L’escadron des cent-gardes à cheval, couramment appelé lescadron des cent-gardes ou plus simplement les cent-gardesOn trouve fréquemment une majuscule à « Cent-gardes », voire deux pour « Cent-Gardes ». Toutefois, tous les documents officiels de l'époque les concernant, de leur création en 1854 à leur dissolution en 1870, sont systématiquement orthographiés « cent-gardes ». C'est également cette forme sans majuscule(s) qui est donnée dans le Grand Larousse encyclopédique Lire en ligne et donc reprise dans cet article., était un corps de cavalerie d’élite du Second Empire, attaché exclusivement à la personne de l’empereur Napoléon III. Créé par un décret impérial en 1854, il sera dissous en après la défaite de Sedan.Constitué exclusivement de cavaliers expérimentés de grande taille, l'escadron des cent-gardes escortait à cheval l'empereur dans ses apparitions publiques, et assurait sa garde et celle de sa famille dans les palais impériaux et au cours de leurs déplacements. Leur haute stature et leur brillant uniforme leur conféraient un très grand prestige : « Les Parisiens qui ont vécu sous le Second Empire n'oublieront pas l'effet décoratif que produisaient les cent-gardes, soit lorsque, sur leurs magnifiques chevaux noirs ou bai-bruns, ils escortaient l'empereur, soit lorsque, les soirs de grands bals aux Tuileries, ils apparaissaient, immobiles comme des statues, avec leur casque et leur cuirasse, sur chaque marche de l'escalier d'honneur. ».
Constitution de l'escadron Origines thumb|Banquet fraternel réunissant cent-gardes et Horse guards en août 1855. Les cent-gardes furent les ultimes héritiers des gardes rapprochées des monarques de France qui se succédèrent de 1192 à 1830<ref>Sieur De La Tour, Précis historique des différentes gardes des Rois des François, Paris, 1760 Lire en ligne</ref>. Ce furent les Sergents d'arme, la Garde écossaise, les Cent-Suisses, la Garde du corps du roi, les gentilshommes au bec de corbin, les Quarante-cinq, etc. Les Gardes du corps et les Suisses, derniers corps en fonction à l'époque, furent supprimés par Louis-Philippe le 11 août 1830.
En établissant le Second Empire le 2 décembre 1852, Napoléon III désirait égaler les fastes du Premier Empire en se constituant une cour somptueuse et en s'entourant d'une Maison militaire, puis d'une Maison civile, inspirées des anciennes Maison royales. Il souhaitait également, non seulement reconstituer la Garde impériale du Premier Empire, mais aussi créer un prestigieux corps d'élite chargé de sa protection personnelle, inspiré des Life Guards et des Blues and Royals de la Household Cavalry britannique qui l'avaient ébloui durant son exil en Angleterre.
Effectifs et organisation
vignette|Prise d'arme de l'escadron des cent-gardes au camp de Châlons en 1857.
L'escadron des cent-gardes a été créé par un décret impérial en date du 24 mars 1854Décret du 24 mars 1854 publié in Le moniteur de l'armée du 16 juin 1854.La Garde impériale ne sera créée que le mai suivant., signé par l'empereur et contresigné par Achille Fould, ministre d'État, et le maréchal Vaillant, ministre de la Guerre. Originellement il était constitué par : onze officiers : un lieutenant-colonel ; un chef d'escadron ; un capitaine-major ; un capitaine ; deux lieutenants ; quatre sous-lieutenants et un vétérinaire. cent trente-sept hommes de troupe : un adjudant ; un maréchal des logis-chef ; huit maréchaux des logis ; un maréchal des logis fourrier ; douze brigadiers; trente gardes de , quatre-vingt gardes et quatre trompettes. effectif complémentaire : trois maréchaux-ferrants et soixante-dix palefreniers.
Le premier commandant, le lieutenant-colonel Lepic, et les officiers furent nommés par un décret en date du 26 avril de la même année. Le 13 mai 1854, l'escadron est rattaché à la Maison militaire de l'empereur. Il dépend du grand maréchal du palais qui assure la fonction d'inspecteur général permanent du corps. C'est lui qui règle le service et l'administration. Il nomme les sous-officiers sur proposition du chef de corps. Le ministre de la Guerre décide de la nomination et de l'avancement des officiers, des mutations et des décorations.
