vignette|Enfants utilisant des ordinateurs avec un professeur.
vignette|redresse=1.3|Un cours d'informatique.
L'inclusion numérique (ou e-inclusion) est un processus qui vise à rendre le numérique accessible à chaque individu et à lui transmettre les compétences numériques qui pourraient être un levier de son inclusion sociale et économique selon Brigitte Bouquet et Marcel Jaeger.
Ce processus comprend la mise en place d'un ensemble de politiques et stratégies qui ont pour but de mener à la création d'une société de l'information « inclusive », qui puisse profiter à toutes et à tous sans exclure des citoyennes et citoyens de communautés marginalisées. Ces politiques sont développées en prenant compte de la réalité sociale et économique des individus. Elles visent à mettre en place des moyens de contourner les exclusions numériques pour favoriser l'accès de toutes et tous. Cela peut se traduire à travers l'accès aux outils informatiques, l'éducation sur les technologies de l'information et de la communication (TIC), la formation et les apprentissages, etc., en visant l'autonomie des personnes dans l'utilisation des nouvelles techniques numériques.
L'inclusion numérique désigne donc les manières de lutter contre la fracture numérique, dans un contexte de dématérialisation des services publics. et de généralisation de l'accès à l'IA générative.
Définitions Société de l'information : Désigne un état de la société dans lequel les technologies de l'information et de la communication jouent un rôle essentiel.
TNIC : Technologies numériques d'information et de communication.
Fracture numérique : Ou inégalités sociales-numériques. Elle se traduit par un accès inégal aux technologies numériques, notamment en ce qui concerne la connectivité à l'internet et la disponibilité des appareils, ainsi que par des disparités en matière d'infrastructures, de compétences et d'accessibilité financière.
E-exclusion : Ou exclusion numérique. Phénomène d'exclusion des personnes souffrant de la fracture numérique.
Illectronisme : Ou illettrisme numérique ou inhabileté numérique. Décrit les situations de non-usage ou de mésusage dues à un manque de compétences proprement numériques (habiletés techniques : manipulation des objets, des interfaces, des applications, etc.). De plus, la maîtrise des opérations de manipulations symboliques (habiletés culturelles : lecture, apprentissage, classement, raisonnement, etc.), n'est pas propre à l'informatique, mais est un préalable nécessaire pour cadrer les pratiques numériques.
Capital numérique : Ou capital technoculturel ou techno-capital ou capital informatique. Le capital numérique fait partie du capital culturel et est lié aux origines sociales. C'est ce qui se transmet dans les familles sur l'usage de l'informatique. Origines et historique du concept Avec l'essor d'Internet dans le milieu des années 2000 et la montée en puissance des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui envahissent tous les secteurs de la vie sociale, professionnelle ou culturelle dans les pays développés, la fracture numérique est bien concrète. Celle-ci se présente sous trois types. Tout d’abord, on trouve la fracture de premier degré, dite « instrumentale. », qui implique l’accès à l’équipement et au matériel permettant d’utiliser les TIC. La fracture de second degré consiste en l’ensemble de connaissances préalables à l’utilisation des TIC. Elle repose donc sur la littératie numérique de l’utilisateur. Enfin, différents facteurs sociaux peuvent nuire à l’inclusion numérique, renforçant davantage la désaffiliation et la fracture sociale.
Au niveau mondial, la fracture numérique est plus importante dans les pays en développement, où environ 19 % de la population utilisaient en 2019 les technologies de l’information et de communication. L’écart est plus marqué dans les régions rurales en raison du manque de financement pour l’installation et la gestion d’un réseau Internet accessible.
L’expression « fracture numérique » est progressivement tombée en désuétude au profit d'« inclusion numérique », un concept largement utilisé aujourd’hui.
Dans le contexte actuel, les personnes qui peuvent se payer ou avoir accès à un équipement et un réseau Internet disposent d'un privilège d'accessibilité à des outils et des services. Ceux qui n'ont pas d'équipement ou de lieu équipé accessible pour utiliser les techniques numériques sont, par opposition, en situation de désavantage. Cependant, même les individus disposant d'un accès à des infrastructures appropriées peuvent se trouver en situation de désavantage s'ils ne disposent pas des compétences nécessaires à l'utilisation des outils numériques et à une utilisation positive d'Internet.
Outre les obstacles mentionnés, les inégalités numériques ne sont pas uniquement la conséquence d’un problème d’accès à de l’équipement numérique ou encore à une difficulté de connexion à Internet. Bien souvent, elles découlent des inégalités sociales préexistantes, qui comme l'écrit Fabien Granjon, s'effacent derrière le sujet des inégalités numériques quand celui-ci est abordé. Il en va de même pour les disparités au niveau des TIC. Celles-ci ont plusieurs aspects : critères d’accès, type de savoir-faire, nature et usage des TIC, entre autres.
Europe La Commission européenne s'est intéressée au sujet dès 2004. Le , la Charte européenne pour l'inclusion numérique et sociale. est créée pour un « environnement d'e-learning socialement inclusif », écrite dans le cadre de l'action eLearning for eInclusion soutenue par l'initiative eLearning de la Commission européenne et animée en France par le Groupement d’établissements publics d’enseignement (GRETA) du VelayConsulter la page du site Internet du ministère de l'Éducation nationale qui explique ce qu'est un GRETA et l'Enesad.
