Le Bon Marché est un grand magasin français, situé dans un quadrilatère encadré par la rue de Sèvres, la rue de Babylone, la rue du Bac et la rue Velpeau dans le de Paris. Il s'appelle Au Bon Marché pendant 151 ans, jusqu'en 1989.

Le premier magasin Au Bon Marché est fondé en 1838, et le bâtiment principal actuel est construit à partir de 1869 par Jean-Alexandre Delaplanche. Il est l'objet de multiples agrandissements par l'architecte Louis-Charles Boileau puis son fils Louis-Hippolyte Boileau. L'ingénieur Armand Moisant est l'auteur de la charpente du premier magasin, Gustave Eiffel n'intervenant que marginalement lors de dernière tranche des travaux du grand magasin en 1879Charlotte Mus, « Au Bon Marché », Charlotte Mus et Maurice Culot (dir.), Saint-Germain-des-Prés, 1900-1950, AAM éditions, 2020, p. 123-140..

La société est membre de l'Association internationale des grands magasins de 1985 à 2011.

Historique vignette|Le magasin en 1863. vignette|À gauche, le deuxième magasin de 1924. vignette|upright|Aristide Boucicaut (1810-1877). thumb|upright|Intérieur du magasin en 2008. vignette|redresse| Mosaïques situées à l'entrée rue de Babylone, datant de 1876.

Le premier magasin Au Bon Marché fut fondé en 1838 par les frères Paul et Justin Videau sous la forme d'une boutique à comptoirs multiples (douze employés et quatre rayons) de mercerie vendant des draps, matelas et des parapluies. Ils s'associent le avec Aristide et Marguerite Boucicaut qui se lancent dans la transformation du magasin, développant alors le nouveau concept de grand magasin avec un vaste assortiment large et profond, des prix fixés à faible marge et indiqués sur une étiquette, un accès direct, le principe du satisfait ou remboursé et une mise en scène de la marchandise dans un espace de vente : ce type de magasin ne vend plus simplement des marchandises, mais le désir d'acheter lui-même. En 1863, les Boucicaut rachètent les parts sociales des frères Videau, lesquels étaient effrayés par les idées commerciales du couple.

En 1869, grâce à leur succès commercial, les Boucicaut se lancent dans l'agrandissement du magasin confié à l'architecte Alexandre LaplancheNathalie Mercier, Le grand magasin parisien : Le Bon Marché, 1863-1938, mémoire de fin d'études de l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, 1985 ., sur les terrains de l'ancien hospice des Petits-Ménages, transféré en 1863 à Issy-les-Moulineaux (actuel hôpital Corentin-Celton). La première pierre est posée le . Les travaux, pratiquement terminés, sont interrompus par le siège de Paris en 1870, pendant lequel le bâtiment sert de centre de distribution des vivres. Les travaux reprennent ensuite et le nouveau magasin, qui borde la rue de Sèvres sur et la rue Velpeau sur , est inauguré le . Mais le magasin s'avère rapidement trop exigu et les travaux reprennent dès 1872. L'architecte Louis-Charles Boileau, succédant à Jean-Alexandre Laplanche, fait appel à l'ingénieur Armand Moisant pour la construction de la structure du bâtiment (1870-1887) ; Gustave Eiffel, qui est couramment considéré (à tort) comme étant le constructeur du Bon Marché, interviendra seulement en 1879 pour réaliser un agrandissement qualifié de peu considérable. Le Bon Marché passe d'un chiffre d'affaires de , d'une surface de et de 12 employés en 1852, à 72 millions de francs, une surface de et employés en 1877. Cette expansion marque l'apparition d'une nouvelle classe sociale, les employés, classe moyenne qui constituera la future clientèle des grands magasinsChristine Le Goff et Sally Aitken, Au bonheur des dames, l'invention du grand magasin, Arte, 2011..

