Le vaudois est un dialecte du francoprovençal, ou arpitan, parlé en Suisse, dans le canton de Vaud. Bien que langue véhiculaire locale jusqu'au , le nombre de locuteurs a fortement baissé depuis le siècle précédent. Au , le vaudois survit toujours notamment grâce à l'action d'associations et d'auteurs en francoprovençalLe patois vaudois sur arpitan.ch..

Dénomination L'expression patois vaudois est un exonyme de langue française désignant le dialecte arpitan parlé dans le canton de Vaud.

En vaudois, la traduction exacte de patois vaudois serait patâi vaudâi. Or le mot vaudâi désigne un sorcier, tandis que patâi a une sonorité très proche de patet, qui signifie pataud, ennuyeux. C'est pour éviter une confusion embarrassante que le termes français patois et vaudois sont utilisés en vaudois, souvent orthographiée patoi vaudoi.

Historiquement, les Vaudois disent parler le roman ou reman.. Cette expression semble tombée en désuétude, et pour faire référence à leur langue, les locuteurs du vaudois utilisent volontiers une formule comme : (notre vieux langage).

Répartition géographique Le patois vaudois est un dialecte de l'arpitan.

Bien que parlé uniquement dans le canton de Vaud, le patois vaudois connaît une certaine hétérogénéité en raison de l'éloignement des différentes régions entre elles. Ces variétés de patois forment un continuum dialectal.

Les patois des régions périphériques du canton de Vaud sont proches de leurs voisins extra-cantonaux. Le patois de La Côte s'apparente au patois genevois. Le patois Ormonan est proche des autres dialectes arpitans valaisans. Le patois de la vallée de la Broye partage des traits communs avec le patois fribourgeois. Selon Maurice Bossard, le patois de la Vallée de Joux se distingue par son archaïsme.

De la même manière, les patois du centre du canton ne sont pas homogènes. Les patois du Gros-de-Vaud et du Jorat sont proches, mais ils s'éloignent du patois de la région de Vevey et Montreux.

Au , la désignation patois vaudois fait surtout référence à la variété du Jorat, aussi appelée joratois ou dzoratâi en patois. C'est la variété qui a le mieux résisté au temps, qui a été la plus écrite, et qui s'est diffusée parmi les néo-locuteurs. Pour cette raison, le joratois est parfois considéré comme le patois vaudois classique.

Nombre de locuteurs En 2017, le président de l’Association vaudoise des amis du patois, Bernard Martin, estime qu'il ne subsiste dans le canton qu'une trentaine de personnes qui écrivent et parlent le patois vaudois, et peut-être 200 qui s’y intéressentIls veulent redonner vie au patois vaudois, 24 Heures, 24 septembre 2017.

En 2022, Ariane Devanthéry, responsable patrimoine mobilier et immatériel du Service des affaires culturelles du canton de Vaud, estime que le canton de Vaud compte . Selon elle,

Histoire

Antiquité et Moyen-Âge Le patois vaudois est issu du latin parlé en Helvétie par les romains et la population de langue celtique. Inexistants dans le latin de Rome, de nombreux mots celtiques sont passés dans le latin local, notamment des termes toponymiques, la végétation et les animaux, parfois aussi des noms d'outils agraires ou domestiques.

Au , les Burgondes envahissent la Suisse romande, la Savoie, la région Lyonnaise et le sud de la Bourgogne. Bien que numériquement inférieurs aux populations locales, ils n'en ont pas moins laissé une trace dans la langue. En 534, les Francs vainquent les Burgondes. Toutefois les incursions franques sont moins violentes en Suisse romande et en Savoie qu'au nord de la France, et par conséquent leur influence sur la langue latine, notamment au niveau phonétique, a été moindre que sur le latin parlé au nord de la France. Plusieurs mots vaudois sont d'origine germanique.

