Le souverainisme est une doctrine politique qui affirme la primauté de la souveraineté nationale comme principe fondamental de l’organisation politique d’un État. Il soutient que le pouvoir politique suprême doit appartenir au peuple d’une nation et être exercé par des institutions nationales, sans transfert contraignant ou irréversible de compétences vers des instances supranationales ou étrangères.

La notion de souveraineté est ancienne. Théorisée pour l’État moderne à la fin du par Jean Bodin, elle est aujourd’hui définie en droit, en particulier par Louis Le Fur à la fin du XIXᵉ siècle, comme .

Définition et typologie du souverainisme Selon le politologue Thomas Guénolé, le souverainisme est .

Dans sa « théorie générale du souverainisme », il distingue par ailleurs quatre grandes familles de souverainisme : le souverainisme civique, fondé sur le concept de nation civique, par exemple l’indépendantisme américain ; le souverainisme ethnoculturel, fondé sur le concept de nation ethnique, par exemple l’autonomisme hongrois dans l’empire d’Autriche-Hongrie ; le souverainisme marxiste-révolutionnaire, où l’indépendantisme est un instrument au service de la révolution communiste, par exemple le Vietnam d’Hô Chi Minh ; le souverainisme économique, par exemple les opposants à l’union monétaire supranationale de la zone euro.

Sur le plan théorique, le terme peut se comprendre de quatre manières différentes selon S.D Krasner : Souveraineté domestique - Contrôle effectif sur un territoire exercé par une autorité située à l'intérieur du même territoire. Souveraineté d'interdépendance - Contrôle effectif des mouvements de population aux frontières de ce territoire. Souveraineté devant le droit international - Reconnaissance formelle de l'autorité par les autres États souverains. Souveraineté Westphalienne - Il n'y a pas d'autorité autre que l'autorité souveraine exerçant un pouvoir étatique au sein du territoire.

La notion n'a pas de définition universellement reconnue au niveau théorique. Néanmoins, sur le plan politique elle peut rassembler un certain nombre de citoyens opposés à l'Union européenne, ou hostiles à certains aspects de celle ci. Ainsi, en France et dans d'autres pays européens, le souverainisme est entendu comme une opposition à la fédéralisation de l'Union européenne. En effet, ce fédéralisme reviendrait à limiter la souveraineté nationale, une constitution fédérale répartissant les compétences de l'Union et celles des États membres. Ainsi, les souverainistes désirent que les nations, compris comme groupes sociaux constitués, gardent un contrôle entier sur leurs politiques au cours séculaire.

Au Québec, le souverainisme québécois se traduit par une opposition au fédéralisme canadien.

Si on utilise le terme de pays dans le sens de pays indépendant (comme les 193 de l'ONU) et si on utilise le terme national dans le sens de relatif à un pays indépendant, alors « la » doctrine politique ci-haut ne s'applique pas au Québec et le terme souverainisme renvoie alors à deux concepts distincts, car le Québec n'est pas indépendant et il n'y a pas d'instances supranationales que lesdits souverainistes québécois cherchent à combattre ; historiquement, les souverainistes québécois ont même fait la promotion de la création de telles instances, d'abord la promotion d'une union confédérale avec le Reste-du-Canada (du manifeste Option Québec en 1967 jusqu'à au moins le référendum de 1995 par l'entente tripartite du ), puis la promotion de l'accord de libre-échange Canada-États-Unis à la fin des années 1980 (à partir de l'arrivée de Parizeau en tant que chef), adopté en ~1989 puis devenu ALÉNA en ~1994.

À la suite de l'élection en 2017 d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française, le thème d'un , liant les États membres de l'Union européenne, est repris par de nombreux médias.

Souverainisme de gauche, souverainisme de droite Le souverainisme est un courant politique transversal qui ne se rattache pas exclusivement à une seule famille idéologique. Il se décline historiquement et politiquement aussi bien à gauche qu’à droite de l’échiquier politique, selon des logiques, des priorités et des justifications distinctes. Si ces différentes formes de souverainisme partagent une critique commune de la perte de souveraineté nationale au profit d’instances supranationales ou de dynamiques de mondialisation, elles divergent profondément quant aux fondements idéologiques, aux objectifs poursuivis et aux politiques défendues.

Souverainisme de droite Sur le plan idéologique, le souverainisme de droite s’inscrit généralement dans des traditions conservatrices, nationalistes ou populistes de droite. Il se caractérise par une conception étatique et verticale de la souveraineté, mettant l’accent sur l’autorité de l’État, la continuité historique de la nation considérée comme le socle de la légitimité démocratique, et la hiérarchie des normes juridiques, dans laquelle le droit national doit primer sur le droit international. Ce courant associe fréquemment la défense de la souveraineté à des enjeux liées au contrôle des frontières, à la maîtrise des flux migratoires et à la préservation de l’identité nationale face aux effets perçus du multiculturalisme et de la mondialisation culturelle.

Le souverainisme de droite s’est particulièrement développé à partir de la fin du XXᵉ siècle, en réaction à l’approfondissement de la mondialisation économique et à la montée en puissance d’organisations supranationales dotées de compétences contraignantes. Dans le contexte européen, l’intégration progressive de l’Union européenne, notamment à travers les traités renforçant les politiques communes et l’autonomie des institutions européennes, a constitué un facteur majeur de structuration des discours souverainistes à droite. Ces derniers critiquent ce qu’ils perçoivent comme un déficit démocratique, une technocratisation du pouvoir et une limitation de la souveraineté budgétaire, monétaire et législative des États.