En , la Commission européenne a mis en place un programme d’action en faveur de l’inclusion numérique, dans le cadre de la « Déclaration de Riga », intitulé « Les TIC pour une société inclusive ». Ce programme reconnaît le rôle important que jouent les techniques numériques dans l'amélioration de la vie des individus (meilleur accès à l'emploi et à la formation, amélioration des connaissances, une réduction des difficultés liées à la mobilité ou à l'éloignement, etc.). Par la suite, la Conférence de Lisbonne () "Ministerial Debate on e-Inclusion" fut l'occasion pour l'Union européenne d'adopter une stratégie commune en matière d'inclusion numérique. Le slogan de la conférence « E-inclusion: Be part of it! » reflétait l'ambition des participants : sensibiliser au thème de l'insertion du numérique et faire de la question de l'intégration de tous et toutes à la société numérique un enjeu de taille. Le groupe d'experts eEurope (créé en ) réaffirme alors l'importance du numérique comme facteur d'inclusion sociale et numérique dans un monde où il joue un rôle central. Le groupe pointe également du doigt l'inefficacité des politiques actuelles en direction du numérique, qui se concentrent plus sur des enjeux quantitatifs, mais pas assez sur la dimension symbolique et sociale que recouvrent les TIC.
Plus récemment, la démocratisation d'Internet et la hausse de l'accessibilité aux équipements ont permis à la majorité de la population de se saisir des techniques numériques. Or, la fracture numérique de premier degré et surtout de second degré est toujours là et le concept d'inclusion numérique est toujours d'actualité malgré les avancées en matière d’équipement, de connexion et de mode d'usage des nouvelles technologies.
France Selon une étude réalisée par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) réalisée en 2013, un cinquième de la population française n'a pas accès à Internet, et ce taux atteint 40 % pour les Français qui vivent avec moins de , ou pour les personnes âgées.
En 2015, l'Agence du numérique a été créée en France pour faire converger les actions de l’État relatives au numérique. Placée sous la tutelle du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et du secrétaire d’État chargé du Numérique, son action, s’inscrit dans le cadre du plan « France numérique 2012 » qui vise à faciliter l’équipement et l’accompagnement des foyers, en particulier ceux qui restent en retrait de l’utilisation du numérique (personnes âgées, familles ou personnes précaires, à faible niveau d’éducation ou sans emploi, etc.)..
En 2017, le gouvernement décide de mettre en place un « plan d'inclusion numérique » porté par Mounir Mahjoubi, alors Secrétaire d'État chargé du Numérique, pour répondre aux de Français en difficulté avec le numérique.. Ce plan est élaboré dans le cadre de la Mission Société Numérique qui propose un ensemble de services et de ressources à destination des collectivités territoriales et des aidants numériques dans le but d'accompagner la transition numérique des territoires en matière d’usages, d’accès aux droits et de services. L'initiative de cette stratégie nationale du numérique aboutit également à la formation de groupes de travail répartis sur quatre thématiques visant à identifier les publics sujets à une exclusion numérique et à les orienter grâce à des parcours adaptés, former et territorialiser l'offre de médiation, soutenir économiquement les acteurs et enfin partager des exemples de bonnes pratiques afin de montrer la voie aux territoires..
Dans les collèges et lycées, les professeurs documentalistes opèrent comme médiateurs des savoirs et des pratiques informationnels, conformément à la conception de la médiation numérique, comme instance tierce facilitant l'appropriation des environnements numériques. Une de leurs fonctions est de réduire les inégalités scolaires et sociales par l'ouverture égalitaire aux ressources, l'initiation aux compétences info-documentaires et l'accompagnement individualisé. Ils interviennent sur les différentes dimensions du capital numérique (objectivé, incorporé, institutionnalisé) (Granjon). Le professeur documentaliste possède également une fonction pédagogique en Education aux médias et à l'information (EMI). Il développe chez les élèves une approche critique, réflexive et autonome des dispositifs socio-numériques, dépassant ainsi la seule maîtrise instrumentale. En somme, tel que définit par sa circulaire de mission de 2017, il constitue le vecteur institutionnel de la médiation numérique scolaire en œuvrant simultanément à l'accompagnement des usages, à la réduction des inégalités de capitaux numériques (en effet, certains élèves n'ont pour outils de travail numérique que ceux du CDI ou de l'établissement) et à la formation critique des élèves (par exemple sur les fake news).
En 2020, sur les 908 millions d'euros du plan de relance alloués à la transformation numérique du territoire français, 250 millions sont consacrés à l'inclusion numérique.. L'objectif de cette enveloppe financière est de permettre d'une part le déploiement d'outils simples pour faciliter les démarches administratives mais également de recruter et former des aidants numériques à la portée de tous afin de lutter contre l'illectronisme et l'exclusion numérique.
Cet historique permet de rendre compte que, malgré l'évolution et la multiplication des accès au numérique, il existe encore des personnes marginalisées qui ont besoin d'être accompagnées.
La France et l'Union européenne En 2012, le département du Val-de-Marne investit 7 millions d’euros dans la transformation numérique des établissements scolaires. Chaque élève entrant en classe de sixième reçoit un ordinateur qui doit lui permettre de travailler à la maison et à l’école. L’ensemble des collèges publics mais aussi privés bénéficient de ce dispositif. L'État français a investi près de 3 millions d'euros dans le projet..
Pour soutenir cette démarche en faveur du développement d’une culture du numérique, le département du Val-de-Marne accompagne également les jeunes et la communauté éducative et culturelle.