Au Moyen-Âge, la langue de la population est le dialecte francoprovençal qui deviendra le vaudois. Il n'existe presque aucun texte arpitan médiéval, et aucun texte littéraire. La langue écrite courante est le latin, tandis que la langue littéraire est le français. La pratique des scriptae est rare dans le canton de Vaud. Toutefois, certains documents à caractère juridiques, écrits en latin, citent des toponymes ou des noms de famille en vaudois. Au , la langue de l'école, alors réservée à l'élite sociale, est le français.

Le Au , le francoprovençal vaudois est la langue commune, partagée par l'ensemble de la population et le français est la langue de prestige, dont les vaudois ont au moins une connaissance passive.

Avec la Réforme, le français devient de plus en plus une langue de prestige, et elle est de plus en plus utilisée. C'est en français que les réformateurs comme Jean Calvin prêchent au peuple. Le français devient la langue de l'Église protestante qui l'emploie pour le prêche et le catéchisme. La Bible est traduite en français, mais pas en vaudois. Les imprimeurs huguenots francophones basés à Genève contribuent au rayonnement de leur norme du français en Suisse romande et en France.

C'est au que nait le sentiment que le français est une langue importée. La population est socialisée en patois mais éduquée en français. D'après Dorothée Aquino-Weber et Julie Rothenbühler, directrice adjointe et collaboratrice scientifique du Glossaire des patois de la Suisse Romande, l'instauration du français comme norme de la production intellectuelle de l'époque conduit la population de langue francoprovençale à ressentir un décalage entre leur pratique imparfaite du français et leur langue quotidienne.

On peut trouver des mots vaudois dans les actes notariés du , surtout lorsque ceux-ci sont techniques et précis. Selon Dorothée Aquino-Weber et Julie Rothenbühler, le choix d'utiliser le patois n'est pas

C'est vers 1520 qu'est rédigé le premier texte en patois vaudois. Il s'agit d'une farce écrite par Anselme Cucuat, notaire à Vevey. D'autres textes polémiques de ce genre paraissent à Genève à la même époque, en genevois.

Du au Durant le et le , le français tend à prendre une place de plus en plus importante dans la vie courante. La bourgeoisie des villes abandonne complètement le patois vaudois au profit du français. Durant ces deux siècles, la transmission du patois des parents aux enfants devient moins systématique.

L'enseignement en français se développe dans les campagnes vaudoises à partir de la fin du . De ce fait, au , une grande partie des vaudois sait lire et écrire le français. L'alphabétisation contribue à la large diffusion de livres en français, essentiellement des ouvrages liturgiques.

Cette avancée de l'enseignement dans les campagnes marque le début de l'influence du patois sur le français à large échelle, qui donnera naissance au français régional romand. En 1790, Pierre Merle d'Aubigné publie ses Éléments de grammaire françoise, ouvrage dans lequel il lutte contre de nombreuses constructions qu'ils juge vicieuses, directement inspirées du patois.

Mais c'est aussi durant ces deux siècles que le patois commence à s'écrire, et ce à travers toute la Suisse romande. Le professeur Clerc traduit Ovide à Lausanne au début . Un classique vaudois, Lo Conte dau Craizu, est composé en 1730. Le premier journal de la ville de Lausanne, Le Journal de Lausanne, commence à paraître en 1786, et dès 1787 il publie quelques textes en patois, à la fois des plaisanteries paysannes (par exemple La Cliotsa, La Cloche) et des tentatives de traduction plus littéraire. Enfin, dans la correspondance, le patois permet d'établir une connivence plus forte avec le destinataire, ou de déjouer la censure.

Le La Révolution vaudoise de 1798 suit l'esprit universaliste de la Révolution française, qui combattait les parlers régionaux au profit de la langue française aux normes de Paris. Dès 1800, la langue parlée dans les villes est le français. En 1815, le Doyen Bridel écrit :

Dans ce contexte révolutionnaire, le patois écrit est cantonné aux originaux peu favorables aux changements. On présente la langue comme face aux démagogues français. Une pièce patoise pamphlétaire (Le poile où l'on va) est imprimée à Yverdon probablement par l'ancien châtelain des Clées, pièce dans laquelle le patois figure la langue du bon paysan naïf et ignorant mais sain.