Pour attirer sa clientèle féminine, Boucicaut crée également les premières toilettes pour femmes, un salon de lecture pour leurs maris le temps qu'elles fassent leurs emplettes, fait envoyer par la poste plus de 6 millions de catalogues de mode (accompagnés d'échantillons de tissus découpés par 150 jeunes femmes uniquement affectées à ce travail) dans le monde entier au début du , parallèlement au développement du service de livraison à domicile et de la vente par correspondance franco de port. Il développe la publicité (affiches, calendriers, réclames, agendas annonçant des événements quotidiens). Après les épouses, il cible les mères en distribuant des boissons, ballons rouges ou des séries d'images pédagogiques en chromolithographie, appelées « chromos », pour leurs enfants, organisant aussi des promenades à dos d'âne. Les bourgeoises peuvent s'échapper du logis où la société les cloître et passer plus de douze heures dans le magasin à essayer les produits, notamment des vêtements, auparavant faits sur mesure, et désormais aux tailles standardisées. Certaines d'entre elles s'endettent ou deviennent cleptomanes, d'autres sont troublées à l'idée de se faire effleurer par des vendeurs qui leur enfilent gants ou chapeaux. La respectabilité du magasin étant mise en cause, Aristide Boucicaut fait engager des vendeuses qu'il fait loger dans les étages supérieurs du magasin et qui représentent la moitié du personnel dans les années 1880. En uniforme noir strict, elles peuvent être renvoyées pour n'importe quelle faute et sont à la merci des clientes. Mais elles peuvent bénéficier de la promotion interne (second, chef de comptoir puis gérant selon une progression non plus à l’ancienneté, mais au mérite). Avec une gestion paternaliste inspirée par le socialisme chrétien de Lamennais, Aristide Boucicaut crée notamment pour ses salariés une caisse de prévoyance et une caisse de retraite, un réfectoire gratuit, un jour de congé payé hebdomadaire. Ce paternalisme a aussi pour objectif d'attacher les employés à l'établissement : par exemple, le fonds de prévoyance pour les employés est disponible après 20 ans d'ancienneté.. Une salle de mille places est installée au sommet de l'immeuble pour accueillir des soirées.

En 1910, afin de loger les clients à proximité, est créé l'hôtel Lutetia qui reste le seul palace de la rive gauche. Le développement du chemin de fer et des expositions universelles attire à Paris les femmes de province et Le Bon Marché cherche désormais à toucher une clientèle ouvrière par des prix toujours plus bas. Cette année-là, le grand magasin profite du passage de la comète Halley pour lancer une campagne publicitaire dont certaines estampes sont conservées à la bibliothèque de l'Observatoire de Paris..

En 1911-1913, à l'angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac, un deuxième bâtiment dans un style similaire au premier magasin est construit sur les plans de Louis-Charles Boileau par les Ateliers Moisant-Lauren-Savey, successeurs d'Armand Moisant. Le bâtiment, en voie d'achèvement, est réquisitionné pendant la Première Guerre mondiale pour être transformé en hôpital militaire. Détruit par un incendie le « L'ambulance du Bon Marché dévorée par un incendie », dans : Le Petit Journal, , (gallica.bnf.fr)., il est reconstruit en 1924 par Louis-Hippolyte BoileauNotice sur Louis-Hippolyte Boileau sur le site de la Cité de l'architecture et du patrimoine. dans un style Art déco. Destiné à l'origine à accueillir l'univers de la maison, il abrite actuellement La Grande Épicerie ouverte en 1923..

En 1919, une partie de la presse s'étonne que les employées, plutôt avantagées, participent à la « grève des grands magasins ». En 1920, la Société des magasins du Bon Marché (maison Aristide Boucicaut) de Paris, se rend acquéreur, au prix de , d'une des grandes maisons françaises de nouveautés du Caire, la maison Francès, établie en Égypte depuis une quarantaine d'années. La présidence de la société passe au banquier Albert Galicier qui ouvre une autre filiale à Vichy, une à Alger, puis fait l'acquisition en 1924 du palais de la Nouveauté (maison Dufayel), qui sera revendu en 1930 Au Bon Marché, entreprises-coloniales.fr..

