L’ibadisme ( al-ibāḍiyya) est une tendance de l'islam fondée moins de cinquante ans après la mort du prophète Mahomet.
L’ibadisme a été chassé par d'autres courants musulmans pour ses pensées politiques : selon les ibadites, le commandeur des croyants ne doit pas être nécessairement de la lignée de Mahomet, ni d'une certaine ethnie.
L'ibadisme est le courant dominant du sultanat d'Oman. Il est aussi présent dans certaines régions du Maghreb, notamment dans la région du Mzab et à Ghardaïa en AlgérieQuestions internationales, La documentation française novembre-décembre 2010 carte . avec le kharidjisme (dont est issu l'ibadisme), dans le Djebel Nefoussa en Libye, à Djerba en Tunisie, à Oman mais aussi en Afrique de l'Est, en Tanzanie (à Zanzibar) et au Kenya.
Les ibadites ont leur propre école juridique. Ils se considèrent de nos jours comme la cinquième école du sunnisme.. L'ijtihad est réservé aux savants et les ibadites ont leurs propres recueils de hadiths..
Origines Le nom de ce courant dérive de celui d'Abdullah ibn Ibad al-Tamimi. Cependant, les disciples de cette école revendiquent que Jabir ibn Zaid al-Azdi, originaire d'Oman, était leur vrai fondateur. Il fut parmi les meilleurs élèves d'Aïcha, la femme de Mahomet, et de `Abdullah ibn `Abbas, le cousin de Mahomet et également l'un des grands connaisseurs des principes islamiques après lui.
L’école ibadite se concentre sur la vue islamique de la vie : principes, travail, égalité, etc. Pendant toute leur histoire, les ibadites ont développé les études islamiques et celles de la langue arabe.
L’ibadisme fut persécuté par les partisans d'autres courants musulmans pour son contenu politique : pour les ibadites, le commandeur des croyants ne doit pas être nécessairement de la lignée de Mahomet et on ne doit pas prendre en compte son appartenance ethnique s'il a les qualités requises pour être calife.
Histoire
Quatrième calife, Ali, le cousin de Mahomet, était l'un de ses compagnons et fut désigné comme successeur. Plusieurs mouvements musulmans contestataires apparurent, plus ou moins violents, lui reprochant chacun un aspect différent (parfois radicalement opposés) de sa façon de gouverner (excès/défaut de souplesse...). Ces mouvements contestataires furent regroupés sous le nom de kharidjites, malgré leurs différences.
Les ibadites, pacifistes, firent sécession durant son règne en lui reprochant son comportement belliqueux notamment à l'égard des populations non-arabes, refusèrent de partir en guerre et restèrent à Bassora. Ils ne cautionnèrent pas la violence; ils se retirèrent dans la région d'Oman. Les Ibadites se montrent beaucoup plus souples dans leurs rapports avec les autres confessions religieuses. Par exemple, il leur est interdit de les attaquer par surprise sans les avoir invités à se rallier. Plus généralement, c'est l'usage de la violence qui est prohibé, excepté pour se défendre.
La branche fondée par Chabib ben Yazîd al-Harûrî (šabib ben yazīd al-ḥarūrī, شبيب بن يزيد الحروري) soutenait qu'il était légitime de confier l'imamat à une femme si cette dernière était capable de remplir les tâches reliées à ce rôle. Son épouse Ghazala al-Harûrîya (697-?) (ġazāla al-ḥarūrīa, غزالة الحرورية) commanda des troupes à l'instar de Juwayrîya (juwayrīya bint abī sufyān, جويرية بنت أبي سفيان), la fille d'Abû Sufyân, lors de la bataille de Yarmouk. Lors d'un combat, elle aurait mis en fuite le fameux général omeyyade Al-Hajjaj ben Yusef (660-714).
