Marcel Cerdan est un boxeur français, né le à Sidi Bel Abbès en Algérie française et mort le dans un accident aérien survenu dans l'archipel des Açores.
Sous l'impulsion de son père, Marcel Cerdan commence la boxe anglaise sur un ring installé au milieu de la salle de bal du café familial à Casablanca au Maroc. Devenu boxeur professionnel en 1933, il effectue ses premiers combats rémunérés en Afrique du Nord où il se fait un nom. Surnommé « le bombardier marocain » ou « l'homme aux mains d'argile », son talent lui permet d'être emmené en France en 1938 où il devient champion de France à trois reprises puis champion d'Europe dans la catégorie des poids mi-moyens.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale suspend son ascension et reporte sa conquête de l'Amérique. De retour sur les rings en après dix-huit mois d'absence, Marcel Cerdan conquiert à nouveau le titre européen des poids mi-moyens, multiplie les combats et les succès. Montant d'une catégorie en poids moyens, il gagne les titres de champion de France, d'Europe et du monde entre 1946 et 1948. Victorieux sur les rings américains, son succès par KO technique contre Tony Zale au Roosevelt Stadium lui offre un accueil de héros national à son retour en France. Compagnon d'Édith Piaf, sa notoriété dépasse le cadre sportif et le voit tourner dans plusieurs œuvres cinématographiques. Cerdan meurt tragiquement au sommet de la gloire dans l'accident du vol Paris-New York dans la nuit du au .
Biographie Jeunesse Marcellin Cerdan naît le à dans le quartier du « Petit Paris » de Sidi Bel Abbès en Algérie... Il est le quatrième et dernier garçon d'Antonio Cerdán (1880-1946) et Assomption Cascales (1886-1934), qui auront également une fille deux ans plus tard. Ses trois frères aînés se prénomment Vincent, Antoine, Armand, sa sœur cadette Clotilde.. Ses deux parents sont d'origine espagnole : son père vient de Valence et sa mère est née à Sidi Bel Abbès ses parents, Pedro Cascales et María Amorós, originaires du village d'Abanilla, près de Murcie.. Les deux familles ont émigré de l'autre côté de la mer Méditerranée, au Nord de l'Afrique, au , attirées par la promesse d'une vie meilleure. À la naissance de Marcellin, son père est journalier et sa mère sans profession.
Au début des années 1920, son père Antonio démontre un sens des affaires désastreux à la tête d'une boucherie-charcuterie qu'il a reprise à son beau-frère parti s'installer à Casablanca.. La famille vit dans l'extrême pauvreté. Un matin en 1921, un cousin du père de famille lui rend visite et lui loue le développement économique de Casablanca sous l'impulsion du général Hubert Lyautey. L'année suivante, Antonio Cerdán décide de suivre son conseil et d'installer sa famille au Maroc, alors sous protectorat français. La famille traverse Oujda, Fès, Meknès, et Rabat jusqu'à Casablanca perchée sur une camionnette. Elle s'installe à Mers Sultan dans un quartier déshérité appelé « Cuba » où des baraques ont été construites à côté de la mer. Antonio Cerdán y acquiert un café-bal dans lequel il organise tous les jeudis des exhibitions de boxe avec ses fils en tête d'affiche..
