Julien Dray, né le à Oran, est un homme politique français. Militant trotskiste à la Ligue communiste révolutionnaire, dont il est exclu en 1981, il adhère ensuite au Parti socialiste (PS) où, avec Harlem Désir et à l'instigation de François Hollande, il cofonde l'association SOS Racisme en 1984. Il obtient une investiture du PS pour être élu de 1988 à 2012 député de la dixième circonscription de l'Essonne, département dont il sera ensuite, de 1998 à 2015, conseiller régional, avant d'occuper la même fonction jusqu'en 2021 dans le Val-de-Marne.

Julien Dray, qui n'a plus de mandat depuis 2021, est un commentateur et chroniqueur régulier sur la chaine de télévision CNews. Il n'est plus membre du PS depuis 2018.

Biographie Naissance, origines et vie familiale Marié et père de trois enfantsFiche de Julien Dray sur le site webeconomie.com Consulté le 26/12/2010., Julien Dray est fils d'instituteur et petit-fils d'horloger. Il naît le .Fiche de Julien Dray sur le Who’s Who in France. Consulté le 26/12/2010. à Oran, en Algérie française, dans une famille juive séfarade, qui émigre en France en 1965Article Julien Dray, une figure du PS issue de la génération Mitterrand, 19 décembre 2008, Le Point. Consulté le 26/12/2010. peu après l'indépendance.

Son frère cadet Jean-Paul, chirurgien-ophtalmologue, ancien dirigeant du Tagar, a été un membre très actif du mouvement juif d'extrême-droite Betar et fait partie du Conseil représentatif des institutions juives de FranceLes juifs de France en 1994, L'Express, 9 juin 1994..

Scolarité, études et formation Julien Dray entame des études secondaires au lycée Olympe de Gouges de Noisy-le-Sec, puis au lycée Honoré-de-Balzac de Paris. Il est titulaire d’une licence d’histoire-géographie, obtenue à l’université Paris XIII et d’un diplôme d'études approfondies de sciences économiques.

Carrière politique et syndicale Années lycées et classe préparatoire Lycéen à Noisy-le-Sec, il se découvre de gauche en participant au ciné-club, lieu de rencontre et de débatsPhilippe, Juhem, « Entreprendre en politique. Les carrières militantes des fondateurs de SOS-Racisme », Revue française de science politique, , , février-avril 2001, : . En classe préparatoires, il fait la connaissance d'un groupe actif de la Ligue communiste (LC), mouvement trotskiste auquel il adhèreBiographie de Julien Dray sur le site evene.fr Consulté le 26/12/2010.. Il participe à l'âge de 18 ans au mouvement de 1973 contre la loi Debré, menaçant les sursis longs au service militaire..

Syndicalisme étudiant À la rentrée 1975, il s'inscrit à l'université, et devient l'un des responsables du « secteur jeunesse » de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui a succédé à la LC, dissoute après les émeutes du 21 juin 1973. Il adhère ensuite au Mouvement d'action syndicale (MAS), dont il est d'abord exclu, ce syndicat étant proche de la CFDT et méfiant depuis quelques années envers le trotskisme. Cette année universitaire est marquée par mouvement de contestation du projet des réformes des universités d'Alice Saunier-Seïté qui dure de fin février à fin , le MAS étant fondé en afin de regrouper les étudiants mobilisés.

Au assises de Grenoble du MAS en mai 1976, la LCR devient majoritaire et les « rocardiens » partent. Julien Dray peut revenir dans le syndicat et entre à sa direction en "Le Social au coeur. Mai 68 vivant", Mémoires de Gérard Filoche 2018 . La direction inclut aussi Robi Morder, futur historien du mouvement étudiant. Deux ans plus tard, le , il est élu secrétaire général du MAS, quelques mois avant sa fusion avec l'UNEF-US.

Prise de contrôle de la MNEF François Mitterrand avait demandé à Édith Cresson, secrétaire nationale à la jeunesse du PS, d'évincer peu à peu l'aile gauche du PS (tendance chevènementiste) des syndicats étudiants.