Dès le 29 février 1856, un second décret modifiait la composition des effectifsDécret impérial du 29 février 1856 in Recueil général des lois et des arrêts, Volume 35, .. dix officiers : un chef d'escadron ; un capitaine ; deux lieutenants ; quatre sous-lieutenants, un médecin aide-major et un vétérinaire. cent trente-huit hommes de troupe : deux adjudants ; un maréchal des logis ; un maréchal des logis fourrier ; seize brigadiers ; cent cinq gardes, un brigadier-trompette et quatre trompettes. effectif complémentaire : trois maréchaux-ferrants et cent palefreniers.
À la suite de l'attentat perpétré par Felice Orsini le 14 janvier 1858, qui blessa ou tua douze des vingt-huit lanciers de l'escorte de l'empereur, un nouveau décret, publié le 17 mars 1858Décret impérial du 14 janvier 1858 in Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements, et avis du Conseil d'État T58 ., réorganisa et augmenta considérablement l'escadron qui s'articula désormais en un état-major et deux compagnies, pour un total de treize officiers et deux cent huit hommes de troupe : un état-major comprenant : un officier supérieur commandant l'escadron, un capitaine adjudant-major, un capitaine major, un médecin (major ou aide-major), un vétérinaire, deux adjudants, un brigadier-trompette, un brigadier-maréchal, deux brigadiers secrétaires. deux compagnies comprenant chacune : un capitaine-commandant, un lieutenant, deux sous-lieutenants, un maréchal des logis-chef, un maréchal des logis fourrier, six maréchaux des logis, douze brigadiers, soixante-quinze gardes dont vingt-cinq démontés, deux trompettes, deux maréchaux-ferrants, un ouvrier tailleur et un ouvrier sellier.
À la demande du colonel Verly, un quatrième et dernier décret, en date du 25 juillet 1869, modifia légèrement la composition de l'encadrement, deux lieutenants remplaçant deux sous-lieutenants.
À la suite de la défaite de Sedan, l’escadron sera dissout le 5 octobre 1870 par le décret du gouvernement de la Défense nationale, promulgué à Paris par le général TrochuDécret de dissolution de l'escadron des cent-gardes.. Les officiers, sous-officiers, brigadiers et cavaliers furent versés au de marche de cuirassiers dont ils formèrent le premier escadron.
Au total, 533 sous-officiers et gardes servirent dans l'escadron au cours des seize années de son existence.
Commandement
vignette|Le colonel baron Verly.
Commandants en chef
Les cent-gardes n'eurent que deux commandants. C'est tout d'abord le lieutenant-colonel Jacques Félix Auguste vicomte Lepic (1812-1868), du au 20 février 1856. Issu de l'école spéciale militaire et de l'école de cavalerie de Saumur, il sert au , aux spahis algériens puis au . Après avoir été brièvement officier d'ordonnance du ministre de la Guerre, il est affecté aux chasseurs à cheval avant de prendre le commandement de l'escadron des cent-gardes pour vingt-deux mois. Il devient ensuite colonel, puis général de brigade quelques mois avant son décès en 1868.
Lui succède le colonel baron Jacques Albert Verly (1815-1883), du 21 février 1856 au 2 septembre 1870. Né à la Jamaïque, il est simple élève-cavalier à l'école de cavalerie de Saumur de 1833 à 1834, puis gravit progressivement tous les grades de sous-officier avant d'être nommé sous-lieutenant au de chasseurs en 1843. Devenu lieutenant, il entre aux guides d'état-major, puis est promu capitaine en 1852 avant d'être nommé capitaine-commandant des cent-gardes le 21 février 1856. Il termine sa carrière au grade de colonel dans cette unité. Il reçoit le titre de baron en 1867 et est élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur le 24 décembre 1869Base Léonore. Fait prisonnier avec l'empereur le 2 septembre 1870 à Sedan, il est mis en retraite d'office durant sa captivité, en totale contravention avec les lois en vigueur à l'époque. Le colonel Verly était très apprécié : .
