Pierre Trémois appelée « Le Livre de Poche »« Trémois », in: Pascal Fouché (dir.), Chronologie de l'édition française, moteur de recherche.. La maison d'édition allemande Tauchnitz fut sans doute le précurseur du format poche moderne, dès 1841. Imitant cette dernière, en 1932, une autre maison allemande, Albatross Books, crée la première collection moderne de livres de poche Michele K. Troy, « Behind the Scenes at the Albatross Press: A Modern Press for Modern Times », in: J. Spiers (éd.), The Culture of the Publisher's Series, Volume One, Londres, Palgrave Macmillan, 2011, ., suivi, en 1936, par la maison britannique Penguin Books qui se spécialise également dans la publication de livres au format poche. L'éditeur américain Simon & Schuster lance sur le même modèle en 1939 les justement nommés « ». Mais le succès rencontré par la collection « Le Livre de Poche » tient à la conjonction de ce nouvel objet de consommation avec l'époque et la demande populaire et estudiantine d'un livre bon marché, surtout que la France traverse une crise du livre en 1949 qui voit le prix du papier exploser : solution économique, en 1953, Le Livre de Poche est six fois moins cher qu'un ouvrage grand format grâce à un papier en bobines peu coûteuxLes feuilles d'un même ouvrage n'ont à l'origine pas tous la même nuance de prix., à une reliure arraphique, n'utilisant ni fil ni couturereliure arraphique, sur larousse.fr, produit par une nouvelle machine, le , qui fabrique un brochage résistant avec le dos du volume collé, et à une couverture recouverte d'un vernis transparent qui la rend résistante), un livre désacralisé donc, présenté sous des couvertures rappelant les affiches de cinéma, mais néanmoins véhicule d'une littérature de qualité.

Une légende veut que Filipacchi ait eu l'idée de ce format en voyant un jour un soldat américain acheter un livre dans une librairie française, et le déchirer en deux pour qu’il puisse entrer dans les poches de son blouson.

Henri Filipacchi réussit à convaincre ses amis éditeurs Albin Michel, Calmann-Lévy, Grasset et Gallimard (via Guy Schoeller) de s'associer à son projet et de devenir ainsi les « pères fondateurs » du Livre de Poche qui selon son vœu doit publier le texte intégral de grands auteurs tombés dans le domaine public.

Les libraires sont d'abord réticents face à ce « livre industriel » au prix agressif qui risque de faire chuter leur chiffre d'affaires et qui est présenté en libre service sur un tourniquet placé près de l'entrée de leur boutique, ce qui est ressenti comme une menace à leur vocation culturelle.

Le succès commercial s'explique aussi par sa présence hors des seuls réseaux de libraires classiques : dès la fin des années 1950, Hachette distribue cette collection dans les premiers supermarchés, les stations services, les drugstores, les kiosques de presse

Évolution Le est édité le premier ouvrage du Livre de Poche. Il s'agit de Kœnigsmark de Pierre Benoit (), suivi par Les clés du royaume de A. J. Cronin (), Vol de nuit d'Antoine de Saint-Exupéry () et Ambre de Kathleen Winsor (). Les illustrations originales des couvertures sont parfois signées (voir ci-dessous). Le prix de vente est indiqué à titre indicatif, soit 150 francs pour le . Certaines de ces premières éditions comportent des préfaces. Les premiers numéros sont principalement des rééditions d'ouvrages à succès, remettant au goût du jour certains titres comme Un amour de Swann de Proust ou Les Mémoires du cardinal de Retz.

Chaque quinzaine, sortent. Puis la fréquence augmente. Huit titres sont publiés par mois en 1955 puis 12 au milieu des années 1960. Le prix unitaire moyen pour un volume simple est alors de 2 nouveaux francs : en comparaison, une baguette de pain coûte en 1960, le prix de 30 centimes et le salaire minimum est de 282 francs Marguerite Perrot, « Chronique des salaires 1956-1963 », In: Journal de la société statistique de Paris, tome 105 (1964), ..

Les premiers exemplaires sont tirés en moyenne à exemplaires. En quelques années, il devient un fait de société. De 8 millions d'exemplaires en 1957-1958, les ventes passent à 28 millions en 1969.

De nombreuses collections viennent compléter l'offre initiale au fil des années (classique, exploration, chrétien, thrillers…).

Le réseau de distribution Hachette ( de vente en 1965) participe au succès de l'entreprise.

Ce succès inspire des concurrents. En 1958, J'ai lu est créé par Flammarion. En 1962, Presses Pocket est créé par les Presses de la Cité. Gallimard se retire de la Librairie générale française et crée Folio en 1972.

Avec près d'un milliard de volumes diffusés depuis sa création et plus de 18 millions d’exemplaires vendus en 2012, il demeure la première collection de poche française de grande diffusion.

Aujourd'hui, filiale de Hachette (plus exactement de Hachette Livre) depuis 1954, Librairie générale française a restructuré son organisation. La raison sociale de l'entreprise est Librairie générale française tandis que Le Livre de Poche en est la marque commerciale. En raison de la notoriété de cette marque, la société est souvent appelée Le Livre de Poche. D'ailleurs, l'adresse postale communément employée par l'entreprise pour sa communication interne et externe est : Librairie générale française (Le Livre de Poche) 21, rue Montparnasse, Paris .