Ainsi, un petit groupe d'étudiants « mitterrandistes » est créé : François Hollande, qui vient de finir HEC, Olivier Spithakis, étudiant à Sup de Co Marseille, et deux amis de la faculté de médecine, Jean-Marie Le Guen et Jean-Loup Salzmann, fils d'un des plus proches amis de François Mitterrand. L'objectif est de « prendre le contrôle de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) » et d'en évincer l'aile gauche du PS et son « bureau national des étudiants socialistes », dissous par le comité directeur du PS le Article de DOMINIQUE DHOMBRES le 11 novembre 1975 dans Le Monde , selon l'historien Benjamin Stora et le journaliste Laurent MauduitArticle le 10 juin 2015 de Lucie Delaporte, citant le livre de Laurent Mauduit, journaliste à Médiapart . En , s'était créé le Comité pour l'organisation du syndicat des étudiants de France (Cosef), présidé par Jean-Marie Le Guen"Tout sur la MNEF" par Olivier Spithakis, 2000 . François Hollande est reçu au siège du PS par Édith Cresson, qui lui propose la direction du Cosef mais il déclineFrançois Hollande. Itinéraire secret, biographie de Serge Raffy, Fayard 2011 . Le Cosef fusionne en 1978 avec l'UNEF-US (contrôlée depuis 1971 par le courant trotskiste lambertiste)Ce que je sais de ce que fut l'Organisation Communiste Internationaliste", par Pierre Salvaing, enquête historique réalisée en 2016 à partir des livres et mémoires d'anciens militants "lambertistes", Benjamin Stora, Philippe Campinchi, Karim Landais, et Jean-Christophe Cambadélis .

L'objectif de prise de contrôle de la MNEF est affiné, fin lors d'une réunion et sera atteint en 1979 : les mitterrandistes obtenant la présidence de la MNEF grâce à l'aide des trotskistes, qu'ils aident en échange à contrôler le syndicat étudiant issu de deux fusions, l'UNEF-US absorbant successivement le Cosef et le MAS.

La prise de contrôle de la MNEF a eu lieu en , lors de l'assemblée générale à Tours, à l'issue de laquelle une plainte est déposée contre Julien Dray, pour des incidents qui ont opposé des militants de l'UNEF (ex-Renouveau) à des responsables du MAS et de l'UNEF-US, les premiers déplorant que leur liste aux élections de la MNEF aient été invalidée au printemps précédent, et que leurs adhérents aient été « attaqués et blessés par des nervis ». Peu après, le MAS obtient deux sièges d’administrateurs de la MNEF, pour Laurent Zappi et Julien Dray, qui ont étudié ensemble à l’université Paris 13-Villetaneuse.

Fusion de l'UNEF et du MAS Dès , Julien Dray et Robi Morder poussent à la fusion du MAS avec l'UNEF-US pour créer l'Unef-ID., avec l'aide de militants de l'aile droite du PS qui ont adhéré au MAS, et le soutien de nombreux articles de Serge Bolloch, ex-militant de la LCR, recruté en 1979 par Le Monde de l'éducation.

Malgré ce soutien, la fusion n'a lieu finalement que six mois plus tard, Dray devant « avaler des couleuvres » lors d'un calcul des mandats « truqué » par Jean-Christophe Cambadélis, qui indispose la direction de la LCR car le MAS s'est sacrifié dans la fusion"Le Social au coeur. Mai 68 vivant", Mémoires de Gérard Filoche en 2018 . Sa tendance « Luttes étudiantes action syndicale » (LEAS) se retrouve ultra-minoritaire par rapport aux lambertistes, mais Julien Dray obtient le poste de vice-président. Peu après, au printemps 1981, il est exclu de la LCR.

