L’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe est située à Saint-Savin dans le département de la Vienne. Elle est inscrite sur le patrimoine mondial de l'Unesco car elle abrite un ensemble de peintures murales romanes très complet et bien conservé.

Historique La fondation et les premières années La charte de fondation de l'abbaye ayant disparu lors des guerres de religion en 1598, la date de sa fondation reste imprécise mais celle-ci est fondée sous Charlemagne au début du . Elle fut édifiée pour les saints Savin et Cyprien dont on ignore beaucoup de choses encore aujourd'hui. Au , est créé l'ouvrage La Passion de saint Savin et saint Cyprien qui tient surtout du genre épique.

D'après la tradition, c'est au que deux frères, Savin et Cyprien, qui fuyaient la Macédoine où ils étaient persécutés car ils étaient chrétiens, furent finalement rejoints sur les bords de la Gartempe. Ils y furent martyrisés et décapités. Savin fut inhumé par des prêtres non loin de la ville actuelle, en un endroit appelé Cerisier, d'où son surnom « Savin de Cerisier ».

Trois siècles plus tard, les reliques des deux martyrs ayant été retrouvées sur les lieux de leur massacre, Badillus, clerc à la cour de Charlemagne, décida d'y fonder une église abbatiale pour y conserver les précieuses reliques. Saint Benoît d'Aniane, en 821, y fit appliquer la règle de saint Benoît et y fit installer une vingtaine de moines. Il désigna l'abbé Eudes , qui fit construire la première église.

Une période de prospérité de trois siècles En 1010, Aumode, comtesse du Poitou et d'Aquitaine, fit un don considérable à l'abbaye pour le salut de son âme et celui de sa famille. Cette somme d'argent permit de construire l'église abbatiale actuelle. La construction et la décoration durèrent de 1040 à 1090 sous la direction des abbés Odon et Gervais. C'est au cours de ces travaux qu'on redécouvrit l'ensemble des reliques de l'abbaye enfouies un ou deux siècles plus tôt, peut-être lors d'incursions normandes. De cette époque date le dépôt d'un extraordinaire verre bleu cobalt utilisé comme reliquaire, retrouvé en 1866 par l'abbé Lebrun lors d'un changement d'autel. Ce précieux vase est l'unique spécimen conservé intact connu à ce jour, d'une production de prestige fabriquée quelque part en Europe occidentaleDominique Simon-Hiernard, « Le vase de Saint-Savin : un exceptionnel verre médiéval au musée Sainte-Croix de Poitiers », in Revue du Louvre et des Musées de France, 2000-1, . Ead., « Le verre bleu de l'abbaye de Saint-Savin au musée de Poitiers, témoin rarissime d'une production carolingienne de prestige en Europe », à paraître dans Le Picton, 2018.

Au , le comte Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, finança la construction des bâtiments conventuels.

Durant de très nombreuses années, Saint-Savin est restée l'une des plus influentes abbayes de France.

Un lent déclin La guerre de Cent Ans sonna le glas de la prospérité du monastère qui changea plusieurs fois de mains (Anglais, Français, le Prince Noir). En 1371, le Prince Noir de Galles met à feu et à sang le monastère.

Durant les guerres de religion, catholiques et protestants se disputèrent sa possession. Elle fut dévastée d'abord par les huguenots en 1562 et 1568 qui incendièrent les stalles médiévales, les deux orgues, les reliques, les archives et la charpente, puis par l'armée royale en 1574. Ensuite, des abbés laïcs furent nommés. Ceux-ci étaient plus soucieux de percevoir les revenus de l'abbaye que de faire entretenir les bâtiments. Vers 1600, un de ces abbés, le vicomte de la Guerche, fit démanteler les bâtiments pour en vendre les pierres ; c'est ainsi que disparurent en grande partie les bâtiments conventuels et le cloître.

À partir de 1611, un de ces abbés, Henri de Neuchèze, chassa les moines et s’installa dans l’abbatiale dont il fit son logis. Il en fut, à son tour, chassé sur ordre du roi Louis XIII en 1640.

Une première renaissance vignette|L’abbaye en 1688, planche gravée du Monasticon Gallicanum.

C'est aussi en 1640 que l'installation par le roi de religieux de la congrégation de Saint-Maur venus de l'abbaye de Nouaillé permit de mettre fin à cette longue période de destruction.

Entre 1682 et 1692 commencèrent la restauration de l'abbatiale et la construction de nouveaux bâtiments conventuels. Les moines participent à sauver les murs de l'église. Ils la modernisèrent en remplaçant les autels et en construisant des bâtiments monastiques contemporains. Durant un siècle, l'abbaye retrouva sa fonction première jusqu'à la Révolution française.

En 1792, l'église abbatiale devint une église paroissiale et les quatre derniers moines quittèrent l'abbaye. Les bâtiments conventuels devinrent logement d'instituteur, gendarmerie jusqu'en 1971, et le cloître devint le théâtre de fêtes révolutionnaires.

En 1820, la foudre détruisit en partie la flèche du , située au-dessus de la tour-porche. Elle s'effondra sur la toiture de l'abbatiale, ce qui lézarda la voûte de la nef sur toute sa longueur.

Une deuxième renaissance En 1833, à la suite d'une visite d'Alexis de Jussieu, préfet du département, au moment où le maire faisait boucher une fissure de la nef et badigeonner les peintures murales, l’alerte fut donnée par celui-ci auprès du premier inspecteur général des monuments historiques, Ludovic Vitet. On prit alors conscience de la valeur de Saint-Savin et sa sauvegarde fut entreprise. Prosper Mérimée, deuxième inspecteur général des monuments historiques, para aux restaurations les plus urgentes dès 1836.

