Le est un art martial japonais fondé en par Dōshin Sō.
Origines mythiques Il y a environ mille cinq cents ans, un prince vivant en Inde du Sud et se prénommant Bodhidharma (Daruma en japonais), fut un maître du Kalaripayat, l'un des arts martiaux les plus anciens. Fils du roi Sughanda de Madra de la caste guerrière des Ksatriyas, il était le du Bouddha historique Shâkyamuni selon la lignée de Mâhâkâshyapa.
Vers l'âge de , renonçant à son royaume, il devint moine bouddhiste et se rendit en Chine en empruntant la route de la soie, pour arriver à Nankin vers où il demanda à voir l'empereur Wudi de la dynastie Liang. La renommée de Daruma, un homme assez impressionnant, le précédait. Son nom signifiait dans sa langue « l'illuminé », et il prétendait apporter la connaissance de la vérité et de la loi (Boddhi et Dharma) qu'il détenait de son prédécesseur Prajnata. Néanmoins il avait parcouru plusieurs milliers de kilomètres, aussi l'empereur convoqua les hauts dignitaires de l'empire et les représentants du bouddhisme en Chine. Mais l'audience se passa mal, et Daruma quitta la cour plus ou moins sereinement selon .
Daruma traversa le fleuve Yang Tse, paraît-il sur un simple roseau, et alla se présenter au vieux monastère Shaolin Si (Shorin Ji en japonais, voulant dire « le monastère de la jeune forêt »), situé sur le mont Songshan dans la province de Henan. Là, poussé par l'incompréhension des moines, ou alors mis à l'écart du monastère par ceux-ci, il se serait mis en méditation devant le mur d'une grotte en surplomb durant neuf ans afin de pratiquer le Bi Guan (contemplation murale). On dit que ses larmes donnèrent naissance à un théier, ou encore qu'il se serait mutilé les paupières (de là les représentations de Daruma avec l'air « féroce »), celles-ci donnant un théier après avoir été jetées au sol. C'est depuis lors que le thé a été utilisé dans les cérémonies du Chan (Zen).
Un jour, il fut illuminé (satori) et décida de transmettre sa nouvelle doctrine. Il laissa tomber l'Hinayana (école bouddhique du petit véhicule) et se mit au Mahayana (Bouddhisme du grand véhicule), intégra la méditation (Dhyâna) qu'il nomma chan (zen en japonais), simplifia les rites, élimina le besoin de textes sacrés et professa que ses adeptes trouveraient la voie de Bouddha en regardant à l'intérieur d'eux-mêmes. Les moines Shaolin, soi-disant subjugués, auraient alors pris Daruma comme patriarche.
À la tête du monastère, il constata que les moines éprouvaient certaines difficultés tant physiques que morales, et décida donc de créer une série d'exercices en vue de fortifier le corps et l'esprit de ses disciples (Ken Zen Ichi Nyo). Il se servit du kempo légué par ses prédécesseurs, ainsi que du yoga et du Kalaripayat, et nomma sa méthode Shi Pa Lo Han, « les de Bouddha ». Bien que toutes ces techniques existaient déjà depuis longtemps en Chine, Daruma fut le premier à les associer, et le triple but du Shaolin quan Fa de Daruma (ou Shorinji Kempo en japonais) était donc de fortifier le mental, de maintenir une bonne santé et de donner aux moines le pouvoir de se défendre.
Parce que les moines s'intéressaient de moins en moins à la méditation au profit du kempo, ou peut-être parce qu'ils ironisaient de plus en plus sur son comportement à méditer en face du mur de sa grotte et sur le fait qu'il n'avait formé qu'un seul disciple en neuf ans, un jour Daruma partit. On annonça sa mort vers , mais en ouvrant son tombeau on ne trouva à l'intérieur qu'une robe et une sandale, tandis que des témoins l'auraient aperçu sur le dos d'un tigre, en route pour l'Inde, et chaussé d'une unique chaussure.
