Cet article relate les faits saillants de l'histoire de la Réunion, une île du Sud-Ouest de l'océan Indien qui, est un département et une région d'outre-mer français (DROM). Elle est située dans l'archipel des Mascareignes à environ à l'est de Madagascar et à au sud-ouest de l'île Maurice, terre la plus proche.
Avant le Avant le , seuls les Arabes et les Austronésiens (habitant l'Indonésie et la Malaisie d'aujourd'hui) connaissent l'océan Indien. Ainsi, en 1153, l'île était déjà connue des navigateurs arabes qui naviguaient sur la mer de Zanj (بحر زنج) et le géographe Charif Al Idrissi la baptisa (دينا مرغابن), l'île de l'ouest. L'Île Maurice prit le nom de (île abandonnée) et Rodrigues celui de (Ile de l'est)..
En 1498, Vasco de Gama arrive dans cet océan, remonte le canal du Mozambique, explore Madagascar, l'île de Mozambique et va jusqu'à Calicut, en Inde. Au passage, il détruit la ville de Kingani au nord de Madagascar. La colonisation européenne de l'océan Indien commence avec cette première grande expédition.
Découverte par les Portugais ()
S'il semble à peu près certain que la Réunion fut reconnue pour la première fois un (jour de la Sainte-Apoline) par des Portugais, les auteurs différent sur l'année et l'auteur de cette reconnaissance. Suivant les uns, ç'aurait été Jacques Lopez de Siqueira en 1507, suivant d'autres Pedro de Mascarenhas en 1512André Scherer, Histoire de la Réunion. Presses universitaires de France, , 1974, lire en ligne, consulté le 6 novembre 2023. D'autres navigateurs et dates sont avancés, tels que le Portugais Diogo Fernandes Pereira qui serait le premier navigateur européen à avoir croisé au large de La Réunion en 1504, le navigateur portugais Tristan da Cunha qui aurait aperçu l'île en 1507 lors d'un voyage aux Indes et l'aurait nommée Santa Apolonia (Sainte Apoline) du nom de la sainte du jour (le ). Il est certain que le navigateur portugais Pedro de Mascarenhas a donné son nom à l'archipel qu'il a découvert, formé par l'actuelle île de La Réunion, l'île Maurice et Rodrigues : Mascarenhas, qui deviendra en français Mascareignes. Son compatriote et ami Diogo Rodrigues a donné son nom à l'île de Rodrigues..
Les premiers habitants (1611-1663)
Après la découverte par les Portugais, la future île Bourbon reste, par sa position géographique, à l'écart de la route de navigation vers les Indes. Dès le , les grandes puissances maritimes (Pays-Bas, Angleterre, France et Espagne en tête) participent à l'exploitation des ressources de nouveaux territoires et s'engagent dans l'entreprise coloniale.. Elles « découvrent » les îles et s'y installent, utilisant la main-d'œuvre esclave, achetée principalement en Afrique et à Madagascar. thumb|Deux Hollandais assis sur une tortue aux premières heures de l'histoire de La Réunion.|gauche En 1611 , le , l'expédition de l'amiral hollandais Pieter Willemsz Verhoeff (Pierre-Guillaume Veruff), de retour de Java, passe à vue de La Réunion, mais n'y débarque pasVincent Dubois, La Compagnie des Indes Galantes, éditions Edifree, Saint-Denis, 2012, , lire en ligne, consulté le 7 novembre 2013..
En 1613, le , le navire Pearl, de retour de Ceylan, fait escale à La Réunion et son capitaine, Samuel Castelton, baptise l'île encore inhabitée England's forest (1625), vol.I .. Il décrit une île paradisiaque vierge avec des cours d'eau, des animaux : tortues, tourterelles, perroquets, ibis de La Réunion (ou solitaire), anguilles, canards, oies, tous extrêmement faciles à tuer.
En 1638, une expédition comprenant deux navires (La Marguerite et Le Saint-Alexis), conduite depuis Dieppe par le commandant Salomon Goubert, parvient sur l'île en , date de la première prise de possession royale de l'île Mascarin (future La Réunion). Après six mois de navigation, le débarquement a lieu le jour de la Saint-Paul, le : la baie en prend le nom.. François Cauche, premier historien de Madagascar, fait partie de l'expédition.