Dans certains ouvrages les Ibadites sont appelés « kharidjites blancs » tandis que les Sufrites sont appelés « kharidjites jaunes » et les Azraqites « kharidjites bleus ». Les noms de « blancs » ou « jaunes » et « bleus » viennent sans doute du rapprochement entre le nom du fondateur des Ibâdites, `Abd Allah ben Ibâd et l'adjectif blanc (ʾabyaḍ, ابيض) ; le nom du fondateur des Sufrites, Ziyâd ben al-Asfar et l'adjectif jaune (ʾaṣfar, أصفر) ; et le nom du fondateur des Azraqites Nâfi` ben al-Azraq et de l'adjectif bleu (ʾazraq, أزرق).
Maghreb
vignette|Établissements de la communauté ibadite dans la région du Maghreb. À la fin du , des ibadites établis à Oman se détachèrent du général persan Abd al-Rahmân ben Rustam et sa suite, gagnèrent le Yémen, traversèrent la mer Rouge, accostèrent à Zanzibar avant de rejoindre l'Éthiopie, l'Égypte, puis le Maghreb. Ils rallièrent à eux les populations locales. Au milieu du ils arrivèrent en Afrique du Nord. Abd al-Rahmân ben Rustam, élu imam, fonde Tihert (actuellement Tiaret). La ville devient bientôt la riche et prospère capitale d'un important royaume, la vertu et l'habileté de l'Imam faisant merveille et lui ralliant encore nombre de tribus. Leur action s'étend de la Tripolitaine au Maroc ; les soufites s'adjugeant le Maroc et le Sud Oranais, tandis que les ibadites se répandent du Djebel Nefoussa, au Sud de Tripoli et au Chellif.
À sa mort, en 765, se constitue la dynastie des Rostémides, qui durera plus d'un siècle. Mais le royaume va sans cesse s'affaiblissant sous l'effet des dissensions internes jusqu'au moment où le Fatimide Ubayd Allah al-Mahdi lui porte le coup de grâce. Ce dernier prend Tihert en 909, massacre les princes Rostemides et la plus grande partie des ibadites de la ville. Les dignitaires survivants enterrèrent leur couronne, et fuirent avec leurs concitoyens la capitale incendiée, à la recherche d'un lieu d'exil. Ils errèrent par petits groupes au milieu d'un pays entièrement hostile, avant de trouver finalement refuge dans l'Oued Mya (Ouargla), où ils s'établissent. Grâce à leur activité, la ville devient rapidement prospère, s'agrandit et s'embellit. Mais le refuge n'apparaît pas à tous suffisamment sûr. Avant même que la menace de destruction qui pèse sur la ville ne soit précisée, les ibadites prudents recherchèrent un autre asile et jetèrent enfin leur dévolu sur l'oued Mzab qui ne contient alors que de rares campements. Une première cité est fondée en 1017 : El Atteuf. L'entreprise réussit et attire une population toujours plus nombreuse. Sedrata se vide peu à peu avant d'être prise et détruite par les Malékites d'Ouargla, jaloux de la fortune de leurs voisins. Puis, Bou-Noura, Melika et Ghardaïa sont successivement fondées.
De toutes parts, les ibadites persécutés, las de la vie errante et du secret, viennent se fixer au M'zab. La communauté ainsi créée bâtit, défriche et se donne des lois. Elle connaîtra, depuis les origines jusqu'au moment de l'arrivée des Français, un développement lent mais continu, révélé par la création de Beni-Isguen au et de Berriane et Guerrara au . De plus, des factions arabes de plus en plus nombreuses viendront, au cours de l'Histoire, s'agréger aux villes ibadites.
Croyances Dans l'ibadisme, l'islam est composé de trois éléments fondamentaux :
Le dogme (al-ʿaqida) ; La parole, la rhétorique ou encore le témoignage verbal ; L'œuvre, l’action ou la pratique (al-aʿmal).
