Le français de Nouvelle-Calédonie, ou parler calédonien ou français caldoche, diffère du français de France ou de la métropole aussi bien par son accent que par ses emprunts aux différentes langues parlées dans la société néo-calédonienne. Ses caractéristiques tiennent ses influences du français (celui des colons, des fonctionnaires civils et militaires, des bagnards ou forçats, des déportés politiques, de droit commun et des communards, souvent imagé et parfois grossier, considéré aujourd'hui comme vulgaire, mais qui constitue la base du parler néo-calédonien), des vingt-huit langues vernaculaires kanak, du tahitien, du wallisien, du javanais, du vietnamien, du bichelamar (langue du Vanuatu) et de l'influence anglo-saxonne.

Situation sociolinguistique

La langue française est l'unique langue officielle de la Nouvelle-Calédonie, tout comme des îles Wallis-et-Futuna et de la Polynésie française.

Les Caldoches, qui représentent environ le tiers de la population totale du territoire (34,1 % en 1998Rapport parlementaire nº972 du 9 juin 1998 relatif à la Nouvelle-Calédonie présenté par Catherine Tasca.), parlent comme langue maternelle une variante de français différente de celle des Français venant de Métropole et installés temporairement en Nouvelle-Calédonie.

Quant aux ethnies mélanésiennes du territoire, les Kanaks (44,1 % en 1998), elles parlent plusieurs langues vernaculaires maternelles autochtones selon la région, mais elles utilisent le français de Nouvelle-Calédonie et de la Métropole comme langue véhiculaire entre elles, et pour communiquer avec les Calédoniens « blancs » et autres ethnies vivant sur l'archipel. Les jeunes mélanésiens utilisent de plus en plus fréquemment le français comme langue d'usage quotidienne au détriment des langues kanak, qui subissent une certaine attritition.

L'utilisation du français de Nouvelle-Calédonie dans les populations blanches, métis, mélanésiennes et autres est assez proche de celle de l'emploi de l'anglais en Australie et en Nouvelle-Zélande chez les habitants blancs ou aborigènes ou maori de ces pays proches (le français de Nouvelle-Calédonie est à la langue française ce que l'anglais australien et l'anglais néo-zélandais et autres territoires océaniens appartenant au Commonwealth est à la langue anglaise).

Histoire et influences

Français métropolitain La langue française arrive en Nouvelle-Calédonie en 1853 avec les missionnaires français, puis la colonisation et les prisonniers envoyés au bagne.

Tout comme l'Australie, la Nouvelle-Calédonie a connu un peuplement de bagnards, de déportés et de fonctionnaires civils et militaires de la Métropole et d'Afrique du Nord au : l'influence de ce peuplement se retrouve dans la langue d'aujourd'hui, dans plusieurs mots et expressions, et autres emprunts (même type d'influence lexicale pour l'anglais australien).

Les spécificités lexicales du français de Nouvelle-Calédonie peuvent être des mots étrangers ou bien des mots français mais qui sont très peu utilisés par les métropolitains ou d'une autre façon (exemple : « vieille » désigne « femme »). En réalité, de nombreuses expressions de ce "parler" ne sont pas spécifiques à la Nouvelle-Calédonie, mais y trouve un usage prépondérant dans certaines situations.

Anglais Une partie des colons installés au était d'origine anglo-saxonne (ayant transité par l'Australie, comme l'atteste la présence de familles aux patronymes d'origine britannique comme les Martin, à prononcer , ou les Daly, qui se prononce ). En 1860, , la ville est presque bilingue. Les journaux publient fréquemment des annonces en anglais, de nombreux échanges économiques ont lieu dans cette langue. En conséquence, l'influence de l'anglais est demeurée forte.

La présence des Américains, lors de la Seconde Guerre mondiale (mars 1942-septembre 1945), a apporté quelques prononciations et mots anglais (exemples : « bus » se prononce « beusse »; « coaltar » pour le bitume; ta-ta ou tata qui est un mot enfantin anglais pour dire au revoir, apparu en Angleterre en 1837). En 1953, O'Reilly note que , mais précise que de nombreux mots anglais ont disparu en français à l'époque.

