Jean Victor Marie Moreau, né le et ondoyé le à Morlaix (Finistère) et mort le à Laun (parfois orthographié Lahn ou Louny), en Bohême, est un général français de la Révolution, également feld-maréchal de Russie et maréchal de France à titre posthume.
Biographie Famille vignette|gauche|upright|Auguste Mayer : Maison où est né le général Moreau à Morlaix.
Son père, Gabriel-Louis Moreau, sieur de Lizoreux (1730-1794), conseiller du roi, était avocat estimé puis juge, lieutenant civil au bailliage de Morlaix, et sa mère Catherine Chapperon de L'Isle (1730-1775), était la fille d'un négociant et la petite-fille de Pierre Bernard de Basseville, un corsaire morlaisien. Jean Victor perd sa mère jeune et est élevé par son père, aux côtés de ses frères et sœurs.
Le père fut guillotiné à Brest le , après avoir été condamné pour avoir caché des prêtres réfractaires, avoir été « l'agent d'émigrés » et avoir fait passer de l'argent au marquis de Lescoët.
Sur les quinze enfants nés du mariage, huit survécurent. Le frère cadet de Victor, Joseph (1764-1849), est d'abord avocat ; membre du Tribunat le , il proteste contre l'accusation portée contre son frère. Sous la Restauration, il est administrateur des Postes, député d'Ille-et-Vilaine, préfet de Lozère, puis préfet de Charente.
Le plus jeune des frères, Pierre-Marie-Lubin, est aide de camp de Victor, puis colonel et baron sous la Restauration.
La famille est apparentée à Maupertuis (1698-1759), savant, mathématicien, physicien et philosophe.
Études Après qu'il a effectué ses études secondaires au collège du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon, malgré le désir de son fils, Gabriel Moreau n'a pas voulu qu'il entre dans l'armée et lui a imposé d'étudier le droit à l'Université de Rennes, afin de le destiner à une carrière judiciaire. L'école de droit de Rennes est réputée et parmi ses professeurs, on trouve Jean-Denis Lanjuinais, Isaac Le Chapelier et Gohier. Moreau est un étudiant prolongé qui reste sept ans à l'école, devenant le « prévôt du droit », c'est-à-dire celui qui est chargé de faire régner l'ordre et la discipline.
Le romancier et folkloriste, Émile Souvestre, se faisant le scribe de son père, Baptiste, étudiant à Rennes lui-aussi, décrit Moreau dans les Mémoires d'un sans-culotte bas-breton :
Débuts de la Révolution française vignette|Moreau par H. Rousseau.
En 1788, peu avant la Révolution française, le Parlement de Bretagne à Rennes refuse d'enregistrer les édits de Brienne qui bouleversent l'organisation judiciaire de la Bretagne et instituent les mêmes droits et impôts qu'ailleurs, dont les droits sur le sel (la gabelle) au mépris des clauses de l'édit d'Union de 1532.
Des troubles éclatent pour défendre les magistrats et des soldats sont envoyés pour les obliger à obéir. Moreau, en tant que prévôt du droit, organise les étudiants en une milice qui prend part aux échauffourées entre les jeunes nobles et le peuple, devenant ainsi célèbre en Bretagne sous le nom de « général du Parlement ». C'est son premier acte notable, à la fois politique et militaire.
L'arrestation de deux magistrats provoque l'émeute à Rennes et les corps constitués s'insurgent. Moreau écrit à toutes les universités du royaume pour les informer que l'ordre des avocats de Rennes
Le , lors de la journée des bricoles, une troupe d'agitateurs composée pour une grande part de domestiques de nobles, s'attaque à des étudiants devant la porte d'un café. Moreau organise la résistance, fait enlever les armes de la milice bourgeoise de leur magasin, et appelle à la rescousse de Nantes. Le lendemain matin, les étudiants se sont rendus maîtres du pavé, sur lequel on trouve de nombreuses bricoles (cordes qui servent aux chaises à porteurs), d'où le nom de « journée des bricoles » qui est resté. Les affrontements continuent le jour suivant, car toute la jeunesse qui soutenait les idées nouvelles vient se mettre sous les ordres de Moreau.