Chacun des piliers est indissociable des autresMortimer, Edward, Faith and Power, Vintage (1982), 42. Ils prennent pour exemple Abû Tâlib, un des oncles de Mahomet, qui a cru en ce dernier, mais ne prononça pas l'attestation de foi (chahada) et ne le suivit pas dans ses œuvres. L'islam, chez les ibadites, est une croyance dans le cœur et dans les gestes, un témoignage verbal appelant à la croyance et aux bonnes œuvres, une pratique du bien.
Ainsi, les ibadites considèrent que celui qui délaisse les bonnes œuvres et la vraie pratique de la religion musulmane (principalement l'accomplissement des cinq prières quotidiennes) peut tout de même être musulman, ceci en se fondant principalement sur le verset :
Le musulman non pratiquant est donc traité sur Terre comme un musulman. Le fait qu'il ait prononcé la chahada implique qu'il n’appartient pas aux hommes de le juger mécréant. Ainsi, il est considéré musulman d'un point de vue légal et est traité comme tel.
Pour les ibadites, et comme pour les mu'tazilites, le Coran a été créé par Allah - ce qui les distingue de la position des asharites qui considèrent le Coran comme parole incréée de Dieu. De même, ils épousent les mêmes thèses que les mutazilites pour décrire les attributs de Dieu. En revanche, ils sont proches de la théorie asharite de l'action humaine : Dieu est seule cause car les actions humaines sont, en dernière analyse, créées par Dieu..
Dans le domaine du droit, les ibadites sont assez proches des malékites.
Architecture vignette|Vue sur la vallée du Mzab. L'architecture ibadite du Maghreb est caractéristique à de nombreux points de vue. Les ibadites sont remarquables en ce qu’ils respectent dans de nombreux domaines les enseignements de l’islam primitif, ce dont témoigne largement leur architecture. La sobriété, le dépouillement, l’esprit minimaliste qui devraient logiquement caractériser les lieux de culte musulmans ont été conservés au fil des siècles dans les mosquées ibadites.. Au Maghreb, outre les vestiges de Tahert qui a été pendant plus d’un siècle et jusqu’en 909 la capitale des ibadites, et ceux de Sadrâta qui lui a succédé, trois grands ensembles d'architecture ibadite subsistent à Djerba, dans le djebel Nefoussa et dans les cinq villes de la pentapole du Mzab. Il faut y ajouter les très nombreuses mosquées situées dans les montagnes au cœur d’Oman. Ces quatre régions qui se caractérisent par leur isolement – montagnes, île ou désert – sont bien différentes les unes des autres, par leur climat et leur nature, mais leurs mosquées partagent de nombreux points communs. Le principal est la grande économie de moyens et la simplicité des matériaux mis en œuvre. Tous les édifices se distinguent par leur sobriété et l’austérité de leur façade. La plupart d’entre eux sont de décorations, à cause de la morale particulière des ibadites. Leur doctrine réprouve totalement la richesse ostentatoire, ce qui se ressent bien dans l’architecture puisque les tombeaux ou les mosquées dédiés à de célèbres personnages sont tout aussi sobres et modestes que les autres. Les ibadites se sont efforcés de maintenir une parfaite égalité entre tous les croyants et des sentiments tels que l’envie ou la jalousie sont pour eux particulièrement condamnables. Malgré les grandes richesses qu’ils ont accumulées grâce au commerce maritime ou transsaharien, ils ont pour principe d’adopter le mode de vie des plus modestes d’entre eux. Si les lieux de culte ne comportent en principe aucune décoration, c’est également parce que la relation avec Dieu doit être la plus simple possible et que d’éventuels signes de richesse ne feraient que la pervertir. Cette vision des choses diffère radicalement de la façon dont on envisage le décor dans les autres lieux de culte musulmans. gauche|vignette|alt=Jemaâ Louta, mosquée souterraine de Sedouikech vue de la surface avec ses deux coupoles et son unique entrée ouvrant sur l'escalier.|Mosquée ibadite à Djerba.