D'autres termes usités en Nouvelle-Calédonie proviennent du pidgin English, une langue véhiculaire de contact basée sur l'anglais, utilisée au début de la colonisation entre les différentes populations autochtones et immigrées, par exemple kaï-kaï (manger, repas), pikinnini (petit enfant).

Langues kanak Il y a aussi des mots provenant des langues kanak, dont le plus connu est yossi du drehu, la langue vernaculaire de l'île de Lifou (une des îles Loyauté).

Autres langues d'Océanie Enfin, le parler calédonien a aussi intégré des expressions et façons de parler venues d'autres langues de la région Asie-Pacifique, notamment du tahitien (comme nana pour dire au-revoir ou réré qui désigne un travesti d'origine tahitienne) ou du wallisien.

Prononciation Les sons an se transforment généralement en ôn et, inversement, les sons on en ân. La tonalité subit un allongement phonétique, les a, les o, les an ont une tonalité basse, allongée, légèrement gouailleuse.

Le parler néo-calédonien est avant constitué par ses caractéristiques phonétiques et phonologique, et est lié à une culture « caldoche » qui a tendance à se perdre surtout à Nouméa. En brousse, il est encore bien marqué.

Expressions À bloc : Les Calédoniens disent à bloc de quelque chose pour indiquer une quantité importante. « Y avait à bloc de gadins (cerfs) dans les brousses ! » (« Il y avait plein de cerfs dans les brousses »).

Ahou, awou : Exclamation admirative ou soulignant le caractère exceptionnellement fort d'un évènement. D'origine mélanésienne. « Ahou toi pète un coup l'apéro ! » (« Allez, sers-nous l'apéro ») ou « Ahou fin colère moi quand j'ai astiqué les gôsses ! » (« Eh ben, j'étais énervé quand j'ai frappé les enfants »). Peut aussi exprimer la pitié ou la compassion : "Awouu, trop triste ton histoire" ou encore : "Awou, mais laisse, je vais faire la vaisselle, va t'allonger".

Ahoua, awa : , et non d'une adaptation de "Ah ouais !?". Elle était très employée par tous les Calédoniens pour exprimer la négation ou l'incrédulité, l'étonnement, aussi utilisée dans le même sens que « ah ouais ?, pas possible ? ah bon ? », mais tend à tomber progressivement en désuétude.

Allaize ! : Au revoir. Au téléphone : « ok, bân vous avez rendez-vous le tant, à telle heure hein ? ok ? allez ! » Il existe de multiples façons de dire au revoir en calédonien : « babaille, tata, nana… ». Ou encore « TAL TOUL..». Allez ! en est une.

Assurer : Souvent vu dans la phrase « Mais aaasssuuuuure toi.... » équivalent à « me lâche pas sur ce coup-là ».

Astiquer : Corriger ou réprimander (quelqu'un), ou dans le sens de « taquiner » quelque chose. Exemple: astiquer un cerf à coup de cartouches (chasser), astiquer la bouteille carrée (prendre l'apéro en forçant un peu), astiquer les gosses s'ils font trop de bruit. Pour une personne, se faire astiquer revient à se faire battre ou corriger. S'utilise aussi pour motiver « Allez ! Astique à fond !!! »

Baby-car : Transport en commun, assez ancien, synonyme de « beusse » ou de « car ». « Le baby-car viendra vous chercher à 8h00. »

Babylone : Babylone! est une interjection utilisée surtout par les mélanésiens pour exprimer surprise, contrariété, frayeur ou admiration.

Baille : La mer. « Je vais à la baille. »

Bambounière : Bosquet de bambous ou bambouseraie

Bande (La~) : « Hé la bande, il est bon ou quoi ? ». Salut tout le monde, comment ça va ?

Baraques : Trouve son sens dans l'histoire ; sont appelées baraques, les snacks ambulants que l'on trouve partout, indique souvent ceux du Quartier Latin, où l'on vendait (et on en trouve encore, mais elles tombent en désuétude) surtout du bami, porc au sucre, ... : « On va aux baraques. »

Barrer : S'en aller, partir. « oh tu barres où là hein ? ». Se dit aussi barrer en couille : décrépitude, perdre le bon sens ou la raison.