Dans plusieurs pays européens, le souverainisme de droite s’exprime à travers des partis politiques qui articulent euroscepticisme, défense de l’identité nationale et critique de la mondialisation. En Italie, la Ligue du Nord de Matteo Salvini a développé un discours souverainiste centré sur la contestation des règles budgétaires européennes et la défense des frontières face à l’immigration. En Hongrie, le parti Fidesz de Viktor Orbán revendique une conception forte de la souveraineté nationale, notamment face aux institutions européennes, qu’il accuse d’ingérence dans les domaines constitutionnels, judiciaires et culturels. En Pologne, le parti Droit et Justice s’inscrit dans une logique comparable, en défendant la prééminence de la Constitution nationale sur certaines normes européennes et en affirmant une souveraineté politique fondée sur des valeurs conservatrices.

En France, ce souverainisme de droite s’est exprimé à la fois à travers des courants internes aux partis traditionnels et par l’émergence de formations explicitement souverainistes. Des figures comme Philippe Séguin et Charles Pasqua ont incarné, dès les années 1990, une critique gaullienne de l’intégration européenne, notamment lors du débat sur le traité de Maastricht. Par la suite, le Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN), a fait du rejet de l’Union européenne et de la défense de la souveraineté nationale un axe central de son discours, même si ses positions ont évolué au fil du temps, passant d’une logique de sortie explicite de l’euro à une critique plus pragmatique des institutions européennes. D’autres formations, comme Les Patriotes de Florian Philippot ou les mouvements portés par Philippe de Villiers, se sont inscrites dans une ligne souverainiste affirmée, combinant euroscepticisme, conservatisme culturel et critique de la mondialisation libérale.

Le souverainisme de droite ne se limite pas au cadre européen. Au Royaume-Uni, le mouvement ayant conduit au Brexit s’est largement structuré autour d’une revendication de restauration de la souveraineté parlementaire et juridique nationale, opposée à la primauté du droit européen. Ce courant, porté notamment par des figures conservatrices et nationalistes, a mis en avant la nécessité de reprendre le contrôle des lois, des frontières et des politiques commerciales, au nom de la démocratie représentative et de l’autonomie nationale.

Souverainisme de gauche Le souverainisme de gauche est un courant politique qui conçoit la souveraineté nationale et populaire comme un instrument central de résistance aux rapports de domination internationaux, à l’impérialisme et aux formes d’hégémonie politique, militaire, économique et culturelle. Il repose sur l’idée que la perte de souveraineté des États ne résulte pas uniquement de dynamiques économiques abstraites, mais s’inscrit dans un système international structuré par des asymétries de pouvoir, dans lequel certaines puissances exercent une influence déterminante sur les choix politiques, stratégiques et institutionnels d’autres pays. Dans cette perspective, la souveraineté est indissociable du droit des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance politique réelle.

Historiquement, le souverainisme de gauche s’inscrit dans le prolongement des mouvements anti-impérialistes, des luttes de décolonisation et des courants tiers-mondistes du XXᵉ siècle. Il s’est construit en opposition aux formes d’impérialisme classique, puis aux formes contemporaines qualifiées de néo-impérialistes, caractérisées par l’usage combiné de la puissance militaire, de la pression diplomatique, de la dépendance économique et de l’influence institutionnelle. Les interventions militaires menées par les États-Unis et leurs alliés dans plusieurs régions du monde sont fréquemment analysées, comme des atteintes à la souveraineté des États concernés, même lorsqu’elles sont justifiées par des arguments humanitaires ou sécuritaires. Les guerres en Irak, en Afghanistan, en Libye ou les interventions indirectes en Amérique latine et au Moyen-Orient sont ainsi souvent citées comme des exemples de limitation de la souveraineté étatique par des puissances hégémoniques. Dans ce cadre, le souverainisme de gauche entretient un rapport critique avec les alliances militaires et les dispositifs de sécurité collective perçus comme asymétriques. L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) est fréquemment considérée comme un instrument de projection de puissance des États-Unis et de leurs alliés, susceptible de restreindre l’autonomie stratégique des États membres et de légitimer des interventions militaires sans mandat universellement reconnu. Plusieurs mouvements et partis souverainistes de gauche plaident ainsi pour une sortie de l’OTAN, un retrait des bases militaires étrangères ou une redéfinition des alliances sur des bases strictement défensives et égalitaires.

125x125px|vignette|Affiche anticapitaliste contre le référendum de 2005 sur la Constitution européenne

Le souverainisme de gauche s’est également exprimé à travers des politiques de non-alignement et de refus de l’intégration dans des blocs dominés par des grandes puissances. Le Mouvement des non-alignés, fondé durant la guerre froide, constitue une référence historique majeure pour ce courant, en affirmant la volonté de nombreux États de préserver leur souveraineté face à la bipolarisation du monde. Cette tradition continue d’influencer des discours souverainistes de gauche contemporains, qui défendent l’idée d’un ordre international multipolaire, fondé sur l’égalité souveraine des États et le respect du droit international.