Identité visuelle (logotype) Le premier logo se déclinait sur fond rouge, bleu ou noir.

Numérotation Chaque livre possède une numérotation unique située au bas du dos. Voici une liste des titres parus dans la collection : : Kœnigsmark de Pierre Benoit : Les Clés du royaume d'A.J. Cronin : Vol de nuit d'Antoine de Saint-Exupéry : Ambre de Kathleen Winsor : La Nymphe au cœur fidèle de Margaret Kennedy : La Symphonie pastorale d'André Gide : La Bête humaine d'Émile Zola : L'Invitation à la valse de Rosamond Lehmann : Capitaine Conan de Roger Vercel : Les Mains sales de Jean-Paul Sartre

Au départ, des titres comme Les Clés du royaume ou encore Ambre sont édités avec deux numéros, soit respectivement 2*, 2** et 4*, 4**. Cette idée est cependant abandonnée peu après et les livres sont classifiés en volume. Un volume simple portait un seul numéro tandis qu'un volume double en portait deux et un volume triple trois. Pour déterminer si un livre est considéré comme volume simple, double ou triple (plus rare), cela dépendait du nombre de pages. Un volume simple comprenait aux environs de , un volume double aux environs de et un volume triple aux environs de . Le nombre de pages était donc fixe et la fonte s'adaptait en fonction de la longueur du récit. Ainsi, un volume simple était vendu 150 anciens francs tandis qu'un volume double était au prix de 250 anciens francs en 1955. Ce système de numérotation s'arrêta après le (Au nom du fils d'Hervé Bazin) en 1966. Les livres portent depuis un seul numéro. De plus, le nombre de pages n'est plus imposé et la tarification est variable.

Certaines des différentes collections lancées au fil des ans utilisent toujours ce numérotage, si bien que des titres arrivent à des numéros au-delà de 37000 (chiffres 2004). Il existe cependant des trous de numération. Par exemple, aucun livre n'a été édité entre 1728 et 1800, 1804 à 1809, 1811 à 1820, 1822 et 1823, 1826 à 1907 ou encore entre 9799 et 9827, 9829 à 9921, 9923 à 9999, 10047 à 10999, 11010 à 11698, 11700 à 11999, 12005 et 12006, 12013, 12016, 12020 à 13026, 13028 à 13030, 13032 à 13112, 13115 à 13122, 13324 à 13499, et des plages de à consécutifs sont réservées à des collections précises. La plage 7000 à 7300 est par exemple dédiée aux titres de science-fiction tandis que les thrillers sont sortis entre 7400 et 7699 puis entre 17000 et 17100. Les « Livre de Poche chrétien » ont par contre eu leur propre numération, celle-ci commençant par un A suivi d'un numéro.

Certains livres ont également changé de numérotation après une réédition. Révolte sur la Lune de Robert Heinlein a par exemple été publié avec le numéro 7032 en 1978 puis avec le numéro 34220 en 2016 à la suite d'une réédition.

De ce fait un certain désordre s'est créé au fil du temps.

Une nouvelle numérotation a été reprise à partir du numéro 30000 en 2004, même si certaines rééditions ressortent avec des numéros plus anciens.

Autres collections En dehors des romans, d'autres collections sont sorties sous le même format : 1955 : Le Livre de Poche pratique 1958 : Le Livre de Poche classique (collection dirigée par Roger Nimier) 1958 : Le Livre de Poche exploration1953-2013. Soixante ans du Livre de Poche 1960 : Le Livre de Poche policier 1961-1963 : Le Livre de Poche chrétien collection dirigée par Daniel-Rops). Elle ne contient que 39 livres. 1964 : Le Livre de Poche Université (collection dirigée par Maurice Bruézière) 1967 : Lancement de la série Jules Verne (reprise de l'œuvre avec les illustrations de l'édition Hetzel). 1968 : Création de la Méthode 90 (méthode d'apprentissage autonome des langues). 1974 : Les Guides du Livre de Poche. 1976 - 1977 : Création de la Grande anthologie de la science-fiction. 1977 : de science-fiction (série dirigée par Jean-Baptiste Baronian et Michel Demuth) 1979 : Le Livre de Poche jeunesse 1982 : Biblio / romans 1983 : Biblio / essais (collection créée par Bernard-Henri Levy)-46 1983 : Le Livre de Poche 1984 : de science-fiction (série dirigée par Gérard Klein) 1988 : Les Langues modernes : collection d'ouvrages unilingues et bilingues (anglais, allemand, espagnol, italien…) 1989 : Lettres gothiques : éditions bilingues de textes littéraires du Moyen Âge 1989 : Classiques de la philosophie (collection dirigée par Jean-François Balaudé) 1991 : La Pochothèque (format 12,5 × 19) : les « Classiques modernes » comprenant l'essentiel de l'œuvre d'auteurs tels que Boris Vian, Doris Lessing, Carson McCullers, Stefan Zweig, Jean Giono, Yasunari Kawabata, Chrétien de Troyes, Knut Hamsun, Colette, Lawrence Durrell, Virginia Woolf, Hermann Hesse, Arthur Rimbaud, Georges Perec