Bastringue : Bruit. « Quel bastringue ! »

Baver la canne : Terme imagé, "canne" signifiant "pénis" . Cette expression signifie "dire n'importe quoi", "délirer". "Bave pas la canne" est l'équivalent de "Ne dis pas n'importe quoi". Exemple : "Tu connais que Dédé il a tué 5 gadins ce matin" (Tu sais que Dédé a tué 5 cerfs ce matin) "Ah l'ônculé, bave pas la canne" (Ne dis pas n'importe quoi) Batman: Terme utilisé pour insulté quelqu'un mais tend actuellement de plus en plus vers une expression pour signifier la surprise ou le mystère/mystique ." " Monf regardes lui c'est un Batman "

Ben (~c'est ça, ~alors, ~là, ~tiens) : Exemple : « t'aimes le riz ? » « ben alors ! » « ben ça ! ». Vient aussi en réponse d'une affirmation : « tu connais que le boulanger de l'Anse Vata il est fin bân mais il ouvre taaard ! » « ben c'est ça ! » ou « ben c'est ça aussi ! » (« Tu vois, le boulanger de l'Anse Vata est excellent mais il ouvre tard », « C'est vrai! »). Sert à renforcer le propos.

Bétail : Brutal, c'est une brute. Bâcler quelque chose : « boulot d'bétail ! ». « Le dernier bétail j'lai traité quand il m'a dépassé par la droite ». Désigne aussi le troupeau (de bovins, en général).

Bétonneuse : Bétonnière. « La bétonneuse est en panne. »

Beusse : Autobus, synonyme de « Baby-car » ou « car ». « Je vais prendre le beusse. »

Biquette : Chèvre. « C'est une jeune biquette. »

Bleu : La couleur Bleu est souvent utilisée pour exprimer une très grande quantité ou une grande intensité. Par exemple. « C'est bleu de poissons sur la patate. » « Il a eu une pânse bleue »

Bois : Branche. « J'ai ramassé un bois. »

Bon : Prononcer bân. Signifie « Ça va ? ». On le retrouve dans « Il est bon ? » souvent « Il est bon ou quoi ? », « Oh Marcel…il est bân ou quoi ? » « Yes il est bân ! »). C'est aussi une autre façon de dire bonjour. C'est comme demander en une fois si la famille/les amis/le boulot/les enfants, etc. ... l'ensemble, globalement, « Il est bon ou quoi ? ».

Bosse : Colline. « J'ai monté la bosse. »

Boucan : « Magie Noire » locale. Un boucan peut avoir des formes diverses, mais le but du boucan sera toujours le même : nuire à la personne visée. Il peut être représenté (entre autres) par un ensemble de petites branches et de feuilles liées ensemble, avec toujours « d'autres choses », secrètes, rendant l'objet « maléfique ». On dira de quelqu'un victime d'un boucan qu'il est « emboucané ». Par dérivé, si quelqu'un a trop de chance (dans une situation, un jeu quelconque) on dira avec un petit sourire en coin : « Il joue avec les feuilles le copain... ».

Bouffer la gueule (se) : Cette expression, qui signifie embrasser passionnément (plus familièrement « Rouler une pelle ») , a perdu de son caractère grossier. Utilisé lorsque l'on voit des gens s'embrasser avec fougue dans la rue, ou dans des lieux publics « Allez… Bouffe la gueule ! ».

Boulette : Avoir la boulette. Être plein d'énergie. « Oh ! Boulette ou quoi ? ». Ça va ? T'as la forme ?.La seconde signification est la plus couramment retrouvé : augmenter quelque chose. " Boulette ,boulette le son ,couz !!! "

Bourrer : Baiser (faire l'amour). « J'ai bourré ma femme. » Aussi insulte généralement affectueuse : « Bourre-le ».

Bouteille carrée : Expression très utilisée pour désigner le whisky. Vient d'une marque célèbre d'Écosse (Johnny Walker) qui vend cet alcool dans une bouteille carrée. La bouteille carrée est aussi récupérée pour conserver l'eau au réfrigérateur. Récipient également apprécié des apiculteurs locaux pour y présenter leur miel.