En 1642, la Compagnie française de l'Orient reçoit ordonnance royale avec un monopole de quinze années à Madagascar et les îles voisines. Elle place Jacques de Pronis à la tête d'un contingent français en terre malgache replié sur le lieu nommé Fort Dauphin. Madagascar et les « îles adjacentes » constituent un ensemble bien identifié, mais Bourbon reste déserte.. Les Français prennent une seconde fois possession de Mascarin au nom du roi de France Louis XIII et la rebaptisent Île de Bourbon.
Il faut attendre 1646 pour évoquer les premiers pas d'une implantation. Sur ordre d'Étienne de Flacourt., Jean Leclerc dit des Roquettes et 11 autres mutins de Fort Dauphin (petit comptoir vers la route des Indes dans le Sud de Madagascar) sont abandonnés à La Réunion avec quelques chèvres et des semences. Débarqués du Saint-Laurent, ils sont installés à l'endroit qui deviendra le Quartier des Français de Sainte-Suzanne / Saint André, sur les bords de la Rivière Saint-Jean.. Le 1649, on les ramène, contre leur gré, à Fort-Dauphin. Une première carte de l'île est dressée avec les informations de ces mutinsPremière carte..
En , Étienne de Flacourt, séduit par la description de l'île faite par les mutins, décide d'un nouveau voyage, visant à prendre possession de cette terre au nom du roi de France. Sur le bateau Le Saint-Laurent, le capitaine Roger Le Bourg, envoyé par de Flacourt, prend à nouveau possession de l’île, en débarquant au lieu-dit la Possession. Il officialise la nomination d'« Isle Bourbon ». Quatre génisses et un taureau sont débarqués, mais l'île reste vierge.
Le , une mission, partie de Fort-Dauphin, embarque sur le navire Ours Antoine Couillard dit le taureau ou Maravole, avec sept Français et six Malgaches. Ils débarquent en baie de Saint-Paul avec cinq vaches, un taureau, des cochons, de la volaille et des plants de tabac. Ils repartent en 1658, croyant se rendre à Madagascar, alors que le navire Thomas Guillaume se dirige vers les Indes.
Le , le Saint-Charles en provenance de Fort-Dauphin, mouille à la grotte des Premiers Français à Saint-Paul. Deux Français dont Louis Payen (le nom du second Français fait l'objet de débat, c'est peut-être Pierre Pau), débarquent avec dix serviteurs malgaches dont trois femmes. L'île Bourbon est dès lors définitivement occupée et devient colonie à part entière et aussi la première base française de l'océan Indien..
La période de la Compagnie des Indes (1664-1767)
vignette|Bourbon en 1661.
Premier peuplement
Dans la compétition mondiale pour le contrôle des océans, Britanniques, Hollandais et Danois ont déjà organisé des compagnies de commerce. Ce n'est que le que la monarchie française crée la Compagnie des Indes orientales. Pendant un peu plus d'un siècle (de 1664 à 1767), cette compagnie administre directement l'île Bourbon qui lui est concédée par le roi de France Louis XIV, avec mission de mener une politique de peuplement, de mise en valeur des ressources locales et de défense. Elle y tient en outre les fonctions régaliennes de justice (conseil des notables), et a charge de lever les impôts. L'Île Bourbon fait office d'escale sur la route des Indes. L'administration de l'île est sous l'autorité d'un administrateur qui porte le titre de chef de poste (jusqu'en 1671), puis successivement de commandant ou de gouverneur (1671-1715).
Le , Étienne Regnault, commis aux écritures de Colbert, embarque de Brest à bord de l’un des vaisseaux de la flotte de Beausse qui comprend quatre navires : le Saint-Paul, la Vierge du Bon Port, le Taureau, l’Aigle blanc. Les vaisseaux font route vers Madagascar. La flotte fait escale à Bourbon (La Réunion) à Saint-Paul, en pour ravitailler les vaisseaux en eau potable et vivres frais. Étienne Regnault reste sur l'île accompagné d'une vingtaine d'hommes ; ce sont les premiers colons officiels ; ils s'installent à proximité de l'étang de Saint-Paul. Étienne Regnault est alors nommé le par les membres du conseil, commandant de Bourbon, une fonction qui le place comme représentant principal de l'autorité métropolitaine et chef de l'administration de la colonie. Très vite, le gouverneur s’emploie à développer l’île Bourbon en plantant des vignes, des patates douces, du coton, du chanvre et même du riz dans les terres aquatiques de l’Étang Saint-Paul et du sel à la « Pointe au Sel ».. En 1665, l'île Bourbon compte 30 à . La colonie est basée au camp Jacques à droite de l'embouchure de l'étang de Saint-Paul.