Dans un appel adressé à François Guizot, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, Prosper Mérimée écrira le : ..Pendant dix ans, Prosper Mérimée devra se battre pour la protéger de la destruction ou de la détérioration par des restaurateurs abusifs.

En 1840, l’église fut classée, et de nombreuses restaurations des maçonneries furent entreprises pour mettre hors d’eau le bâtiment et ainsi stopper la dégradation des peintures. Ainsi en 1849, grâce à Mérimée, elle est considérée comme provisoirement sauvée.

En 1877, la flèche est restituée par l'architecte Jean Camille Formigé, qui intervint aussi sur l'église Sainte-Radegonde de Poitiers pour la construction du buffet d'orgues.

De 1967 à 1974, des restaurations ont été effectuées, sur la voûte de la nef et sur ses peintures, dans les cryptes, le chœur et sur la tribune.

L'abbatiale fut inscrite par l'UNESCO sur la liste du Patrimoine mondial en 1983 et, en 2006, fut créé de l'Établissement public de coopération culturelle de l'abbaye de Saint-Savin sur Gartempe et Vallée des fresques, chargé de la gestion touristique et économique de ce site unique en Europe.

L'ensemble abbatial et ses peintures ont connu un important chantier de restauration entre 2005 et 2008 pour améliorer la conservation des peintures (éclairage par fibres optiques, restauration des peintures, réfection des vitraux…) et l'accueil des visiteurs.

L'église abbatiale vignette|L'église abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe. vignette|droite|Plan de l'église abbatiale de Saint-Savin, dressé par Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du , .

L'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe est caractéristique de la maturité du style roman. L'abbatiale Notre-Dame est connue pour ses peintures murales mais elle est aussi une référence en architecture avec une nef visant à la magnificence. Elle crée une symbiose entre architecture et peinture murale, chapiteaux et autels, caractéristique des églises romanes.

L'église abbatiale est classée monument historique depuis 1840, c'est-à-dire depuis la création de la protection patrimoniale en France par Prosper Mérimée..

L'architecture extérieure De manière générale, la construction est datée du . On trouve trois campagnes de constructions : la première dans la première moitié du a vu la construction du transept puis du chœur ; une deuxième campagne à la fin du concerne la construction des trois premières travées de l'ouest ; une dernière campagne vers 1090 a permis l'édification du clocher-porche puis des six dernières travées de la nef.

L’église est bâtie selon un plan en forme de croix latine, ce qui était la règle pour les églises romanes. La croix est tournée vers l’est pour indiquer aux fidèles le levant, la lumière, symboles du Christ..

Elle frappe par l'ampleur de ses dimensions : de longueur totale, de hauteur pour la flèche et de longueur pour le transept.

Elle commence à l'ouest avec un clocher porche. Il a été plaqué sur la première façade de l'abbatiale. Le clocher, carré, décoré d'arcatures, a été couronné au de deux étages percés de baies. Il est surmonté d'une haute flèche à crochets, pinacles et parapet, datée du , très restaurée au .

La nef a trois vaisseaux qui comporte neuf travées. Le transept vient dans la continuité, long et étroit. Le bras sud est plus court que le bras nord car les bâtiments monastiques y étaient accolés. Des chapelles orientées sont jointes sur chacun des bras.

Le transept se caractérise par son aspect austère. Le soubassement de ses deux chapelles orientées sont dépourvues d'arcatures et leur unique fenêtre est décorée seulement d'un cordon d'archivolte. Au-dessus d'elles, s'élèvent les hauts murs du transept renforcés d'étroits contreforts et percé de fenêtres non ébrasées.

Le chevet est caractérisé par l'étagement des volumes du déambulatoire avec ses cinq chapelles rayonnantes de même hauteur et des volumes du sanctuaire. L'unité du premier niveau est souligné par la présence, au soubassement, d'une arcature aveugle continue. Les courbes dominent. Les fenêtres sont surmontées par des archivoltes moulurées et elles sont encadrées par des colonnettes. En revanche, l'austérité règne au niveau supérieur. Les murs sont articulés en pans coupés. Ils sont renforcés par de petits contreforts et les fenêtres, non ébrasées, sont dépourvues de décor. Cette modification des traitements des différentes parties du chevet n'est pas connue : changement du parti pris en cours de construction, volonté de hiérarchiser les volumes ?

Le porche et l'avant-nef Le porche n'est pas perpendiculaire au transept. Il est désaxé. En effet, il restait l'ancienne nef carolingienne entre eux deux lors de sa construction, ce qui ne permettait pas d'évaluer les distances et l'axe de construction.

Le premier niveau de l'avant-nef est couvert d'une voûte en berceau plein cintre doublé par deux grands arcs-doubleaux.

Au tympan qui surmonte la porte donnant accès à la nef figure un grand Christ en gloire en pierre, assis sur un trône, dans une mandorle circulaire. Il ouvre les bras comme pour accueillir les fidèles et les bénir de la main droite à la manière byzantine, c'est-à-dire pouce et annulaire joints. À sa droite, deux anges présentent la croix, un des instruments de la Passion du Christ.

Sur la première voussure, par groupe de trois, douze anges adorateurs se prosternent devant le Christ et douze apôtres (six ont disparu) sont représentés assis sur des globes, tenant un livre.

Sur la deuxième voussure, l'iconographie se lit de la droite vers la gauche :

la Vierge à l'Enfant encadrée par deux anges qui l'encensent est assise sur un trône. À sa droite se trouvent l'abbé et la communauté monastique de Saint-Savin. À sa gauche, de gauche à droite, quatre grands personnages ayant un rapport avec l'histoire de l'abbaye, se présentent à elle : Charlemagne, Louis le Pieux, saint Benoît d'Aniane et Guillaume V comte du Poitou et duc d'Aquitaine ;