Alors que les États-Généraux se sont ouverts le , Victor Moreau se fait initier en octobre comme franc-maçon, dans la même loge (la Parfaite union) où officiait Isaac Le Chapelier, il ne cesse durant sa vie d'être en relation avec sa loge mère, ou il figure sur les actes de la loge entre 1805 et 1810, durant le temps de son exil et avec le grade de . Des compagnies de gardes nationaux ayant été formées dans les villes, il réunit une compagnie de canonniers de la garde nationale de Rennes et est élu capitaine. En 1790 il préside la confédération de la jeunesse bretonne et angevine réunie à Pontivy à partir du . Il dépose l'acte fédératif sur l'autel de l'église où ont lieu les réunions et improvise un serment solennel :
Quelque temps après, il passe ses examens d'avocat, mais il n'exercera jamais ce métier.
Carrière militaire vignette|Jean Victor Marie Moreau, lieutenant-colonel du d'Ille-et-Vilaine en 1792, François Bouchot, 1835.
En , il est élu lieutenant-colonel du de volontaires d'Ille-et-Vilaine qui part immédiatement pour la frontière de l'Est. Avec eux il sert en 1792 à l'armée du Nord de Dumouriez. Le , il s'empare du fort de Stephenswerth. En mars, il se signale à Neerwinden. Sous les ordres de Joseph Souham, il se distingue dans la défense de Dunkerque encerclée par les Anglais et reçoit le grade de lieutenant-colonel puis celui d'adjudant général. À la fin de l'année 1793 le , la bonne conduite de son bataillon, son caractère martial et ses principes républicains lui assurent une promotion comme général de brigade, en même temps que Napoléon Bonaparte qui venait de se montrer comme l'artisan principal de la reprise de Toulon aux Anglais.
Carnot, réputé pour avoir bon œil quant aux qualités d'un chef, le promeut général de division le , et lui donne le commandement de l'aile droite de l'armée dans les Flandres. Il prend Courtrai et Menin et contribue à la victoire de Mouscron le . D'abord sous les ordres de Souham, il passe sous ceux de Pichegru et prend successivement Ypres, Bruges, Ostende, Nieuport et L'Écluse. Après la prise de Nieuport le , Moreau demande aux représentants en mission de ne pas appliquer le décret du 7 prairal, qui refusait aux soldats britanniques et hanovriens la possibilité de se constituer prisonniers. Lazare Carnot approuve cette décision, fondée sur des motifs d'efficacité militaire. Son père est guillotiné à Brest quelques jours plus tard ; choqué, Moreau est à deux doigts de passer à l'ennemi.
Sous le commandement de Pichegru, la Hollande est prise. Le , il est nommé commandant en chef de l'armée du Nord, en remplacement de Pichegru. Son principal rôle est de maintenir le bon fonctionnement de la convention passée entre la République française et la République batave (ex-République des Provinces-Unies) sans interférer dans les affaires de celle-ci.
Général en chef sur le Rhin vignette|Sabre de Jean Victor Moreau.
La bataille de Tourcoing de 1794 établit sa célébrité militaire, et deux ans plus tard, il obtient la direction de l’armée de Rhin-et-Moselle en remplacement de Desaix le , avec laquelle il franchit le Rhin et avance en Allemagne. Moreau commande en chef pour la première fois au mois d’ l'armée du Rhin et Moselle. Il passe ce fleuve au mois de juin, alors que Napoléon Bonaparte se rend maître de toute l'Italie.
Au début, il est victorieux (prise de Mayence et de Kehl, victoires de Heydenheim le puis de Mainbourg le ) mais il se heurte aux Autrichiens aux abords de Ratisbonne et Munich qui le forcent à la retraite (compte tenu des défaites de Jourdan à Amberg et Wurtzburg en août et ). Celle-ci est considérée comme un modèle du genre d'autant qu'il ramène plus de cinq mille prisonniers. Cependant, pour plusieurs historiens, sa défaite à la bataille d'Emmendingen () est suspecte, et il semble bien que durant sa retraite, à travers la Forêt-Noire, il ait eu des contacts avec des émissaires royalistes venus de l'armée de Condé.