Bannissement du patois à l'école En 1806, le Petit Conseil du nouveau Canton de Vaud interdit l'usage du patois vaudois dans les écoles par l'arrêté du , article 29, au Titre III, qui stipule : Les enfants surpris par l'instituteur (régent) à parler patois à l'école mais aussi dans le village se voyaient sévèrement punis. Si les enfants comprenaient le patois de leurs parents, ils leur répondaient en français. De nombreux recueils de cacologies paraissent pour éliminer les tournures fautives héritées du patois.

L'industrialisation croissante brasse les populations Suisses mais aussi frontalières. Le français devient de facto la langue commune des ouvriers. Pour les familles paysannes, la connaissance du français est associée à l'opportunité de l'ascension sociale. Les parents préfèrent alors ne pas enseigner le patois à leurs enfants, au profit de la langue française.

Les conséquences de cette double contrainte sont un déclin rapide du patois dans tout le canton de Vaud. Seules les régions périphériques comme le Jorat ou les Préalpes gardent la pratique de la langue à l'oral.

Les mainteneurs et l'écriture du patois Néanmoins, certains (nommés « mainteneurs »), contribuèrent à ne pas voir disparaitre ce patrimoine linguistique en enregistrant la langue dans des dictionnaires, ou en produisant de la littérature en patois.

Partout en Suisse romande, la tendance est à la collecte des mots patois, et le canton de Vaud ne fait pas exception. Philippe-Sirice Bridel écrit un Glossaire du patois de la Suisse romande, qui parait après la mort de l'auteur en 1866, révisé par Louis Favrat et édité par la Société d’histoire de la Suisse romande. A la fin du , Louise Odin recueille un vaste corpus de mots et de proverbes qui paraitra en 1910, sous le titre Glossaire du patois de Blonay.

Au , la plupart des textes littéraires patois paraissent dans des périodiques. En 1862, parait le Conteur vaudois, consacré à des histoires et anecdotes locales et populaires. Ce périodique est écrit en français, mais avec une place régulièrement laissée au patois. Entre 1868 et 1890 à Aigle parait l'Agace (la pie), rédigé entièrement en patois.

Le Au , la langue courante du canton de Vaud est le français.

En 1934, le Conteur vaudois cesse de paraitre et est remplacé de 1947 à 1950 par le Nouveau Conteur Vaudois et romand, puis par Le Conteur romand qui lui succède de 1956 à 1968.

thumb|Bernard Martin, président de la Fédération romande et interrégionale des patoisants (FRIP) et de l'AVAP, lors de la Fête internationale de l'arpitan, à Saint-Étienne, 2016.D'autre part, hors du canton, en 1899, Louis Gauchat, linguiste neuchâtelois, crée à Neuchâtel, l’institut du Glossaire des patois de la Suisse romande (GPSR), et édite un fascicule en 1924 sur les nombreuses variantes de patois romands..

Associations de mainteneurs En 1946, Alfred de Siebenthal., est le premier à fonder dans le canton une Amicale de patoisants. D’autres sont créées partout dans le canton.

En 1952, Oscar Pasche, dit Djan dè Biollè, fonde l'Amicale des patoisants de Savigny-Forel. En dehors de ses activités de promotion de la langue, l'Amicale fonde le chœur Lè sansounet (les étourneaux). C'est la seule association régionale encore en activité au .

En 1953, l’Association des Amis du patois vaudois voit le jour à Savigny. Cette association fédère les associations régionales. Elle fait partie de la Fédération romande et interrégionale des patoisants (FRIP).

Le Au , le souvenir d'une langue antérieure au français dans le canton de Vaud s'estompe. Les mainteneurs s'efforcent d'en maintenir le souvenir vivant.

Depuis les années 2000, seules deux associations de mainteneurs sont encore en activités : l'Association vaudoise des amis du patois (AVAP) et l'Amicale des patoisants de Savigny-Forel.