Après le départ de Daruma, la méditation Chan (Zen) s'est progressivement détachée du kempo avec son successeur, Hui Ke (il se serait coupé un bras pour prouver la sincérité de son geste à son maître), et la méthode évolua en fonction des personnalités des différents successeurs. Le sixième patriarche, se nommant Hui Neng et qui était laïc (aux environs de 638-716), favorisait la méditation et finit par quitter le monastère pour ne pas imposer son point de vue. Il créa alors l'école Zen et conçut un enseignement fondé sur la méditation austère en position assise dite Zuo Chan ou Zazen, méthode encore enseignée à l'heure actuelle.
Quoi qu'il en soit, de nombreuses disciplines aussi bien chinoises que japonaises ou autres reconnaissent leurs origines en la méthode de Daruma.
Le fondateur : Kaïso So Doshin Fils d'un douanier de la préfecture d'Okinawa, il naquit en 1911, sous le nom de Nakano Michiomi. Très jeune, à la mort de son père, il partit vivre chez son grand-père en Mandchourie. À cette époque, le Japon avait envahi la Chine et la contrôlait militairement. Le père et le grand-père de So Doshin avaient été membres d'un parti politique appartenant à un courant de la droite nationaliste japonaise, « la Société du Dragon Noir », et à la mort de son grand-père, So Doshin s'y inscrivit.
Il retourna en Mandchourie en 1928 en tant qu'agent secret du gouvernement, et c'est à cette époque qu'il commença de pratiquer la boxe de Shaolin sous la houlette d'un religieux taoïste. Il fit de nombreux voyages en Chine et s'installa finalement à Pékin où il s'entraîna au I He Chuan, avec le maître Wen Lou Shi. Lors de sa visite au monastère Shaolin Si, il fut frappé par les célèbres manuscrits représentant des moines en train de s'entraîner aux arts martiaux. C'est là qu'il aurait été initié au Shaolin quan (aussi appelé kita shorinji giwamonken selon certaines sources). Cependant, il est peu vraisemblable que les Chinois aient ainsi enseigné leurs techniques à So Doshin, sans une longue période d'apprentissage. En effet, sauf si l'on admet que ce dernier ait réussi à se faire passer pour chinois, il semble improbable qu'un authentique maître chinois ait pu dévoiler ses secrets à un occupant japonais. Toutefois, si l'on considère l'histoire des sociétés secrètes d'extrême-orient, cette idée n'est en rien infondée. En effet, ces sociétés se sont créées en réaction à la présence de l'homme occidental. En s'implantant en Asie, comme dans d'autres régions du monde, l'occidental a imposé ses règles. Ce comportement a suscité des réactions d'hostilités qui se sont illustrées par exemple, en Chine, par la guerre de l'opium et la révolte des Boxers. Par d'autres moyens, ces réactions ont fini par se structurer dans diverses organisations implantées dans toutes les nations d'Asie, politiquement engagées et fortement liées entre elles. Spécifiquement, les courants principaux d'enseignement des arts martiaux se sont profondément impliqués dans ces structures. Le Kokuryukai (société du Dragon noir en référence au nom japonais du fleuve Amour, symboliquement admis comme la frontière naturelle entre l'occidental et l'asiatique), à laquelle a appartenu Nakano Michiomi, a été particulièrement influent et ses ramifications se sont développées jusqu'en Inde. Ces organisations ont créé des liens très étroits et certaines de ces relations ont persisté jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale en dépit des exactions de l'armée japonaise. Il s'ensuit que, si l'on regarde la situation historique, la possibilité que So Doshin ait travaillé auprès de maîtres chinois ne relève absolument pas de la légende.
Il n'en demeure pas moins que le Shorinji Kempo possède des liens indiscutables avec les techniques de combat pratiquées dans le fameux monastère. Kaiso a vécu en Chine pendant , durant lesquels il fut initié aux arts martiaux par les maîtres de différentes écoles, et au terme de longues années il fut amené à succéder à Wen Tan Tsung, de l'école de shorinji giwamonken du nord, devenant ainsi le de cette école après une cérémonie de reconnaissance au monastère Shaolin.