En 1923, le magasin fait appel au décorateur Paul Follot pour diriger « Pomone, atelier d'art du Bon Marché » créé un an plus tôt, un espace réservé qui va éditer et diffuser des objets Art déco auprès de la clientèleLéopold Diego Sanchez, Paul Follot, un artiste décorateur parisien, AAM éditions, Bruxelles, 2020.. Durant l'Exposition internationale de 1925, le magasin inaugure un pavillon, également dirigé par Follot. Il est dessiné par l'architecte L.-H. Boileau« Visite du pavillon », paru dans L'Illustration, 1925. et Paul Follot y présente les oeuvres de l'atelier d'art du Bon Marché. Follot cesse en 1928 de diriger Pomone et est remplacé par René-Lucien Prou (1889-1948) puis par Albert-Lucien Guénot (1894-1993) jusqu'en 1955.

En 1925-1926, le chiffre d'affaires atteint les 625 millions de francs. En 1931, la présidence passe au banquier Frédéric Manaut (1868-1944) : nullement affecté par la crise de 1929, celui-ci annonce bientôt plus de actionnaires.

En 1932, le magasin se dote d'un rayon d'équipement de la maison, profitant de la vague des arts ménagers. L'entre-deux-guerres voit aussi l'installation d'un salon de thé, d'un salon de coiffure, d'une agence bancaire et d'un bureau de tourisme pour l'organisation d'excursions en autocar dans les environs de ParisLes xchos, article de Valérie Leboucq, .. Cette même année voit également la création de l'enseigne à prix uniques Priminime, filiale du Bon Marché.

Le , la Société des magasins du Bon Marché entre en phase de liquidation judiciaire. Présidée par Jacques-Gustave Chezleprêtre jusqu'en 1970, la société voit ses bénéfices nets réduit à quelques milliers de francs en 1954-1955 alors qu'elle était l'entreprise la plus rentable du marché boursier vingt ans plus tôtBenoît Boussemart, Jean-Claude Rabier, Le Dossier Agache-Willot, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1983, .. La situation se dégrade à nouveau dans les années 1960, avec la concurrence des hypermarchés et le déclin du département de vente par correspondance basé à Wissous. En 1970, la société est rachetée par les frères Willot, par l'intermédiaire de leur filiale Saint Frères, déjà propriétaire des magasins À la Belle Jardinière : entre 1972 et 1975, ils réorganisent l'ensemble des magasins et retrouvent la rentabilité. Il y eut durant cette période de crise plus de 800 licenciements rien qu'à Paris et la fermeture de l'ensemble des magasins à l'enseigne du Bon Marché en province. En 1978, la grande verrière du deuxième magasin est supprimée et remplacée par des bureaux du au étage. En 1983, le chiffre d'affaires à Paris s'élève à 693 millions de francs.

La Financière Agache dirigée par Bernard Arnault rachète la Société des magasins du Bon Marché en 1984 au groupe Boussac, pour en faire le grand magasin du luxe de la rive gauche. Au premier semestre 2012, des travaux débutent pour l'agrandissement de la surface de venteJuliette Garnier, « LVMH lance le Bon Marché dans un chantier titanesque », La Tribune, 8 décembre 2011.. Rebaptisé « Le Bon Marché », il fait aujourd'hui partie du groupe LVMH.

En 1989, la designer française Andrée Putman réalise l'escalator central situé au cœur du magasin.

Un autre grand magasin, La Samaritaine, fut acheté« La Samaritaine se réveille avec V », Stratégies, , , . à la famille Renand en 2001, rue du Pont-Neuf dans le , afin de rejoindre également LVMH Distribution Services. Fermé en 2005 pour réaménagement de ses bâtiments et mise aux normes de sécurité, il rouvre en 2021.

Depuis 2016, chaque début d'année à l'occasion du « mois du blanc », se succèdent des expositions monographiques d'artistes contemporains : en 2016, l'artiste chinois Ai WeiweiValérie Duponchelle, « Ai Weiwei, le dernier empereur », lefigaro.fr, . présente l'exposition « Er Xi » (« Air de jeux »), en 2017, l'artiste japonaise Chiharu Shiota présente l'exposition « Where are we going ? », en 2018, l'artiste argentin Leandro Erlich présente l'exposition « Sous le ciel », en 2019, l'artiste portugaise Joana Vasconcelos présente l'exposition « Branco Luz » (« Blanc lumière »),