L'administration crée les premiers quartiers : Saint-Paul (1665), Sainte-Suzanne (1667), et Saint-Denis (1669). Elle exploite les richesses (tortues, gibier…) et accorde les premières concessions.
En , le Saint-Jean Baptiste appartenant à la flotte du marquis de Montdevergues, débarque 200 malades. Le père Louis Lanonino de Matos, cordelier portugais embarqué au Brésil, accepte l’invitation de Regnault de poser ses bagages dans l’île, qui n’avait pas de pasteur. Il fut le premier prêtre qui exerça le saint ministère durant trois mois à La Colonie. À son invitation, Regnault et les habitants s'empressèrent de construire sur les bords de l'Étang la première église de La Réunion.. La même année les cinq premiers mariages sont célébrés dans l’île.
En 1667 naît le premier enfant connu de Bourbon : Estienne Cazan. Le eut lieu le premier baptême de l'histoire de Bourbon, celui d'Anne Mousse, fille de Jean Mousse et Marie Caze, qui faisaient partie des Malgaches débarqués avec Louis Payen. La colonisation définitive de l'île commence avec l'arrivée des premiers colons français accompagnés d'une main-d'œuvre malgache qui n'est pas encore officiellement asservie. Les « serviteurs » sont au service des colons de la Compagnie des Indes.
En 1671, l'île Bourbon compte Prosper Ève, Naître et mourir à l'île Bourbon à l'époque de l'esclavage, Paris, L'Harmattan-Université de la Réunion, 1999, lire en ligne. Le , l'amiral Jacob Blanquet de la Haye prend possession de l'île.
En 1674, l'île Bourbon accueille les rescapés du massacre de Fort-Dauphin, et devient alors la seule escale française sur la route des Indes. L'île compte alors .. À la suite de ce massacre, en 1675, le gouverneur d'Orgeret doit faire face à une tentative de soulèvement de Noirs qui espèrent avoir le même succès. Mais le complot est découvert et les meneurs sont pendus. Cet évènement provoque l'insécurité et le manque de main-d'œuvre dans le milieu agricole. L'île connaît alors la famine. Pendant six ans, l'île va tomber dans l'oubli et la colonie va prospérer.
En , les citoyens de Bourbon élisent le père Bernardin de Quimper au poste de gouverneur. Ce capucin est arrivé dans l'île en , à bord du Saint-Robert, c'est le seul prêtre de Bourbon. Si les colons le choisissent comme gouverneur, c'est parce que l'homme est instruit.. Il essayera d'intéresser Louis XIV à l'île Bourbon.
En 1686, l'île Bourbon compte , dont libres, et 102 « domestiques » (esclaves).
Le , Henri Habert de Vauboulon embarque sur le Saint-Jean Baptiste, il vient d'être nommé gouverneur et grand juge à Bourbon par ordre du Roi.. Il réalise les premières concessions de terres en 1690 pour sécuriser les colons.
En 1699, un navire anglais propose ouvertement à la vente 16 esclaves, c'est le début de la traite négrière. Le gouverneur de La Cour accepte et prélève une dîme sur le prix de vente à son compte.
En 1700 : Versailles prend en considération cette escale sur la route des Indes. L'île est de plus en plus fréquentée.
En 1702, le gouverneur de Villers promulgue une ordonnance sur les châtiments. Cette ordonnance distingue les châtiments entre Blancs et Noirs pour les mêmes délits.
En 1704, un recensement à Bourbon dénombre ..
La culture du café
thumb|Esclaves cultivant le café dans une habitation agricole de l'île Bourbon (aquarelle attribuée à J. J. Patu de Rosemont, début du ).