So s'enfuit de Mandchourie avant l'invasion russe et revint en 1945 dans un Japon ravagé par la guerre. Il commença de pratiquer le jūjutsu avant de fonder le Nippon Shorinji Kempo le , fondé sur les principes philosophiques du Bouddha et sur les techniques de l'Arahan No Ken où il est passé maître dans sa jeunesse en Chine. En fait, son art requérait de la discipline et un travail à deux primordial pour un développement physique et intellectuel, et le Shorinji Kempo synthétisait un art martial fondé sur des préceptes philosophiques, ayant pour but d'unir les hommes et de redonner un sens aux mots courage et justice en prônant de vivre « moitié pour soi-même, moitié pour les autres ». Cet art martial connut un grand développement et le titre de grand maître est maintenant porté par la fille de So. Le siège de son association se trouve à Tadotsu dans l'ile japonaise de Shikoku.
Le Shorinji Kempo dans le monde
Le mouvement majoritaire du Shorinji Kempo dans le monde est la World Shorinji Kempo Organization (WSKO), dont le siège se situe au Japon, à Tadotsu, sur l'île de Shikoku.
Actuellement, le Shorinji Kempo est présent, en dehors du Japon, dans 36 autres pays (source : WSKO), sur les cinq continents.
Le siège européen de la WSKO se trouve en France.
En Belgique Le premier club de Shorinji Kempo a été fondé en 2011 par Philippe Chazerand, 5ème dan et élève direct de Aosaka Hiroshi Sensei. Le dojo se situe au sein du Gymnasium dans la commune bruxelloise d'Auderghem.
En France Descendant de l'une des cinq familles de samourai originaires de l'île de Kyūshū, Aosaka Hiroshi Sensei est né le à Tsukumishi, dans la préfecture d'Ōita. À , il intègre la Nihon University de Tokyo. D'abord intéressé par des études vétérinaires, il s'oriente vers l'économie. C'est là (alors qu'il pratique le judo et le jujutsu depuis l'âge de ) qu'il découvre le Shorinji Kempo sous la férule de Uno Sensei. Se révélant excellent compétiteur, il devient l'entraîneur de l'équipe universitaire. Diplôme en poche, il travaille pendant deux ans et demi en tant que bijoutier, à Ginza, quartier chic de Tokyo. Par ailleurs, il se perfectionne auprès de Kaïso.
En 1972, le Fondateur l'autorise à partir pour l'Europe. Il choisit de s'installer en France, où il commence à dispenser son enseignement à des ceintures noires venues de divers horizons (Karaté, Judo, Aïkido, Lutte), puis crée son premier dojo à Parly II, au Chesnay (Yvelines). Aosaka Sensei ayant pour mission de développer le Shorinji Kempo en Europe, la Fédération française de Shorinji Kempo est fondée en 1973 à laquelle il préside en tant que directeur technique pour la France, en plus d'être secrétaire général de la WSKO (World Shorinji Kempo Organization), chef instructeur de la WSKO et membre du comité directeur du Kongo Zen Sohozan Shorinji Kempo. À l'heure actuelle, il est DAN Daïhanshi. WSKO et Dan FFKDA..
Depuis 1997, le Shorinji Kempo a fait son entrée au sein de la Fédération française de karaté et disciplines associées (FFKDA) en devenant le groupe France Shorinji KempoFrance Shorinji Kempo, regroupant une quarantaine de dojos.
La tenue La tenue de base est le dogi (道衣 = vêtement de pratique), appelé à tort « kimono ». Il se compose d'une veste et d'un pantalon en coton blanc. La veste est fermée par une ceinture de couleur correspondant au niveau du pratiquant. Il s'agit du même système de grades qu'en Judo (kyū puis dan), l'art martial fondé par Jigorō Kanō à la fin du .
Le Shorinji Kempo se pratique pieds nus, généralement sur des tatami. L'étiquette enseignant qu'il faut s'y rendre avec des chaussures pour des raisons d'hygiène, les pratiquants utilisent en général des nu-pieds appelés zōri.
Lorsqu'un pratiquant devient Yudansha (pratiquant ayant un grade dan), il peut être autorisé par son sensei à porter le koromo (衣), plutôt appelée hōi (法衣), une sorte de robe traditionnelle revêtue par les moines bouddhistes japonais. Dans la plupart des dojos, il est convenu que l'on peut porter le hōi dès le premier dan. Venant se mettre par-dessus le dogi du kenshi (pratiquant.e de Shorinji Kempo), le hōi est serré à la taille par une épaisse ceinture.