Sur le plan électoral, le résultat est mitigé : le syndicat résultant de la fusion se présente pour la première fois aux élections universitaires en 1982, mais la participation reste faible et il n'y fait que jeu égal avec l'Unef-SE, animée par des communistes et l'aile gauche du PS"La loi Edgar Faure. Réformer l'université après 1968" par David Valence et Bruno Poucet, en 2018 aux Presses universitaires de Rennes . Après avoir vainement discuté avec Lambert, selon un témoignage ultérieur de Cambadélis, pour essayer d'obtenir le poste de président de l'Unef en échange de son ralliement à l'OCI, Julien Dray rejoint le Parti socialiste en 1982, avec d'autres cadres étudiants de LEAS de la Seine-Saint-DenisChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, .. Informé des « investissements secrets réalisés par le club des 5 » de la direction de la MNEF, il tente d'être « coopté comme associé » mais « se heurte à un refus permanent » et « pour reprendre la main » se lance dans SOS Racisme.

Entrée au Parti socialiste En 1981, son exclusion de la LCR et l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, constituent pour Julien Dray une opportunité de reclassement politique, qui motive son adhésion au PS. Le passage au socialisme et en particulier à ses mouvements de jeunes, constitue pour Julien Dray un moyen de ne pas renoncer à l’ensemble des ressources qu'il a constitué durant le militantisme à la LCR.

Il fonde avec quelques autres, comme Laurence Rossignol, un groupe de réflexion nommé « Question socialiste », voulant construire un courant sur l'aile gauche du PS, qu'ils rejoignent en Didier Fischer, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion, 2000, p. 469 cité par Olivier Crouillebois. "La loi Devaquet : raisons et sens d’un échec". Thèse d'histoire. Sorbonne Université, en 2020 mais qui ne se structure réellement qu'en 1987 autour d'Isabelle Thomas, médiatisée lors du mouvement étudiant de la fin 1986 contre le projet de loi Devaquet. Ils sont d'emblée déçus car ils espéraient se voir se grâce à leur passé syndical ce qui n'est pas le casEntretien de Laurence Rossignol cité par Philippe Juhem, "Entreprendre en politique. De l'extrême gauche au PS : La professionnalisation politique des fondateurs de SOS Racisme", Revue française de sciences politiques, vol. 51, no. 1, 2001, p. 131-153.

À l’Unef-ID, il avait été accueilli fin 1979 par un autre socialiste, Jean-Marie Le Guen, dirigeant historique de la Tendance pour l’unité syndicale, regroupant les cadres socialistes, et qui au congrès de 1982, obtient près de 30 % des mandats, mais rapidement la tendance atteint ses limitesArticle Julien Dray : homme politique français membre du Parti Socialiste paru le 3 novembre 2008 sur le site d’information web-libre.org Consulté le 26/12/2010. et le syndicat restera contrôlé par les lambertistes de l'OCI jusqu'à l'entrée, au nombre de 400, au PS au premier semestre 1986.

SOS Racisme En 1984, Julien Dray, 29 ans, termine ses études et participe avec plusieurs de ses proches, dont notamment Harlem Désir, à la fondation de SOS Racisme, dont il est le vice-président. L'opération a été imaginée par François Hollande, conseiller du président de la République François Mitterrand. Des badges « Touche pas à mon pote » sont distribués en , lors de la deuxième marche pour l'égalité et contre le racisme, organisée par Convergence 84, que les médias avaient appelé « marche des beurs », lancée l'année précédente par les Jeunes Arabes de Lyon et banlieue (Jalb), créé aux Minguettes à l'initiative du père Christian Delorme. Plus tard, des photos de Julien Dray et Harlem Désir avec François Mitterrand à l'Elysée fuiteront.

Mouvement étudiant contre le projet de loi Devaquet En 1986, lors de la mobilisation étudiante contre le projet de loi Devaquet, Isabelle Thomas, vice-présidente de l'UNEF-ID, est la figure médiatique du mouvement. Elle rencontre des dirigeants du PS Olivier Crouillebois. "La loi Devaquet : raisons et sens d’un échec". Thèse d'histoire. Sorbonne Université, en 2020 .