Le commandant des cent-gardes dépendait de l'adjudant général du Palais, qui fut le général Alexandre Alban Rolin jusqu'au 11 juillet 1868, suivi du général Charles Malherbe jusqu'au 14 mai 1870 et enfin du général de Courson de la Villeneuve, de cette date jusqu'à la fin de l'Empire. L'adjudant général du Palais dépendait du grand maréchal du Palais Jean Baptiste Philibert Vaillant (1790-1872) qui avait la charge de la Maison militaire de l'empereur.
Commandants en second
De la création du corps jusqu'en 1858, les deux commandants en chef furent assistés par un seul capitaine-commandant. À la suite de la réorganisation du 17 mars 1858, la substantielle augmentation des effectifs conduisit à articuler l'escadron en un état-major et deux compagnies, commandées chacune par un capitaine-commandant : 1855 : Joseph Hildevert Amédée Laurans des Ondes (1811-1859) 1856 puis 1859-1861 : Jules Auguste Michel Despetit de La Salle (1827-1899)La Salle fut temporairement rétrogradé « capitaine en deuxième » en 1857-1858, lorsque le poste fut occupé par Junqua. Il termina sa carrière au grade de général de division. 1857-1858 : Arnaud Ernest Junqua (1816-1893)Junqua était un colosse mesurant . En 1855, alors qu'il était encore capitaine au de cuirassiers de la Garde impériale, la reine Victoria en visite à Paris s’était arrêtée devant lui en s’exclamant « Oh ! le bel officier ! » Le Figaro, 5 février 1893. 1859 : Adrien Charles Bignon (1827-1895)Il termina sa carrière au grade de général de division. Il a été élevé à la dignité de commandeur de la légion d'honneur 1860-1863 : Joseph Charles Alexis Alfred Innocenti (1824-1893)Il finit sa carrière général de brigade. Il mesurait 1,87m 1862-1864 : Henri Pierre Marie Clairin (1823-1886) 1864-1868 : Jean Jules Bousson (1834-1906)Il mesurait 1,91m. Il termina sa carrière au grade de général de brigade 1865-1870 : Paul Félix Edmond Brincourt (1828-1870) 1869-1870 : Charles Schürr (1825-1891)
Fonctions L'article premier du décret de 1854 indique laconiquement le motif de la création de l'escadron : « Un corps de cavalerie d'élite est affecté à la garde de notre personne et au service intérieur des palais impériaux. » Dès le décret de 1856, cette garde est étendue à la famille de l'empereur, et les attributions des cent-gardes sont précisées : « L'escadron des cent-gardes à cheval, institué par notre décret du 24 mars 1854, est affecté à la garde de notre personne, à celle de l'impératrice notre bien aimée épouse et à celle des Enfants de France. Il sert, en conséquence, d'escorte aux personnes ci-dessus désignées toutes les fois que l'empereur l'ordonne, et il est exclusivement chargé de fournir les postes et factionnaires placés à l'intérieur des palais impériaux. »
Recrutement Les officiers étaient choisis parmi l'élite des troupes de cavalerie. Les sous-officiers et gardes devaient satisfaire à plusieurs critères : outre une conduite et une moralité irréprochables, ils devaient avoir un minimum de trois ans d'ancienneté dans leur corps d'origine, avoir une durée d'engagement à effectuer également de trois ans et posséder un grade de sous-officier. La prestance était aussi indispensable : ils devaient mesurer au minimum à la création du corps en 1854, ce qui était une taille élevée à l'époque.
Après sa prise de fonction en 1856, le colonel Verly s'attacha à développer le niveau d'instruction générale du corps. Savoir lire et écrire correctement furent ajoutés aux critères de sélection. Un professeur de français, affecté à l'escadron, donnait des cours pendant les heures de service.
À la réorganisation du corps en 1858, les conditions d'admission furent modifiées : les simples cavaliers pouvaient postuler et les sous-officiers candidats devaient abandonner leur grade. L'ancienneté requise était réduite à deux ans, mais la taille minimale était portée à .
Casernement