Le jeune Marcellin, enfant pourtant chétif., y dispute son premier combat de boxe à l'âge de huit ans. À dix ans, il boxe au cinéma Majestic, comme ses frères, et oblige son jeune adversaire à se réfugier derrière l'arbitre, remportant en guise de victoire une paire d'espadrilles et la barre de chocolat pourtant promise au vaincu.. Toute sa famille et ses amis le surnomment alors Marcelino. Il apprend l'arabe et l'espagnol mais n'aime pas l'école et est happé dans les parties de football jouées dans la poussière du quartier de Maârif.. Enfant de la rue, Marcelino vit dehors, court, joue à cache-cache entre les fiacres et parfois se bagarre. Il ne fréquente l'école communale de la Maison Blanche qu'à l'heure du réfectoire, ratant son certificat d'études primaires et quittant l'école à onze ans.. Il travaille alors pour aider sa famille, d'abord comme coursier au magasin de cycle Bargasse puis rapidement comme apprenti-mécanicien dans un garage Renault.. Affecté au graissage des ponts arrière, il passe ses journées à dormir sous les châssis, si bien qu'il est renvoyé après quelques jours de présence. Le jeune garçon devient aide-plombier mais démissionne pour sauver son honneur après avoir égaré la boîte à outils. Redevenu coursier, il est de nouveau renvoyé après s'être fait voler le vélo que lui prêtait son employeur alors qu'il jouait au football. S'il fait de nouveaux essais comme commis aux Chantiers du Maroc en tant qu'apprenti-électricien puis vulcanisateur, son père a conscience que Marcel a de l'or dans les poings, ce qui le destine à la boxe.
Carrière de boxeur L'espoir casablancais (1933-1937) vignette|upright|Photographie de Marcel Cerdan dans Le Petit Marocain en mars 1936. Marcel Cerdan suit les traces de ses trois frères aînés, Vincent, Antoine, champions d'Afrique du Nord des poids plumes, et Armand, champion du Maroc poids coqs. Vincent étant parti gérer un restaurant, Antoine ayant décidé de devenir électricien et Armand s'étant blessé sévèrement au genou, le fils cadet de la famille est la dernière option du Père Cerdan d'obtenir un revenu supplémentaire de sa passion pugilistique. Pour ce faire, son père signe tous les combats qui se présentent et encaisse l'intégralité des gains. Le , Marcel Cerdan dispute son premier combat professionnel à l'âge de seize ans au « Petit Central » de Casablanca.. Il y domine aux points l'Espagnol Gomez, , ce qui rapporte à son père deux cents francs et une montre.
Après ce premier combat, Antonio Cerdan pousse son fils à s'entraîner auprès de Lucien Roupp. Ce dernier a installé en 1932 une salle d'entraînement dans le garage qu'il vient d'acquérir et dirige une petite écurie de boxeurs. À l'entraînement, Marcel Cerdan est toujours escorté par son père qui le regarde sans indulgence depuis le bord du ring.. Lorsqu'il ne l'accompagne pas, le jeune boxeur ne met pas les pieds à la salle et y préfère les terrains vagues où il joue au football.. Les huit premiers combats professionnels de Marcel Cerdan, disputés entre 1933 et 1934, ne seront jamais reconnus et ne figurent pas à son palmarès officiel. Cerdan enchaîne contre Young Gitan à Rabat, Bob Obadia à Fès et à Casablanca puis contre Klee à Marrakech..
En , le boxeur casablancais domine Marcel Bucchianeri dans son premier combat officiel reconnu mais le ménage, ne gagnant qu'aux points. Cerdan n'aime pas faire mal et n'aime pas la boxe, sport auquel il préfère nettement le football.. Moins d'une semaine après son premier succès, son père lui impose un deuxième combat, contre Léon Benazra, qu'il remporte avant la limite par arrêt de l'arbitre dans la cinquième reprise. Le , le Casablancais impressionne contre Max Privat, qu'il contraint à mettre un genou au sol dès la deuxième reprise avant de conclure en cinq rounds..... Le , jour de son dix-neuvième anniversaire, sa mère meurt au domicile familial.. Bien qu'il n'ait aucune indépendance financière, Marcel prend une chambre meublée dans le quartier du Maârif. Le , il bat Francesco Mestre aux points à Casablanca..