En , après des difficultés prolongées par le manque d'argent et de matériel, il traverse à nouveau le Rhin en même temps que Hoche mais leurs opérations sont interrompues par les préliminaires de la paix de Leoben.
À Cologne, il avait réorganisé l'armée de Sambre-et-Meuse pour en confier ensuite le commandement au général Hoche. En avril, il lance la troisième campagne d’Allemagne, attaque les forces autrichiennes et reprend le fort de Kehl, en faisant plusieurs milliers de prisonniers.
C'est à cette époque qu'il découvre la correspondance secrète et codée établissant la trahison de son ancien camarade et chef Pichegru avec l'émigré prince de Condé (affaire du fourgon de Klinglin saisi lors de la prise d’Offenbourg ). Il a été le témoin de Pichegru contre des premières dénonciations de déloyauté, mais il s’aperçoit alors que son attitude le rend lui-même suspect de complicité. Il tarde à transmettre - en antidatant le signalement - ces éléments de preuve au Directoire, tandis que le Coup d'État du 18 fructidor an V entraîne la chute de Pichegru et son emprisonnement à Cayenne.
Les historiens sont divisés quant à l’interprétation à donner à ces faits. Certains mettent en avant les calculs politiques opportunistes des factions en présence : la révélation de l'affaire , ou encore . D'autres historiens, à l'instar d'Adolphe Thiers, jugent sévèrement l'attitude de Moreau. Ce dernier alors qu'il ; pour Thiers, . D'autres, enfin, à l'image du Dictionnaire Napoléon, voient dans la rétention des papiers compromettant Pichegru qui, avançant masqués, espéraient remporter les élections législatives de l'an VI. Moreau, convoqué à Paris et soupçonné de déloyauté, est mis en réforme le , perdant son commandement.
Guerre en Italie
Il est démis et ce n'est qu'en l'absence de Bonaparte et à cause de l'avance victorieuse de Souvorov qui rend nécessaire l'emploi d'un général d'expérience, qu'il reçoit le commandement de l'armée d'Italie. Le , il est rappelé comme commandant en chef de l'armée d'Italie à la place de Schérer. Le , il remporte la victoire de San Giuliano.
Il reste avec son successeur Joubert jusqu'à la bataille de Novi où ce dernier est tué. Il mène alors la retraite et remet les troupes entre les mains de Championnet.
En 1799, Moreau ne semble plus jouir d'aucun crédit, ni dans l'armée, ni au sein la nation. Sa conduite lors du coup d'État du l'a discrédité dans tous les partis.
Quand Bonaparte revient d'Égypte, il trouve Moreau à Paris, très mécontent du Directoire, tant comme militaire que comme républicain. Il refuse en 1799 de prendre la tête d'un soulèvement militaire contre le Directoire. Lors du coup d'État du 18 Brumaire, après que Bonaparte eut pris le commandement de la militaire et des troupes qui sont à Paris, il donne celui des Tuileries à Lannes, celui du château de Saint-Cloud à Murat, celui de la chaussée de Paris et Saint-Cloud à Sérurier, celui de Versailles à Macdonald et celui du Luxembourg à Moreau. de la sont destinés à marcher sous ses ordres pour garder ce palais ; ils s'y refusent ; disant qu'ils ne veulent pas marcher sous les ordres d'un général qui n'est pas patriote. Napoléon doit s'y rendre lui-même et les haranguer pour lever ces difficultés. Il prête main-forte à Bonaparte en bloquant deux des directeurs, Gohier et Moulin, dans le Luxembourg et les obligeant à signer leur démission.
Le nouveau Premier consul Bonaparte lui confie l'armée du Rhin.
Consulat et Empire
Pendant l'armistice de Parsdorf, Moreau, ayant fait un voyage à Paris, descend aux Tuileries alors qu'il n'y est pas attendu. Comme il est avec le Premier consul, le ministre de la guerre, Carnot, arrive de Versailles avec une paire de pistolets, couverts de diamants d'un très haut prix, destinés au Premier consul qui les prend et les remet à Moreau, en disant : Cette scène n'est pas arrangée, et cette générosité frappe le ministre.
vignette|Jean-Victor Moreau, 1806.