En , Lucien Roupp cède à l'insistance du Père Cerdan pour organiser le combat entre Marcel et Antoine Abad, excellent boxeur de la même écurie. La soirée est une grande réussite et attire une large foule, si bien qu'elle fait céder la caisse mobile, envahissant la salle sans débourser le prix du billet d'entrée. Mis en difficulté en fin de combat, au bord de l'évanouissement, Marcel Cerdan obtient la victoire par décision arbitrale.. Après plusieurs affrontements au Maroc, le jeune Cerdan combat pour la première fois à Alger en face à Aissa Attaf qu'il bat par knock-out en trente-deux secondes. La ville d'Alger est alors la vitrine de la boxe nord-africaine, les réunions y sont scrutées par les organisateurs parisiens. Sa première performance algéroise impressionne et les propositions se multiplient. Sous la direction de son père, il accepte une revanche face à Attaf en , un succès par abandon, et poursuit sa séduction du public algérois deux semaines plus tard face à Maurice Naudin, ancien champion de France. Opposé à deux occasions à Omar Kouidri, d'abord à Rabat le puis à Alger le , Cerdan obtient de justesse deux nouvelles victoires lors de rudes batailles.. Lors du deuxième affrontement, Marcel se fracture la main droite, l'obligeant à un repos de trois mois.
À son retour sur les rings, le , Cerdan affronte et bat un boxeur peu connu, Ali Omar, en cinq reprises, dans un hall de la Foire d'Alger presque vide. Revenu à Casablanca, Marcel semble silencieux et soucieux, il avoue après plusieurs jours s'être fait avoir en ayant signé un contrat en blanc pour cinq ans.. Son père, furieux, trouve une faille en discutant avec Lucien Roupp : la signature n'est pas valable car le jeune boxeur n'est pas encore majeur, à quelques jours prèsJusqu'en 1974, la majorité civile en France est fixée à .. Le jour des du boxeur, le clan Cerdan cède, comme prévu de longue date, tous pouvoirs à Roupp pour contracter au nom du boxeur. En , à la veille de son opposition avec Marcel Bouaziz, aussi connu sous le nom de Kid Marcel, à Oran, Marcel Cerdan est victime d'une diarrhée.. La maladie ne l'empêche pas de dominer nettement Kid Marcel aux points. Quelques semaines plus tard, à Casablanca, Marcel Cerdan valide son billet pour Paris en battant le champion tchécoslovaque Eddy Rabak (), surnommé le « Carpentier tchèque ».. Cerdan fait tomber son adversaire à six reprises, la première fois au bout de quarante secondes, et prouve par cette victoire par KO qu'il mérite de traverser la mer Méditerranée.
Des débuts parisiens au titre européen (1937-1939) vignette|gauche|upright=0.7|alt=Photographie en noir et blanc d'un boxeur marchant, habillé d'un peignoir, serviette autour du cou et mains bandées.|Suivi par son coéquipier Abad, Marcel Cerdan entre dans la salle Wagram en septembre 1938 pour y affronter Al Baker. vignette|droite|alt=Deux boxeurs face à face. L'un a la tête baissée et l'autre vient de frapper dans le vide.|Tête baissée, Marcel Cerdan (à droite) fonce inlassablement à l'attaque. Le visage de son adversaire, l'Italien Saverio Turiello exprime un commencement de lassitude. vignette|droite|alt=Agenouillé au sol, entouré de femmes, un homme écrit sur les vêtements de l'une d'entre elles avec un stylo.|Sacré champion d'Europe un mois plus tôt, Marcel Cerdan signe des autographes à des admiratrices à Colombes en juin 1939.
Après avoir écumé l'ensemble des plateaux nord-africains, Lucien Roupp emmène ses meilleurs boxeurs casablancais à Paris en .. La bande s'installe au camp d'entrainement du Vélo Club de Levallois de Paul Ruinart à La Celle-Saint-Cloud. À Paris, l'entraîneur rencontre Paul Lafrance, le du promoteur sportif américain Jeff Dickson, grand patron du Palais des Sports et de la Salle Wagram, qui va déclencher les « années folles du Vel'd'Hiv ». Après plusieurs journées à jouer ensemble au 421, Lafrance propose à Roupp une rencontre franco-marocaine avec ses quatre boxeurs. Cerdan débute à Paris le à la Salle Wagram contre Louis Jampton qu'il domine aux points.. Deux semaines plus tard, il enchaîne laborieusement, affaibli par des mains fragiles, face à Jean Morin...